- il y a 17 minutes
Chaque week-end, l’émission pilotée par Pauline Revenaz avec à ses côtés Dominique Rizet, consultant police/justice BFMTV, traite d’un événement majeur de la semaine, ainsi que d’autres affaires qui sont revenues sur le devant de la scène.
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00:00Et on va prendre à présent la direction de la cour d'assises de Blois, changement de décor.
00:04C'est l'épilogue judiciaire de presque 40 ans de silence, de mystère, autour d'une petite fille de 4
00:09ans, Inas,
00:10retrouvée sans vie, roulée dans une couverture au bord de l'autoroute A10.
00:15Alors pour ceux qui sont nés après 1987 et pour tous les autres, rappel des faits avec Pierre-Louis Bousset.
00:22Justice pour Inas ! Justice pour Inas !
00:26C'est sous les huées de militants pour la protection de l'enfance que la mère d'Inas est ressortie
00:30lundi, de la première matinée d'audience.
00:33L'avocat nous dit « Ouais, c'est bon maintenant, laissez-la à la pauvre ».
00:36Non mais laissez-la à la pauvre de quoi en fait ? C'est qui la pauvre dans l'histoire
00:38? C'est Inas ou c'est cette dame-là qui a fait des trucs ignobles, atroces ?
00:42Ambiance tendue donc au premier jour du procès, autour de la mort de la jeune Inas Touloub à l'âge
00:47de 4 ans.
00:48Le corps de la petite fille avait été retrouvé sauvagement meurtrie dans un fossé au bord de l'autoroute A10
00:53dans le Loir-et-Cher en 1987.
00:56Horriblement tuméfié, les cheveux arrachés, les morsures, le visage ensanglanté.
01:0330 ans d'enquête ont été nécessaires pour identifier la jeune fille et remonter à ses parents.
01:08Pour la médecin légiste interrogée par la cour, la victime a subi des violences multiples et répétées.
01:13Parmi elles, une vingtaine de morsures, des lésions compatibles avec des brûlures et des fractures qui n'ont pas pu
01:19passer inaperçues.
01:21La jeune fille de 4 ans serait décédée après une période d'agonie, en raison notamment d'une absence de
01:26soins, selon la professionnelle.
01:29Les parents d'Inas, quant à eux, ont nié toute responsabilité dans ce drame.
01:33Ils risquent la réclusion criminelle à perpétuité.
01:36Le procès doit se conclure le 18 novembre.
01:40Un procès en cour à Blois, je vous le disais, il a démarré lundi devant la cour d'assises avec
01:44deux accusés.
01:45Les parents d'Inas, jugés pour actes de torture et de barbarie, ayant entraîné la mort sans intention de la
01:50donnée pour la mère et complicité pour le père.
01:52Avec nous, j'accueille avec plaisir Elisa Fernandez, journaliste Pégide, BFMTV.com.
01:57Vous avez assisté aux audiences cette semaine et vous allez nous raconter.
02:00Jacques Fonbonne, ancien patron de la SR d'Orléans.
02:02Vous avez eu ce dossier dans votre escarcelle et vous allez nous raconter les années d'enquête.
02:05Et puis notre éclaireur de choc, François Daouz, qui quand il aura mis un micro, ex-directeur de l'IRCGN,
02:10pourra venir nous raconter l'ADN de Parentel.
02:13Mais d'abord, Elisa, le procès de Blois, comment vous sont apparus les parents d'Inas lundi dernier et toute
02:19cette semaine ?
02:20Quel est le qualificatif qui vous vient naturellement ? Est-ce qu'ils sont dépassés ? Est-ce qu'ils
02:23sont écrasés par l'enjeu ?
02:25Rappelez-nous ce qu'ils encourt.
02:26Ils encourt tout d'abord la perpétuité, donc une peine très lourde tous les deux.
02:31Donc la mère d'Inas, elle est jugée pour actes de torture et de barbarie, ayant entraîné la mort sans
02:36intention de la donner.
02:38Et le père, lui, est renvoyé pour complicité des mêmes faits.
02:41Pour autant, ils encourt tous deux la réclusion criminelle à perpétuité.
02:45Ils sont apparus assez fatigués, finalement.
02:50Le père, par exemple, ne se déplace pas sans sa canne.
02:52La mère, elle, elle est peut-être un peu plus en forme, en tout cas, mais elle invoque souvent des
02:58trous de mémoire.
