- il y a 48 minutes
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A l’heure où la mythologie républicaine jette en France ses derniers feux, poursuivons avec Jean-Christian Petitfils notre relecture de la Révolution française, en nous attachant aux faits. Comme nous l’avons vu dans une première conversation, l’engrenage de l’année 1789 procède d’une série de malheurs qui se sont abattus sur la France sans discontinuer depuis 1786 : coût du soutien à la Révolution américaine, désastres climatiques répétés, mauvaises récoltes, gestions hasardeuses de ministres dépensiers tels Necker, acharnement de la Couronne britannique à prendre sa revanche… Le fait majeur, la soudaine décision d’une partie des députés du Tiers état de se déclarer "Assemblée nationale" fut, en juin, un pur coup de force qui laissa sans réaction un Roi déboussolé par la mort, quelques jours plus tôt, de son fils - un Roi au tempérament pacifique qui ne comprit pas que c’était la souveraineté royale elle-même qui se trouvait confisquée. Coup de force qui était pourtant un coup d’Etat, si brutal qu’il s’ensuivit dès les semaines suivantes de violentes émeutes, dont la prise de la Bastille, et des déséquilibres institutionnels qui allaient plonger la France dans des violences puis des guerres prolongées jusqu'à Waterloo.
Comme le résume Emmanuel de Waresquiel, la Révolution française plongea la France dans une longue série de terreurs, à Paris d’abord puis, assez vite, en province, qui ouvrit l’engrenage de la guerre. Œuvre d’une minorité agissante, elle n’instaura nullement la démocratie, insiste Petitfils - créant cependant une série d’institutions nouvelles que les Français tiennent pour un acquis, mais qui n’en est pas moins soumis aujourd’hui à un vaste examen critique.
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#histoiredefrance #révolutionfrançaise #démocratie
Source YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=Vhnh9a1XQmE
Comme le résume Emmanuel de Waresquiel, la Révolution française plongea la France dans une longue série de terreurs, à Paris d’abord puis, assez vite, en province, qui ouvrit l’engrenage de la guerre. Œuvre d’une minorité agissante, elle n’instaura nullement la démocratie, insiste Petitfils - créant cependant une série d’institutions nouvelles que les Français tiennent pour un acquis, mais qui n’en est pas moins soumis aujourd’hui à un vaste examen critique.
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00:01...
00:24Alors mes chers amis, je crois que vous vous en êtes rendu compte,
00:26on se met à parler de recherche beaucoup de révolution française,
00:30ce qui est assez curieux, voire louche, depuis quelques temps,
00:36notamment sur le service public de l'audiovisuel et l'immédiat de l'enchemin,
00:40comme pour réassurer les mythes de la révolution française,
00:45les républicains s'entendent bien que leur boulon commence à flageoler.
00:50Alors évidemment, on voit bien que la Vème République
00:55n'échappe pas au sort des précédentes républiques françaises.
00:59La première a fini dans la terreur, la deuxième dans l'anarchie, puis un coup d'État,
01:03la troisième a fini dans un désastre comme la France n'a jamais connu,
01:06un désastre militaire en 1940,
01:08la quatrième dans le ridicule quand les politiciens avaient peur
01:11que les généraux débarquent et les fichent à la mer ou dans la Seine,
01:15et la cinquième ne finit pas mieux,
01:17elle finit dans l'impéritie la plus inquiétante.
01:21Comme si la France n'arrivait pas décidément à trouver un équilibre d'ordre républicain,
01:28comme s'il manquait une magistrature suprême,
01:31comme on le dit, qui soit impartiale, constante,
01:34impartiale surtout, constante et inscrite dans l'histoire.
01:40Il y a une autre raison pour laquelle on parle beaucoup des mythes républicains,
01:44c'est qu'ils sont battus en brèche par l'historiographie.
01:46Ça a été dans les années 90, tout le monde le sait,
01:50l'ébranlement du socle marxiste, de la lecture marxiste de la Révolution française,
01:55qui voulait que le peuple ait fait la Révolution à lui tout seul.
02:01C'était controuvé, démenti par les faits,
02:04et il en fut fait litière par un livre connu,
02:09Le passé d'une illusion de François Furet.
02:11Et puis ensuite, il y a eu ce livre noir de la Révolution française,
02:14assez épais, qui est assez accablant pour le mythe fondateur,
02:20qui je crois est de 2008,
02:22le livre noir de la Révolution française, aux éditions Dussert.
02:25Et puis il y a, depuis quelques mois, depuis cet été,
02:28depuis le mois d'août, un livre monumental,
02:30dont nous avons parlé dans notre précédente émission,
02:34avec l'auteur Jean-Christian Petitfils,
02:36aux éditions Perrin, La Révolution française,
02:38un joli livre de 980 pages,
02:42qui remet beaucoup de pendules à l'air.
02:44Alors nous avons décidé,
02:47aux nouveaux conservateurs,
02:48de faire le point sur la Révolution française,
02:52surtout à l'approche de l'élection d'un nouveau chef d'État,
02:56dont il n'est pas sûr qu'il faille le remettre entre les mains
03:00dans les conditions dans lesquelles ils sont organisés,
03:03d'une élection au suffrage universel.
03:05Dans ce contexte, c'est assez aléatoire,
03:08et il est douteux qu'il en sorte quoi que ce soit,
03:10qu'il soit profitable pour notre pays,
03:14et qui garantisse son redressement.
03:16Donc, réflexion sur la Révolution française,
03:18nous avons déjà fait une émission avec Jean-Christian Petitfils,
03:22elle a été vue très largement,
03:25au moment où je parle,
03:26enfin je pense qu'on approchera les 100 000 vues,
03:28ce qui est un bon résultat pour nous,
03:30mais il y en aura d'autres.
03:31Jean-Christian Petitfils veut bien revenir,
03:33et notamment l'émission qui suit,
03:36dont le signal qu'elle sera assez courte
03:39pour des raisons de calendrier et de temps qui nous a manqué.
03:42Mais il y en aura d'autres,
03:44jusqu'à présent nous sommes attachés aux causes de la Révolution française,
03:47nous attaquerons aussi les mythes,
03:49car nous sommes loin des célébrations du centenaire,
03:54du bicentenaire de la Révolution,
03:58sous l'ineffable Mitterrand et sa clique,
04:01qui ont beaucoup rénové des mensonges.
