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Les enjeux de souveraineté touchent aussi le secteur de l'infrastructure. Mais alors que l'Europe affiche des ambitions importantes en matière de réindustrialisation et de transition énergétique, les financements disponibles sont-ils à la hauteur ? Vincent Levita, fondateur et président d'Infravia, et Nicolas Rochon, fondateur et président de RGreen Invest, sont dans Smart IMPACT.
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00:06Comment financer les infrastructures qui déterminent l'autonomie énergétique,
00:10l'autonomie industrielle de l'Europe ? On en parle tout de suite avec Vincent Lévita.
00:14Bonjour, vous êtes le fondateur, le président d'Infravia et Nicolas Rochon.
00:17Bonjour, bienvenue le fondateur, le président de Air Green Invest.
00:21On prend quelques secondes rapides pour présenter Infravia pour commencer en quelques mots.
00:26Donc Infravia, c'est un fonds d'investissement indépendant qui existe depuis 20 ans,
00:31qui s'est positionné sur les infrastructures énergétiques pour la transition énergétique,
00:36les infrastructures digitales, mais également les métaux critiques qui sont les conditions nécessaires pour faire tout ça.
00:42Donc on existe depuis 20 ans, on investit partout en Europe, on gère 20 milliards et on voit devant nous
00:53un bel avenir.
00:54Et en quelques mots, Nicolas Rochon, Air Green Invest ?
00:57Alors c'est une société de gestion française dédiée à l'investissement dans la transition énergétique depuis 15 ans.
01:03On est une cinquantaine de collaborateurs, on gère un peu plus de 4 milliards avec deux stratégies,
01:08une stratégie en dette et une stratégie en écoutie pour essayer d'accompagner au mieux les entrepreneurs de la transition.
01:13Alors quand on va parler d'infrastructures évidemment, d'autonomie énergétique et industrielle,
01:20il y a tellement d'enjeux en ce moment qu'on se demande quelles doivent être les priorités.
01:23Je commence avec vous Nicolas Rochon.
01:25Qu'est-ce qu'il faut prioriser en termes de dépendance stratégique ?
01:29C'est l'énergie, c'est les réseaux, c'est les transports ?
01:31Qu'est-ce que vous voyez vous comme priorité aujourd'hui ?
01:34La priorité c'est le bon sens.
01:36C'est d'essayer d'investir dans des infrastructures qui sont compétitives et qui offrent des solutions.
01:40Et dans le cadre de la transition énergétique, c'est de faire une vraie transition énergétique
01:43et pas seulement une transition environnementale.
01:46Et finalement, s'inspirer un peu du modèle chinois.
01:48C'est dur à dire pour des Européens.
01:51Mais ceux qui ont réussi la vraie transition énergétique depuis 20 ans, ce sont les Chinois.
01:55Avec la souveraineté pour nous, ça n'existe pas.
01:57Il n'y a pas de souveraineté énergétique.
01:59On est dépendant sur chaque sous-jacent énergétique, soit pour les composants, soit pour l'approvisionnement.
02:03Donc, c'est la diversification géographique, technologique et c'est ça qui rendra l'Europe autonome.
02:10Donc, pour nous, le plus important pour l'Europe, c'est d'arriver à avoir une stratégie, une vraie vision,
02:20une vraie planification diversifiée
02:23qui permettra une autonomie et le retour à la compétitivité et tout part par l'énergie.
02:29Le digital, ce n'est que de l'énergie.
02:32La mobilité, ça sera aussi de l'énergie.
02:35Et donc, il faut absolument qu'on arrive à mettre à jour nos réseaux et nos capacités de production.
02:39Ce temps long, vous avez le sentiment qu'il est à l'œuvre au niveau européen
02:43ou que, malgré tout, vous êtes soumis aux aléas politiques, aux changements de majorité, notamment au niveau européen ?
02:51C'est une question complexe parce qu'effectivement, nous, nous investissons sur le long terme et il n'y a
02:56que le long terme qui permet de construire ce qu'on veut construire.
02:59Effectivement, aujourd'hui, avoir un mix énergétique compétitif, disponible et décarboné, ce n'est pas possible tout de suite.
03:05C'est possible dans 15 ans si on fait le travail.
03:08Donc, vous l'avez dit, on a besoin de politiques publiques fortes.
