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  • il y a 5 minutes
Justin Vaïsse, historien, spécialiste des Etats-Unis, professeur à l’université Johns Hopkins, fondateur du Forum de Paris sur la Paix qui tient sa prochaine édition les 10 et 11 novembre prochains, et Amy Greene, experte associée à l’Institut Montaigne, spécialiste de la politique des États-Unis.

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Transcription
00:00Grand entretien ce matin consacré aux résultats des midterms aux Etats-Unis.
00:04Il est 2h24 à Washington et Donald Trump a perdu, deux ans après son retour à la Maison-Blanche.
00:11Il a perdu sa majorité républicaine à la Chambre des représentants.
00:15Il a perdu au Sénat des fêtes sévères que le président ne contestera pas.
00:20Enfin, pas pour l'instant, je suis prêt à accepter les résultats, il le dit.
00:23C'est donc une lame de fond démocrate qui s'impose au Congrès américain
00:27et qu'on va analyser, Benjamin, avec deux spécialistes, deux experts de la politique américaine.
00:33Bonjour Amy Green.
00:33Bonjour.
00:34Merci d'être avec nous ce matin sur Inter.
00:35Vous êtes franco-américaine, experte associée à l'Institut Montagne.
00:39Et je signale votre dernier livre chez Talendier, ça s'appelle « De la virilité en Amérique ».
00:43À vos côtés, Justin Weiss, bonjour.
00:45Bonjour.
00:45Merci d'être avec nous, historien, fondateur et directeur général du Forum pour la paix
00:49et par ailleurs ancien directeur au Quai d'Orsay.
00:51Et venez avec nous, chers auditeurs, n'hésitez pas, 0145 24 7000
00:55et l'appli Radio France pour vos questions et vos réactions ce matin.
00:59Alors, première question à tous les deux.
01:01On sait que les élections de mi-mandat, traditionnellement, c'est un mauvais moment à passer
01:04pour les présidents en place aux Etats-Unis.
01:07Mais là, comment est-ce que vous qualifiez l'ampleur de cette défaite ?
01:13Est-ce que c'est un échec personnel ?
01:15Est-ce que c'est une déroute ?
01:16Est-ce que c'est le début de la fin du trumpisme ?
01:19Il faut remonter jusqu'à 1986 pour avoir un exemple d'un président qui a subi un échec aussi cuisant
01:26dans les mi-terms.
01:27C'est vrai que ce que vous avez dit, c'est-à-dire que les mi-terms, ça représente une
01:32première occasion
01:33pour le peuple américain depuis la dernière présidentielle
01:36de venir injecter un petit peu de friction, de tension dans nos systèmes démocratiques
01:40et de demander un peu de compromis dans la classe politique.
01:42Mais en effet, à partir du moment où Donald Trump aspire tout l'oxygène
01:46et il se rend au cœur, justement, de tous les jeux politiques aux Etats-Unis et dans le monde,
01:51il n'y a plus du tout de paratonnerre.
01:53Donc nécessairement, cette soirée représente une répudiation de la marque personnelle de Donald Trump
01:59en termes de faire la politique, mais aussi, c'est également une critique d'absence de bilan total de sa
02:04part.
02:05Répudiation, vous validez, justement ?
02:06Oui, c'est un vote sanction et on le voyait venir parce que les Américains ne sont pas contents.
02:10On l'a vu dans la code de popularité de Trump qui était basse à la veille de l'élection,
02:16autour de 33%, ce qui est très bas outre-Atlantique.
02:19Mais je pense qu'il y a un autre aspect très important dont on peut se réjouir,
02:22c'est la victoire démocratique.
02:23Pierre Aski en parlait.
02:25On avait des bonnes raisons d'être inquiet de l'effacement de la séparation des pouvoirs,
02:30de cet exécutif qui s'est imposé brutalement aux législatifs
02:35et dans une certaine mesure aux judiciaires aussi.
02:38Et là, les élections se sont bien passées.
02:40Trump, à la grande surprise de tous, a semblé les reconnaître.
