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  • il y a 45 minutes
Mercredi 4 novembre 2026, retrouvez Vincent Levita (président, Infravia), Thomas Labergère (Directeur Général France, ING), Berenice Arbona (Responsable de la Dette privée Infrastructure, LBPAM) et Nicolas Rochon (fondateur et président, Rgreen Invest) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.

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Transcription
00:08Smart Impact est au Paris Infra Week, c'est l'événement européen du secteur des infrastructures co-organisé par le
00:14ministère de l'économie des finances et de l'industrie et Paris Europlace.
00:19On est donc ici à Bercy, c'est jusqu'au 6 novembre. Alors dans cette émission spéciale, je vous propose
00:23deux débats.
00:24On parlera tout d'abord de finances à impact et puis ensuite les enjeux de souveraineté énergétique et industrielle de
00:31l'Europe.
00:31Bienvenue à Paris Infra Week.
00:39Notre débat toujours à Paris Infra Week, on parle de finances à impact. Je vous présente tout de suite mes
00:44invités.
00:45Bérenice Arbonna, bonjour. Bienvenue. Vous êtes responsable de la dette infrastructure chez LBPM, European Private Market.
00:52C'est Thomas Labergère. Bonjour. Le directeur général d'ING France. Un mot de LBP, filiale de gestion d'actifs
01:00de la Banque Postale, c'est ça ?
01:01Tout à fait. Oui. Avec quel type de mission d'activité ?
01:04Nous avons dans mon département la mission de financer des projets en dette dans des projets d'infrastructures dans toute
01:12l'Union Européenne.
01:13Et dans nos stratégies, nous avons à la fois des stratégies avec sélection ESG, mais également des stratégies à impact,
01:22donc avec des forts degrés de conviction.
01:24Et on va justement parler de ces investissements à impact. Et évidemment, ING France, Thomas Labergère, c'est la branche
01:31française du géant néerlandais, évidemment, banque de financement, banque d'investissement.
01:36Et vous êtes partenaire de cette édition de Paris Infra Week. Pourquoi ? Qu'est-ce que ça représente pour
01:39vous cet enjeu des infrastructures ?
01:41Oui, c'est tout à fait naturel pour nous, ING, d'être partenaire de cet événement. Nous sommes la banque
01:49du financement des transitions, qu'elles soient énergétiques, environnementales, digitales, y compris en matière de défense,
01:58à tel point que nous avons mis en place, mondialement et en France depuis le début d'année, une couverture
02:04commerciale dédiée aux fonds d'infrastructures.
02:07Et les fonds d'infrastructures français étant parmi les plus actifs au niveau européen, notamment.
02:16Vous annoncez au premier semestre de cette année 2026 une mobilisation de plus de 86 milliards d'euros de financement
02:22durable.
02:24Quelle est la tendance ? Est-ce que c'est en progression ou pas ? Parce que c'est vrai
02:28que ça fait des mois que dans mes émissions, j'entends parler de backlash,
02:31que j'essaie de l'illustrer, de l'évaluer. C'est quoi la tendance en matière de financement durable ?
02:35Alors c'est vrai qu'il y a des vents contraires. Ce qu'on remarque auprès de nos grands clients
02:43français,
02:44qui sont les grandes entreprises françaises, internationales, mais aussi les fonds d'investissement,
02:51c'est que l'investissement dans la transition est véritablement partie prenante de leur stratégie.
02:59Il y a une véritable accélération alors même que l'impact des changements climatiques se manifeste de plus en plus.
03:09Et donc au contraire, ce que nous remarquons, c'est une accélération des transitions, des business plans de nos clients
03:18et une mobilisation de plus en plus forte de financement pour permettre cette réallocation de capital.
03:26Berenice Arbona, quel type de projet vous financez concrètement ? Et peut-être aussi quel résultat climatique vous en attendez
03:33?
03:34Quand on parle de finance à impact, ce qui est très important, c'est de pouvoir mesurer l'impact justement
03:38qu'on a.
03:39Quand on parle d'impact lié à la décarbonation ou à la transition énergétique, il peut y avoir le financement
03:45de projets qu'on va appeler pure player,
03:48c'est-à-dire des projets qui par nature sont destinés à atténuer le changement climatique.