04:06Il y avait des mensonges de tous les côtés,
04:08souvenez-vous que sur le bord des routes,
04:11on voyait en 1989,
04:13au bon soin de la mission du centenaire,
04:15confié à Edgar Ford,
04:18rien qui était supposé être l'extrait du journal de Louis XVI
04:22en date de 14 juillet 1789.
04:24En fait, c'était son journal de chasse,
04:26tout on le sait maintenant,
04:28qu'il remplissait en rentrant de la chasse
04:32à 7 ou 8 heures du matin,
04:33il chassait très tôt,
04:34puis quand il n'avait rien pris,
04:35il ne mettait rien.
04:36Il aurait dû dire que,
04:37mais j'annonce qu'à la fin de la journée,
04:40la Bastille serait prise.
04:42Mais bref, c'est un mensonge,
04:44c'est ce qui fait partie des mythes,
04:46et notamment le mythe de l'imbécilité de Louis XVI,
04:51qui heureusement est battu en brèche.
04:54Il y a un autre mythe,
04:55dans lequel cette révolution est libératoire,
04:59par exemple des femmes,
05:00c'est exactement le contraire,
05:02après la révolution française avec la République,
05:04les femmes qui avaient joué un si grand rôle dans l'ancien régime
05:07disparaissent, sont mises sous le boisseau.
05:09Il est faux aussi de dire que c'est le peuple
05:10qui a été le détonateur,
05:11Jean-Christian Petitfils en a fait litière,
05:14de ce mythe aussi de la révolution,
05:17de même qu'il faut cacher le rôle essentiel
05:25d'une petite minorité en réalité,
05:30qui ont composé une partie des États généraux,
05:34et qui sont d'un seul coup en juin 89 déclarés souverains à la place du souverain.
05:42C'est une sorte de coup d'État,
05:43c'est une petite clique qui confisque en réalité la souveraineté.
05:48Il y a un autre mythe, d'ailleurs sur lequel je veux revenir,
05:52c'est le mythe de l'abolition de l'esclavage.
05:561794, il y a eu une abolition de l'esclavage,
05:58mais dans les colonies.
05:59Partout ailleurs, l'esclavage était aboli depuis très longtemps,
06:03il était même aboli depuis, on ne le sait pas assez,
06:05depuis un édit de 1315 de Louis X. le Hutin,
06:10qui invoque la nature et la chrétienté,
06:13pour interdire l'esclavage et même abolir le servage dans son domaine,
06:19au nom du principe selon lequel l'ère de France rend libre.
06:23Bon, donc ce n'est pas du tout comme les enfants des écoles
06:26sont invités à l'annonnée en 1794,
06:29qu'on a aboli l'esclavage en France, il l'était depuis longtemps.
06:32Voilà encore un de ces mensonges dont il faut que nous nous débarrassions.
06:37Ajoutons d'ailleurs que Louis XVI avait aboli aussi le servage
06:41bien avant la révolution en 1779.
06:45Donc, rétablissons les faits,
06:46et nous le faisons par un cible de conversation
06:48avec Jean-François Petitfils,
06:50que nous allons retrouver à l'instant pour une deuxième conversation,
06:53je ne dis pas une seconde, il y en aura d'autres.
06:56Il est sur le point de nous expliquer,
07:01c'est là qu'on le reprend,
07:04que l'élément marquant,
07:12c'est l'usurpation de la souveraineté
07:15dans la salle du jeu de paume,
07:17replacé dans un cycle révolutionnaire
07:20qu'il fait commencer en 1786.
07:23Il nous l'a expliqué dans la précédente conversation,
07:25je vous y renvoie,
07:26de même que je renvoie aussi, par parenthèse,
07:29à la première émission que nous avons faite avec lui il y a trois ans,
07:31où il raconte sa vie,
07:33qui est captivante, son métier d'historien,
07:36c'est un des plus grands historiens,
07:37je pense le plus grand historien actuellement.
07:40Dans tous les cas, pour cette période,
07:42pour la période des temps modernes
07:43qui vont de Henri IV à la Révolution française,
07:46il clôt ce cycle,
07:47et il rappelait que la Révolution
07:49peut se prolonger jusqu'en 1804,
07:52c'est-à-dire après le directoire,
07:54au consulat, je crois même qu'on pourrait le prolonger
07:56jusqu'à l'Empire,
07:57qui est la quintessence de la Révolution,
08:00et qui finit par la déroute
08:04de 1813-1814 et Waterloo.
08:06Voilà, donc reprenons le fil de cette conversation,
08:11là où nous l'avons laissée,
08:12en attendant d'autres conversations
08:14avec notre maître Jean-Christian Petitfils.
08:22Je m'arrête en 1804,
08:24tout simplement parce que le consulat,
08:27et les historiens de Napoléon sont plutôt de cet avis,
08:31méritent d'être attachés davantage au directoire,
08:35et donc en un prolongement de la Révolution
08:37plutôt qu'à l'Empire.
08:38L'Empire, c'est autre chose qui n'est à part de l'Empire.
08:40Mais en 1800,
08:42Napoléon va consolider la Révolution,
08:45et il fallait absolument consolider la Révolution.
08:49Si les royalistes avaient emporté le pouvoir
08:53au moment du directoire,
08:55donc il y a eu des coups d'État,
08:57le pouvoir se maintient par un coup d'État à droite,
09:00un coup d'État à gauche,
09:01pour rester entre régicides,
09:05on va empêcher le retour du roi.
09:07S'il y avait eu une victoire des royalistes en 1797,
09:11eh bien le retour à l'Ancien Régime
09:17pouvait...
09:17Mais il y a eu une victoire des royalistes.
09:19Oui, mais en 1815, 14-15,
09:23le retour de la monarchie s'est fait
09:26en acceptant le code civil,
09:27en acceptant les conquêtes de la Révolution.
09:29Oui, mais après Termidor,
09:30il y a eu des élections.
09:31Ça aussi, c'est la modernité.
09:33C'est très moderne.
09:34Mais il y a eu des victoires...
09:35Des victoires royalistes
09:37qui envoient un nombre de députés
09:39bien supérieurs aux républicains.