02:43Alors, ça va peut-être se corser, mais en tout cas, ça, on peut s'en réjouir.
02:46Oui, parce qu'il faut citer précisément ce qu'a été la réaction du président américain.
02:50Dans un premier temps, il se vante en expliquant
02:53« Je ne figurais pas sur le bulletin de vote et si j'y avais figuré,
02:56nous aurions remporté une victoire écrasante. »
02:58Le même Donald Trump qui, pendant toute la campagne,
03:00a expliqué qu'au fond, voter pour les Républicains, c'était voter pour lui directement.
03:03Et puis, dans un second temps, au New York Times,
03:06« Je suis tout à fait disposé à accepter ces résultats.
03:09Nous travaillerons avec les démocrates et nous avons hâte de collaborer avec eux.
03:12Nous trouverons probablement un terrain d'entente. »
03:15Est-ce qu'il y aura une oscillation ?
03:17Est-ce que ça va changer ?
03:18Ou est-ce qu'il est tellement sonné de l'ampleur de la défaite
03:22qu'il n'a pas d'autre choix que de reconnaître ces résultats ?
03:24L'ampleur de la victoire est telle que Donald Trump ne peut pas contester
03:27le fondement de cette sanction, effectivement.
03:31Et donc, après, on voit la différence entre un Donald Trump qui parle
03:34et un Donald Trump qui agit.
03:35Donc, il faut à peu près croiser les actions avec les paroles que sortent Donald Trump.
03:41Mais effectivement, là, ce qu'on voit dans le résultat de cette nuit,
03:44les résultats qui sont toujours en train de tomber,
03:45c'est que le peuple américain a baissé les critères.
03:50En fait, ce que je viens de dire, pardon,
03:52c'est que le peuple américain, en fait, ils ont réduit la prime au désaccord.
03:56C'est-à-dire qu'ils ont demandé aux deux partis de travailler ensemble.
03:59Et c'est ça, c'est ça, redonner le pouvoir au Parti démocrate.
04:02Certains ont voté pour le Parti démocrate,
04:04d'autres ont voté simplement contre le président où ils se sont abstenus.
04:07Mais ce qu'ils exigent aujourd'hui des dirigeants,
04:09c'est un petit peu de compromis, un petit peu de travail ensemble.
04:12Et donc, Donald Trump, il ne peut pas complètement ignorer ce fait cette nuit.
04:15Quand on voit que des États comme le Texas ou le Kansas,
04:18qui sont de véritables bastions républicains depuis des décennies,
04:22basculent, ça dit quelque chose du rejet dont vous parlez ?
04:26Oui, c'est une lame de fond,
04:29parce que Trump s'est rendu très impopulaire,
04:32parce que la guerre en Iran notamment,
04:35et dans une moindre mesure les tarifs douaniers,
04:38ont fait grimper l'inflation.
04:39Et pour la même raison que Biden avait perdu en 2024,
04:43Trump perd en 2026, c'est-à-dire une inflation très élevée,
04:45l'économie américaine va bien, mais les Américains ne le voient pas,
04:48sont très choqués de la corruption qu'on a vue depuis deux ans autour de la Maison Blanche.
04:53C'est quand même une des choses qui sont ressorties aux derniers jours,
04:57dernières semaines de la campagne,
04:58c'est l'irritation devant l'enrichissement personnel, notamment de Trump.
05:03Alors qu'eux ont des problèmes,
05:04qu'est-ce qu'on dirait en France si Emmanuel Macron, depuis deux ans,
05:08avait engrangé deux milliards de dollars de fortune personnelle ?
05:11Et décider de construire une salle de balle ou d'accepter un avion d'un certain nombre de dirigeants du
05:16Golfe.
05:16Juste avant de parler des conséquences internes et internationales de cette défaite de Donald Trump,
05:21Emigrine, Florence parlait il y a un instant du Texas.
