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Si en 1945 Staline impose son leadership sur le monde socialiste, cette mécanique bien huilée va pourtant rapidement connaître un premier accroc avec la Yougoslavie et son leader, Josip Broz Tito, qui cherche à s'émanciper. En trois années seulement, Tito va s'affranchir de la tutelle soviétique et imposer sa vision du socialisme balkanique contre la volonté de Staline. Ce dernier fera tout pour l'anéantir, sans jamais y parvenir. Année de Production :
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00:02Sur le plan politique, à l'époque de notre conflit avec Staline, le plus difficile était de dire non.
00:13Pour moi, en tant que communiste, c'était la décision la plus grave.
00:16Il fallait peser toutes les conséquences.
00:19Après avoir bien réfléchi, j'ai vu que nous ne pouvions pas céder.
00:22Il fallait dire non, car il ne s'agissait pas seulement de l'avenir du socialisme en Yougoslavie,
00:27mais des conséquences de cette décision à l'échelle mondiale.
01:31Staline, à l'époque, c'est l'homme qui a gagné la guerre.
01:34C'est l'homme qui contrôle la moitié du monde.
01:39C'est l'homme qu'on ne question pas, parce que c'est quelqu'un qui guide la révolution.
01:45À Yougoslavie, on est dans une situation où Tito est le chef d'un front populaire.
01:50Au sortir de la guerre, la Yougoslavie, c'est le seul État qui est déjà socialiste, en réalité.
01:57Alors que les autres futures démocraties populaires, elles ne le sont pas du tout.
02:00Il va y avoir une phase de transition autrement plus longue qu'en Yougoslavie.
02:03Les communistes roumains ou polonais, ils sont arrivés au pouvoir parce qu'ils ont été amenés au pouvoir dans les
02:08fourgons de l'armée rouge.
02:09Ce n'est pas le cas des partisans yougoslaves.
02:11Lors des premières élections, en 1945, je ne vais pas dire que c'était un modèle de démocratie.
02:17Je pense qu'on a un petit peu favorisé le cours des choses en remplissant gaillardement quelques urnes.
02:22Mais j'ai envie de dire, peu importe.
02:24Parce que la résistance des partisans était légitime dans l'ensemble de la Yougoslavie.
02:33Grand vainqueur de la guerre, Tito est élu triomphalement aux élections de 1945.
02:39Il dépose le roi et proclame au novembre la République fédérative populaire de Yougoslavie,
02:44qui devient le pays le plus occidental du bloc communiste.
02:48A l'instar des autres satellites de l'Union des républiques socialistes soviétiques,
02:53Tito s'aligne sous la tutelle incontestée de Moscou.
02:56Il faudra bien sûr gouverner dans ce pays, échanger ce pays d'après les idées marxistes, les idées socialistes.
03:07Et bien sûr qu'il y a un modèle qui s'impose, c'est le modèle de l'Union soviétique.
03:11Donc la Constitution était plus ou moins copié-collé de la Constitution soviétique de 1936.
03:19A priori, Tito n'envisage pas du tout un autre modèle que le modèle politique, économique, social et fédéral,
03:27qui est celui de l'Union soviétique.
03:29Le fédéralisme yougoslave, dans sa forme, il y a très très peu de différence avec le fédéralisme soviétique.
03:35C'est a priori le même cadre des républiques fédérées, de provinces autonomes.
03:40Enfin, on est sur quelque chose où il n'y a pas d'innovation institutionnelle.
03:43Et franchement, à l'époque, dans le mouvement communiste international, je dirais que l'innovation était probablement une vertu très
03:49encouragée.
03:51En juin 1946, à l'occasion de la visite de Tito à Staline,
03:56les relations sont au beau fixe entre les deux leaders
03:59et le gouvernement soviétique s'engage à soutenir militairement, mais aussi commercialement, la Yougoslavie.
04:06Mais derrière cette solidarité communiste affichée, se jouent d'autres enjeux stratégiques internationaux.
04:18Dans le communisme international, il y a l'URSS avec Staline,
04:24il y a les futurs autres démocraties populaires, et au milieu, il y a la Yougoslavie.
04:28Et la Yougoslavie, c'est Tito.
04:30Et donc Tito aspire à une place intermédiaire dans la hiérarchie communiste internationale.