09:40Et puis on fait un coup d'État pour empêcher...
09:42Et on fait un coup d'État pour s'abrer le résultat.
09:44...de s'emparer du pouvoir et autres.
09:46Oui, on arrête les directeurs...
09:48Alors, cette République n'est non seulement pas démocratique,
09:51mais anti-démocratique.
09:52C'est-à-dire qu'elle...
09:52C'est un peu le référendum de 2005.
09:55On faisait mal bouter, pof !
09:57Le club des régicides,
09:59ils avaient absolument peur
10:00de cette victoire des monarchistes.
10:02Donc ce qui montre bien
10:03qu'il fallait prolonger,
10:05consolider la Révolution
10:06par le code civil,
10:07par des institutions.
10:08Et c'est pour ça que moi,
10:09j'inclus le consulat dans la Révolution.
10:13Donc pour moi, ça va de 1986 à 1804.
10:16Alors après, on peut aussi dire,
10:18comme l'a fait Furet,
10:20Furet en effet dit arrête en 99,
10:22mais aussi, il se dit,
10:23finalement aussi,
10:24si on prend la phase longue,
10:25la phase longue,
10:26c'est les grands républicains
10:28des années 80...
10:30C'est eux qui consolident.
10:30C'est eux qui consolident,
10:32qui est un stade de la démocratie.
10:34Parce que la démocratie
10:35sous la République,
10:36ça n'existe pas.
10:38C'est-à-dire la démocratie,
10:38peut-être que nous l'entendons,
10:39avec le jeu des pouvoirs,
10:41des contre-pouvoirs,
10:42des libertés
10:42et un régime judiciaire indépendant,
10:46une autorité judiciaire indépendante,
10:48ça n'existe pas.
10:48J'aime aussi beaucoup ce livre,
10:50très excitant,
10:51parce qu'on voit que les royalistes,
10:53qu'il y a une nostalgie du roi,
10:55aussitôt.
10:56Alors, avant sa mort,
10:58au fond,
10:59la plupart,
11:00l'immense majorité des Français
11:02n'imaginaient pas supprimer le roi,
11:04non seulement physiquement,
11:05mais même l'institution royale.
11:07Bien entendu.
11:07Il faut le dire.
11:09Ils étaient attachés
11:09à l'institution royale.
11:11Bien entendu.
11:12Souvent,
11:13quand on parle de 89,
11:14on imagine que c'est déjà la guillotine,
11:17c'est déjà la mort du roi
11:19et la fin de la monarchie.
11:20Ce n'est pas ça.
11:21Il y a eu une tentative
11:22de monarchie constitutionnelle
11:25qui dure jusqu'au 10 août 92
11:29et elle a été sabotée.
11:31L'arrestation du roi aux Tuileries,
11:33c'est ça ?
11:33Oui.
11:34Après la chute à Varennes.
11:36Prise des Tuileries,
11:37d'échéance du roi
11:39et qui se réfugie
11:40dans l'Assemblée législative.
11:43Et puis ça va en y suivre.
11:44À partir de ce moment-là,
11:45on décide de créer
11:45une nouvelle convention nationale,
11:48d'appeler une nouvelle convention nationale
11:50pour écrire une nouvelle constitution.
11:53Mais là, c'est un changement,
11:54ça c'est une rupture.
11:55C'est vraiment la grande rupture
11:56au sein de la Révolution.
11:57C'est ce moment-là, bien sûr.
12:00Mais auparavant...
12:01Le roi n'était pas discuté.
12:04Oui.
12:04Sauf que le bouleversement
12:08sur lequel j'assiste beaucoup
12:09dans ce livre,
12:10c'est le passage
12:12de la souveraineté royale
12:17à la souveraineté nationale.
12:20Et là, c'est un coup de force gigantesque
12:22dont nous ne mesurons pas l'ampleur aujourd'hui
12:25parce que nous sommes tous,
12:26plus ou moins,
12:27attachés aujourd'hui
12:29à la souveraineté nationale.
12:30Il y avait une ambiguïté
12:31parce qu'on en vient donc à ce...
12:33Alors on dit la Bastille,
12:35bon, peut-être
12:35parce que c'est le plus spectaculaire.
12:37Et puis la Bastille
12:37ouvre un peu l'air de la terreur
12:40de cette façon
12:40parce qu'il y a de la terreur sanguinaire
12:43dans la...
12:43La violence, oui.
12:44Il y a une violence terrible,
12:45c'est ce que vous montrez.
12:47Vous n'ajoutez pas foi
12:49à quelques historiens du dimanche
12:52qui disent que les meneurs
12:54pendant le 14 juillet
12:55étaient stipendiés
12:56par la couronne d'Angleterre.
12:58Non, on n'en a pas de preuve.
13:00Et qu'ils avaient beaucoup d'argent
13:01et ils donnaient de l'argent
13:02aux petits peuples déjà très excités
13:05du Faubourg Saint-Antoine.
13:06Non, on n'en a pas de preuve.
13:08Non, c'est un mouvement spontané
13:09né de la peur,
13:10né du fait que
13:11on voyait le roi
13:12qui réunissait des troupes
13:13autour de Paris
13:14mais c'était pour maintenir l'ordre.
13:15Ce n'était pas pour organiser
13:17la contre-révolution.
13:18On le sait parfaitement aujourd'hui.
13:19Les instructions ont été données
13:20aux troupes de ne pas tirer,
13:22de ne pas provoquer la foule.
13:25Donc, non,
13:27c'est une réaction de peur
13:30menée par des petits artisans
13:32du Faubourg
13:33parce que cette Bastille
13:35était menaçante.
13:36C'était un vieux château
13:37avec des canons qui étaient...
13:39Avec peu de prisonniers, on le sait.
13:40Il y avait sept prisonniers.
13:42Le Marquis de Sade
13:42avait été transféré d'ailleurs
13:43à Vincennes quelques jours plus tôt.
13:45Sinon, il aurait fait un beau tollé
13:47en étant libéré.
13:49Et puis, c'était des prisonniers,
13:51des faussaires,
13:52un violeur...
13:53Qui jouaient aux cartes ensemble.
13:54C'était des bonheurs.
13:56Pas tout sympathiques.