05:24Il faut parler quand même de ce symbole, d'un candidat au Sénat démocrate,
05:29un ancien séminariste qui gagne, de l'argent qui avait été dépensé dans cet État,
05:35200 millions d'euros par Elon Musk pour tenter de faire battre le démocrate.
05:39En quoi est-ce que cet État est le symbole d'une bascule ?
05:43On voit la victoire de James Tallarico, ça signifie plusieurs choses.
05:47Tout d'abord, effectivement, il y a la question d'argent.
05:49Elon Musk, parmi les 500 millions de ses propres fonds qu'il a dépensés,
05:54il a versé 200 millions rien que dans le Texas pour essayer de donner la victoire à un candidat trumpiste,
05:59ce qui n'a été effectivement pas le cas cette nuit.
06:02Et donc, en effet, ce qu'on voit dans cette victoire qui est très intéressante,
06:04c'est que cette personne avec un parcours religieux invoque le discours, la grammaire religieuse
06:11pour parler des questions de dignité, de valeur, de moralité.
06:15Donc il a retourné cet argument contre les républicains.
06:17Il enlève le monopole de la question de la religion, tout simplement,
06:21de la croyance de la droite conservatrice,
06:23en disant également que cette même droite américaine s'éloigne des vraies valeurs.
06:28Et donc il va reprendre ce langage-là, mais il va parler également d'autres questions.
06:32Typiquement, le cœur de sa campagne, c'était anticorruption.
06:36C'était la justice économique, à savoir qu'il faut lutter contre les conflits d'intérêts
06:41et contre l'accumulation de la richesse chez certains.
06:43Et donc il a utilisé le discours religieux pour le faire.
06:46Et donc là, on voit le mariage parfait entre la politique et la religion à l'américaine.
06:50Justin Weiss, est-ce qu'au-delà de cette défaite de Trump, on peut parler d'un réveil des démocrates
06:54avec ces visages dont on parle ?
06:55Le gagnant au Texas, avec le John Ossoff en Georgie,
06:59Abdul El Saïd dans le Michigan.
07:01Il se passe quelque chose chez les démocrates qu'on a cru endormi, en fait, ces dernières années ?
07:07Oui, absolument. Alors, il se passe deux choses. Il y a d'une part le camp Maga ne s'est
07:11pas déplacé.
07:12Et on sait qu'une très grande variable du vote aux États-Unis, c'est de savoir si les gens,
07:17non pas sont pour les républicains ou les démocrates, mais vont voter effectivement le mardi du vote.
07:22Et par ailleurs, les démocrates se sont en effet réveillés.
07:25Alors, le parti qui est dans l'opposition, bon, on fait rarement bonne figure en termes de leader.
07:31Il n'y a généralement pas de leader naturel d'un parti qui n'est pas à la Maison-Blanche.
07:35Et donc, on les trouve toujours un peu vaseux, disons.
07:37Mais là, un certain nombre d'étoiles montantes sont apparues.
07:40Donc, Talarico, bien sûr, Ossoff, et vous les avez cités, et d'autres.
07:45Cela dit, ça ne doit pas cacher que ce réveil démocrate est ambigu,
07:50dans la mesure où, d'une part, il y a eu un fort rejet de Trump,
07:53et d'autre part, il y a des divisions assez profondes dans ce camp démocrate.
07:58Abdoulah al-Sayed, très, très, très à gauche, le plus à gauche.
08:01Qui est élu du Michigan, qui est le premier sénateur musulman élu de l'histoire aux États-Unis.
08:05Aux États-Unis, et quand même très éloigné de beaucoup d'autres.
08:07On a vu notamment que la question du soutien à Israël divisait profondément le parti démocrate,
08:12sans même que le parti républicain ait à s'en occuper.
08:14Et donc, pour 2028, puisque la course est lancée maintenant,
08:16c'est gros de menaces pour les démocrates.
08:19Même si, Amy Green, ce qui a été frappant dans la campagne des démocrates,
08:21c'est à quel point les questions économiques et sociales ont été au cœur de cette campagne.