04:36Il ne veut pas prendre la place de Staline, mais il estime que lui a une place intermédiaire.
04:41Il est au-dessus des autres.
04:42Les intérêts diplomatiques de Staline et du Kremlin, au nom du communisme,
04:50se sont transformés en même temps en des intérêts de grande puissance,
04:55d'une grande puissance qui vise au contrôle et à la subordination des partis communistes,
05:04à sa propre diplomatie, à sa consolidation en tant que grande puissance.
05:08Dans le palais du Luxembourg, la conférence de Paris tient aujourd'hui son ultime séance.
05:13Durant 11 semaines, les délégués de 21 nations ont travaillé à jeter les bases d'une paix que le monde
05:18espère.
05:19C'est ce même espoir que les envoyés des quatre grands sont venus confirmer aujourd'hui à la tribune.
05:23La conférence qui finit, puisse notre première et vaste confrontation encourager les gouvernements à s'entendre
05:32pour réaliser ensemble la paix de justice et de durée qui leur est réclamée par les peuples.
05:43Les intérêts communs de Staline et des alliés ne vont pourtant pas dans le sens de Tito.
05:48A cette conférence de Paris, les quatre grandes puissances décident que le territoire de Trieste serait restitué à l'Italie.
05:56Ce partage international est antagoniste des intérêts nationalistes yougoslaves sur cette enclave stratégique
06:03et entraîne une première tension entre Tito et Staline.
06:09Pour la Yougoslavie, Trieste doit faire partie des Yougoslavies.
06:15Mais évidemment, Rome n'est pas sur la même ligne.
06:19Toute cette période de l'occupation internationale de Trieste, après 1945, est extrêmement tendue
06:25pour arriver à l'accord de 1947 avec le partage de la zone A, qui consiste pour l'essentiel dans
06:30la ville,
06:30et la zone B, qui va être donnée à la Yougoslavie, qui est toujours vue en Slovénie.
06:40Trieste est de nouveau à l'ordre du jour.
06:42Dans toutes les villes de Yougoslavie, l'annonce de la décision anglo-américaine de remettre la zone A à l
06:47'Italie
06:47a suscité des mouvements de poule d'une violence particulière.
06:52Les Yougoslaves se refusent en effet à accepter cette décision
06:55et réclament une solution plus conforme à leurs aspirations.
07:01Tito utilise Trieste et les populations slovénes et croates de Trieste et dans l'arrière-pays
07:07comme un levier pour souder les populations au sein de la Yougoslavie.
07:13C'est une affaire internationale utilisée par Tito pour renforcer la cohésion
07:18entre les différentes nationalités pour qu'elles se sentent pas seulement croates, slovénes, serbes, monténégrines, macédoniennes,
07:25mais qu'elles se sentent Slaves du Sud, qu'elles se sentent Yougoslaves.
07:29Si Trieste a été le premier révélateur des tensions qui vont naître entre Tito et Staline,
07:34la vision du monde balkanique et sa gouvernance vont être de 1946 à 1948
07:40un nœud dans les relations entre les deux hommes.
07:44Elles mettent au grand jour leur divergence de point de vue
07:47sur ce que doit être l'international communiste.
07:55Tito, sans l'aval de Staline, développe des relations diplomatiques
08:00avec les partis communistes au pouvoir ou bientôt au pouvoir
08:05dans les Balkans et puis en Europe de l'Est.
08:07Bien sûr qu'il y a d'autres idées qui circulent à cette époque-là.
08:13C'est oui, on a formé, on a refondé la Yougoslavie,
08:16mais peut-être il faudra faire une autre fédération régionale,
08:21une fédération balkanique, avec la Bulgarie, avec l'Albanie
08:26qui était sous le contrôle des communistes yougoslaves
08:28ou influencée par les communistes yougoslaves,
08:30qui pourraient ensuite joindre la fédération balkanique.
08:34Et là, vous pouvez voir qu'un homme fort d'un coin des Balkans
08:39se présente comme un homme fort de presque tous les Balkans
08:43et que les problèmes en relation entre Staline et Tito commencent.
08:49À Budapest, le gouvernement hongrois a reçu avec la pompe
08:52réservée au chef d'État le maréchal Tito,
08:54chef suprême de la Yougoslavie.