02:58Peut-être qu'on y reviendra.
03:00Mais voilà, assez fatigué, assez diminué.
03:04Ils ont 72 et 74 ans, je crois, tous les deux.
03:0774 ans pour le père et 72 ans pour la mère.
03:11Et finalement, est-ce qu'ils sont conscients de l'enjeu ?
03:14C'est compliqué à dire.
03:15Je pense que mercredi, quand les photos de l'autopsie et du corps d'Inas ont été projetées dans la
03:22salle d'audience,
03:22peut-être qu'il y a eu là un choc qui a fait que, voilà, dans leur tête, peut-être
03:29ça a pris une dimension plus concrète.
03:32Mais en tout cas, c'est compliqué pour l'instant de dire...
03:33Mais ce jour-là, pardon, la mère d'Inas est tombée dans les pommes.
03:36Elle est sortie de l'audience, elle a été hospitalisée et elle est revenue le lendemain en audience.
03:40Donc il y a quand même eu un choc visuel de voir le corps de cette petite fille suppliciée,
03:45parce qu'on va dire les choses, des morsures, des brûlures, des actes de maltraitance.
03:50De nombreuses traces de coups, aucune partie du corps n'a été laissée indemne.
03:54C'est ce qu'a dit la médecin légiste qui déposait mercredi.
03:57Et effectivement, quand les photos ont été projetées dans la salle
03:59et que cette médecin a décrit l'ensemble des supplices sur le corps d'Inas,
04:05la mère de la fillette est tombée par terre, est tombée de sa chaise.
04:08Ce qui a eu pour effet de suspendre l'audience.
04:11L'audience n'a pas repris ce jour-là, elle a été hospitalisée dans la foulée.
04:14On va préciser qu'elle était professeure, la maman était professeure.
04:19Et est-ce que le couple vit toujours ensemble ?
04:21Ils sont séparés maintenant depuis une quinzaine d'années, oui.
04:24Donc ils ne vivent plus ensemble.
04:25Ils ne vivaient pas vraiment ensemble avant ?
04:27Lui était plutôt dans son épicerie, elle partait ?
04:29Oui, c'est ça, c'est une vie très...
04:32De ce qu'elle disait en tout cas, lui travaillait beaucoup
04:34et elle avait la charge des enfants.
04:36Mais elle avait beaucoup d'enfants, il y avait beaucoup d'enfants.
04:37Voilà, ils étaient 7 au total avec Inas, donc, et puis 6 par la suite à partir de 87.
04:42Et puis vendredi, il y a eu en audience aussi l'audition de cette maman qui est donc revenue
04:47et qui, là, reconnaît avoir donné des gifles à sa petite-fille.
04:52Mais quand on essaye de l'interroger un peu plus avant,
04:55en fait, elle a du mal à mettre des mots sur ce qui s'est passé.
04:58Et c'est vertigineux d'une certaine manière parce que l'enjeu judiciaire, il est colossal.
05:02Et elle peine à dire ce qui s'est passé.
05:05C'est ça, c'est-à-dire que quand on lui pose des questions sur son passé,
05:08sur sa vie d'avant les faits, et puis même d'après les faits d'ailleurs,
05:12elle parvient à répondre de manière assez franche et lisible.
05:17Par contre, quand on l'interroge sur les circonstances de la mort d'Inas
05:21et les violences qu'elle a subies, effectivement, elle ne reconnaît que des gifles.
05:24Elle dit qu'elle ne se souvient pas d'avoir commis d'autres violences.
05:28Pour autant, elle dit que ça ne peut être qu'elle, quand on la confronte à ça,
05:31elle dit oui, ça ne peut être que moi.
05:33Mais elle dit qu'elle ne se rappelle plus et qu'elle ne peut pas donner plus de détails sur
05:37les violences.
05:38Est-ce que les légistes donnent des éléments sur le moment de la mort ?
05:41Puisque le père dit, quand on est parti de Putot et qu'on a chargé la voiture,
05:46ce break Citroën blanc, elle était morte.
05:51Ils partent en vacances, ils partent sur l'autoroute et ils vont aller rejoindre le...
05:55Le père le départ, sans doute parce que la petite est morte ou mourante.
05:59Et c'est ça, je voudrais savoir si ça a été évoqué à l'audience.
06:03Est-ce que, comme le père le dit, elle est morte le soir à Putot après être tombée dans les
06:08escaliers ?
