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Financer des infrastructures bas carbone ou décarbonantes, c'est ce que font LBP AM European Private Markets & ING France en mobilisant des fonds. Mais comment mesurer l'impact réel d'un financement, qui doit payer pour l'adaptation climatique et quels sont les obstacles à la transition ? Bérénice Arbona, responsable de la dette infrastructure chez LBP AM European Private Markets, et Thomas Labergère, directeur général d'ING France, confrontent leurs approches.
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00:00...
00:06Notre débat toujours à Paris Infra Week, on parle de finance à impact.
00:10Je vous présente tout de suite mes invités.
00:11Bérenice Arbonna, bonjour.
00:13Bonjour.
00:13Bienvenue, vous êtes responsable de la dette infrastructure chez LBPAM, European Private Market.
00:19C'est Thomas Labergère, bonjour.
00:21Bonjour.
00:21Le directeur général d'ING France.
00:24Un mot de LBP, filiale de gestion d'actifs de la banque postale, c'est ça ?
00:28Tout à fait.
00:28Oui. Avec quel type de mission d'activité ?
00:31Nous avons dans mon département la mission de financer des projets en dette dans des projets d'infrastructure dans toute
00:39l'Union européenne.
00:40Et dans nos stratégies, nous avons à la fois des stratégies avec sélection ESG, mais également des stratégies à impact,
00:49donc avec des forts degrés de conviction.
00:51Oui, et on va justement parler de ces investissements à impact.
00:54Et évidemment, ING France, Thomas Labergère, c'est la branche française du géant néerlandais, évidemment, banque de financement, banque d
01:02'investissement.
01:02Et vous êtes partenaire de cette édition de Paris Infra Week.
01:05Pourquoi ? Qu'est-ce que ça représente pour vous cet enjeu des infrastructures ?
01:08Oui, c'est tout à fait naturel pour nous, ING, d'être partenaire de cet événement.
01:15Nous sommes la banque du financement des transitions, qu'elles soient énergétiques, environnementales, digitales, y compris en matière de défense,
01:24à tel point que nous avons mis en place, mondialement et en France depuis le début d'année, une couverture
01:31commerciale dédiée aux fonds d'infrastructure.
01:35Et les fonds d'infrastructure français étant parmi les plus actifs au niveau européen, notamment.
01:43Vous annoncez au premier semestre de cette année 2026 une mobilisation de plus de 86 milliards d'euros de financement
01:49durable.
01:51Quelle est la tendance ? Est-ce que c'est en progression ou pas ?
01:54Parce que c'est vrai que ça fait des mois que dans mes émissions, j'entends parler de backlash, que
01:58j'essaie de l'illustrer, de l'évaluer.
02:00C'est quoi la tendance en matière de financement durable ?
02:03Alors, c'est vrai qu'il y a des vents contraires.
02:07Ce qu'on remarque auprès de nos grands clients français, qui sont les grandes entreprises françaises, internationales, mais aussi les
02:16fonds d'investissement,
02:17c'est que l'investissement dans la transition est véritablement partie prenante de leur stratégie.
02:26Il y a une véritable accélération, alors même que l'impact des changements climatiques se manifeste de plus en plus.
02:36Et donc, au contraire, ce que nous remarquons, c'est une accélération des transitions, des business plans de nos clients,
02:44et une mobilisation de plus en plus forte de financement pour permettre cette réallocation de capital.
02:52Berenice Arbona, quel type de projet vous financez concrètement ? Et peut-être aussi, quels résultats climatiques vous en attendez
03:00?
03:01Quand on parle de finance à impact, ce qui est très important, c'est de pouvoir mesurer l'impact justement
03:05qu'on a.
03:06Quand on parle d'impact lié à la décarbonation ou à la transition énergétique, il peut y avoir le financement
03:12de projets qu'on va appeler « pure player »,
03:14c'est-à-dire des projets qui, par nature, sont destinés à atténuer le changement climatique.