08:56Il s'agit là de la conclusion d'un traité de coopération et d'aide mutuelle
09:00qui prendra place dans la série d'accords et de traités
09:02au moyen desquelles se forme la fédération des États du Danube.
09:07Renforcement du bloc oriental.
09:09C'est vrai que Tito envisageait quelque chose
09:13qui aurait été un cadre beaucoup plus large,
09:15à savoir une fédération socialiste des Balkans.
09:17Et ça, on sait que Staline s'opposait catégoriquement à ce projet-là.
09:22Non pas tellement parce qu'il avait peur sur ce sujet
09:28de froisser ses partenaires occidentaux,
09:31mais tout simplement parce qu'il savait très bien
09:33que si Tito réussissait un tel projet,
09:36Tito aurait eu un poids majeur dans le monde communiste.
09:40Et ça explique la tension qui existe entre Tito et Staline.
09:43Parce que Staline ne peut pas admettre
09:46qu'il existe un pouvoir intermédiaire
09:48entre lui et les autres partis communistes.
09:51Parce que c'est un contresens
09:55dans la doctrine marxiste-léniniste.
10:01En 1948, Tito décide d'envoyer sans concertation
10:06avec le Kremlin une division pour soutenir l'Albanie
10:09en conflit avec son voisin grec.
10:12Tito agit en Albanie comme Staline agit
10:16dans les autres futures démocraties populaires.
10:17Il envoie des émissaires,
10:20donc des équipes de conseillers, on dirait aujourd'hui,
10:23qui vont aider à la mise en place
10:26d'un futur pouvoir communiste.
10:30Et donc il y a des échanges comme ça.
10:33Et puis il y a un moment, il va très loin.
10:34C'est que Tito envoie une division armée
10:36pour soutenir le pouvoir communiste albanais.
10:40Staline craignait que cette intervention
10:42débouche sur un affrontement entre Yougoslavs et Grecs
10:45et serve de prétexte à un conflit ouvert avec les alliés
10:48dans ce contexte de guerre froide.
10:51Aussi, le télégramme sous forme de rappel à l'ordre
10:54qu'il adresse à Tito
10:55ne laisse aucun doute quant à sa désapprobation.
11:00Il existe manifestement entre nos deux gouvernements
11:03de sérieuses dissensions
11:05concernant les relations avec les Etats-Unis
11:07au sein d'une alliance.
11:09Pour éviter tout malentendu,
11:11il semble nécessaire que ces dissensions
11:13soient totalement résolues.
11:16C'est impensable dans la logique internationale de Staline,
11:20c'est complètement impensable
11:21qu'un pays communiste
11:24se permette de faire
11:26ce que seule l'Union soviétique faisait jusque-là.
11:31La rupture est définitivement consommée
11:34à l'occasion de la réunion du Cominform
11:36le 28 juin 1948
11:38qui exclut le parti communiste yougoslave.
12:10Images de Belgrade.
12:11ouvra-t-il un compromis avec ses alliés traditionnels
12:14ou cherchera-t-il une formule de rapprochement
12:16avec les démocraties occidentales ?
12:18Un nouveau problème est posé en Europe.
12:23La rupture entre Tito et Staline,
12:25ce n'est pas une hérésie,
12:26c'est un schisme.
12:28Bien évidemment,
12:29dans la propagande soviétique,
12:31on va accuser Tito
12:33de tous les maux du monde,
12:35d'être nationaliste yougoslave
12:36et même, hors hors absolue,
12:38d'être trotskiste.
12:39Enfin ça, c'est a priori,
12:40c'est a posteriori,
12:42c'est après coup.
12:43On est sur un schisme,
12:45c'est-à-dire sur un conflit de pouvoir,
12:47pas du tout sur une différence idéologique.
12:49C'était bien sûr un traumatisme,
12:51un traumatisme politique,
12:53c'est-à-dire un tremblement de terre
12:55où il faudra rompre presque rapidement,
13:02rapidement rompre les liens
13:04avec un pays modèle,
13:06avec l'Union soviétique,
13:08avec le vainqueur de la guerre,
13:10avec un grand dirigeant, etc.
13:13Et il faudra quand même gagner ce conflit
13:17parce que Staline a invité
13:19les communistes yougoslaves
13:20à se rébeller contre Tito
13:23et sa clique.
