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  • il y a 11 minutes
Hemley Boum, romancière, autrice de "Nos vies sauvages" (Gallimard) est au micro de Sonia Devillers. Elle évoque la société camerounaise et la place centrale des femmes dans son œuvre.

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Transcription
00:00C'est l'histoire d'une redoutable flic, pur produit de la police politique.
00:04C'est l'histoire d'une avocate, pur produit de la bourgeoisie,
00:07devenue une opposante au régime de femmes et autour d'elle,
00:11autant de mères et de filles prises dans la folie corrompue du Cameroun d'aujourd'hui.
00:16Un État africain qui pourrit par la tête.
00:18Son président a été réélu pour un huitième mandat l'année dernière.
00:23Paul Billat, 93 ans, actuellement le président le plus âgé du monde.
00:29C'est l'histoire d'une écrivaine camerounaise de ma génération
00:32qui a beaucoup raconté son pays à travers ses romans,
00:35mais qui cette fois dit plus haut et plus fort ce qu'elle voit.
00:38Elle voit un peuple rongé par la violence, des corps et des esprits usés,
00:43épuisés par tant de désespoir, de répression et d'absurdité.
00:47Elle s'appelle Emlé Boum, portrait numéro 206.
00:53Et je suis bien contente de vous accueillir, Emlé Boum,
00:57je suis bien contente de vous accueillir à France Inter
00:59parce que vous atterrissez du Canada à l'instant.
01:02Vous êtes resté bloqué très longtemps sur l'autoroute
01:05et on a bien cru que vous n'arriveriez pas en direct.
01:08Bref, Novi Sauvage est paru aux éditions Gallimard.
01:12En attendant de savoir s'il va recevoir le prix Renaudot,
01:15parce que vous êtes en 10, il est déjà couronné du prix Landernot.
01:19Vous êtes né à Douala, si je ne me trompe pas.
01:22Vous avez grandi dans le centre du pays, vous avez étudié à Yaoundé,
01:26puis vous avez étudié en France, vous avez vécu dans plusieurs pays d'Afrique
01:30parce que vous avez eu une première vie avant les romans, une première vie professionnelle.
01:34Vous êtes installé en France désormais, vous faites des allers-retours.
01:37Avec le Cameroun, je vous fais entendre la voix de Paul Biya,
01:41il y a pile un an après sa huitième réélection.
01:45Je voudrais également saluer l'attachement de la majorité du peuple Camerounais
01:51à la paix et au vivre ensemble.
01:57Cette paix a malheureusement été perturbée par des troubles survenus après le scrutin
02:05en raison de l'attitude de certains politiciens irresponsables.
02:13Il est de ma responsabilité de veiller à ce que l'ordre soit maintenu.
02:19J'ai pu vous l'assurer, l'ordre règnera.
02:24L'ordre, l'ordre, l'ordre.
02:27Dans la bouche de ce président de 93 ans,
02:31que d'aucuns disaient mort et enterré,
02:33puisqu'on ne le voyait que rarement en chair et en os,
02:36on le voyait rarement debout, on le voyait rarement à un micro.
02:40Est-ce que vous pouvez nous raconter quelle est la situation aujourd'hui même au Cameroun ?
02:46Alors effectivement, on entend la voix de ce président qui est quand même la voix d'un vieillard.
02:51Et sachant que dans ce pays, 70% de la population a 25 ans.
02:55C'est très étrange d'être représenté par un nombre de cette génération-là.
03:00Lui, il est directement issu de la génération avant l'indépendance.
03:04On parle de 1937.
03:06Et aujourd'hui, la situation est telle qu'on est figé, le pays est figé.
03:12J'appelle le Cameroun le pays des révolutions avortées.
03:16Tous les dix ans, tous les scrutins, il y a une génération, encore une,
03:20qui se lève, qui essaye de retourner les choses,
03:24sauf que le système est tellement verrouillé.
03:2640 ans, c'est long.
03:2740 ans, c'est très long.
03:2840 ans, c'est très long.
03:30À quoi ressemble la classe politique camerounaise aujourd'hui ?
03:33Vous parlez de gérontocratie.
03:35Mais j'ai cherché, en lisant votre roman, parce que c'est absolument passionnant,
03:39on a envie de lire mille et une choses sur le Cameroun.
03:41C'est aussi, comment dire, un gouvernement complètement dépeuplé,
03:47des préfets dépeuplés.
03:48La moitié d'entre eux sont morts, jamais remplacés ?
03:51Oui, c'est ça.