13:57Mais d'ailleurs,
13:58on a attendu,
13:58avant de les libérer,
13:59l'essentiel...
14:00La foule voulait...
14:01Abattre.
14:03Voulait de la poudre.
14:04Elle avait des fusils
14:05qui avaient été pris
14:07aux Invalides.
14:0812 000 fusils,
14:09des canons.
14:09Il manquait de la poudre.
14:10Et la poudre se trouvait...
14:11Les tonneaux de poudre
14:12se trouvaient dans la Bastille.
14:13Donc, c'était pour ça
14:14que la foule se rendait là.
14:15empêchée de couper la tête,
14:17comme quoi la terreur
14:17a commencé très vite.
14:18Alors, ça, c'est des massacres.
14:20On voit une première poussée.
14:22Mais là, c'est une poussée populaire.
14:23Parce qu'après,
14:24nous aurons une terreur,
14:25mais une terreur d'État,
14:26organisée par l'État.
14:27Là, c'est poussée,
14:29violence,
14:30poussée au 20 juin 92,
14:32poussée au 10 août 92
14:33avec l'effondrement de la monarchie.
14:35Et puis 93...
14:36Et puis, à partir de 92,
14:37là, va s'instaurer lentement
14:39les massacres de septembre 92.
14:42Abomination épouvantable
14:45prêtre massacré au carme
14:49un peu partout dans les prisons
14:51par un mouvement de 150 tueurs avinés
14:56dont on ne connaît pas les instigateurs.
14:59On ne maîtrise pas bien tout cela.
15:01Il y a beaucoup de mystères dans tout cela.
15:03Mais il faut se méfier de ceux
15:06qui considèrent que tout est manipulé.
15:08Il peut y avoir des mouvements de foule
15:09et puis des mouvements de panique
15:11qui font que rien n'est explicable
15:15rationnellement.
15:15Donc, il y a eu ces mouvements-là.
15:17Et puis, après, c'est la terreur,
15:19c'est les représentants en mission.
15:21C'est l'amendée.
15:22C'est ce qu'on dit du brumeur.
15:23Parce qu'il y a des regains de terreur
15:26sous les directoires.
15:27Bien sûr.
15:28Le premier et deuxième directoire.
15:29Il y a de la terreur blanche,
15:30mais qui est quand même
15:31beaucoup plus limitée.
15:33Emmanuel Varesquiel dit,
15:35dès le premier jour,
15:36pour lui, c'est la Bastille,
15:38pour vous, on voit que,
15:39avec vous, on voit que,
15:40c'est bien avant,
15:41ce mouvement est hétéroriste.
15:44Oui.
15:44Moi, je suis d'accord sur le plan du principe.
15:46C'est-à-dire qu'à partir du moment,
15:48on déplace la souveraineté.
15:50Et puis, il y a ce que j'appelle
15:53l'hubris extraordinaire des députés
15:58de l'Assemblée nationale,
16:00constituante,
16:01de la législative,
16:02de la Convention,
16:03qui se considèrent comme des dieux,
16:05qui considèrent qu'ils peuvent légiférer sur tout,
16:08y compris sur la religion.
16:09Il y a un député Camus qui dit,
16:12nous sommes une Convention nationale,
16:14nous avons le droit de légiférer
16:17sur la religion
16:18et de modifier la religion.
16:20Nous ne le ferons pas,
16:21mais nous avons le droit.
16:22Il se considérait comme supérieur
16:23à un concile œcuménique.
16:25C'est extravagant.
16:26C'est fou, oui.
16:27Et il n'y avait aucun pouvoir.
16:28Ils avaient été élus dans un cadre
16:30d'une assemblée,
16:33d'une assemblée élue
16:37pour un temps déterminé
16:39et pour donner son avis.
16:41L'hubris est en partie expliqué,
16:44d'après un historien du vin,
16:48par le fait que les octrois
16:51qui bloquaient la circulation du vin
16:53et notamment des petits vins
16:54que pouvaient acheter le peuple
16:55qui était moins cher,
16:57qui n'étaient pas habitués à boire,
16:59s'est mis tout à coup à boire
17:00et qu'il y avait beaucoup de personnes,
17:03de personnages avinés
17:04au cours de ces épisodes de terreur.
17:07Par exemple, septembre 1992,
17:09quand on est allé assassiner les gens
17:10dans les...
17:11Oui, oui, oui.
17:12Oui, mais pas à l'assemblée.
17:13Moi, je parlais de l'hubrisse des députés.
17:14Même pas à l'assemblée ?
17:15Il y avait la buvette,
17:17mais je ne sais pas si elle était alimentée.
17:18Je cherche le nom de cet historien.
17:20Je suis désolé,
17:20je me perds dans mes papiers,
17:22mais on le mettra à l'écran.
17:25C'est un livre récent publié,
17:27je crois, au Seuil,
17:27sur le vin et la révolution.
17:29C'est très aminant.
17:30Il signale d'ailleurs
17:31que Louis XVI aimait bien la bouteille aussi.
17:34Oui, non, enfin un peu,
17:37mais pas trop quand même.
17:38C'était peut-être pour s'affranchir.
17:40Il était vite...
17:41Il s'enivrait vite.
17:42C'est-à-dire qu'un ou deux verres de vin
17:44et il suivait...
17:45Ce qui se passe quand les états généraux réunis,
17:50une partie,
17:51presque tout le tiers état,
17:54une grande partie
17:54auxquelles se joignent ensuite
17:55des députés des deux autres ordres,
17:59décident qu'il est l'Assemblée nationale
18:02et prend des décrets
18:04comme si le souverain, c'était lui.
18:07Oui.
18:08Alors ça, c'est un renversement prodigieux,
18:13vous dites gigantesque,
18:14de la souveraineté
18:16qui se fait avec une brutalité en mai,
18:19surtout en juin...
18:21En juin, j'en ai.
18:24Alors, avant la prise de la Bastille,
18:27qui n'en est qu'au-delà conséquence
18:28et tout le reste n'est que la conséquence
18:29parce que vous dites
18:30que cette brutalité porte en elle
18:33toutes les brutalités qui vont suivre
18:35parce que d'un seul coup,
18:37avec une ambiguïté
18:38parce que pour autant,
18:39il ne révoque pas le roi,
18:41cette Assemblée nationale.