06:09Ou alors, est-ce qu'elle est morte après qu'il l'ait déposée ?
06:13Est-ce que la mère dit, quand on l'a déposée sur l'autoroute, quand on relève sur l'autoroute,
06:17je lui ai parlé trois fois, je lui ai dit Inas, Inas, Inas,
06:20est-ce que tu me reconnais ?
06:22Elle m'a dit, oui, maman.
06:24Donc, est-ce qu'on sait ?
06:27Et ensuite, la voiture s'arrête au bord de l'autoroute,
06:30la mère dépose le corps d'Inas, on ne sait pas encore, de cette petite fille,
06:33qui va rester pendant une petite fille,
06:36sous la glissière de sécurité, dans une couverture, dans sa petite tenue à vêtements à carreaux.
06:41Est-ce qu'on sait alors ?
06:42On a la réponse aujourd'hui ?
06:43Déjà, la médecin légiste, elle disait que c'était compliqué justement de dater l'heure de la mort,
06:49le moment du décès.
06:52Et justement, les versions entre le père et la mère divergent.
06:55La mère, elle, elle dit que finalement, sa fille est morte dans la voiture,
06:59qu'en fait, elle a réussi à marcher jusqu'à la voiture,
07:02qu'elle s'est installée à côté d'elle,
07:04et qu'elle a posé sa tête sur ses genoux à l'arrière de la voiture.
07:08Et qu'à un moment, voilà, elle a vu qu'elle ne bougeait plus,
07:10et ils ont constaté qu'elle était morte.
07:12Le père dit, lui, toute autre chose, c'est ce que vous avez rappelé,
07:15que, en fait, la veille, quand il rentre du travail,
07:18il voit sa fille sans vie sur le canapé,
07:21et il dit que l'une de ses filles lui explique
07:26que Inas a fait une chute dans les escaliers,
07:28et qu'elle ne bouge plus depuis ce moment-là.
07:31Donc, il y a toujours des doutes sur le moment de la mort,
07:34impossible pour l'instant de dire vraiment ce qu'il s'est passé.
07:37Et il existe aussi, d'ailleurs, un doute sur qui a porté la petite fille
07:40et l'a déposé derrière la glissière de sécurité au bord de cette auto-doute.
07:44C'est la maman ou le bavard ?
07:45Voilà, la mère dit que c'est le père qui s'en est chargé,
07:47et inversement.
07:49Et la mère dit aussi...
07:50Il y a un témoin qui dira plus tard qu'il y a un représentant de commerce
07:53qui dira en 2008, bien longtemps après,
07:55qu'il passait sur la route, dans une heure qui correspond,
07:57et qu'il a vu une femme courir, traverser l'autoroute,
08:00une voiture blanche stationnée.
08:02C'est pour ça, il y a encore un doute,
08:03et pour l'instant, je ne sais pas si les accusés vont éclaircir ce point-là,
08:07mais ça reste une des zones d'ombre de cette enquête.
08:09Alors, merci beaucoup, Elisa.
08:10Ce qui nous intéresse ici aussi, c'est le dossier,
08:12et c'est 40 ans de brouillard.
08:13Parce que Jacques Fonbonne, vous étiez en charge de la SR d'Orléans,
08:17pendant que l'enquête pataugeait, on va le dire.
08:20Il y a 40 ans de mystère, et une grande inconnue,
08:22il n'y avait pas d'auteur identifié,
08:25c'était le mystère de la martyr de la liste.
08:27C'est resté comme ça pendant 40 ans.
08:30Quels actes d'enquête ont été faits ?
08:32Est-ce que, dès le début, il y a des difficultés ?
08:34Comment est-ce que tout ça a démarré,
08:36et comment est-ce qu'on a pataugé pendant 40 ans ?
08:38Alors, il y a plusieurs milliers d'actes d'enquête, évidemment.
08:43C'est, je dirais, l'enquête particulièrement compliquée.
08:47On n'a pas de scène, j'allais dire de scène de crime,
08:49on a simplement une scène de dépôt du corps,
08:52et de découverte, ça va aller très vite.
08:55Évidemment, pas d'identification.
08:57La petite est de type maghrébin,
09:00donc elle peut venir de l'étranger.
09:03C'est le premier point.
09:05Après, on a une enquête à trois dimensions, si vous voulez.