03:53Non seulement ils sont morts, certains n'existent plus,
03:56mais surtout, eux aussi, ils sont dans l'expectative.
04:01Le Cameroun est gouverné par une chaise vide,
04:03par quelqu'un qui s'en va en Suisse régulièrement,
04:07six mois, pour des problèmes de santé.
04:09Donc, même les ministres ne savent plus.
04:11Nous sommes dans une fin de règne extrêmement chaotique,
04:14où chacun essaye de protéger son bout de gras.
04:17Avec des guerres de clans ?
04:18Parce que derrière, il y a une succession annoncée.
04:21Bien sûr, avec des guerres de clans.
04:22Mais en fait, à partir du moment où le top n'a pas été donné,
04:25on ne sait pas aujourd'hui qui organise quoi.
04:30C'est pour ça que je parle de cacophonie.
04:32Et alors, dans cette cacophonie, vous faites entendre,
04:35Emelie Boum, de livre en livre du clan des femmes
04:39aux héroïnes de nos vies sauvages,
04:40le nouveau roman qui paraît chez Gallimard.
04:42Vous faites entendre de romans aux romans la voix des femmes.
04:47Pourquoi les femmes ?
04:48Pourquoi ce sont ces héroïnes si fortes, si puissantes,
04:52si déterminées et en même temps si complexes que vous faites surgir ?
04:56Pourquoi ces femmes et toujours ces femmes que vous faites surgir ?
04:59Parce que le Cameroun, aujourd'hui, est un patriarcat.
05:03Mais à la base, le Cameroun est un matriarcat.
05:06Ah bon ?
05:06Oui, le Cameroun est un endroit où les femmes ont du pouvoir,
05:10et un pouvoir essentialisé en tant que femmes.
05:13Et s'il a disparu au fur et à mesure de la construction moderne,
05:16parce que l'église, parce que le code civil napoléonien,
05:19et tout ce qui s'est mis en place,
05:20il existe encore dans ce pays une espèce de base féminine,
05:25suffisamment solide et suffisamment forte pour faire bouger les choses à leur manière.
05:30Évidemment, elles empruntent régulièrement des chemins de traverse.
05:33C'est ce que je dis dans ce livre.
05:34Mais emprunter, quand on emprunte des chemins de traverse...
05:37Elles tuent, elles mentent, elles trahissent.
05:38Voilà.
05:39Vous ne les idéalisez jamais.
05:40Elles font ce qu'il y a à faire, c'est ce que vous dites ?
05:42Oui.
05:42Elles font ce qu'il y a à faire.
05:44Dans un pays totalement corrompu et gangréné par la violence,
05:47il n'y a pas le choix.
05:49Elles cherchent des chemins et elles les trouvent, en fait.
05:51Elles ne reculent pas.
05:52Je n'avais pas du tout envie de décrire des femmes pures.
05:55Je n'avais pas envie de décrire des femmes saintes.
05:58J'avais envie de penser la solidarité féminine comme une perspective de révolution.
06:03Donc cette vieille femme, sans vouloir dévoiler,
06:06parce qu'il y a beaucoup de rebondissements,
06:08cette vieille femme qui tue à main nue son mari
06:10et qui se libère d'une violence exercée sur elle, sur sa fille,
06:14depuis tant d'années, et qui dit « enfin, enfin je respire, elle fait ce qu'il y a à
06:18faire ».
06:18Oui, elle a 80 ans.
06:20C'est-à-dire qu'elle arrive à un moment de sa vie
06:23où elle se dit « ce sera aujourd'hui ou jamais ».
06:25En plus, on a touché à sa fille, on a touché à ses enfants,
06:28il y a quelque chose qui se réveille en elle, quelque chose de sauvage.
06:44Ça, c'est Manu Guy-Bango, c'est juste avant votre naissance.
06:51C'est juste avant votre naissance,
06:53et Manu Guy-Bango, évidemment, il traverse aussi ce livre,
06:57parce qu'il y a un de vos personnages qui l'écoute.
06:59Vous avez passé votre petite enfance auprès de votre grand-mère.
07:03Oui.
07:03Il est là, le matriarcat.
07:04Vous l'avez vu de vos yeux vus ?
07:06De mes yeux.
07:07J'ai passé ma petite enfance auprès d'une femme
07:11qui m'a donné tout l'amour du monde
07:12et le sens de la liberté aussi.
07:15C'était où au Cameroun ?
07:16C'était à Niamsang, dans mon village.
07:19Donc, c'est situé ?
07:20C'est situé dans le centre du Cameroun,
07:24juste après Yaoundé.