03:20On peut penser à des projets naturellement de production d'énergie renouvelable, mais également des projets dans le secteur de
03:26l'électrification des usages.
03:28Et le dernier élément, c'est des projets qui sont liés à l'efficacité énergétique, que ce soit l'efficacité
03:34énergétique des bâtiments, l'efficacité énergétique des réseaux.
03:37La deuxième catégorie, si on a des stratégies à impact un peu plus large, on ne finance pas que des
03:43projets qui seront appelés « pure player »,
03:45ce serait de financer également des projets d'infrastructures qui ne sont pas 100% verts aujourd'hui,
03:51mais qu'on va accompagner dans ce mouvement vers la décarbonation.
03:55Par exemple ?
03:55Par exemple, un projet de réseau de chaleur, qui aujourd'hui, son énergie va provenir d'une grande partie d
04:04'énergie carbonée,
04:05va mettre en place un plan de décarbonation pour augmenter le mix d'énergie renouvelable dans son mix énergétique pour
04:12pouvoir produire de la chaleur.
04:14Donc ça, ça ne sera pas une infrastructure pure player de la transition.
04:18Mais qu'est-ce qui vous intéresse dans ce cas-là ? C'est la trajectoire que cette infrastructure,
04:23ou que cette entreprise, ou que ce projet...
04:26Tout à fait. C'est de pouvoir accompagner en fait cette trajectoire.
04:28Parce qu'aujourd'hui, si on ne finance que des projets qui sont très verts, en fait, il y a
04:32tout un pan de l'économie et des infrastructures
04:34qui du coup va rester un petit peu de côté.
04:37Or, ce qu'on a besoin, et surtout quand on cherche de l'impact, l'impact peut être plus grand
04:39quand on accompagne une infrastructure
04:41vers une trajectoire de transition et de décarbonation, plutôt que...
04:45Enfin, on a besoin des deux, mais cet impact peut être plus important en accompagnant cette infrastructure vers une trajectoire
04:52de transition.
04:52Vous êtes dans la même démarche, Thomas Labergère ?
04:55Oui, très aligné avec ça. Nous sommes dans un environnement où 80% de la consommation d'énergie provient des
05:04énergies fossiles.
05:05Donc, bien sûr, il faut créer de nouvelles infrastructures autour du renouvelable.
05:11C'est ce que nous faisons chez ING en accompagnant le financement de TESAF entre Total Energy, Saria, pour le
05:20carburant aérien renouvelable.
05:23C'est ce que nous faisons en étant conseil financier d'Electra sur les points de recharge rapides électriques.
05:29Mais c'est aussi et surtout accompagner l'évolution du reste de l'économie vers des business models durables.
05:37Et c'est ce qu'on fait quand on est conseil d'AQM, le leader européen de la location de
05:42locomotives, SNCF, de la même manière où nous sommes coordinateurs de leur financement.
05:47Et c'est un point tout à fait essentiel pour atteindre les objectifs des accords de part.
05:53Avec une question, je suis 100% d'accord avec vous. C'est toujours la question de la rapidité, du
05:57rythme auquel on mène cette transition
06:00et comment on accompagne ces industries ou ces infrastructures qui sont plutôt carbonées vers une décarbonation.
06:07Est-ce que vous, votre rôle, c'est de leur mettre aussi un peu la pression pour aller plus vite
06:11?
06:12Tout à fait. Nous sommes des partenaires bancaires engagés et exigeants.
06:18Pour vous donner un exemple, nous avons développé pour 2000 de nos plus gros clients à travers le monde, dont
06:25plus de 100 en France,
06:27des trajectoires individuelles de décarbonation avec lesquelles nous sommes engagés auprès de nos clients
06:33et nous permet de benchmarker où se trouve chacun de ces clients dans la trajectoire e-douane d'un objectif
06:43net zéro à horizon 2050
06:46et de participer à la nécessaire réallocation de capital.