03:53On peut penser à des projets naturellement de production d'énergie renouvelable, mais également des projets dans le secteur de
03:59l'électrification des usages.
04:01Et le dernier élément, c'est des projets qui sont liés à l'efficacité énergétique.
04:06Que ce soit l'efficacité énergétique des bâtiments, l'efficacité énergétique des réseaux.
04:11La deuxième catégorie, si on a des stratégies à impact un peu plus large, on ne finance pas que des
04:16projets qui seront appelés pure player,
04:18ça serait de financer également des projets d'infrastructures qui ne sont pas 100% verts aujourd'hui,
04:24mais qu'on va accompagner dans ce mouvement vers la décarbonation.
04:28Par exemple ?
04:29Par exemple, un projet de réseau de chaleur qui aujourd'hui va, son énergie va provenir d'une grande partie
04:37d'énergie carbonée,
04:38va mettre en place un plan de décarbonation pour augmenter le mix d'énergie renouvelable dans son mix énergétique pour
04:46pouvoir produire de la chaleur.
04:47Donc ça, ça ne sera pas une infrastructure pure player de la transition.
04:51Mais qu'est-ce qui vous intéresse dans ce cas-là ? C'est la trajectoire que cette infrastructure ou
04:57que cette entreprise ou que ce projet engage ?
04:59Tout à fait. C'est de pouvoir accompagner en fait cette trajectoire.
05:01Parce qu'aujourd'hui, si on ne finance que des projets qui sont très verts, en fait, il y a
05:05tout un pan de l'économie et des infrastructures qui du coup va rester un petit peu de côté.
05:10Or, ce qu'on a besoin, et surtout quand on cherche de l'impact, l'impact peut être plus grand
05:13quand on accompagne une infrastructure vers une trajectoire de transition et de décarbonation,
05:17plutôt qu'on a besoin des deux, mais cet impact peut être plus important en accompagnant cette infrastructure vers une
05:24trajectoire de transition.
05:25Vous êtes dans la même démarche, Thomas Labergère ?
05:28Oui, très aligné avec ça. Nous sommes dans un environnement où 80% de la consommation d'énergie provient des
05:37énergies fossiles.
05:39Donc, bien sûr, il faut créer de nouvelles infrastructures autour du renouvelable.
05:44C'est ce que nous faisons chez ING en accompagnant le financement de TESAF entre Total Energy, Saria, pour le
05:53carburant aérien renouvelable.
05:56C'est ce que nous faisons en étant conseil financier d'Electra sur les points de recharge rapides électriques.
06:02Mais c'est aussi et surtout accompagner l'évolution du reste de l'économie vers des business models durables.
06:10Et c'est ce qu'on fait quand on est conseil d'AQM, le leader européen de la location de
06:15locomotives, SNCF, de la même manière où nous sommes coordinateurs de leur financement.
06:20Et c'est un point tout à fait essentiel pour atteindre les objectifs des accords de part.
06:26Avec une question, je suis 100% d'accord avec vous. C'est toujours la question de la rapidité, du
06:30rythme auquel on mène cette transition.
06:34Et comment on accompagne ces industries ou ces infrastructures qui sont plutôt carbonées vers une décarbonation.
06:40Est-ce que, vous, votre rôle, c'est de leur mettre aussi un peu la pression pour aller plus vite
06:45?
06:45Tout à fait. Nous sommes des partenaires bancaires engagés et exigeants.
06:52Pour vous donner un exemple, nous avons développé pour 2000 de nos plus gros clients à travers le monde, dont
06:58plus de 100 en France,
07:00des trajectoires individuelles de décarbonation avec lesquelles nous sommes engagés auprès de nos clients.
07:07Et nous permet de benchmarker où se trouve chacun de ces clients dans la trajectoire e-douane d'un objectif
07:17net zéro à horizon 2050.
07:20Et de participer à la nécessaire réallocation de capital.
07:24Cet outil mesurable est tout à fait clé pour engager des conversations intéressantes avec nos clients.