08:26Parmi les explications de ce que les experts appellent déjà un « blounami »,
08:29c'est-à-dire le « tsunami bleu » de la couleur des démocrates,
08:33Donald Trump lui-même reconnaissait que c'était sans doute à cause de la guerre en Iran
08:38et de ses conséquences économiques et sociales.
08:40C'est le litre du galon qui a directement poussé les électeurs à infliger ce désaveu à Donald Trump.
08:47C'est trop simple de réduire toute la problématique économique,
08:50comme l'a fait le président à la question de la guerre en Iran.
08:53Bien sûr que ça a eu un impact,
08:55parce que ça fait augmenter le prix du carburant, du diesel pour les agriculteurs,
08:58et puis finalement les prix d'à peu près tout,
09:00parce qu'on sait qu'il y a des conséquences plus larges sur le transit maritime, etc.
09:04Mais en réalité, c'est un problème de bilan depuis deux ans.
09:07Le président des États-Unis, il a voulu agir très fort
09:10avec les décrets pour lancer des droits de douane, etc.
09:14Il promettait justement un redressement des finances dans les foyers,
09:16donc ça veut dire le ressenti économique des classes moyennes et ouvrières populaires
09:20qui ne s'accrochent plus du tout à ce rêve américain,
09:23qui ne fonctionne plus pour eux.
09:25Et donc ça, c'est l'absence de bilan.
09:26C'est à la fois le fait que la situation économique dans les foyers ne s'améliore pas,
09:30c'est l'enrichissement personnel du président qui s'est enrichi de 63% depuis deux ans,
09:35et donc qui a accumulé 7 milliards de fortune personnelle.
09:38Et puis, vous avez bien fait d'évoquer effectivement ce qu'on qualifie presque de lubie,
09:43c'est-à-dire refaire une salle de balle qui est plus grande que la Maison Blanche,
09:47c'est la réflexion malheureuse du bassin de Lincoln à Washington.
09:51Et puis j'en passe.
09:52Et donc effectivement, pour le peuple américain, c'était des distractions, des vraies problématiques.
09:56Et finalement, la guerre en Iran, c'était peut-être la goutte de trop,
10:00mais ce n'était pas du tout la première et seule facteur qui posait problème économique pour les foyers.
10:05Alors, il faut qu'on parle de la conséquence de cette bascule.
10:08Qu'est-ce qui se passe quand le Congrès passe à l'opposition
10:12et qu'on a un président qui a si peu compté sur un Congrès qui lui était pourtant acquis jusqu
10:17'ici,
10:17c'est-à-dire qui a essentiellement gouverné par décret ?
10:20Qu'est-ce que ça va changer concrètement cette bascule ?
10:24Alors, il a peu compté sur le Congrès parce que le Congrès était de son côté.
10:28Là, ça va changer tout de même un peu,
10:31puisque en théorie au moins, le Congrès a le pouvoir du porte-monnaie,
10:34c'est-à-dire que la Constitution américaine dit bien qu'aucun dollar qui sort du Trésor américain
10:40ne peut sortir du Trésor américain sans avoir été voté et approprié par le Congrès.
10:46Et d'autre part, il a un pouvoir d'enquête, ce dont il ne va pas se priver, évidemment,
10:51puis un pouvoir simplement de législation positive.
10:53Le problème, c'est que l'équilibre des pouvoirs,
10:57les fameux freins et contrepoids qu'on apprend aux étudiants
10:59quand on fait des cours sur le système politique américain,
11:03se sont beaucoup affaibli,
11:04y compris en raison des décisions de la Cour suprême des dernières années.
11:09L'une d'entre elles, en 2024, donne une immunité très large aux présidents,
11:13à tous les présidents,
11:14et donc ne peuvent pas être mis en cause pour ce qu'ils ont fait,
11:18peuvent-ils prétendre dans le cadre de leur fonction officielle.
11:21Une autre, il y a un an, en septembre 2025,
11:24a, disons, permis au président de ne pas dépenser l'argent que le Congrès votait.