13:24Donc il y a un décalage total
13:26entre les critiques officielles
13:30faites par Staline
13:32pour légitimer l'excommunication
13:34des communistes yougoslaves.
13:37Staline va prétendre
13:38qu'ils ne sont plus,
13:40qu'ils ne sont pas communistes,
13:41qu'ils sont en réalité
13:42des agents infiltrés de l'impérialisme,
13:46ce qui est un mensonge grotesque.
13:49Le 8 septembre 1948,
13:53la voix officielle de Staline,
13:54la Pravda,
13:56publie un long article intitulé
13:57« Où le nationalisme de la clique de Tito
14:00conduit la Yougoslavie ».
14:02Une condamnation définitive
14:04des dirigeants de Belgrade
14:05désignés comme indignes,
14:07hypocrites
14:08et opposés aux enseignements de Lénine.
14:11La tension entre les deux dirigeants
14:13est alors à son paroxysme.
14:15Désormais,
14:15la vie de Tito est menacée.
14:17Il avait très vite,
14:19très tôt compris
14:21qu'il lui fallait vivre
14:22en permanence sur ses gardes.
14:24Donc, entre Tito et Staline,
14:25je crois qu'il n'y a jamais eu
14:26la moindre espèce de confiance.
14:29Staline a instauré
14:30quelques cellules
14:31à Prague,
14:34en Roumanie,
14:35des Yougoslaves antititistes.
14:38Donc, ces cellules existaient,
14:40publiées,
14:43étaient opérées
14:44avec cette idée
14:46d'en fait
14:48changer le régime
14:49en Yougoslavie.
14:49Alors là,
14:50je crois qu'on ne sait pas forcément
14:52l'édition en plan de Staline.
14:53Je pense que Staline
14:54était quelqu'un
14:54qui aimait bien
14:55éliminer les gens.
14:56Il l'a montré,
14:56je crois,
14:57assez largement.
14:58Donc, il y a très certainement
14:59toute une série
15:00de plans B,
15:01C, D, E,
15:01F, G
15:02qui ont dû exister,
15:03qui passaient aussi
15:04par l'élimination de Tito.
15:05Et Tito, pour le coup,
15:06a quand même vécu,
15:07je crois,
15:07jusqu'à la fin de sa vie,
15:09dans la double crainte
15:10d'une invasion soviétique,
15:12mais aussi
15:12d'une attaque personnelle.
15:16Au congrès du Front Populaire,
15:17c'est sous l'effigie
15:18de ses anciens maîtres,
15:19dont certains aujourd'hui
15:20le désavouent,
15:21que le maréchal Tito
15:22a exposé la position
15:23actuelle de son pays.
15:25Devant un public enthousiaste,
15:27il a affirmé
15:27que la Yougoslavie
15:28saurait maintenir
15:29son indépendance
15:29entre l'Est
15:31qui la désavoue
15:31et l'Ouest
15:32qui la sollicite.
15:34Camarades,
15:35il existe
15:36deux moyens
15:36de convaincre.
15:37L'un consiste
15:38à convaincre
15:39par les mots,
15:39mais on peut aussi
15:40user d'autres moyens.
15:44Quand Tito
15:45doit acter
15:46la rupture,
15:47doit acter
15:48le schisme,
15:48bien évidemment,
15:49la première question
15:51qu'il doit poser,
15:52c'est,
15:52au sein
15:53de son propre parti,
15:55de dire aux gens
15:56quel camp
15:56ils choisissent.
15:57Et bien sûr,
15:58c'était
15:58la chasse aux sorcières.
16:00Les gens
16:01étaient obligés
16:02de se prononcer
16:03pour Staline
16:03ou pour Tito.
16:05Et vous pouvez imaginer,
16:06il n'y avait pas
16:06d'Internet
16:07à cette époque-là.
16:08Il n'y avait pas
16:08de Twitter.
16:09Les gens ne savaient
16:11pas ce qui se passait.
16:12Il y avait
16:12un grand tremblement
16:13de terre,
16:14un changement
16:15et la plupart
16:16des gens
16:17n'arrivent pas
16:17à comprendre.