09:09La première, ce sont les constatations,
09:12et éventuellement, les gens qu'on peut entendre.
09:14Mais, on est le 11 août 1987.
09:17À l'époque, il y a très peu de gens qui payent l'autoroute en carte bleue.
09:20Il n'y a pas du tout de lecteur automatique, des plaques d'immatriculation.
09:26Il n'y a pas de caméra.
09:27C'est-à-dire qu'il n'y a pas de téléphone portable,
09:29on n'a pas de suivi, on n'a pas grand-chose.
09:31Et personne ne la recherche.
09:32Et alors, personne ne la recherche.
09:33Ça, c'est le deuxième temps.
09:35C'est-à-dire qu'ensuite, qui on va interroger ?
09:37On va interroger le personnel autoroute.
09:38Les personnes qui, vous savez, donnaient les tickets,
09:40on en a complètement perdu l'habitude maintenant,
09:42mais on payait au guichet.
09:44Mais, il y a un trafic énorme,
09:46puisqu'on est, c'est un mardi, je crois, le 11 août 1987.
09:49Ça, c'est la première étape.
09:51Ça ne donne évidemment pas grand-chose.
09:53Ensuite, il y a un deuxième niveau d'enquête,
09:56c'est-à-dire qu'une petite fille qui disparaît.
09:58Il y a une école, il y a peut-être des assistantes sociales,
10:01il y a des centres aérés.
10:03Il n'y a pas d'alerte.
10:03Il n'y a rien du tout.
10:05Il n'y a pas d'enlèvement.
10:05Il n'y a pas d'enlèvement à l'étranger.
10:07Et la troisième étape, je dirais, c'est l'international.
10:09C'est d'abord la diffusion d'affichettes.
10:11On les voit ici avec ce visage qui a été martyrisé.
10:16Ceci pour dire que je pense que la qualification pénale
10:19ne changera pas si c'est le papa ou si c'est la maman
10:22qui l'a déposée ou si elle était encore vivante.
10:24Vous avez raison.
10:24Mais le troisième étage de l'enquête, c'est l'international.
10:29C'est-à-dire les officiers de liaison,
10:31c'est-à-dire l'émission d'une fiche noire,
10:34recherche de cadavres, d'identification de cadavres, pardon,
10:38auprès d'Interpol, c'est-à-dire toute la palette.
10:40Et puis ensuite, on n'a rien.
10:42On n'a rien pendant des années.
10:44Il y a même eu un classement.
10:46Mais vous le savez, le classement, c'est une décision
10:48qui a d'autorité de la chose décidée et non de la chose jugée.
10:51Donc on peut revenir dessus.
10:52En 1991, la juge Liliane Lemerlu classe.
10:56On est en 1991, c'est 4 ans après, c'est ça ?
10:59Mais alors, faisons avance rapide.
11:02Comment est-ce que tout est clairci ?
11:03Parce qu'on va aller avec François Daouz expliquer ça.
11:05Comment ça s'éclaircit ?
11:07Moi, quand je commande la SR d'Orléans,
11:08on est à la fin de la prescription qui, à l'époque, est de 10 ans.
11:11On se dit, ou on laisse terminer.
11:13Là, c'est terminé, fini.
11:14Ou on reprend certains actes dans la procédure
11:16qui ne nous paraissent pas avoir été suffisamment fouillés.
11:18Et puis mon successeur à la SR
11:21a la possibilité, mais ça, François nous le dira,
11:24de faire faire des analyses d'ADN
11:26plus poussées avec de nouvelles techniques
11:28sur la couverture, qui, entre parenthèses,
11:30a été saisie en 1987
11:31par un gendarme du peloton d'autoroute.
11:33C'est des gens qui ne font pas de police judiciaire.
11:35Il a vaguement entendu parler d'ADN.
11:37Très bon réflexe.
11:37Oui, oui, il se dit, tiens, on va garder ça
11:39on ne sait jamais dans 10 ans, 15 ans, dans 20 ans.
11:41Et puis, il y a cette coïncidence
11:43que, justement, l'ADN de recherche,
11:46celui qui est sur la couverture,
11:47est inscrit au FNAG, le fichier national
11:49des empreintes génétiques.
11:51Et puis, il y a une bagarre.
11:53On prend, les policiers interpellent les protagonistes.
11:57Comme c'est un délit, prélèvement d'ADN.
11:59On le met dans la machine.