11:28Autrement dit, par exemple, prenons les deux prochaines années,
11:31si le Congrès veut soutenir l'Ukraine, par exemple,
11:34le président Trump peut simplement mettre cet argent dans sa poche,
11:37et ne pas le dépenser.
11:40Autrement dit, en tout cas, en politique étrangère,
11:43il ne faut pas s'attendre à ce qu'il y ait moins de pouvoir
11:47et moins d'activisme de Trump.
11:48Au contraire, on peut s'attendre à ce que Trump soit encore plus actif
11:51sur les questions de politique étrangère,
11:52et donc le petit moment d'unanimité,
11:55des réjouissances parce que Trump a accepté l'unitat,
11:58doit être tempéré.
11:59Et on va bien sûr parler de la question centrale des enquêtes
12:02que peuvent décider les démocrates,
12:03mais juste, Émigrine, on parlait des réactions du président américain cette nuit.
12:06Il a aussi publié sur son réseau social Truth
12:07une photo d'une casquette avec écrit « veto ».
12:12Et le président américain va donc quoi ?
12:14Ça veut dire qu'il va passer deux ans à mettre son veto
12:16sur toute initiative qui serait prise par des élus démocrates ?
12:19Techniquement, il pourrait le faire,
12:21mais en fait, les équilibres du pouvoir n'encouragent pas.
12:24Et puis, ce qui serait très intéressant,
12:26c'est de voir quelles sont les alliances qui changent autour du président.
12:29À partir de ce matin, on commence à réfléchir,
12:31c'était déjà le cas, mais on commence à se projeter vers 2028.
12:34C'est la seule élection qui compte maintenant.
12:36Et donc, le président, il peut tout à fait passer deux ans
12:38à chercher à mettre son veto,
12:40mais il risque de mettre en péril
12:42les possibilités de réussite pour son parti en 2028.
12:46On peut se dire que le président, il n'a rien à faire
12:48parce qu'il ne sera plus là pour pouvoir briguer justement
12:51un troisième mandat qui serait anticonstitutionnel.
12:53Mais néanmoins, il y a quand même l'espoir
12:56pour des candidats autour de lui,
12:58des candidats potentiels à sa succession,
13:00le besoin d'exister politiquement,
13:02le besoin, en effet, de pouvoir agir
13:06et de faire preuve d'un bilan.
13:08Donc, en fait, le président, il a très, très peu de raisons.
13:10Mais ça veut dire, Émigrine, pardon,
13:12que le président pourrait être lâché,
13:14ou du moins des républicains, des élites républicains.
13:17Le vice-président J.D. Vance,
13:18qui fait partie de ceux qui pourraient concourir en 2028,
13:21pourrait dire, au fond, essayer d'introduire une forme de nuance
13:24par rapport à ce que Donald Trump voudrait faire ?
13:25Oui, tout à fait.
13:26J.D. Vance, il est dans une situation très délicate
13:28parce que le bilan de Trump lui appartient également.
13:31Donc, il sera en difficulté structurelle de ce point de vue-là.
13:34Mais effectivement, Donald Trump,
13:35s'il va mettre le veto pendant deux ans,
13:37il va effectivement rendre les choses
13:38beaucoup plus difficiles pour son parti
13:40qui peut estimer que le prix de le soutenir
13:42devient extrêmement coûteux,
13:43voire trop coûteux,
13:44vis-à-vis de 2028.
13:48Et honnêtement, on connaît Trump,
13:49c'est-à-dire qu'il s'en moque de l'avenir de son parti.
13:53Alors que sa grande faiblesse va être
13:55qu'il n'a plus la main mise
13:56puisqu'il n'y a plus d'élections
13:57sur lesquelles il peut vraiment agir
13:58sur le camp républicain qu'il suivait aveuglément.
14:02Alors, on a beaucoup parlé de corruption,
14:04on parle de concussion,
14:05d'enrichissement personnel de Donald Trump,
14:07de son clan.
14:08Est-ce qu'ils peuvent être amenés
14:10à rendre des comptes du fait de ces enquêtes
14:13que le Congrès va pouvoir ouvrir ?