03:12Certains enjeux parfois se politisent et du coup, on se retrouve à avoir des discussions un peu absurdes sur des
03:22guerres de religion entre le nucléaire et le renouvelable.
03:24En réalité, un mix énergétique, ça se construit dans le temps.
03:28Je pense que les pouvoirs publics le savent.
03:31Après, il faut gérer le court terme.
03:32C'est aussi leur travail et c'est compliqué.
03:34Et comment on finance justement ? On parle de temps long, c'est des infrastructures stratégiques qui demandent beaucoup d
03:41'argent et qui ne rapportent pas tout de suite.
03:44En fait, il peut y avoir des problèmes de financement court terme.
03:49C'est là que la politique publique peut aider.
03:51On peut même avoir un peu de funding public comme catalyseur en fait.
03:55À ce moment-là, vous avez besoin de fonds publics ?
03:58En fait, moi, je n'ai pas systématique.
04:00On a surtout besoin d'une politique industrielle, des règles du jeu qui soient stables.
04:05Parfois, il y a besoin de funding, mais c'est ce que j'appelle un catalyseur comme en chimie.
04:10On le récupère après.
04:12Nous, on a de l'argent qui est prêt à avoir une rentabilité sur le long terme.
04:15Donc, la rentabilité, ce n'est pas le sujet.
04:18Le sujet dans l'énergie aujourd'hui, c'est effectivement accepter que construire ce qu'on cherche à construire, ça
04:23prend du temps.
04:25Et avoir une politique comme on a eu dans d'autres secteurs historiquement.
04:28On a eu ça dans le nucléaire, dans les TGV, dans les avions.
04:31Plus récemment, on a eu ça dans la fibre.
04:33On est capable de construire des choses sur le long terme.
04:35Il faut demander effectivement au pouvoir public des choses compliquées.
04:38C'est-à-dire de mettre en place une politique publique, de la tenir et de ne pas trop politiser
04:44au sens de rendre polémique un sujet.
04:46C'est parfois compliqué.
04:47Il y a énormément de transitions à financer aujourd'hui, Nicolas Rochon.
04:51Est-ce que la transition environnementale, elle rentre en concurrence avec les autres et elle est en train de passer
04:57au second plan ?
04:58Non, je pense que...
04:59Par rapport à l'IA, par rapport à...
05:01Je pense que la transition environnementale, qui était vue souvent comme une contrainte historiquement,
05:07parce qu'on était vraiment dans la logique de lutte contre le réchauffement climatique, trouver des solutions, décarboner.
05:13Aujourd'hui, elle fait partie de la solution.
05:15Alors, c'est très juste.
05:16Pas partout.
05:18La France n'est pas du tout la même problématique que l'Europe de l'Est ou que la Suède.
05:24Et il faut savoir adapter sa politique énergétique par rapport aux atouts du territoire et surtout à la compétitivité de
05:30son infrastructure.
05:30Et l'IA doit, au contraire, en Europe, bénéficier massivement d'une politique agressive dans une transition énergétique décomplexée, pragmatique.
05:43Demain, on sait que la vraie problématique européenne, c'est les réseaux.
05:49On est sur des réseaux centralisés avec des très gros investissements, mais qui sont congestionnés par rapport aux nouvelles solutions
05:56énergétiques.
05:57Il nous faut absolument décentraliser, trouver des nouvelles solutions pour accélérer.
06:02Et nous sommes nous-mêmes au quotidien en train de réfléchir à des solutions pour faire pivoter nos acteurs qui
06:08sont des acteurs de production,
06:10pour qu'ils se mettent au service des acteurs digitaux.
06:13Voilà, ça, c'est un des enjeux très importants de cette transition énergétique qui va bien au-delà de la
06:18transition environnementale.
06:19Et sur la rentabilité, la rentabilité à court ou à long terme, comment vous vous situez ?
06:26La rentabilité, elle est très forte dans certains pays, un peu moins dans d'autres.
06:31Je vous donne un exemple. On est présent en Hongrie, Bulgarie, Roumanie.
06:35Sur ces zones-là, on est le leader indépendant de la production et du stockage d'énergie entre le solaire,
06:39l'éolien et les batteries.
06:41On arrive à produire et stocker l'énergie à 45 euros.