07:25Et quel souvenir vous en avez gardé ?
07:27J'ai le souvenir d'une grande joie,
07:30j'ai le souvenir de la nature, de la forêt,
07:32du rire de ma grand-mère
07:34et de tout ce qu'elle met en place.
07:35Ma grand-mère avait une façon très à elle de réfléchir.
07:38Elle ressemble aux femmes que je décris.
07:40Parce que c'est le Cameroun rural, en réalité.
07:43Et que cette femme, qui est morte à l'âge de 105 ans,
07:48de ces souvenirs que vous avez collectés au fur et à mesure,
07:51vous avez tiré votre premier roman,
07:52Le Clan des Femmes,
07:53où il est question de fillettes mariées à des hommes âgés,
07:57où il est question de polygamie,
07:59où il est question, en fait, de la condition de ces femmes rurales.
08:01Oui. Il est question de leurs conditions à cette époque-là,
08:04au début du siècle.
08:05Ma grand-mère a traversé le siècle.
08:07Et puis, il est aussi question de les présenter en tant que sujets.
08:11C'est mon objectif depuis le départ.
08:13Les femmes ne sont pas derrière un homme ou à côté, etc.
08:17Elles sont sujets profondément de leur vie et de la communauté.
08:21Alors, qu'est-ce qui s'est passé dans ces années 90 ?
08:24À l'âge où vous, vous auriez pu devenir un sujet,
08:28puisque vous avez une vingtaine d'années,
08:29à ce moment-là, vous êtes étudiante.
08:33Ces années 90 qui hantent votre récit d'aujourd'hui,
08:37qu'est-ce qui s'est passé ?
08:38Qu'est-ce qui a explosé au Cameroun ?
08:40Le Cameroun a explosé en même temps que le monde.
08:43Le mur tombait, Nelson Mandela était libéré.
08:47Le mur de Berlin, évidemment.
08:49Nelson Mandela était libéré avant de renouveau et de démocratie,
08:54souffler dans le monde, souffler sur le monde.
08:57Et les pays africains, mais tous, le Cameroun parmi les autres,
09:01on pensait qu'il était aussi venu le moment de changer,
09:05de pouvoir passer.
09:07On était au parti unique, on devait passer à la démocratie.
09:11On avait vraiment le sentiment que c'était le moment,
09:13comme tout le monde, de passer à une forme de modernité, de démocratie.
09:20Donc, le Cameroun se soulève, la jeunesse camerounaise se soulève.
09:24Et qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
09:25En fait, ça s'éteint.
09:28Ça s'éteint comme ça.
09:29Ça s'éteint, c'est sévèrement réprimé quand même.
09:31Très sévèrement réprimé.
09:33Mais même, on a cru quand même, et jusqu'au bout, malgré la répression,
09:36parce que le pouvoir aussi a été pris de court.
09:39Brubien n'était là que depuis huit ans.
09:41Il ne pouvait pas penser qu'à ce moment-là,
09:44les Camerounais étaient capables de remettre.
09:45Mais il n'avait pas épuisé le charme de la nouveauté.
09:48Donc, à ce moment-là, il est pris de court.
09:50Mais donc, il s'est tiré sur la foule ?
09:51Oui, sur les étudiants, sur...
09:53Tout le monde était dans la rue.
09:54Il n'y a pas que les jeunes, tout le monde était dans la rue.
09:57Vous étiez dans la rue ?
09:58Moi, non.
09:59J'étais pas...
09:59En fait, j'observais.
10:01J'étais déjà dans le poste qui est le mien aujourd'hui,
10:04d'essayer de témoigner de tout ça, un jour.
10:09Mais mes amis, il était...
10:10Vous n'êtes pas un peu en train de changer de poste, là ?
10:13Ah !
10:15Vous n'êtes pas un peu en train, non ?
10:18Par les mots et par le livre.
10:20Je me dis que c'est un plan de table.
10:24Vous êtes en train de glisser.
10:25Vous êtes en train de glisser.
10:29Mais vous racontez quand même
10:31comment massivement la population camerounaise
10:36a été mise en prison
10:37et comment là est née à l'intérieur de cette prison
10:42il y a 36 ans.
10:43Donc, quelque chose qui n'a cessé, comment dire,
10:47de gangréner le pays.
10:48Exactement.
10:49Je voudrais que vous parliez de ces prisons.
10:51De ces prisons camerounaises.
10:52J'en parle beaucoup.
10:53Beaucoup.
10:54Et même de livre en livre,
10:55je vois que c'est un lieu qui revient.