14:15Malheureusement, non, pas vraiment.
14:17Pas vraiment parce qu'il y a cet arrêt
14:18de la Cour suprême que j'évoquais tout à l'heure
14:20sur Trump versus United States en 2024
14:23qui lui confère une immunité
14:26pour tous ses actes officiels.
14:27Et son entourage.
14:28Voilà, et son entourage non plus
14:29puisque le département à la justice l'an dernier
14:31a étendu ce privilège de l'exécutif
14:34à toute personne qui était en contact
14:36avec le président disant qu'il fallait
14:38qu'il ait les coups des franches.
14:39Autrement dit, même si le Congrès
14:41veut convoquer des proches de Trump,
14:45ceux-ci peuvent refuser.
14:47En ces cas-là, ils seront en position
14:50de mépris du Congrès
14:51et seront référés au département à la justice.
14:53Mais comme le département à la justice
14:54est républicain, ils ne craignent de rien.
14:56Vous n'avez pas l'air tout à fait d'accord.
14:58Alors, en fait, là, il y a une petite nuance,
15:00je pense, à apporter.
15:01C'est que même le refus de se présenter
15:03devant le Congrès représente
15:04un acte symbolique très, très fort.
15:06Et ça peut être également
15:07très facilement médiatisé par le Parti démocrate.
15:09L'enjeu pour le Parti démocrate,
15:11ce n'est pas nécessairement de...
15:12Et le Congrès est contrôlé par les démocrates,
15:14n'est pas de faire traîner
15:16l'administration Trump devant la justice.
15:17Parce qu'évidemment, le ministère de la Justice
15:19sous contrôle de Trump
15:20ne va jamais enquêter.
15:22La question, c'est de mettre des mots
15:23sur des choses, de demander des comptes
15:26de la part de cette administration
15:27et de le rendre dans le record public.
15:29Et donc, même tout refus, là,
15:30ça va vers le sentiment
15:32que le Parti républicain n'est pas fiable
15:34pour prendre le pouvoir en 2028
15:35aux yeux du public américain.
15:37Avec la question des enquêtes,
15:38la question aussi des nominations.
15:40Puisque avec un Congrès
15:42à la main des démocrates,
15:43ça veut dire que toute nomination
15:46du cabinet
15:47à des fonctions fédérales
15:49doit passer sous les fourches codines
15:50des démocrates.
15:51Ça aussi, ça change la donne.
15:52Oui, notamment le Sénat.
15:53Et donc, c'est pour ça
15:54que cette victoire démocrate
15:55retentissant au Sénat
15:57est très importante
15:57parce qu'ils ont assez de sièges
15:59pour pouvoir contourner
16:01le vote du vice-président
16:02qui est président du Sénat
16:03et qui départage en cas d'égalité.
16:05Et puis, je tiens simplement
16:07à ajouter une nuance également.
16:09C'est-à-dire que là,
16:10on voit une victoire assez large
16:11du Parti démocrate.
16:12Mais n'oublions pas
16:13qu'un grand nombre
16:14de ces démocrates,
16:15je pense au Kansas
16:16ou au Iowa, etc.,
16:17ils ont gagné
16:18dans des États
16:18très conservateurs.
16:20Et donc,
16:20ils ne peuvent pas gouverner
16:21très, très à gauche.
16:22C'est-à-dire que
16:23le système américain
16:24invite au compromis.
16:25Et puis, même les démocrates
16:26qui gagnent sur le rejet de Trump,
16:28même sur le soutien actif
16:30de la lecture économique
16:31du peuple américain
16:32vis-à-vis du parti,
16:34ils doivent quand même
16:35composer avec l'électorat
16:36qui les a donné
16:37cette confiance-là.
16:37Et donc,
16:38ça peut tendre également
16:39vers plus de compromis,
16:40plus de dialogues
16:41et ce ne sera pas forcément
16:42un parti démocrate
16:43qui cherche à tout brûler.