07:32Et forcer cette réallocation qui est aussi prioritaire pour les conseils d'administration de nos clients.
07:38Avec quelles métriques, quels outils de mesure, Bérenice Arbona ?
07:42La mesure ?
07:43Il y a le CO2 qui est le plus simple d'une certaine façon. Il en faut d'autres ?
07:47Le CO2 est très utile parce qu'en fait, c'est un dénominateur qui est universel et qui peut être
07:55mesuré sur tous les projets d'infrastructures qu'on finance.
07:57Et c'est ça qui est très important, c'est que via des méthodologies, donc de notre côté, on a
08:03travaillé avec des experts en décarbonation pour arriver à avoir une méthodologie qui nous permet de calculer pas uniquement le
08:11bilan carbone des projets qu'on a en portefeuille sur une base scope 3,
08:16mais également de pouvoir mesurer une trajectoire de température.
08:20Et donc aujourd'hui, on sait dire sur nos portefeuilles à impact climatique, si notre portefeuille est aligné avec les
08:28accords de Paris à 2 degrés, est un peu au-dessus, est un peu en dessous,
08:33et ce à hauteur à la fois des actifs, mais également au niveau global du portefeuille.
08:39Et ces outils sont très utiles pour nous permettre en fait de voir les actions concrètes des politiques et des
08:45investissements qu'on met en place.
08:46On est capable de dire à nos investisseurs quelles sont les données, les mesures efficaces, quelles sont les mesures des
08:55trajectoires de décarbonation qu'on a mis en place.
08:57Est-ce qu'il faut rajouter d'autres critères, les effets sur l'emploi, les effets sur le dynamisme d
09:03'un territoire, sur la résilience des infrastructures,
09:07ou est-ce qu'à force de diluer, on ne risque pas un peu de s'y perdre dans les
09:10objectifs ?
09:11On a commencé de notre côté par des stratégies à impact sur la décarbonation, justement grâce à cette maîtrise des
09:17outils de mesure.
09:19On est en train de travailler pour essayer de voir si on arrive à quantifier d'autres impacts, notamment des
09:24impacts sociaux,
09:25impact sur la réindustrialisation des territoires, impact sur la création d'emplois locaux.
09:29Ce qui est un peu plus compliqué, c'est qu'il n'y a pas de métriques communes comme le
09:34carbone,
09:35mais c'est une complexité qu'on essaye de travailler avec certains partenaires aujourd'hui
09:40et qui devrait pouvoir nous permettre d'intégrer justement en dehors de ces aspects décarbonation,
09:46ces aspects qui sont vitales également pour la compétitivité des territoires européens.
09:50Qui doit payer pour l'adaptation climatique ?
09:52Ce sont d'abord les entreprises les plus polluantes.
09:56Comment vous abordez cette question-là ?
09:59Déjà, il existe un prix de marché du CO2.
10:03Et mettre un prix sur les émissions, c'est quelque chose de tout à fait nécessaire pour le fonctionnement d
10:11'une économie.
10:12Donc, objectiver le prix, c'est un élément important.
10:17Ensuite, il faut le partager entre les entreprises, les assureurs, les investisseurs ?
10:21Oui, si vous voulez. Dans les stratégies de transition, plus vous avez un horizon d'investissement à long terme,
10:31plus l'attention portée à la valeur résiduelle des actifs est importante.
10:36Et donc, le temps long dans la décision d'investissement permet une adéquation tout à fait naturelle
10:43entre rentabilité et nécessaire décarbonation d'une économie durable.
10:50Les objectifs sont parfaitement alignés.
10:53Là où il peut exister une friction dans le système, c'est quand vous avez des objectifs de rentabilité à
11:00court terme
11:01qui ne sont pas nécessairement compatibles avec l'investissement dans le temps long d'outils de production en adéquation avec
11:11une économie décarbonée.
11:12Ça, ce que vous venez de décrire, pour vous, c'est quoi ?
11:15C'est le principal frein, le principal obstacle au financement de la transition ?
11:19Ce décalage-là, en quelque sorte ?
11:21Malheureusement, nous sommes rattrapés par la réalité du changement climatique.
