00:00Ici Gascogne, il est 8h moins le quart, l'invité d'ici Gascogne mater, Mario, en ce mater nous parlons
00:06de cette journée consacrée aux aidants organisée aujourd'hui à Mont-de-Marsin à l'Auberge-Hollandaise.
00:10Les aidants ce sont ces personnes qui accompagnent au quotidien un proche malade, handicapé ou en fin de vie, un
00:15rôle difficile et pour en parler, nous sommes avec une jeune aidante qui a accompagné sa maman en fin de
00:20vie.
00:20Bonjour Juliette Anglade.
00:21Bonjour.
00:22Alors vous avez 29 ans, vous êtes devenue aidante, vous avez accompagné votre maman atteinte d'une récidive, d'un
00:27cancer du sein jusqu'à sa mort en avril dernier.
00:31Alors pour vous Juliette, devenir aidante c'était une évidence plus qu'un choix, ça s'est imposé ?
00:37Alors c'est pas un choix qu'on fait, on va dire que les choses elles se font tellement vite
00:44que de toute façon il y a un glissement des places au sein de la famille
00:48qui fait qu'on devient aidant assez naturellement.
00:52Et qu'on a envie finalement de passer les derniers mois qui restent avec son proche aussi, j'imagine que
00:58c'était ça.
00:58Alors on ignore parfois la durée de vie, moi en l'occurrence je la connaissais, je savais qu'elle allait
01:04être courte
01:05et donc oui j'ai voulu faire le choix de pouvoir entre guillemets profiter pleinement des derniers temps de vie
01:11de ma mère
01:13en étant au plus près d'elle et donc en devenant une aidante familiale, accompagnée de mon père et mon
01:18frère également.
01:19Mais est-ce qu'à un moment vous vous êtes dit pendant ces mois-là « je suis une aidante
01:23» ?
01:23À quel moment vous vous êtes dit « je ne suis plus juste la fille de « je suis une
01:27aidante » ? »
01:28Je ne me le suis pas dit tout de suite, je connaissais le terme d'aidante familiale
01:33puisque je suis professionnelle du social et que c'est souvent un terme qu'on aborde
01:37et comme un public qu'on est amené à rencontrer, mais j'ai vraiment compris que je l'étais moi
01:43-même devenue
01:44quelques mois après la récidive de ma mère, quand ses capacités cognitives ont commencé à être un peu atteintes
01:52et qu'elle m'appelait « maman ».
01:54Alors concrètement, vous avez fait comment ? Vous avez accompagné votre maman pendant six mois,
02:00ça ressemblait à quoi votre vie d'aidante ? Vous me disiez, j'ai mis ma vie en fait entre
02:04parenthèses.
02:07Je dirais que ça s'est fait en deux parties.
02:10Les premières semaines, il y a une phase un peu de déni où on est sidéré
02:17puisqu'on sait qu'elle va mourir, on nous l'a dit de suite.
02:23Donc moi j'ai fait le choix d'essayer autant que possible de continuer à vivre une vie la plus
02:30normale possible.
02:32Aller au travail, ça faisait partie de mon équilibre.
02:36Continuer à garder ce lien avec la réalité.
02:38Oui, c'est ça. En tout cas, faire illusion.
02:41Pour qui ? Pourquoi ? Je ne sais pas. Pour moi surtout, je pense.
02:45Mais j'ai essayé de continuer en tout cas à maintenir ce semblant de vie normale le plus longtemps possible
02:51jusqu'à arriver en février où son état se dégradait de toute façon assez fulgurante
02:59et il a fallu faire un choix.
03:03Et j'ai fait le choix évidemment de me consacrer pleinement à son accompagnement et à sa fin de vie
03:10puisqu'en février, on parlait déjà de dernier accompagnement, d'accompagnement palliatif vers la fin de vie.
03:18Quand vous dites que j'ai fait le choix, ça veut dire quoi ?
03:21Ça veut dire que vous vous êtes mis en arrêt maladie, vous avez arrêté de travailler, ça s'est passé
03:24comment ?
03:24J'ai arrêté de travailler. Alors ce n'est pas moi qui décide de me mettre en arrêt maladie.
03:28C'est le médecin qui le décide face à un état d'épuisement en fait
03:33puisque les aidants sont souvent épuisés.
03:38Ce n'est pas un arrêt de complaisance.
03:41Vous ne pouvez plus faire les deux tout simplement ?
03:42On ne peut plus. Et puis moi j'ai quand même un métier qui demande une certaine concentration
03:48que je ne pouvais plus avoir de par l'épuisement, de par les déplacements aussi
03:52puisque j'habitais à Biscarros, qu'elle était hospitalisée à Toulouse.