16:45Alors, on a des questions
16:46et des observations
16:47d'auditeurs.
16:48Fabien nous dit, par exemple,
16:49on parle d'élections américaines
16:50mais ce sont des élections mondiales
16:52en réalité,
16:53puisque Trump
16:54a une influence mondiale.
16:56Et Marie nous demande
16:57qu'est-ce que ça va changer
16:58pour l'Europe
16:59et le monde maintenant.
17:00Alors, on va rentrer dans le détail
17:01mais d'abord,
17:02première réponse un peu globale
17:04à ces questions
17:05qu'on se pose tous ce matin.
17:07Oui, élection nationale,
17:08conséquence globale,
17:09c'est tout à fait vrai
17:10puisque à part l'entremise
17:12de la politique étrangère américaine,
17:14il y a un effet fort.
17:16Comme je le disais,
17:17malheureusement,
17:18Trump reste aux commandes
17:19de la politique étrangère américaine.
17:21On peut même craindre
17:21qu'il soit encore plus actif
17:23sur la politique étrangère américaine
17:24puisqu'il dispose
17:26de davantage de pouvoir
17:27dans ce domaine-là
17:28par rapport à la politique intérieure.
17:31Bien sûr,
17:32il sera amené
17:33à tempérer un peu
17:34certaines de ses initiatives.
17:36Vous voyez ce qui s'est passé
17:37autour du diesel
17:38et de Zelensky.
17:40Trump a en gros
17:41accusé Zelensky
17:42d'avoir fait monter
17:43le prix du diesel
17:43alors qu'on sait très bien
17:44que la cause en est
17:45la guerre en Iran.
17:47Bon, maintenant
17:47qu'il n'y a plus d'élections,
17:49on peut imaginer
17:50une posture un peu différente.
17:52Il peut s'amender,
17:54c'est-à-dire amender sa politique,
17:55ce qu'il a fait en Iran,
17:57les droits de douane,
17:58est-ce que ça peut changer
17:59par exemple ?
18:00Ça, je pense qu'il continuera
18:02et il a une grande latitude.
18:04Un autre exemple
18:04de l'abaissement du Congrès,
18:06c'est donc le Graham Act,
18:07le Lindsey Graham Act,
18:09qui donne à Trump
18:11une grande latitude
18:11pour imposer des sanctions,
18:13y compris aux Européens.
18:15Donc malheureusement,
18:16pas beaucoup de changements
18:16de ce côté-là.
18:17Et Migrine,
18:17sur la question de l'Iran,
18:19là encore,
18:19on a tout entendu
18:20de la part de Donald Trump,
18:21à la fois qu'il pouvait frapper
18:22en même temps
18:23qu'un accord était possible.
18:25Est-ce que le résultat
18:26de ces élections
18:27va le pousser
18:28à aller encore plus loin,
18:29à reprendre des frappes
18:30ou au contraire,
18:30comme le disait Florence,
18:31à tempérer ses ardeurs ?
18:33Oui, effectivement,
18:34Donald Trump a donné
18:35la couleur depuis des semaines
18:36en annonçant
18:37des bombardements,
18:38de la reprise des bombardements
18:39très peu après les élections.
18:41Donc effectivement,
18:44il faut attendre.
18:45Malheureusement,
18:45c'est la réponse
18:46parce que d'une part,
18:47en fait,
18:47Donald Trump,
18:48il est complètement défreiné
18:49parce qu'il a la marge
18:51de manœuvre
18:51sur la politique étrangère.
18:53En même temps,
18:53ce qui est très intéressant
18:54qu'il a annoncé
18:54la fin des aides américaines
18:56militaires en Israël
18:57d'ici la fin de l'année.
18:58Donc on voit
18:59qu'il a envie d'agir,
19:00envie de modifier
19:01un petit peu
19:02les dynamiques régionales
19:04en termes de partenariat
19:05aux États-Unis.