11:27Donc, cette inadéquation crée de moins en moins de bruit négatif dans les décisions d'investissement.
11:34C'est le premier point.
11:35Ensuite, c'est vrai que nous avons la chance d'avoir en France des fonds d'infrastructures particulièrement actifs,
11:45les Antin, les Ardian, les Vauban, les Infravia, les Meridiam, qui sont des formidables accélérateurs de transition,
11:54qu'elles soient digitales, énergétiques, environnementales, et y compris en matière de défense.
11:59La défense venant rajouter aux besoins de financement d'infrastructures de manière tout à fait significative.
12:06Comment vous intégrez le risque d'un projet et son risque de moindre rentabilité ?
12:13Est-ce que ce n'est pas forcément un critère de la plupart des grands projets de décarbonation ?
12:21Et est-ce que ça reste quand même un critère qui peut être éliminant pour certains projets ?
12:26Il est très important quand on regarde la bancabilité d'un projet de prendre en compte l'intégralité des cash
12:33flows du projet
12:34sur le temps long sur lequel on va le financer.
12:36Aujourd'hui, un projet vert n'est pas nécessairement un projet bancable, malheureusement.
12:43Il va être moins rapidement rentable ?
12:45Son impact, pas forcément, mais ça dépend de la visibilité qu'on peut avoir sur ces cash flows
12:50et de la pérennité de son business plan.
12:51Ce qui est très important, c'est qu'on ne pourra pas continuer à financer des projets de transition
12:56si le fondamental qui est la viabilité du business plan sur le long terme n'est pas là.
13:03Parce que derrière, ça intègre des risques sur les financements qu'on va faire.
13:10Et donc du coup, nos investisseurs à nous ne seront pas contents et se détourneront de ces projets.
13:14Donc, pour financer ces projets, et c'est vraiment indispensable pour financer des projets de transition énergétique,
13:19c'est que leurs business plans doivent être tout d'abord viables.
13:23Après, l'analyse des risques extra-financiers, des risques climatiques,
13:28ça permet de renforcer sur ces projets qui ont un bon business plan,
13:32leur viabilité, leur résilience sur le long terme.
13:35Et c'est là, en fait, la valeur ajoutée d'intégrer cette notion de résilience,
13:40de risque climatique et de risque physique dans nos analyses financières.
13:44C'est que ça permet, en fait, de financer des projets qui ont un bon business plan,
13:48mais qui, en plus, vont plus probablement être moins exposés à des aléas climatiques ou physiques
13:58sur la durée de nos financements.
13:59Oui, on peut d'ailleurs inverser la logique.
14:01Thomas Laberger, c'est un dernier mot, une grosse année, 30-40 secondes pour conclure.
14:07Une entreprise qui n'intègre pas le risque climatique à sa stratégie,
14:10vous avez encore envie de la financer ?
14:14Est-ce que ça existe encore, d'ailleurs ?
14:15Non, si vous voulez, l'utilisation des plans de transition que nous avons mis en place
14:21nous permet justement de prendre des décisions, parfois des décisions difficiles,
14:27dans notre volonté d'accompagner ou pas tel ou tel client.
14:31Ce qui est certain, c'est que l'engagement d'ING dans l'accélération des transitions
14:37et notamment dans la transition environnementale est intacte.
14:42Et nous sommes assez fiers d'être un des leaders dans ce domaine.
14:48Merci beaucoup.
14:49Merci à tous les deux d'avoir participé à cette émission.
14:53Je vous laisse regagner les allées de Paris Infra Week.
14:56On continue ce Smart Impact spécial.
14:58On parle autonomie énergétique et industrielle.
15:01Tout de suite.
15:08Comment financer les infrastructures qui déterminent l'autonomie énergétique,
15:12l'autonomie industrielle de l'Europe ?
15:13On en parle tout de suite avec Vincent Lévita.
15:15Bonjour.
15:16Vous êtes le fondateur, le président d'Infravia.
15:18Nicolas Rochon, bonjour.
15:20Bonjour.
15:20Bienvenue le fondateur, le président de Air Green Invest.
15:23On prend quelques secondes rapides pour présenter Infravia, pour commencer en quelques mots.