03:56Donc ça faisait beaucoup de route.
03:59Ma concentration devenait difficile à tenir.
04:05Et puis il y avait un état de qui-vivre aussi permanent qui de toute façon était épuisant.
04:09Donc les médecins ont alerté, nous ont suggéré aussi de prendre ces derniers instants ensemble.
04:16Donc j'ai été en arrêt maladie jusqu'à la fin de sa vie et même jusqu'à la fin
04:23de l'été.
04:23J'ai repris le travail seulement là au début du mois de septembre.
04:26Alors c'est vrai que quand on pense aidant, on pense aux conjoints,
04:30on pense quelquefois aux parents qui deviennent aidants de leur enfant.
04:33On ne pense pas souvent à un aidant aussi jeune que vous qui aide l'un de ses parents.
04:38C'est différent le rôle d'aidant quand on est jeune.
04:40Comme ça, ça a des répercussions que ça n'a pas forcément sur une personne plus âgée, sur un aidant
04:44plus âgé.
04:45Oui, tout à fait, merci d'en parler.
04:48Parce que souvent le terme d'aidant, il est très connoté.
04:50On pense souvent au public âgé.
04:53Donc par définition, effectivement, des conjoints qui sont eux-mêmes âgés et des enfants également âgés.
05:00Alors être aidant, quel que soit là, je pense que la difficulté et l'épuisement sont les mêmes.
05:05Les conséquences ne sont pas forcément les mêmes ?
05:07Non, les répercussions ne sont pas forcément les mêmes.
05:10Tout simplement parce que ce ne sont pas les mêmes étapes de vie.
05:12À 30 ans, on est dans un élan de vie, une construction de vie.
05:15On n'est pas sur un accompagnement de fin de vie.
05:18On est aussi en début de carrière professionnelle, construction de vie familiale.
05:23Quand on a 60 ans, on est plutôt en fin de carrière.
05:28Et très souvent, on a déjà construit sa vie familiale.
05:31Moi, à 30 ans, j'ai dû faire le choix contraint, en tout cas, de mettre tout ça de côté.
05:36Et d'ailleurs, ça a eu des conséquences sur votre vie professionnelle.
05:39Notamment, vous étiez en tout début de vie professionnelle.
05:41Ça a eu des conséquences. Vous avez perdu votre emploi.
05:43Je ne l'ai pas vraiment perdu.
05:45On n'a pas renouvelé votre CDD. C'est un petit peu la même chose.
05:48Voilà. Disons que j'avais des contrats à durée déterminée qui étaient renouvelés tous les trois mois.
05:55Donc celui-ci a été renouvelé pendant trois ans, donc une dizaine de fois.
06:00Et puis finalement, ma fin de contrat qu'on committait avec le décès de ma mère.
06:05Et donc, une absence qui persistait depuis déjà plusieurs mois.
06:10Et donc, effectivement, j'ai eu la mauvaise surprise de découvrir que cette fois-ci, le CDD ne serait pas
06:16renouvelé.
06:17Alors, est-ce que c'est aussi pour ça, Juliette, qu'aujourd'hui, vous vous tenez à témoigner,
06:21à donner de la visibilité aux aidants, notamment aux jeunes aidants comme vous,
06:25pour alerter bien sur les conséquences que ça peut avoir,
06:27et aussi pour essayer d'obtenir de l'aide, des ressources pour les aider ?
06:32Oui. Effectivement, je pense que quand on est jeune aidant, on est doublement invisibilisé.
06:37Déjà, les aidants le sont, mais alors les jeunes encore davantage.
06:41Et je pense qu'il y a un gros travail de prévention pour éviter des ruptures de carrière
06:46comme celle que moi j'aurais pu traverser.
06:50Et aussi, je pense que c'est un sujet d'actualité quand même.
06:55C'est une vraie, notamment dans les Landes, c'est une vraie politique publique.
07:02Donc, ça montre bien que c'est un sujet qui mérite qu'on s'y intéresse.
07:07Mais je pense qu'il faut davantage aller vers les aidants et changer un peu de logique.
07:13Pas attendre que les aidants se manifestent, parce que bien souvent, ils sont trop épuisés.
07:17Il y a un gros travail de repérage pour moi.
07:19Pour venir en aide finalement aux aidants.
07:22Oui.
07:22Merci beaucoup, Juliette Anglade, d'avoir été avec nous, d'avoir accepté de témoigner ce matin sur ICI Gascogne.
07:27Très bonne journée à vous.
07:28Merci.
07:28Merci à vous.
07:29Merci à vous.
07:30Merci à vous.