10:57L'emprisonnement, les corps empêchés,
10:59c'est un lieu qui revient.
10:59Parce que je connais des gens qui sont en prison,
11:02qui ont milité, qui se sont engagés
11:05et qui se sont retrouvés dans ces prisons
11:07à qui je suis allée rendre visite.
11:09Et ce lieu est tellement lugubre,
11:12est tellement à l'image de ce que renvoie ce pays
11:16que je ne pouvais que le poser là aussi,
11:18dans ce roman.
11:21Et j'en dis beaucoup.
11:22Ce que c'est, ce que ça fait aux gens,
11:24ce que ça fait au corps,
11:25le déni de justice que ça peut représenter
11:28et l'espèce d'outil,
11:32d'outil dissuasif que c'est pour le pouvoir.
11:37Elles existent, ces femmes flics,
11:38à l'image de votre personnage.
11:41Ces femmes pionnières qui avaient rêvé de puissance,
11:44qui voulaient un flingue,
11:44qui voulaient un uniforme.
11:46Qui ont tenu tête à tous les hommes
11:48des forces de l'ordre au milieu desquelles
11:50elles travaillent.
11:51Et qui deviennent petit à petit
11:54un pur produit de ce pourrissement,
11:57de cette corruption,
11:58de cette surveillance généralisée
11:59qui terrorise tout le monde.
12:00Oui, elles existent.
12:01J'en parlais encore avec une compatriote ce week-end.
12:04Et en fait, on se rend compte
12:06qu'on en connaît tellement.
12:07Qui étaient fortes,
12:09qui avaient des valeurs,
12:09qui étaient droites.
12:10Et qu'on a vu rentrer dans quelque chose,
12:14dans cette espèce de pourrissement.
12:15C'est tellement difficile de résister.
12:1840 ans, c'est long.
12:19C'est si long, 40 ans.
12:21Résister pendant 40 ans,
12:22ça abîme et ça épuise.
12:24Pourquoi vous citez Rihanna ?
12:35Ça sonne comme une évidence.
12:38Just tell me why.
12:40We found love, love in a hopeless place.
12:43En fait, j'étais en train d'écrire le livre.
12:45Je ne pensais pas tout à fait à l'insépite.
12:47Et puis, cette chanson revenait.
12:49Il y a un truc comme ça, comme une musique.
12:51Et cette phrase m'a semblé d'une grande évidence
12:53par rapport à ce que je voulais dire.
12:54Je voulais dire le manque d'espoir
12:57ou la fuite de l'espoir,
12:59le renoncement et la sidération.
13:01Mais il me semblait essentiel de dire aussi l'amour.
13:04Ce grand pays qui est le Cameroun
13:07se situe au sud d'une large frontière
13:10avec le Nigeria.
13:11Dans un précédent roman,
13:12Les jours viennent et passent,
13:14vous décrivez comment une secte islamiste,
13:16Boko Haram,
13:16dont on a énormément parlé dans l'actualité,
13:18beaucoup moins aujourd'hui,
13:19a prospéré sur le désespoir
13:21et la violence
13:22qui habite toute la jeunesse camerounaise.
13:27Qu'est-ce qu'il en est aujourd'hui ?
13:29La situation s'est calmée.
13:31En fait, Boko Haram était extrêmement lié à Daesh
13:34à partir du moment où le Cameroun
13:36n'est pas dans le monde.
13:38Le Cameroun est sans arrêt percuté
13:40par ce qui se passe dans le monde.
13:42À partir du moment où la situation s'est apaisée,
13:44Daesh en tout cas,
13:45l'État islamique s'est apaisé,
13:46Boko Haram petit à petit s'est délité aussi en Afrique,
13:50même s'il reste très présent au Nigeria.
13:51Sauf que ce que vous racontez très bien
13:53dans le précédent moment,
13:54c'est comment la jeunesse a besoin de rêver,
13:56comment la jeunesse a besoin,
13:57comment dire, d'utopie, d'idéal,
14:00comment elle a trouvé dans ce message djihadiste,
14:03en fait, quelque chose pour lequel
14:05elle préférait mourir que de mourir de faim
14:08et de désespoir.
14:09Qu'est-ce qui a remplacé ça ?
14:12Elle ne fait pas confiance.
14:13Elle ne fait toujours pas confiance.
14:15Cette utopie-là est arrivée à son terme.
14:17Il y en aura d'autres, il y en a encore d'autres.
14:19Il y a des jeunes qui prennent la Méditerranée
14:22et qui s'en vont.