18:42Non, mais en même temps...
18:43Elle se veut constituante ensuite
18:45sans abolir la monarchie.
18:46Non.
18:47Mais c'est elle qui décide de tout.
18:49Elle qui décide de tout.
18:50Alors, c'est ça,
18:52on tombe dans un principe...
18:54Une aporie.
18:54Très complexe parce que
18:57cette souveraineté,
18:58c'est l'Assemblée
18:59qui va écrire la Constitution
19:02et par conséquent
19:03qui va donner au roi
19:07sa feuille de route.
19:08Il faudra qu'il l'approuve simplement.
19:10On lui demandera d'approuver.
19:11Mais on va lui donner...
19:13Voilà, vous aurez tel et tel pouvoir.
19:14On va vous enlever tel et tel pouvoir.
19:16Et vous devez vous contenter
19:19de ce que vous aurez.
19:21C'est-à-dire un pouvoir exécutif
19:23très limité
19:24puisque la Révolution se méfie beaucoup
19:26du pouvoir exécutif.
19:28Donc, tout sera concentré
19:31dans les mains d'une seule Assemblée.
19:33Refus aussi au mois de septembre
19:34de faire un bicaméralisme
19:36qui aurait pu équilibrer légèrement
19:39le système politique.
19:39Oui, le roi voulait deux...
19:42Deux ou trois.
19:42Deux ou trois assemblées.
19:45Trois en juin, 23 juin.
19:47Au début, 23 juin,
19:49il veut garder les trois ordres,
19:50tout simplement.
19:50Voilà, donc il veut trois chambres.
19:52Il propose trois chambres.
19:54Mais bon, tout ça est très vite dépassé.
19:55Le programme du 23 juin
19:57aurait été proposé le 5 mai.
20:00Probablement que ça aurait été accepté.
20:02Mais les choses sont vite évoluées.
20:04Et c'est surtout l'élément crucial.
20:05C'est le 17 juin,
20:06le 20 juin,
20:07le serment du jeu de peau,
20:09en disant nous ne nous séparerons pas
20:10tant que nous n'aurons pas
20:11établi la Constitution.
20:12Et puis le 9 juillet,
20:14l'Assemblée se présente,
20:16se nomme Assemblée Nationale Constituante.
20:19Donc tout cela fait que
20:20tous les pouvoirs exécutifs,
20:23législatifs, judiciaires
20:24et constituants
20:25sont concentrés dans les mains
20:26de gens qui ont été élus
20:28dans un système électoral
20:30très complexe des ordres
20:32et qui sont pour une Assemblée consultative.
20:36Alors on n'est plus du tout
20:36dans Montesquieu, là.
20:37Ben non.
20:38Même pas la séparation des pouvoirs.
20:40Alors, ça c'est prodigieux
20:43comme bouleversement.
20:45Gigantesque.
20:46Et la révolution anglaise est totalement différente.
20:49En 1688, un siècle plus tôt,
20:52les Anglais vont modifier,
20:55vont arrêter le pouvoir monarchique.
20:59C'est la gentry anglaise, en fait,
21:00qui est extrêmement riche, puissante,
21:02qui a des intérêts des terres très nombreuses,
21:05qui n'a rien à voir avec l'aristocratie française.
21:07Et puis qui a des intérêts dans les ports,
21:09en particulier dans le commerce.
21:11C'est la gentry extrêmement puissante,
21:12capable de limiter le pouvoir du roi
21:14et de limiter la poussée populaire.
21:17Donc c'est cette gentry qui va prendre le pouvoir
21:19et qui va, au fond,
21:23bloquer l'évolution de la monarchie des Stuart
21:28vers la monarchie absolue.
21:30C'est des grands rêves de Charles II,
21:31mais pas question, on les bloque.
21:33Et puis c'est tout.
21:35Et il y a le Bill of Rights,
21:36qui est pris en 1989.
21:38C'est la loi de protection des libertés.
21:41Et tout cela s'arrête.
21:43Et donc on est dans un système équilibré.
21:46Au moment de la réunion des États généraux,
21:48le roi a fait un petit discours,
21:50a passé la parole à Necker,
21:52qui a fait un grand discours de trois heures,
21:55ennuyeux au possible,
21:57sans proposer quoi que ce soit.
21:59Ensuite, les différents ordres se sont disputés
22:03pour reconnaître la validation de leurs membres.
22:10Il y a eu des conflits entre les ordres
22:12et le roi a laissé faire.
22:14Et pendant ce temps-là, d'ailleurs,
22:15le dauphin était en train de mourir.
22:18Il meurt le 5 juin.
22:20Et rien ne vient du côté du pouvoir royal.
22:23Donc le 14, 15, 16, 17,
22:26on dit que ça ne peut plus durer.
22:28Nous allons nous-mêmes nous arranger
22:31et nous allons proposer une constitution.
22:34Donc nous nous proclamons Assemblée Nationale.
22:37C'est là qu'à partir de ce moment-là,
22:39alors il y a eu différentes dénominations,
22:41mais la plus simple, évidemment,
22:45et la plus percutante l'a emportée.
22:47Assemblée Nationale, c'est-à-dire nous sommes la nation.
22:49C'était la théorie de l'ABCIES.
22:54Qu'est-ce que le tiers-État ?
22:55Tout ?
22:57Que demande-t-il à venir ?
22:58Quelque chose ?
23:00Et donc ce tiers-État auquel vont se rattacher...
23:03Il va finir par être tout.
23:04Il va finir par être tout.
23:05Il y a un totalitarisme.
23:06Et alors, du tout au totalitaire,
23:09on passe tout doucement.
23:11On va y passer tout doucement.
23:12Alors il y aura quand même une phase libérale,
23:14il faut quand même reconnaître,
23:15de la Révolution,
23:17c'est-à-dire la Déclaration des droits de l'homme,
23:19la liberté de la presse,
23:21qui a été reconnue au départ,
23:24la décentralisation.
23:25Ça va durer jusqu'en 91, 92, la décentralisation.
23:28Donc tout le grand mouvement de décentralisation
23:30que connaît le XVIIIe siècle,
23:33et d'affaissement du pouvoir, se poursuit.
23:35Tout va être électif.