12:01Et là, bingo.
12:02C'est un match.
12:02Et c'est là, attention...
12:04Le 27 avril 2017.
12:06Alors, c'est là où François Daous intervient.
12:08Et il va se lever avec moi
12:08et il va nous expliquer tout ça.
12:10Essayez de ne pas glisser,
12:11de ne pas tomber, s'il vous plaît.
12:12Merci, Dominique, pour votre bienveillance.
12:14L'ADN de Parentel,
12:15vous allez nous expliquer en quoi ça consiste.
12:18Et c'est comme ça qu'on va remonter
12:20aux parents de la petite Inas.
12:21Voilà, tout à fait.
12:23Donc, on sait qu'il y a un jeune homme
12:25qui a été pris dans une bagarre,
12:26un homme, plutôt, qui a été pris dans une bagarre,
12:28et son ADN a été rentré.
12:30On avait déjà, par l'étude
12:32des vêtements et l'étude de la couverture,
12:35l'ADN de la petite fille,
12:37et on avait déterminé l'ADN du père,
12:40de la mère,
12:41et deux ADN inconnus.
12:43D'accord.
12:44Mais il y avait des rapprochements familiaux.
12:47Comment peut-on faire des rapprochements familiaux ?
12:49Le père et la mère n'étaient pas dans le fichier,
12:51donc on ne pouvait rien faire.
12:52Mais cet homme qui a été...
12:54C'est le frère.
12:55C'est le frère.
12:56Il s'avérera donc être le frère,
12:58parce qu'il y a des choses en commun.
13:00Et dans le FNAEG,
13:01on va avoir l'ADN du père,
13:04de la mère et de la petite fille,
13:06qui vont matcher en partie
13:07avec l'ADN de cet homme
13:09pris dans une bagarre.
13:12Et comment ça fonctionne ?
13:14C'est-à-dire qu'on avait l'ADN de la petite fille,
13:17par exemple,
13:17on la prend ici,
13:18et l'ADN de la petite fille,
13:20on en a la moitié,
13:21le papa et la maman,
13:22et on a l'ADN de celui qui est le frère,
13:26où on va retrouver la moitié par la maman
13:30et la moitié par le papa.
13:32Et alors chronologiquement, ça donne quoi ?
13:33Parce que c'est vrai qu'il a fallu beaucoup de temps
13:36pour que ça se mette en place.
13:37– Exactement.
13:38Chronologiquement,
13:39eh bien là-dessus,
13:40c'est l'affaire Culic
13:42qui va permettre l'utilisation
13:45de cette technique
13:47qui a été donnée en 2011.
13:50Et c'est le capitaine Van Ruy,
13:52un expert de l'IRCGN.
13:54– Qui était venu dans l'affaire suivante
13:55et qui va revenir.
13:56– Exactement.
13:56Qui était à la section de recherche d'Amiens
13:59et qui a dit,
14:00mais pour l'affaire Culic,
14:01ça fait 10 ans
14:02et plus de 5000 prélèvements.
14:04Est-ce que vous avez cherché
14:05dans le FNAEG
14:06une correspondance à moitié,
14:09c'est-à-dire paternelle, maternelle
14:11ou au contraire,
14:12de l'enfant en ligne directe
14:13avec l'ADN que l'on a retrouvé
14:15sur la victime ?
14:16Et c'est là que ça matche.
14:16– D'accord.
14:17Quelles sont les limites
14:18de cette technique d'ADN de parents ?
14:19– Eh bien, pour avoir des résultats patants,
14:24il vaut mieux avoir un parent proche
14:27que ce soit d'abord en ligne directe.
14:30– Frères, sœurs, parents.
14:31– Voilà, frères, sœurs, parents
14:32et enfants.
14:33– Et enfants, oui, bien sûr.
14:35Le travail est long et coûteux,
14:36ça c'est sûr.
14:37– Voilà, c'est long pour les enquêteurs
14:39parce que tant qu'on n'a personne
14:40qui est inscrit au FNAEG,
14:42eh bien, tôt ou tard,
14:44on est obligé d'attendre
14:45soit comme dans l'espèce,
14:47eh bien, le frère qui a fait
14:48des actes de violence
14:50et qui va se retrouver prélevé
14:51et qui va être rentré dans le FNAEG,
14:53il faut toujours,
14:54c'est l'enquête tant long,
14:56les hasards qui font aussi
14:57certaines choses
14:58qui permettent d'y arriver.