16:18Et je crois
16:19que ce choix
16:19a véritablement
16:20été cornélien
16:21pour énormément
16:22de communistes
16:22yougoslaves.
16:23Les principales victimes
16:25de la répression
16:25politique en Yougoslavie,
16:27ça a été
16:27ce que l'on a appelé
16:27les Staliniens.
16:28Donc les gens
16:29qui ont refusé
16:31ou qui n'ont pas
16:32voulu faire ce choix.
16:33La menace
16:35stalinienne
16:35était réelle
16:37et la réponse
16:38à cette menace
16:40a été stalinienne.
16:42C'est-à-dire
16:42qu'il fallait
16:43combattre
16:44les Staliniens
16:44avec les méthodes
16:46staliniennes.
16:47Qu'est-ce que ça veut dire ?
16:48Ça veut dire
16:48qu'il faudra
16:49arrêter,
16:50emprisonner,
16:51pourger.
16:52Il faut pourger
16:53le parti,
16:53il faut pourger
16:54l'État,
16:54il faut arrêter
16:56tout qui est
16:57un peu soupçonné
16:59des activités
17:00anti-Tito.
17:01Staline et Tito,
17:02ce sont les mêmes
17:02schémas mentaux.
17:03C'est le marxisme-lénénisme.
17:05C'est en ça aussi
17:05qu'on peut dire
17:06que Tito ne cesse pas
17:07d'être communiste
17:08après la rupture
17:08avec Moscou.
17:11Seulement,
17:12il est communiste
17:13dans son coin
17:13et il redéfinit
17:15ce que doit être
17:15le communisme
17:16en Yougoslavie,
17:17mais toujours
17:17sur la base
17:18de ce raisonnement
17:20marxiste-léniniste
17:22qui veut qu'il n'y ait
17:23qu'un seul pouvoir,
17:24une seule ligne directrice.
17:25Cette assimilation
17:27en méthode stalinienne,
17:29Tito la pousse
17:30à l'extrême
17:30en important
17:31sur l'île croate
17:32de Goliotok
17:33le modèle
17:34des camps
17:34de redressement
17:35sibériens.
17:39Le prix à payer
17:41était que
17:41ce petit goulag
17:43de Tito
17:43était opérationnel
17:45pendant cinq ans
17:47ou même plus,
17:49où ce n'était pas
17:51un camp
17:52d'extermination,
17:53c'était un camp
17:54de redressement
17:55politique,
17:56de rééducation
17:57politique.
17:58Apparemment,
17:59Tito lui-même
18:00a dit
18:01à ses camarades
18:03oui,
18:03il faut les emprisonner
18:05mais il ne faut pas
18:06leur couper la tête,
18:07il faut les frapper
18:10sous la tête,
18:11c'est-à-dire
18:11il faut les changer.
18:12Tito a été
18:14impitoyable
18:14envers
18:15ceux qui
18:17ont choisi
18:18le camp de Stéline
18:18parce que
18:19je pense que
18:20le danger
18:20était existentiel
18:22après du coup
18:23il y a énormément
18:24de communistes
18:26sincères,
18:26de héros
18:27de la résistance
18:27qui ont été
18:28soit exécutés
18:29soit envoyés
18:30dans des camps
18:31comme Goliotok
18:32mais je crois
18:34que Tito
18:34ne pouvait pas
18:35prendre le risque
18:36de laisser
18:36une pomme pourrie
18:38dans le panier.
18:39De graves incidents
18:40se sont déroulés
18:41aux frontières
18:41de la Bulgarie
18:42et de la Yougoslavie.
18:44Autorisés par un traité
18:45militaire à se rendre
18:45en Bulgarie,
18:46un certain nombre
18:47de soldats
18:48et officiers yougoslaves
18:49ont été malmenés
18:50par les troupes bulgares
18:51en stationnement
18:51à la ville frontière
18:52et ont dû regagner
18:53Tsari Brod
18:54pour y être soignés.
18:55Le gouvernement yougoslave
18:56a protesté énergiquement
18:58auprès de la Bulgarie.
18:59De tels agissements
19:00a-t-il déclaré
19:01correspondent à une campagne
19:02nettement organisée
19:03et tentent à rendre
19:04impossibles
19:04les rapports d'amitié
19:05existants
19:06entre les deux républiques.