23:37Les maires, tout le monde va être élu
23:41par des assemblées.
23:43Et puis après, il va y avoir une reprise en main.
23:45Ce n'est pas tout à fait nouveau.
23:46Parce que contrairement à des idées reçues
23:48et à l'historiographie marxiste,
23:51on votait beaucoup sous l'Ancien Régime.
23:53Oui, mais on votait dans son ordre,
23:54dans sa catégorie, dans sa corporation.
23:57Et on votait pour ses communes,
23:58où il y avait des élections locales nombreuses.
24:00Oui, oui, oui, mais bon,
24:02il n'y avait pas des mécanismes universels.
24:06On dit que même les femmes votaient
24:07quand le mari était à la guerre,
24:09ou quand elles étaient veuves.
24:10Ça dépendait.
24:11Ça dépendait.
24:12Si c'était une femme noble,
24:14oui, elle pouvait,
24:15si elle était titulaire d'un fief,
24:16elle pouvait voter, en effet.
24:18Mais pas toutes, sinon,
24:20pas les femmes du peuple.
24:21Bon, mais si le mari était à la guerre,
24:25elle pouvait voter aussi, je crois.
24:27Ça dépend où, vous me direz.
24:28Oui.
24:28Bon, c'est plus sceptique.
24:30Enfin, sur le principe,
24:32le droit de vote.
24:33C'est ça aussi, la Révolution française.
24:35Elle élimine toute la grande féminisation
24:39des politiques françaises.
24:41Alors là, elle ne va pas être féministe du tout.
24:44Il y a plus que des hommes après la Révolution.
24:46Avant, il y a des femmes de tous les côtés.
24:48Marie-Antoinette joue un grand rôle.
24:49Oui, oui, évidemment.
24:50Et puis les Jacobins vont interdire
24:51tous les clubs féministes.
24:53Eh oui !
24:54Les clubs révolutionnaires féministes
24:56vont être très mal vus, interdits.
24:58Les femmes vont être quillotinées.
25:01Et pour les Jacobins,
25:03la femme, c'est la femme au foyer.
25:06C'est ça la modernité de la Révolution française.
25:10Alors que pendant toute l'histoire de France,
25:12les reines ont eu un grand rôle.
25:14Oui, oui.
25:15Même quand les Médicis, par exemple,
25:20pendant la minorité des rois,
25:21elles ont gouverné beaucoup, souvent, les femmes.
25:23Et après 89, plus rien.
25:27Non, plus rien.
25:28Bon, bref.
25:30Alors, à propos des aristocrates,
25:32est-ce qu'ils se sont mêlés au...
25:34Quelle est la proportion de ceux
25:36qui se sont mêlés à l'Assemblée nationale
25:37quand elle se déclare constituante en...
25:40Ça s'est fait en plusieurs étapes.
25:42Et à la fin, le roi a demandé
25:44à la noblesse et aux clergés
25:47de rejoindre l'Assemblée nationale.
25:49Donc, ils ont fini par rejoindre
25:51sur l'instruction du roi.
25:53Mais cela étant,
25:54les aristocrates, eux,
25:57étaient...
25:58En fait, il y a différents partis
25:59au sein de la droite ou du centre,
26:02si vous voulez.
26:02Il y a d'une part
26:04ce qu'on appelle les monarchiens.
26:06Les monarchiens,
26:07il y a deux tendances.
26:08Une tendance mounier
26:12et puis une tendance malouet.
26:15La tendance malouet,
26:16c'est la tendance monarchie administrative
26:19style Richelieu, Colbert,
26:23Vauban,
26:24le roi doit réformer
26:26et supprimer
26:27toutes les vestiges de la fédalité.
26:29Et puis, la tendance mounier,
26:31c'est de dire
26:32qu'il faut aller vers une monarchie à l'anglaise.
26:35Ça, c'est les monarchiens
26:37qui nous ont une partie onérée.
26:38Et puis, vous avez au-delà
26:40ce qu'on appelle les noirs,
26:41c'est-à-dire les aristocrates
26:44qui, eux,
26:45ne veulent pas du tout
26:46d'un pouvoir royal fort.
26:49Bien au contraire.
26:49Les bretons, par exemple.
26:51Les bretons, c'est du côté
26:53des Jacobins
26:54et ils sont passés à gauche.
26:56Mais du côté des noirs...
26:57Les aristocrates bretons ?
26:59Ah, les aristocrates bretons.
27:01Très peu sont venus à l'Assemblée
27:02parce qu'ils avaient fait grève,
27:04ils avaient décidé de ne pas venir.
27:05C'est à jouer, d'ailleurs,
27:06dans le basculement des votes.
27:11Mais les bretons,
27:12c'était un cas très particulier.
27:14Mais les noirs,
27:15les aristocrates, eux,
27:18le bon d'Entregue,
27:21Casanès,
27:22tous ces gens,
27:24eux, veulent
27:27limiter très fortement
27:28la joie royale
27:29revenir à l'ancienne féodalité.
27:33Donc, ce sont des gens
27:34hostiles au pouvoir royal.
27:36Et ils vont s'allier
27:37pendant tout le long
27:38de l'Assemblée constituante
27:40avec l'aile gauche,
27:42déjà contre le roi.
27:44Ils vont empêcher le roi
27:45de disposer d'un pouvoir solide.
27:50Alors, finalement,
27:51c'est un peu deux,
27:52donc tout dépend,
27:53même s'ils sont divisés.
27:54et ils sont au centre du jeu
27:59presque autant
28:00que les bourgeois
28:01à la Robespierre et autres.
28:03Pour l'instant,
28:04c'est un peu dans l'ombre.
28:05Oui, sauf qu'au fur et à mesure
28:06que la révolution se déroule,
28:09beaucoup s'en vont en émigration.
28:10Voilà.
28:11Après, oui.
28:12Donc, ça diminue, évidemment.
28:14Vous consacrez des pages
28:16assez amusantes
28:17au 4 août.
28:19Dites-nous.
28:20Dites-nous comment on a pu
28:21transformer ce 4 août
28:23en un espèce de grand mouvement généreux
28:25des aristocrates
28:25qui a eu lieu dans le premier.
28:26Oui, il y a eu une surenchère
28:27des uns et des autres.
28:30C'était un peu délirant.