15:00– Alors, merci François.
15:02Cette ADN de parentage,
15:03Jacques et Dominique,
15:04c'est un formidable espoir
15:05aussi pour toutes ces familles
15:06dites de cold case,
15:08celles dont les dossiers
15:09de disparu ou de meurtre
15:09n'ont jamais été résolus.
15:11ça ouvre des portes
15:12et si on tire un peu le fil,
15:13la généalogie génétique,
15:14c'est un espoir fou
15:15pour toutes ces familles.
15:16– Parce que pendant
15:16que les enquêteurs
15:17travaillent sur le terrain,
15:18Jacques nous raconte,
15:19Jacques Fonbonne nous raconte
15:20son enquête.
15:21– Oui.
15:22– Pendant que la science évolue,
15:24François Daous nous raconte
15:25l'IRCGN,
15:27mais il y a les labos privés.
15:28Et on va dire quand même
15:29qu'il faut rendre hommage
15:32à un homme qui s'appelait
15:33Jean-Paul Moisan,
15:34qui est mort
15:35et qui était le patron
15:36de l'IGNA,
15:36l'Institut génétique Nantes-Atlantique,
15:38qui a eu un accident,
15:39qui est mort à côté
15:40de son bateau en été
15:41et qui a laissé son institut
15:42à deux personnes.
15:43Il y a une dame
15:44qui s'appelle Marie-Gaëlle
15:46Le Pajolec
15:48et Soazic Le Guinère,
15:49qu'on a rencontrée
15:50plusieurs fois
15:50dans des fêtes
15:51d'entrer l'accusé
15:51et qui sont quand même
15:54toutes les deux
15:54des acharnées
15:55et c'est elle.
15:56Et c'est elle
15:57qui un jour appelle la juge
15:59d'instruction
15:59en lui disant,
16:00donc on est après
16:01l'arrestation en 2017
16:02du frère de la petite Inas,
16:04c'est elle deux
16:05qui appelle la juge
16:06et qui lui dit
16:06« Madame la juge,
16:08voilà ce qu'on a. »
16:09Et c'est un peu comme
16:11pour quelqu'un
16:12qui fait...
16:12Vous imaginez,
16:1330 ans plus tard,
16:14voilà ce qu'on a.
16:15On a un garçon
16:16qui pourrait être le frère.
16:17Elles sont venues témoigner ?
16:18Alors Marie-Gaëlle Le Pajolec,
16:20elle était là justement
16:22mardi.
16:23Et justement,
16:23l'avocat général
16:24a souligné ça.
16:25Son travail.
16:26Exactement, son travail.
16:27Et puis aussi celui
16:27de tous les enquêteurs
16:28du dossier
16:29qui à chaque étape
16:30finalement ont fait
16:30ce qu'il fallait
16:31pour que toutes les affaires
16:32soient bien conservées,
16:34que le dossier finalement
16:34ne soit jamais refermé
16:35très longtemps
16:36et qu'on arrive
16:37à une conclusion en 2017.
16:39Mais la difficulté
16:40dans ce dossier,
16:40c'est comment est-ce qu'on juge,
16:41parce que c'est une vraie question
16:42qu'on peut se poser,
16:43quand bien même
16:43la science progresse,
16:44comment est-ce qu'on peut juger
16:45presque 40 ans
16:46après l'effet ?
16:47Donc on sait qu'il y a
16:47une bataille d'experts
16:48dans ce procès.
16:49Rappelez-nous,
16:50il y a un expert
16:50qui doit rendre
16:51ses conclusions
16:51sur l'état
16:53du père d'Inas.
16:54Néanmoins,
16:55il comparaît tous les jours
16:55à la cour d'assises
16:56jusqu'au 18 novembre.
16:57C'est ça.
16:58En fait,
16:58dès le début de l'audience,
17:00c'est un peu l'enjeu
17:01qu'ont abordé
17:01les avocats de la défense,
17:03notamment l'avocat
17:03du père d'Inas,
17:06Franck Berton,
17:07qui a demandé
17:07à ce qu'une expertise
17:08neurologique complémentaire
17:10soit réalisée sur son client
17:11pour vérifier
17:12qu'il soit bien apte
17:12à comparer
17:13toute la durée du procès,
17:14qu'il ne soit pas trop
17:15fatigué pour le faire
17:16et surtout qu'il puisse
17:18comprendre,
17:18parce que c'est ça aussi
17:19l'enjeu,
17:20comprendre ce qu'il en court
17:22et ce qui est en train
17:22de se passer.