06:51Cet outil mesurable est tout à fait clé pour engager des conversations intéressantes avec nos clients
06:59et forcer cette réallocation qui est aussi prioritaire pour les conseils d'administration de nos clients.
07:05Avec quelle métrique, quels outils de mesure Berenice Arbonne ?
07:09Il y a le CO2 qui est le plus simple d'une certaine façon, il en faut d'autres ?
07:14Le CO2 est très utile parce qu'en fait c'est un dénominateur qui est universel
07:20et qui peut être mesuré sur tous les projets d'infrastructures qu'on finance.
07:24Et c'est ça qui est très important, c'est que via des méthodologies,
07:28donc de notre côté on a travaillé avec des experts en décarbonation,
07:32pour arriver à avoir une méthodologie qui nous permet de calculer pas uniquement le bilan carbone
07:39des projets qu'on a en portefeuille sur une base scope 3,
07:42mais également de pouvoir mesurer une trajectoire de température.
07:48Et donc aujourd'hui on sait dire sur nos portefeuilles à impact climatique,
07:52si notre portefeuille est aligné avec les accords de Paris à 2 degrés,
07:57est un peu au-dessus, est un peu en dessous, et ce à hauteur à la fois des actifs,
08:03mais également au niveau global du portefeuille.
08:06Et ces outils sont très utiles pour nous permettre en fait de voir les actions concrètes
08:10des politiques et des investissements qu'on met en place.
08:13On est capable de dire à nos investisseurs quelles sont les données, les mesures efficaces,
08:20quelles sont les mesures des trajectoires de décarbonation qu'on a mis en place.
08:24Est-ce qu'il faut rajouter d'autres critères, les effets sur l'emploi,
08:28les effets sur le dynamisme d'un territoire, sur la résilience des infrastructures,
08:34ou est-ce qu'à force de diluer, on ne risque pas un peu de s'y perdre dans les
08:37objectifs ?
08:38On a commencé de notre côté par des stratégies à impact sur la décarbonation,
08:41justement grâce à cette maîtrise des outils de mesure.
08:45On est en train de travailler pour essayer de voir si on arrive à quantifier d'autres impacts,
08:50notamment des impacts sociaux, impact sur la réindustrialisation des territoires,
08:54impact sur la création d'emplois locaux.
08:56Ce qui est un peu plus compliqué, c'est qu'il n'y a pas de métriques communes comme le
09:00carbone,
09:02mais c'est une complexité qu'on essaye de travailler avec certains partenaires aujourd'hui
09:07et qui devrait pouvoir nous permettre d'intégrer justement en dehors de ces aspects décarbonation,
09:13ces aspects qui sont vitales également pour la compétitivité des territoires européens.
09:16Qui doit payer pour l'adaptation climatique ?
09:19Ce sont d'abord les entreprises les plus polluantes.
09:23Comment vous abordez cette question-là ?
09:26Déjà, il existe un prix de marché du CO2.
09:29Et mettre un prix sur les émissions, c'est quelque chose de tout à fait nécessaire
09:35pour le fonctionnement d'une économie.
09:39Donc, objectiver le prix, c'est un élément important.
09:43Ensuite, il faut le partager entre les entreprises, les assureurs, les investisseurs ?
09:47Oui, si vous voulez. Dans les stratégies de transition, plus vous avez un horizon d'investissement à long terme,
09:57plus l'attention portée à la valeur résiduelle des actifs est importante.
10:03Et donc, le temps long dans la décision d'investissement permet une adéquation tout à fait naturelle
10:09entre rentabilité et nécessaire décarbonation d'une économie durable.
10:17Les objectifs sont parfaitement alignés.
10:19Là où il peut exister une friction dans le système,
10:23c'est quand vous avez des objectifs de rentabilité à court terme
10:28qui ne sont pas nécessairement compatibles avec l'investissement dans le temps long
10:34d'outils de production en adéquation avec une économie décarbonée.
10:39Ça, c'est ce que vous venez de décrire, pour vous, c'est quoi ?
10:42C'est le principal frein, le principal obstacle au financement de la transition ?