28:32C'était dans une atmosphère
28:33de crainte,
28:37des mouvements paysans
28:39et de la grande peur paysanne.
28:42et ils vont sacrifier.
28:44Mais ils sacrifiaient facilement
28:47des droits féodaux
28:47qui seraient remboursés.
28:49Pour eux,
28:50ils seraient très facilement remboursés.
28:52Donc, il n'y avait aucun...
28:53Le sacrifice n'était pas très...
28:56Très doux.
28:57Y compris dans le même mois d'août 89,
28:59une équivoque extraordinaire.
29:01La Déclaration des droits de l'homme,
29:02personne ne le sait,
29:03elle a un seul signateur.
29:04C'est Louis Capet.
29:07Elle est signée par Louis Capet,
29:09cette Déclaration des droits de l'homme
29:10de fin août 89.
29:12Et d'ailleurs,
29:13on a l'impression
29:13qu'il signe d'autant plus facilement
29:15qu'un certain nombre d'articles...
29:18Elle sera acceptée par le roi
29:19au mois d'octobre.
29:20Oui.
29:22Il la signe en tous les cas.
29:23Elle sera signée, oui.
29:25Qu'elle reprenait
29:27des points antérieurs,
29:29des décrets royaux antérieurs.
29:31Par exemple,
29:31il avait aboli la torture.
29:33On a l'impression à tout moment,
29:34c'est ce qui rend ce livre formidable,
29:36que tout aurait pu être autrement.
29:39L'épisode Varenne, quand même,
29:41est à glacer le sang,
29:43parce que le roi n'allait pas du tout
29:46rejoindre les armées étrangères.
29:48Il allait rejoindre à Montmédi,
29:49des armées françaises.
29:52Il était le chef des armées,
29:54il allait bien le voir
29:54d'en rejoindre les armées.
29:55Et il était à quelques encablures
29:57de Montmédi.
29:57Oui.
29:58Quand il a été arrêté,
29:59il était pratiquement sur le point d'arriver.
30:00Il n'était pas très loin de Montmédi.
30:01Mais s'il avait choisi un autre équipage
30:03que ce gros carrosse de plusieurs...
30:06Oui, il y a une série de catastrophes.
30:09Il n'a jamais été attrapé.
30:10Il faut la réparer.
30:11Le roi qui se promène aux états.
30:15Parce qu'il fait chaud.
30:16Il discute avec les uns les autres.
30:18Les postillons vont de relais en relais
30:22donner l'information.
30:23Et on le reconnaît.
30:23C'est le roi, etc.
30:25C'est une série de maladresse.
30:27Le roi n'allait pas à l'étranger,
30:29contrairement à ce que disent encore
30:30les historiens.
30:31Il fuyait, il s'en allait.
30:33Ce n'est pas vrai.
30:33Il allait à Montmédi
30:34pour rediscuter avec l'Assemblée
30:37des conditions de la Constitution.
30:40Parce qu'il considérait
30:41que le pouvoir exécutif était maltraité.
30:43Et donc, il voulait rétablir
30:46une certaine autorité au roi.
30:48Donc, il acceptait la Constitution.
30:50Il acceptait l'essentiel de la Constitution.
30:53Mais il voulait qu'on donne
30:55un peu plus de lustre au pouvoir royal,
30:58qu'il ait une garde personnelle.
31:00Toutes choses, d'ailleurs,
31:01qui seront légèrement améliorées
31:03après le retour du roi de Varennes.
31:07On va accepter un certain nombre
31:08de modifications très légères.
31:10Mais il ne sera plus simplement
31:11le premier fonctionnaire de la nation.
31:16Là, il y a un tout petit changement.
31:18Mais après, évidemment,
31:20la législative, l'Assemblée législative,
31:22va tout faire pour saboter le pouvoir royal,
31:25refusant au roi le droit de veto, par exemple.
31:27On donne au roi le droit de veto.
31:29Dès qu'il exerce ce droit de veto,
31:31on se précipite aux tuileries,
31:33on envahit les tuileries,
31:34on veut forcer le roi à accepter.
31:36C'est quand même un vrai semblable.
31:37On ne joue pas le jeu, quoi.
31:38Non, on ne joue pas le jeu.
31:39C'est ça, le totalitarisme.
31:40C'est que tout est possible,
31:42donc on fait tout.
31:43Voilà.
31:43Et dans cette succession de chapitres
31:47de ce livre, encore une fois,
31:49absolument passionnant à lire,
31:51on est pris d'une sorte de frémissement
31:54parce qu'on se dit très souvent
31:56tout aurait pu être différent.
31:59C'est ça, c'est le côté romanesque.
32:01Et vous avez dit que vous avez fait un récit.
32:03C'est un récit très romanesque,
32:05encore une fois, avec de très belles phrases
32:06et des formules magnifiques.
32:09Enfin, vous avez un don d'écrivain.
32:10Ça, c'est sûr.
32:11Et on retrouve votre père,
32:13qui était très littéraire.
32:17On se dit aussi que le ciel
32:19n'a pas été clément avec le roi de France.
32:23Il y a eu cette succession de choses climatiques
32:27qui, pendant trois ou quatre ans,
32:29la pauvre France a subi
32:31toutes les intempéries possibles et imaginables,
32:35sécheresses, inondations,
32:37même des pluies volcaniques
32:39qui étouffent les...
32:43Et puis il y a ensuite
32:44une succession de hasards,
32:46le dauphin qui meurt
32:47en plein moment
32:48où se constitue,
32:50c'est crucial,
32:51une assemblée séparée
32:52du tiers-État.
32:54Après, il y a eu ces incidents,
32:55enfin, ces incidents,
32:56ce drame de Varennes,
32:58pour moi, c'est un drame.
32:59On a l'impression
33:00que le ciel s'acharne
33:01contre la monarchie française.
33:02Oui, mais il faut dire aussi
33:03que c'est une certaine faiblesse du roi
33:04qui n'a pas su
33:06choisir un bon ministre.
33:07Necker était un homme très hésitant,
33:09comme le roi.
33:10Donc, il fallait une autorité
33:13capable de proposer en 89,
33:15en mai 89,
33:17un plan de réforme.
33:18Un calonne était...