14:23Je me suis aperçue, encore là, en revenant d'Ottawa,
14:25que la communauté qui avait le plus augmenté
14:28ces dernières années à Ottawa,
14:29c'était la communauté camerounaise.
14:31Les jeunes s'en vont.
14:32Oui, les jeunes s'en vont.
14:34Les jeunes ne font pas confiance.
14:36Ils ne nous font plus confiance.
14:37Et on a tellement trahi,
14:39ceux de ma génération,
14:40ceux de la génération d'avant,
14:42il y a aussi quelque chose qui est de l'ordre
14:44d'à la fois une grande énergie,
14:45une grande exigence,
14:47et aussi un regard critique.
14:51Quid des livres au Cameroun ?
14:53Aime les boum ?
14:54D'abord, celui-ci, il sera publié au Cameroun ?
14:57Je l'espère.
14:58Vous l'espère ?
14:58Je l'espère.
15:00J'aime que mes livres soient lus au Cameroun.
15:03Les livres coûtent cher ?
15:04Oui, les livres coûtent cher.
15:06Donc les livres sont réservés à une élite ?
15:08Oui, mais ça, c'est partout, non ?
15:10Il me semble que les livres sont une question d'élite.
15:13Et j'espère que ce ne sera pas le cas.
15:14Là, au Cameroun, l'idée,
15:16c'est de les mettre à disposition
15:17à un coût beaucoup plus raisonnable.
15:20Parce que je me sentis honteuse
15:22de mettre un livre à disposition à 22 euros.
15:25L'idée, c'est de descendre plus bas,
15:27je ne sais pas, 9, 10 euros,
15:28de manière à ce que les étudiants,
15:30tout le monde puisse s'emparer de ce livre.
15:32Je suis en train d'y travailler,
15:33mais je fais ça pour tous mes livres.
15:35C'est un engagement aussi.
15:36C'est quelque chose qui me tient à cœur.
15:38Alors vous, vous y êtes arrivée comment ?
15:39Au livre ?
15:40À l'écriture ?
15:41À la langue ?
15:42Mais je pense que j'y suis arrivée
15:45par la lecture.
15:46J'y suis arrivée par la lecture
15:47parce que j'ai appris
15:50et j'ai grandi en lisant.
15:52Et au fur et à mesure que je lisais...
15:54Dans quelle langue ?
15:54Parce que vous en parlez plein,
15:56des langues.
15:56Oui.
15:57Et parce que Paul Biya
15:59dit toujours que
16:00s'il fait régner l'ordre et la terreur,
16:03c'est bien parce qu'il y a
16:03200 ethnies au Cameroun
16:06que le pays est coupé en deux.
16:07Il a été pendant très longtemps.
16:08Il y a eu une guerre civile
16:09qui a ravagé ce pays pendant 30 ans.
16:11Bien sûr.
16:11Pendant 30 ans.
16:13et qu'il faut maintenir l'ordre
16:14pour que tout le monde vive ensemble.
16:16Vous, vous parlez combien de langues ?
16:17Alors, je parle la langue de mon...
16:20Mon père et ma mère
16:20ne parlent pas la même langue.
16:22Alors, ils parlent lesquelles ?
16:23Alors, ils parlent Sananga
16:24et Yambassa.
16:25C'est des langues que...
16:27Et ces deux langues,
16:28je les ai apprises
16:28avec mes grands-mères.
16:31Et puis, je parle
16:32la langue de la ville,
16:34le pidgin de la ville de Douala.
16:35Et puis, le français et l'anglais.
16:38Et puis, français.
16:39Et alors, pourquoi avoir écrit en français ?
16:40Parce que le français,
16:41c'est la langue qui contient
16:42toutes mes langues.
16:43Mes parents font aussi partie
16:45de cette génération
16:45qui pensait qu'il fallait
16:47parler le meilleur français
16:48qui soit.
16:49C'était important
16:50pour s'inscrire dans l'avenir.
16:51Donc, on a parlé français
16:53très, très tôt
16:54dans ma famille.
16:55Et donc, voilà.
16:56Elle contient toutes les autres
16:57et toutes les nuances
16:58et toutes les métaphores.
16:59Nos vies sauvages
17:00est parue aux éditions Gallimard.
17:02Merci beaucoup.
17:03Viens de recevoir
17:04le prix Landernot.
17:05Merci beaucoup, Emelé Boum.
17:06Je suis très contente
17:07que vous soyez arrivés
17:08pile à temps.
17:09Moi aussi, je suis très contente.
17:10Merci beaucoup.
17:11Merci.
17:11Merci.
17:12Merci.

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