10:47Ce décalage-là, en quelque sorte ?
10:48Malheureusement, nous sommes rattrapés par la réalité du changement climatique.
10:54Donc, cette inadéquation crée de moins en moins de bruit négatif dans les décisions d'investissement.
11:01C'est le premier point.
11:02Ensuite, c'est vrai que nous avons la chance d'avoir en France
11:07des fonds d'infrastructures particulièrement actifs,
11:11les Antin, les Ardian, les Vauban, les Infravia, les Meridiam,
11:17qui sont des formidables accélérateurs de transition,
11:21qu'elles soient digitales, énergétiques, environnementales,
11:24et y compris en matière de défense,
11:26la défense venant rajouter aux besoins de financement d'infrastructures
11:30de manière tout à fait significative.
11:33Comment vous intégrez le risque d'un projet
11:37et son risque de moindre rentabilité ?
11:39Est-ce que ce n'est pas forcément un critère
11:43de la plupart des grands projets de décarbonation ?
11:48Et est-ce que ça reste quand même un critère
11:51qui peut être éliminant pour certains projets ?
11:53Il est très important, quand on regarde la bancabilité d'un projet,
11:57de prendre en compte l'intégralité des cash flows du projet
12:00sur le temps long sur lequel on va le financer.
12:03Aujourd'hui, un projet vert n'est pas nécessairement
12:08un projet bancable, malheureusement.
12:10Il va être moins rapidement rentable ?
12:12Son impact, pas forcément, mais ça dépend de la visibilité
12:16qu'on peut avoir sur ces cash flows et de la pérennité de son business plan.
12:18Ce qui est très important, c'est qu'on ne pourra pas continuer
12:22à financer des projets de transition si le fondamental qui est
12:25la viabilité du business plan sur le long terme n'est pas là.
12:30Parce que derrière, ça intègre des risques sur les financements
12:35qu'on va faire et donc du coup, nos investisseurs à nous
12:38ne seront pas contents et se détourneront de ces projets.
12:41Donc, pour financer ces projets, et c'est vraiment indispensable
12:44pour financer des projets de transition énergétique,
12:46c'est que leurs business plans doivent être tout d'abord viables.
12:49Après, l'analyse des risques extra-financiers, des risques climatiques,
12:54ça permet de renforcer sur ces projets qui ont un bon business plan
12:58leur viabilité, leur résilience sur le long terme.
13:01Et c'est là, en fait, la valeur ajoutée d'intégrer cette notion
13:06de résilience, de risque climatique et de risque physique
13:09dans nos analyses financières.
13:11C'est que ça permet, en fait, de financer des projets
13:13qui ont un bon business plan, mais qui, en plus, vont plus probablement
13:19être moins exposés à des aléas climatiques ou physiques
13:25sur la durée de nos financements.
13:26Oui, on peut d'ailleurs inverser la logique.
13:28Thomas Laberger, c'est un dernier mot, une grosse, 30-40 secondes
13:32pour conclure.
13:33Une entreprise qui n'intègre pas le risque climatique à sa stratégie,
13:37vous avez encore envie de la financer ?
13:41Est-ce que ça existe encore, d'ailleurs ?
13:42Non, si vous voulez, l'utilisation des plans de transition
13:45que nous avons mis en place nous permet, justement,
13:51de prendre des décisions, parfois des décisions difficiles,
13:54dans notre volonté d'accompagner ou pas tel ou tel client.
13:58Ce qui est certain, c'est que l'engagement d'ING
14:01dans l'accélération des transitions, et notamment dans la transition
14:06environnementale, est intacte.
14:09Et nous sommes assez fiers d'être un des leaders dans ce domaine.
14:15Merci beaucoup, merci à tous les deux d'avoir participé à cette émission.
14:19Je vous laisse regagner les allées de Paris Infra Week.
14:22On continue ce Smart Impact spécial,
14:25on parle autonomie énergétique et industrielle.
14:27Tout de suite.