15:27Donc Infravia, c'est un fonds d'investissement indépendant qui existe depuis 20 ans,
15:33qui s'est positionné sur les infrastructures énergétiques, pour la transition énergétique,
15:38les infrastructures digitales, mais également les métaux critiques,
15:42qui sont les conditions nécessaires pour faire tout ça.
15:44Donc on existe depuis 20 ans, on investit partout en Europe, on gère 20 milliards.
15:52Et on voit devant nous un bel avenir.
15:55Et en quelques mots, Nicolas Rochon, Air Green Invest ?
15:58Alors c'est une société de gestion française dédiée à l'investissement dans la transition énergétique depuis 15 ans.
16:04On est une cinquantaine de collaborateurs, on gère un peu plus de 4 milliards avec deux stratégies,
16:10une stratégie en dette et une stratégie en écoutie pour essayer d'accompagner au mieux les entrepreneurs de la transition.
16:15Alors quand on va parler d'infrastructures, évidemment, d'autonomie énergétique et industrielle,
16:21il y a tellement d'enjeux en ce moment qu'on se demande quelles doivent être les priorités.
16:25Je commence avec vous, Nicolas Rochon.
16:27Qu'est-ce qu'il faut prioriser en termes de dépendance stratégique ?
16:30C'est l'énergie, c'est les réseaux, c'est les transports ?
16:32Qu'est-ce que vous voyez, vous, comme priorité aujourd'hui ?
16:35La priorité, c'est le bon sens.
16:38C'est d'essayer d'investir dans des infrastructures qui sont compétitives et qui offrent des solutions.
16:42Et dans le cadre de la transition énergétique, c'est de faire une vraie transition énergétique et pas seulement une
16:46transition environnementale.
16:47Et finalement, s'inspirer un peu du modèle chinois.
16:50C'est dur à dire pour des Européens, mais ceux qui ont réussi la vraie transition énergétique depuis 20 ans,
16:55ce sont les Chinois.
16:57Avec la souveraineté, pour nous, ça n'existe pas.
16:59Il n'y a pas de souveraineté énergétique.
17:00On est dépendant sur chaque sous-jacent énergétique, soit pour les composants, soit pour l'approvisionnement.
17:05Donc, c'est la diversification géographique, technologique.
17:10Et c'est ça qui rendra l'Europe autonome.
17:12Donc, pour nous, le plus important pour l'Europe, c'est d'arriver à avoir une stratégie, une vraie vision,
17:22une vraie planification diversifiée
17:25qui permettra une autonomie et le retour à la compétitivité.
17:29Et tout part par l'énergie.
17:30Le digital, ce n'est que de l'énergie.
17:34La mobilité, ça sera aussi de l'énergie.
17:36Et donc, il faut absolument qu'on arrive à mettre à jour nos réseaux et nos capacités de production.
17:41Ce temps long, vous avez le sentiment qu'il est à l'œuvre au niveau européen ?
17:45Ou que malgré tout, vous êtes soumis aux aléas politiques, aux changements de majorité, notamment au niveau européen ?
17:53C'est une question complexe parce qu'effectivement, nous, nous investissons sur le long terme.
17:57Et il n'y a que le long terme qui permet de construire ce qu'on veut construire.
18:01Effectivement, aujourd'hui, avoir un mix énergétique compétitif, disponible et décarboné, ce n'est pas possible tout de suite.
18:07C'est possible dans 15 ans si on fait le travail.
18:09Donc, vous l'avez dit, on a besoin de politiques publiques fortes.
18:14Certains enjeux, parfois, se politisent.
18:16Et du coup, on se retrouve à avoir des discussions un peu absurdes sur des guerres de religion entre le
18:25nucléaire et le renouvelable.
18:26En réalité, un mix énergétique, ça se construit dans le temps.
18:30Je pense que les pouvoirs publics le savent.
18:32Après, il faut gérer le court terme.
18:34C'est aussi leur travail et c'est compliqué.
18:36Et comment on finance justement ?
18:38On parle de temps long.
18:39C'est des infrastructures stratégiques qui demandent beaucoup d'argent et qui ne rapportent pas tout de suite.