06:44Le prix moyen est au-dessus de 100 euros sur le marché.
06:47Avec des capacités de pilotage avec la batterie, on arrive à avoir des marges très supérieures à ce qui est
06:53attendu même pour des fonds d'infrastructure,
06:54parce qu'on arrive à avoir des marges plutôt entre 15 et 20 %.
06:57Donc, on peut trouver la rentabilité.
06:59Sur le marché du stockage et de la gestion des réseaux en France, sans sousvention, on a réussi à développer
07:05l'acteur leader sur le marché français et le marché finlandais.
07:11Donc, il y a des solutions. Elles sont très différentes par zone géographique, par technologie.
07:15Mais le point très important dans le contexte actuel, surtout quand on ne peut plus vraiment compter sur l'argent
07:21public,
07:22c'est d'avoir des infrastructures indépendantes, autonomes, capables d'être compétitives et d'offrir des solutions.
07:29Quand vous dites qu'on ne peut plus vraiment compter sur l'argent public, c'est vrai seulement pour la
07:33France ou c'est vrai pour l'Europe ?
07:34C'est un peu partout. Il n'y a pas un pays européen qui va être capable de soutenir massivement
07:41une industrie.
07:44Et finalement, c'est une très bonne chose parce qu'on a les clés aujourd'hui pour développer des infrastructures
07:50compétitives.
07:51Et ça force à réfléchir au lieu de dilapider les subventions sur différents sous-jacents sans vraiment réfléchir aux intérêts
08:00de cette infrastructure.
08:03Et bien, on peut faire maintenant des choix stratégiques importants par zone géographique et par technologie.
08:08Et donc, oui, l'argent, ce n'est pas le plus important.
08:11Le plus important, c'est la consistance dans les règles du jeu. Et c'est ça qu'on attend des
08:16pouvoirs publics.
08:16Vous l'avez évoqué tout à l'heure. Je veux bien vous entendre là dessus, Vincent Lévita sur cette idée
08:21d'une souveraineté énergétique européenne.
08:24C'est sans doute à l'heure parce qu'on ne peut pas la voir sur toute la sur toute
08:27la chaîne de valeur. C'est une c'est une évidence.
08:29Donc, qu'est ce qu'il faut travailler ? Il faut travailler des moyens de négociation, de pression. C'est
08:35la diversité des sources d'approvisionnement.
08:37Qu'est ce qu'il faut travailler ?
08:38Oui, c'est exactement ça. Moi, je crois que le multilatéralisme n'est pas mort. Mais c'est vrai qu
08:43'on est dans un monde plus agressif.
08:44Donc, la souveraineté, ce n'est pas d'être indépendant, d'être autonome partout. Ça, ça n'existe pas ou
08:49ça n'existe plus.
08:50En revanche, on doit pouvoir discuter avec les autres pays, avec les Américains, avec les Chinois certainement.
08:58Mais pour ça, il faut avoir des cartes dans son jeu. Donc, développons nos cartes. On en a plein historiquement.
09:03On avait le nucléaire. On l'a toujours, d'ailleurs. On a des bons ingénieurs. On a de l'argent.
09:08On a une bonne vision sur comment développer notre mix énergétique.
09:14C'est vrai qu'à court terme, il faut travailler le stockage et les réseaux. La production n'est pas
09:20un problème. Ça le sera probablement demain si ça continue.
09:24Moi, je crois aux solutions multilatérales. Je crois qu'elles ne sont pas mortes.
09:29Mais en revanche, il faut sortir de la naïveté qui pense que les autres vont régler nos problèmes. Ça, c
09:34'est sûr.
09:35Mais est-ce que ça veut dire aussi que sur certains de ces projets, il y a des financements internationaux
09:40et pas seulement européens ?
09:41Est-ce qu'il faut les accepter ?
09:43Oui. La question de la souveraineté financière est une bonne question, si c'est ça que vous posez.
09:48Nous, on plaide depuis longtemps pour dire que la souveraineté, c'est de l'énergie, c'est de la tech,
09:54c'est de la santé, c'est de l'éducation et c'est aussi de la finance.
10:00Je prends l'exemple d'Infravia parce qu'il est simple. On a levé un fonds de 8 milliards cette
10:05année pour investir en Europe. Sur ces 8 milliards, il y en a 5 qui viennent d'investisseurs hors européens.