19:05Mais de la même façon,
19:07maintenant qu'il est libéré
19:08de cette échéance électorale
19:10et il a entendu
19:11des cris de cœur
19:12du peuple américain
19:12qui veut voir
19:13les États-Unis
19:14sortent de cette guerre
19:15qui lise comme une humiliation,
19:17ça peut effectivement
19:17donner une prime
19:18à la recherche
19:19d'une sortie digne.
19:20Parce qu'en l'occurrence,
19:22il pourrait tenir
19:22Benjamin Netanyahou
19:24pour responsable
19:25de son échec,
19:26lui qui l'a entraîné
19:27dans cette guerre en Iran.
19:28C'est un des grands débats
19:29et notamment au sein
19:30du Parti démocrate
19:31puisque au cours
19:33de la campagne
19:33du Michigan
19:34qui a vu finalement
19:35la victoire
19:36d'Abdoul el-Sayed
19:37qui est le plus
19:38anti-israélien
19:39des élus démocrates
19:44à présent à la Chambre
19:45et le premier
19:46sénateur musulman,
19:48ça a été,
19:49pendant la lutte
19:50pour la primaire,
19:51le point d'achoppement
19:53et la raison pour laquelle
19:54Trump a fait cette annonce
19:55très curieuse d'hier
19:57d'un arrêt
19:58du soutien financier
19:59à Israël
20:00qui est à hauteur
20:00quand même
20:00de 3 milliards par an
20:02disant qu'ils n'en ont pas besoin.
20:03C'était aussi pour envoyer
20:04un message.
20:07Et d'ailleurs,
20:08au cours de la primaire,
20:09le lobby pro-israélien,
20:10l'IPAC,
20:11avait dépensé
20:11plus de 30 millions
20:12de dollars
20:13pour soutenir
20:13l'opposante
20:15à Abdoul el-Sayed.
20:16On voit bien
20:17que c'est une ligne de faille.
20:18En quelques mots,
20:19Justin Vahis,
20:20on voit aussi
20:20à l'échelle mondiale
20:22et ces derniers mois
20:23la défaite
20:23de Viktor Orban
20:24en Hongrie,
20:24la victoire de Lula
20:26face à Bolsonaro
20:26au Brésil.
20:28Est-ce qu'on peut
20:29commencer à tirer
20:30une forme de conclusion
20:30sur la capacité
20:31de contrer
20:32une vague populiste
20:34que certains décrivaient
20:35comme inéluctable ?
20:36Oui, la conclusion
20:37de mon point de vue
20:37c'est qu'il n'y a pas
20:38de fatalité.
20:39C'est-à-dire que
20:40beaucoup d'électeurs
20:41sont séduits
20:43par ce vote-là
20:45mais qu'en réalité
20:46il y a aussi
20:47des réactions.
20:49Moi, ça me fait
20:50toujours penser
20:50un peu
20:51aux vagues communistes
20:53des années 50,
20:5460 et 70.
20:54où on a eu
20:55un parti communiste
20:56très haut
20:58mais qui n'est jamais
20:59arrivé au pouvoir
21:00en Italie
21:01ou en France
21:01par exemple
21:02et qui a fini
21:03par décroître.
21:04On pourrait être
21:05dans la même situation.
21:05Vous faites la même analyse
21:07Emigrine en deux mots
21:08parce qu'on est
21:09placé par le temps.
21:10Tout à fait.
21:10Je pense que la souffrance
21:11économique n'est pas à ignorer
21:13et une chose que je retiens
21:14de cette nuit aux Etats-Unis
21:15qui peut s'appliquer
21:16au monde entier
21:17c'est que face à cette souffrance-là
21:19face à des solutions populistes
21:20très faciles
21:20les Américains de cette nuit
21:21ils ont commencé
21:22à reprendre la dignité.
21:23Merci beaucoup
21:24Merci Emigrine
21:25Merci Justin Weiss
21:26d'être venu avec nous ce matin
21:29On va continuer évidemment
21:30à analyser ses résultats
21:31notamment ce soir
21:32dans Un Jour dans le Monde
21:33puisque Fabienne Synthès
21:34est à Washington
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