18:44Donc, comment on va ?
18:46En fait, il peut y avoir des problèmes de financement court terme.
18:50C'est là que la politique publique peut aider.
18:52On peut même avoir un peu de funding public comme catalyseur.
18:57C'est-à-dire qu'à ce moment-là, vous avez besoin de fonds publics ?
18:59En fait, moi, je n'ai pas systématique.
19:01On a surtout besoin d'une politique industrielle, des règles du jeu qui soient stables.
19:07Parfois, il y a besoin de funding, mais c'est ce que j'appelle un catalyseur.
19:11Comme en chimie, on le récupère après.
19:14Nous, on a de l'argent qui est prêt à avoir une rentabilité sur le long terme.
19:17Donc, la rentabilité, ce n'est pas le sujet.
19:20Le sujet dans l'énergie aujourd'hui, c'est effectivement accepter que construire ce qu'on cherche à construire, ça
19:25prend du temps.
19:27Et avoir une politique comme on a eu dans d'autres secteurs.
19:29Historiquement, on a eu ça dans le nucléaire, dans les TGV, dans les avions.
19:32Plus récemment, on a eu ça dans la fibre.
19:34On est capable de construire des choses sur le long terme.
19:37Il faut demander effectivement au pouvoir public des choses compliquées.
19:40C'est-à-dire de mettre en place une politique publique, de la tenir et de ne pas trop politiser
19:45au sens de rendre polémique un sujet.
19:48C'est parfois compliqué.
19:48Il y a énormément de transitions à financer aujourd'hui, Nicolas Rochon.
19:53Est-ce que la transition environnementale, elle rentre en concurrence avec les autres et elle est en train de passer
19:59au second plan ?
20:00Non, je pense que...
20:01Par rapport à l'IA, par rapport à...
20:03Je pense que la transition environnementale qui était vue souvent comme une contrainte historiquement,
20:09parce qu'on était vraiment dans la logique lutte contre le réchauffement climatique, trouver des solutions, décarboner.
20:15Aujourd'hui, elle fait partie de la solution.
20:16Alors c'est très juste, pas partout, la France n'est pas du tout la même problématique que l'Europe
20:23de l'Est ou que la Suède.
20:25Et il faut savoir adapter sa politique énergétique par rapport aux atouts du territoire et surtout à la compétitivité de
20:31son infrastructure.
20:32Et l'IA doit, au contraire, en Europe, bénéficier massivement d'une politique agressive dans une transition énergétique décomplexée, pragmatique.
20:44Demain, on sait que la vraie problématique européenne, c'est les réseaux.
20:50On est sur des réseaux centralisés avec des très gros investissements, mais qui sont congestionnés par rapport aux nouvelles solutions
20:58énergétiques.
20:59Il nous faut absolument décentraliser, trouver des nouvelles solutions pour accélérer.
21:03Et nous sommes, nous-mêmes, au quotidien, en train de réfléchir à des solutions pour faire pivoter nos acteurs qui
21:10sont des acteurs de production, pour qu'ils se mettent au service des acteurs digitaux.
21:15Voilà, ça, c'est un des enjeux très importants de cette transition énergétique qui va bien au-delà de la
21:20transition environnementale.
21:21Et sur la rentabilité, la rentabilité à court ou à long terme, comment vous vous situez ?
21:28La rentabilité, elle est très forte dans certains pays, un peu moins dans d'autres.
21:32Je vous donne un exemple. On est présent en Hongrie, Bulgarie, Roumanie.
21:37Sur ces zones-là, on est le leader indépendant de la production et du stockage d'énergie entre le solaire,
21:41l'éolien et les batteries.
21:43On arrive à produire et stocker l'énergie à 45 euros.
21:46Le prix moyen est au-dessus de 100 euros sur le marché.
21:49Avec des capacités de pilotage avec la batterie, on arrive à avoir des marges très supérieures à ce qui est
21:55attendu même pour des fonds d'infrastructure,
21:56parce qu'on arrive à avoir des marges plutôt entre 15 et 20 %.