19:07Après la rupture de 1948
19:09Forcément les tensions
19:10étaient exacerbées
19:10entre Moscou et Belgrade
19:13dans le verbe
19:14et dans la réalité
19:18des faits sûrement.
19:20Et Tito,
19:21on sait que Tito
19:21avait peur d'une part
19:22d'être emplacé
19:23d'autre part
19:23d'être empoisonné
19:25mais il a eu peur aussi
19:27d'une invasion soviétique
19:28parce qu'il s'est retrouvé
19:30à ce moment-là
19:31encerclé
19:32de soutien à Staline.
19:34Il y avait
19:34à l'est la Bulgarie
19:36au nord la Hongrie
19:37et puis la Roumanie
19:38à l'est aussi
19:39au nord la Hongrie
19:39et sur le sud-ouest
19:41il y avait l'Albanie.
19:42On est dans une situation
19:43où un régime
19:44qui n'a pas encore
19:46su s'installer complètement
19:48et se stabiliser
19:49est menacé
19:50par la plus grande force
19:55internationale
19:56c'est-à-dire
19:56l'Union soviétique.
19:57Le parti communiste
19:59yougoslave
20:00est aux mains
20:01d'assassins
20:01et d'espions.
20:02La lutte contre
20:03la clique de Tito
20:04est le devoir
20:05international
20:06de tous les partis
20:07communistes
20:08et ouvriers.
20:11Menacé par une invasion
20:12militaire soviétique
20:13et fragilisé
20:15économiquement
20:15Tito mobilise
20:17ses troupes
20:17mais face à la puissance
20:19de l'armée rouge
20:20acculée
20:21il n'a d'autre choix
20:22que de se tourner
20:23vers l'ouest.
20:26L'Occident
20:27comprend bien
20:28qu'il a la possibilité
20:29de jouer
20:30un coût politique
20:31énorme.
20:31Je pense que
20:31l'Occident
20:32imaginait
20:32un retournement
20:34de Tito.
20:35Imaginez
20:35une Yougoslavie
20:36qui serait devenue
20:37qui après avoir rompu
20:39avec l'Union soviétique
20:39aurait également
20:40abandonné
20:41le socialisme.
20:42Et toute l'intelligence
20:43politique de Tito
20:44va être
20:45de parvenir
20:46à se tenir
20:47sur cette ligne
20:47étroite
20:49d'avoir rompu
20:50avec l'URSS
20:52de bien évidemment
20:53prendre les crédits
20:54occidentaux
20:54parce qu'il n'y avait
20:55pas d'autre solution
20:56mais sans pour autant
20:57s'aligner
20:59politiquement
20:59sur l'Occident.
21:00Ceci
21:01n'est pas
21:02un basculement
21:04de blocs.
21:06C'est une aide
21:07l'UNRA
21:08donc l'aide
21:10internationale
21:11notamment sur
21:11l'aide alimentaire
21:13qui va être
21:15très très importante
21:16pour aider
21:17la Yougoslavie
21:18à subsister
21:20et y compris
21:21à tenir.
21:22Un late success
21:24l'Assemblée générale
21:25de l'ONU
21:26a procédé
21:26aux élections
21:27au Conseil de sécurité.
21:29La candidature
21:30de la Yougoslavie
21:31formait le fond
21:31du problème
21:32car si les Occidentaux
21:34tenaient pour
21:34l'ancien satellite
21:35l'URSS
21:36appuyait la candidature
21:38tchécoslovaque.
21:39Finalement
21:39après un scrutin
21:41âprement discuté
21:42et des protestations
21:43véhémentes
21:44de monsieur
21:44Vichinsky
21:45la Yougoslavie
21:46triomphait.
21:47Première
21:48manifestation publique
21:49du divorce
21:50maintenant prononcé
21:51entre le maréchal
21:52Tito
21:52et l'URSS.
21:59La Yougoslavie
22:00est jugée
22:01comme étant importante
22:02par les Occidentaux
22:03et comme elle est jugée
22:05comme étant importante
22:06pour tenir tête
22:07aux Soviétiques
22:07ils ne peuvent pas
22:08imposer non plus
22:09au régime yougoslave
22:10ce qu'ils ont imposé
22:12à n'importe quelle
22:12colonie ou néocolonie.