10:10Donc ça veut dire que le reste du monde voit l'Europe comme un endroit attractif pour investir.
10:16Oui, c'est bon signe d'une certaine façon.
10:17C'est bon signe. Cet argent, il sera géré par nous. Donc d'une certaine manière, il récupère un peu
10:20de souveraineté.
10:21Et on n'y perd pas en souveraineté malgré tout ?
10:24On n'y perd pas en souveraineté si on est capable de piloter cet argent-là, ce qui est notre
10:29boulot. La question encore une fois de la souveraineté, ce n'est pas une question d'autonomie. Il y a
10:35une question entre l'attractivité, être capable d'attirer des capitaux étrangers pour développer notre pays, mais à la fois
10:43de garder sa souveraineté. Donc nous, on fait partie de la réponse sur cette question-là.
10:48Je vais vous poser un peu la même question à tous les deux. Je commence avec vous, Nicolas Rochon. Est
10:52-ce que vous identifiez une stratégie commune européenne de financement de ces infrastructures stratégiques ? Ou est-ce qu'elle
10:58est encore un peu dans les lindes ?
11:02Je pense que c'est très compliqué. Déjà, si j'arrivais à identifier des politiques nationales claires, ça serait bien.
11:12C'est dur. On a le même objectif, mais ce n'est pas les mêmes solutions. Il faut travailler déjà
11:25au niveau local. Ça part des territoires, ça remonte au niveau national et après pour un enjeu européen commun.
11:32Voilà. Et dans nos réflexions, on doit vraiment au maximum essayer de trouver des infrastructures qui offrent des solutions et
11:45surtout ne pas vraiment attendre que le mouvement soit porté par les organismes publics.
11:52C'est vraiment pour nous le message et le gros changement aussi du monde des infrastructures d'aujourd'hui par
11:57rapport à celui des 10, 15 dernières années.
12:00Parce qu'en fait, les 10 ans d'Infra Week, la grande différence, c'est ça. C'est de ne
12:03plus attendre les financements publics. C'est ce que je comprends.
12:05Je pense qu'il ne faut pas attendre de financement public. Il faut espérer un cadre. Ça, il faut espérer
12:13un cadre des règles du jeu. Et il faut maintenant enlever les brassards et nager en eau libre.
12:19Il faut se lancer. Est-ce que c'est un leurre, Vincent Lévita, d'attendre ou d'espérer une stratégie
12:26commune européenne de financement de ces infrastructures stratégiques ?
12:29Justement parce que c'est ce que vous disiez, il y a 27 pays avec des objectifs qui ne sont
12:33pas forcément les mêmes.
12:34Non, mais je pense que la stratégie commune européenne ne doit pas être sur le financement. Justement, le financement, là
12:41où il est le plus...
12:41Il faut utiliser les pouvoirs publics là où ils sont bons et là où ils sont légitimes. Donc créer une
12:47politique publique, effectivement définir un mix énergétique souverain, décarboné et compétitif.
12:53Ça, ça peut être quelque chose qui est travaillé au niveau de l'Europe. Ensuite, l'exécution et le financement,
13:00il faut laisser faire les acteurs de marché.
13:02C'est là qu'ils sont bons. C'est là qu'ils ont été efficaces. Non, je ne préférerais pas
13:06avoir un politbureau de l'énergie européenne. Je ne suis pas sûr que ça soit efficace.
13:09En revanche, les acteurs sur le terrain, qu'ils soient financiers, qu'ils soient industriels, ils savent faire leur boulot.
13:15L'argent est là, les compétences sont là.
13:19Ce dont on a besoin, c'est un peu de volonté politique, effectivement, pour donner le cadre. L'exécution, il
13:24y a des acteurs qui sont bons pour ça.
13:25Merci beaucoup. Merci à tous les deux d'avoir participé à ce Smart Impact spécial.
13:30Et bon, Paris Infra Week. Voilà, dixième édition de ce rendez-vous des professionnels de l'infrastructure.
13:39Rendez-vous européen. Voilà, c'est la fin de ce Smart Impact.
13:42Merci à toutes et à tous de votre fidélité à BeSmart for Change.
13:45Je vous dis à très vite.
13:46Merci.