21:59Donc, on peut trouver de la rentabilité. Sur le marché du stockage et de la gestion des réseaux en France,
22:05sans souvention, on a réussi à développer l'acteur leader sur le marché français et le marché finlandais.
22:13Donc, il y a des solutions. Elles sont très différentes par zone géographique, par technologie.
22:17Mais le point très important dans le contexte actuel, surtout quand on ne peut plus vraiment compter sur l'argent
22:22public,
22:23c'est d'avoir des infrastructures indépendantes, autonomes, capables d'être compétitives et d'offrir des solutions.
22:31Quand vous dites qu'on ne peut plus vraiment compter sur l'argent public, c'est vrai seulement pour la
22:35France ou c'est vrai pour l'Europe ?
22:36C'est un peu partout. Il n'y a pas un pays européen qui va être capable de soutenir massivement
22:42une industrie.
22:45Et finalement, c'est une très bonne chose parce qu'on a les clés aujourd'hui pour développer des infrastructures
22:51compétitives.
22:53Et ça force à réfléchir. Au lieu de dilapider les subventions sur différents sous-jacents sans vraiment réfléchir aux intérêts
23:02de cette infrastructure,
23:04on peut faire maintenant des choix stratégiques importants par zone géographique et par technologie.
23:10Et donc, oui, l'argent, ce n'est pas le plus important. Le plus important, c'est la consistance dans
23:15les règles du jeu.
23:16Et c'est ça qu'on attend des pouvoirs publics.
23:18Vous l'avez évoqué tout à l'heure. Je veux bien vous entendre là-dessus, Vincent Lévita, sur cette idée
23:23d'une souveraineté énergétique européenne.
23:25C'est sans doute à l'heure parce qu'on ne peut pas la voir sur toute la chaîne de
23:29valeur. C'est une évidence.
23:31Donc, qu'est-ce qu'il faut travailler ? Il faut travailler des moyens de négociation, de pression.
23:37C'est la diversité des sources d'approvisionnement. Qu'est-ce qu'il faut travailler ?
23:40Oui, c'est exactement ça. Moi, je crois que le multilatéralisme n'est pas mort.
23:44Mais c'est vrai qu'on est dans un monde plus agressif.
23:46Donc, la souveraineté, ce n'est pas d'être indépendant, d'être autonome partout.
23:50Ça, ça n'existe pas ou ça n'existe plus.
23:52En revanche, on doit pouvoir discuter avec les autres pays, avec les Américains, avec les Chinois certainement.
24:00Mais pour ça, il faut avoir des cartes dans son jeu.
24:02Donc, développons nos cartes. On en a plein.
24:04Historiquement, on avait le nucléaire. On l'a toujours d'ailleurs.
24:07On a des bons ingénieurs, on a de l'argent, on a une bonne vision sur comment développer notre mix
24:15énergétique.
24:16C'est vrai qu'à court terme, il faut travailler le stockage et les réseaux.
24:20La production n'est pas un problème. Ça le sera probablement demain si ça continue.
24:26Moi, je crois aux solutions multilatérales. Je crois qu'elles ne sont pas mortes.
24:30Mais en revanche, il faut sortir de la naïveté qui pense que les autres vont régler nos problèmes.
24:35Ça, c'est sûr.
24:36Mais est-ce que ça veut dire aussi que sur certains de ces projets, il y a des financements internationaux
24:41et pas seulement européens ?
24:43Est-ce qu'il faut les accepter ?
24:44Oui. La question de la souveraineté financière est une bonne question, si c'est ça que vous posez.
24:50Nous, on plaide depuis longtemps pour dire que la souveraineté, c'est de l'énergie, c'est de la tech,
24:56c'est de la santé, c'est de l'éducation.
24:59Et c'est aussi de la finance. Je prends l'exemple d'Infravia parce qu'il est simple.
25:05On a levé un fonds de 8 milliards cette année pour investir en Europe.
25:08Sur ces 8 milliards, il y en a 5 qui viennent d'investisseurs hors européens.
25:12Donc, ça veut dire que le reste du monde voit l'Europe comme un endroit attractif pour investir.
25:18Oui, c'est bon signe d'une certaine façon.