22:14Dans la situation
22:15internationale
22:16de la guerre froide
22:18Tito
22:19a réussi
22:20à octroyer
22:22à la Yougoslavie
22:23une position
22:25absolument géniale
22:26c'est que
22:27il reste communiste
22:28et en même temps
22:29il obtient du soutien
22:30du soutien de l'Ouest
22:31et ce soutien de l'Ouest
22:32ça doit en même temps
22:33contraindre un peu
22:34les possibilités
22:35d'action
22:36de Staline
22:36à ce moment là.
22:37Monsieur Allen
22:38ambassadeur des USA
22:39à Belgrade
22:40a signé avec le maréchal Tito
22:42le traité d'alliance
22:43entre l'Amérique
22:43et la Yougoslavie
22:44par ce traité
22:46les Etats-Unis
22:46s'engagent à aider
22:47la Yougoslavie
22:48à défendre son
22:48intériorité territoriale
22:50contre toute attaque
22:51des démocraties populaires.
22:56Je ne sais pas
22:57si ce pacte
22:58va nous préserver
22:58mais c'est un bon avertissement
23:00à redresser à Staline
23:01qu'il ne fasse pas
23:02de bêtises dans les Balkans
23:03car il risque
23:04de déclencher
23:05une Troisième Guerre mondiale.
23:09Cet accord
23:10signé en 1951
23:12est un vrai affront
23:13fait à Staline
23:14avec la livraison
23:16deux ans plus tard
23:17de près de 200 avions
23:18F-84
23:19par les Etats-Unis.
23:21La Yougoslavie
23:22dispose désormais
23:23d'une véritable
23:24force de frappe.
23:26Pourtant,
23:27Tito
23:27s'il n'appartient plus
23:28au bloc communiste
23:30refuse le ralliement
23:31au bloc de l'Ouest
23:32et décline
23:33l'adhésion offerte
23:34par l'OTAN.
23:36Il met son pays
23:37dans une situation
23:38singulière.
23:40Il n'est pas évident
23:41pour les Yougoslaves
23:43de définir
23:44ce qu'ils sont
23:44sur le plan idéologique
23:46et sur le plan pratique
23:46parce qu'il y a
23:48un fait très complexe
23:50qui se pose à eux
23:51c'est que
23:52le communisme
23:54mondial
23:54est entendu
23:55comme le communisme
23:56soviétique.
23:57On ne peut pas
23:58à ce moment-là
23:58se déclarer communiste
23:59si on n'est pas
24:01si on ne fait pas partie
24:02de la hiérarchie
24:04communiste mondiale
24:05si on n'est pas
24:06sous le joug
24:06de Staline.
24:07C'est le seul
24:07communisme possible
24:08à l'époque.
24:10Donc il y a une question
24:10de légitimité
24:11qui se pose
24:11pour les communistes
24:12yougoslaves.
24:13Est-ce qu'ils sont
24:13encore communistes
24:14et s'ils ne sont pas
24:15communistes
24:15qu'est-ce qu'ils sont ?
24:16Tito a rompu
24:17avec Staline
24:17parce qu'il voulait
24:18être maître chez lui
24:19et qu'il n'avait pas
24:19envie que Staline
24:20dicte sa politique
24:21et une fois
24:22la rupture actée
24:23Tito et son entourage
24:24se sont dit
24:24bon ben voilà
24:26on est tout seul
24:27on va essayer
24:28bien sûr
24:29de toper un peu
24:30de crédit
24:30chez les occidentaux
24:31mais enfin
24:31après qu'est-ce qu'on fait ?
24:33Il faut qu'on invente
24:34un socialisme
24:34qui sera différent.
24:36L'autogestion
24:36très bonne idée camarade
24:38vas-y développe ça
24:38et c'est comme ça
24:39que les choses se sont faites.
24:47C'est le destin.
24:48La mort brutale de Staline
24:50va offrir à Tito
24:51une issue favorable
24:52à ce conflit.
24:54Libéré de la menace
24:55de son aîné
24:56le chef d'état yougoslave
24:58peut ouvrir
24:58un nouveau chapitre
24:59de l'histoire de son pays
25:00qu'il dirigera
25:02d'une main de fer
25:03jusqu'à sa mort
25:04en 1980.
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