33:19Un calonne avait été éjecté
33:21parce qu'il était rejeté
33:23par les notables.
33:25Et l'Homénie de Brienne aussi.
33:27Et l'Homénie de Brienne aussi, oui.
33:29Et l'Homénie de Brienne
33:30était quand même très...
33:31Un réformateur.
33:32Un réformateur,
33:33marqué par les lumières,
33:34mais très vite,
33:35il a été dépassé par...
33:36Elle aurait pu se réformer,
33:37cette monarchie, quand même.
33:38Elle aurait pu,
33:39mais elle ne l'a pas fait.
33:41Voilà.
33:42Et Louis XVI a cherché
33:43à s'entendre avec la Révolution.
33:45Et c'est la Révolution
33:46qui n'a pas voulu de lui.
33:48Est-ce que le succès de ce livre...
33:51C'est ma dernière question,
33:52je vais essayer de petit fils.
33:53Peut-être qu'on reprendra
33:54nos conversations un jour
33:55si vous voulez bien,
33:56parce qu'il y a encore
33:57un grand bout à voir.
33:58Mais, pour aujourd'hui,
34:00est-ce que le succès de ce livre
34:02n'est pas en partie imputable
34:04aux inquiétudes des Français
34:05aujourd'hui ?
34:07Alors, il y a beaucoup de parallèles.
34:09La dette, le climat...
34:11Exactement.
34:12La dette, le climat...
34:13Le chômage qui augmente,
34:15puisque en ce moment,
34:16le chômage augmente à tout à l'heure.
34:17Et puis, la prévalence, finalement,
34:19d'une culture révolutionnaire
34:21qui est...
34:22Bouillonnante.
34:22...très présente.
34:24On considère que la révolution continue,
34:26qu'elle est toujours présente,
34:28qu'elle doit continuer.
34:29Voilà.
34:30Y compris notre président
34:31qui a écrit un livre
34:32qui s'appelle...
34:32Révolution.
34:33...s'appelle Révolution.
34:34Voilà.
34:35Tout le monde veut faire
34:37ou à nous refaire la révolution.
34:38Le mot revient à l'ordre du jour.
34:40Voilà.
34:40Et on se demande...
34:41Là, nous enregistrons
34:43cette émission en septembre
34:462026.
34:47On se demande
34:48si en septembre 2027,
34:50le mot révolution
34:51ne sera pas encore plus
34:52dans les têtes.
34:54car...
34:55Bon, vous ne pouvez pas être
34:56de 20.
34:56Voilà, l'historien n'est pas de 20.
34:59Les élections...
34:59Mais quand même,
35:00il a un coup d'œil.
35:01Les élections de l'an prochain
35:02ne vont rien résoudre.
35:04Nous ne savons rien.
35:05Nous n'en savons rien.
35:06Nous ne savons pas.
35:08Il n'est pas impossible
35:09que la France retombe
35:10dans des situations
35:11aussi périlleuses,
35:13chaotiques, violentes
35:14au cours de l'été
35:15et de l'année prochaine.
35:16Ce n'est pas impossible.
35:16Non.
35:16Ça, c'est sûr.
35:17Et c'est peut-être
35:18un peu cette inquiétude
35:20qui a saisi
35:21le peuple français
35:22qui fait qu'on se retourne
35:23sur la révolution française.
35:25C'est vraiment
35:25un livre qui vient à son heure.
35:26Je suis très heureux
35:28qu'il remporte un grand succès.
35:29Peut-être que nous nous reverrons
35:30si vous le voulez bien
35:31lorsque le succès sera consommé.
35:33Vous verrez que j'ai eu raison.
35:35Ce livre arrive très bien.
35:37Il met un terme,
35:38non pas, bien entendu,
35:40à votre œuvre,
35:41mais à cette grande séquence
35:42qui commence au XVIe siècle
35:45avec Henri IV.
35:46Bourbon d'abord,
35:48puis Henri IV
35:48et puis qui s'achève,
35:50alors on ne sait pas très bien quand,
35:52aux alentours de l'an 1800,
35:54peut-être un peu après,
35:55peut-être un peu avant.
35:56Merci beaucoup,
35:57Jean-Christophe.
35:58C'est moi qui vous remercie.
35:59C'était fort de venir
35:59en pleine période de...
36:00C'est lourd pour vous,
36:02je sais, de promotion.
36:03Merci.
36:04Vous écrirez d'autres livres.
36:06Bien sûr, j'espère.
36:07C'est Dieu me prête vie.
36:08Pas de Napoléon, je crois.
36:10Je ne pense pas, non.
36:12Non, c'est trop complexe,
36:15c'est gigantesque,
36:16c'est un continent.
36:18Bon.
36:18Merci.
36:19C'est moi qui vous remercie,
36:20cher Jean-Christophe,
36:21petit-fils,
36:22pour les moments palpitants
36:23que vous nous avez donnés
36:24à vivre en lisant ce livre,
36:26qui prouve d'ailleurs,
36:27mille pages,
36:28quand même,
36:28mille pages,
36:29quand ma postière m'a apporté
36:31ce livre
36:33dans mon village de Corrèze,
36:35ça n'entrait pas
36:35dans la boîte aux lettres,
36:36alors elle sonnait,
36:37elle sonnait,
36:37elle sonnait,
36:38elle m'a donné ce livre
36:39comme ça,
36:39elle me disait,
36:40mais qu'est-ce que c'est,
36:40c'est un livre ?
36:42Mais non,
36:42il y en a deux ou trois.
36:43J'ouvre le paquet,
36:46devant elle,
36:46parce qu'en province,
36:47on n'est pas à Paris,
36:48on a le temps.
36:49Et je lui montre ce livre,
36:50elle l'a pris dans ses mains,
36:52elle m'a dit,
36:52au bout d'un,
36:53mais c'est pas possible,
36:54c'est un livre qui est si gros,
36:55mais comment ça peut tenir ensemble ?
36:56Elle le fait des mille pages !
36:59Voilà,
37:00c'est un grand cadeau
37:02que vous nous faites.
37:04Et je vous remercie beaucoup
37:06pour tous ces bonheurs.
37:07C'est moi aussi.
37:07Merci.
37:08À bientôt.
37:08Sous-titrage Société Radio-Canada
37:10...