25:19C'est bon signe. Cet argent, il sera géré par nous. Donc, d'une certaine manière, il récupère un peu
25:22de souveraineté.
25:23Et on n'y perd pas en souveraineté malgré tout ?
25:26On n'y perd pas en souveraineté si on est capable de piloter cet argent-là, ce qui est notre
25:31boulot.
25:33La question, encore une fois, de la souveraineté, ce n'est pas une question d'autonomie.
25:37Il y a une question entre l'attractivité, être capable d'attirer des capitaux étrangers pour développer notre pays,
25:44mais à la fois de garder sa souveraineté. Donc, nous, on fait partie de la réponse sur cette question-là.
25:49Je vais vous poser un peu la même question à tous les deux. Je commence avec vous, Nicolas Rochon.
25:53Est-ce que vous identifiez une stratégie commune européenne de financement de ces infrastructures stratégiques ?
26:00Ou est-ce qu'elle est encore un peu dans les lindes ?
26:04Je pense que c'est très compliqué. Déjà, si j'arrivais à identifier des politiques nationales claires, ça serait bien.
26:12Pays par pays. Par pays. C'est dur. Et on a le même objectif, mais ce n'est pas les
26:22mêmes solutions.
26:23Et il faut travailler donc déjà au niveau local. Ça part des territoires, ça remonte au niveau national.
26:32Et après, pour un enjeu européen commun. Voilà. Et dans nos réflexions, on doit vraiment au maximum
26:40essayer de trouver des infrastructures qui offrent des solutions et surtout ne pas vraiment attendre
26:49que le mouvement soit porté par les organismes publics. C'est vraiment pour nous le message
26:56et le gros changement aussi du monde des infrastructures d'aujourd'hui par rapport à celui des 10-15 dernières
27:02années.
27:02Oui, parce qu'en fait, les 10 ans d'Infra Week, la grande différence, c'est ça.
27:04C'est de ne plus attendre les financements publics. C'est ce que je comprends dans...
27:07Je pense qu'il ne faut pas attendre. Il ne faut pas attendre de financement public. Il faut espérer un
27:13cadre.
27:14Ça, il faut espérer un cadre. Des règles du jeu. Et il faut maintenant enlever les brassards et nager en
27:21eau libre.
27:21Il faut se lancer. Est-ce que c'est un leurre, Vincent Lévita, d'attendre ou d'espérer une stratégie
27:27commune européenne
27:28de financement de ces infrastructures stratégiques ? Justement parce que, c'est ce que vous me disiez,
27:32il y a 27 pays avec des objectifs qui ne sont pas forcément les mêmes.
27:36Non, mais je pense que la stratégie commune européenne, elle ne doit pas être sur le financement.
27:41Justement, le financement, là où il est le plus... Il faut utiliser les pouvoirs publics là où ils sont bons
27:45et là où ils sont légitimes. Donc créer une politique publique, effectivement définir un mix énergétique souverain,
27:53décarboné et compétitif. Ça, ça peut être quelque chose qui est travaillé au niveau de l'Europe.
27:59Ensuite, l'exécution et le financement, il faut laisser faire les acteurs de marché.
28:03C'est là qu'ils sont bons. C'est là qu'ils ont été efficaces.
28:06Non, je ne préférerais pas avoir un politbureau de l'énergie européenne.
28:10Je ne suis pas sûr que ça soit efficace. En revanche, les acteurs sur le terrain,
28:13qu'ils soient financiers, qu'ils soient industriels, ils savent faire leur boulot.
28:17L'argent est là. Les compétences sont là.
28:20Ce dont on a besoin, c'est un peu de volonté politique, effectivement, pour donner le cadre.
28:25L'exécution, il y a des acteurs qui sont bons pour ça.
28:27Merci beaucoup. Merci à tous les deux d'avoir participé à ce Smart Impact spécial.
28:32Et bon, Paris Infra Week, voilà, 10e édition de ce rendez-vous des professionnels de l'infrastructure.
28:40Rendez-vous européen. Voilà, c'est la fin de ce Smart Impact.
28:44Merci à toutes et à tous de votre fidélité à BeSmart for Change.
28:47Je vous dis à très vite.
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