17:24Et on voit vraiment
17:24que la présidente,
17:26à chaque étape,
17:28tous les jours,
17:29lui demande...
17:29Elle fait la pédagogie.
17:30Elle essaie de lui dire
17:30est-ce que vous avez bien
17:31conscience de ce qu'on vous dit ?
17:32Leur demande s'ils comprennent,
17:34vérifie qu'ils ne sont pas
17:34en train de s'endormir
17:35parce qu'ils sont aussi
17:36très recroquevillés sur eux-mêmes,
17:37donc on ne voit pas bien
17:39s'ils suivent ou pas les débats.
17:40Donc vraiment,
17:41il y a une attention portée à ça.
17:42Et puis, oui,
17:43on aura les résultats
17:44de cette expertise
17:45qui a été réalisée
17:46d'après ce que j'ai compris
17:47vendredi soir
17:47et on espère le plus tôt possible
17:49pour savoir si le père
17:50va pouvoir continuer
17:51à comparaître.
17:52Et Lisa,
17:52est-ce qu'on comprend
17:53dans les premiers jours
17:54de ce procès
17:55comment ils ont fait,
17:57ce couple,
17:58elle et lui,
17:59pour garder ce terrible secret
18:01C'est les 40 ans de silence
18:03qui me...
18:03Parce que la famille
18:04le savait aussi.
18:04Les frères et sœurs.
18:06Les frères et sœurs,
18:07Dinas.
18:07C'est toute la question.
18:08Comme c'est une famille
18:10qui vit entre le Maroc
18:10et la France,
18:11on disait en France
18:13la petite,
18:13elle reste au Maroc,
18:14on l'a laissée là-bas.
18:15Et au Maroc,
18:15on disait voir
18:16depuis 100 années,
18:16elle est en France.
18:17Mais surtout,
18:17ce qui m'interprète,
18:18c'est ce trajet en voiture
18:19où il y a les frères et sœurs
18:20qui sont à l'arrière
18:21assis avec la mère
18:22et donc la petite Inas.
18:23Et donc,
18:24quand ils vont se réveiller
18:25au Maroc le lendemain matin
18:26après avoir pris le bateau,
18:27j'imagine,
18:27on va leur dire
18:28Inas n'est plus là.
18:29Et ça, ça passe.
18:30En fait,
18:31c'est vrai que c'est un peu désoant
18:32parce que nous,
18:33journalistes et public
18:34auraient aimé assister
18:36à l'audition
18:37des frères et sœurs.
18:39C'est à huis clos.
18:39Justement,
18:40parce qu'il y en avait
18:40notamment deux sœurs aînées
18:42qui ont pu voir des choses
18:44à l'époque.
18:45Finalement,
18:46cette audition
18:46s'est déroulée à huis clos jeudi.
18:48Mais c'est vrai
18:49que de ce qu'on sait,
18:51les sœurs,
18:52le lendemain,
18:53au moment d'arriver
18:54au Maroc,
18:54ont demandé
18:55où était passée Inas.
18:56Et de ce que j'ai compris
18:58dans le dossier,
18:59de ce qu'elles ont dit
19:00en tout cas à la justice,
19:01leurs parents leur ont un peu
19:03intimé de ne plus poser de questions.
19:05C'est devenu un secret de famille.
19:05C'est devenu un non-sujet,
19:07un secret de famille.
19:08François ?
19:08Oui, d'ailleurs,
19:10c'est ce qu'ont dit les parents
19:11en 1993,
19:12après l'émission
19:13Témoin numéro 1
19:14de Jacques Pradel,
19:16où un témoin dit
19:18mais pour moi,
19:19c'est la famille Touloub
19:20et ce sont des gendarmes
19:22qui vont interroger
19:24la famille,
19:25mais ce n'étaient pas
19:25les gendarmes
19:26en charge de l'enquête,
19:27c'était la brigade locale.
19:29Ils leur répondent
19:30oui, oui,
19:31nos enfants sont là,
19:32mais vous n'avez pas
19:33une petite...
19:33Oui, oui, non,
19:34mais elle est avec
19:35leurs grands-parents
19:35au Maroc.
19:37Et les gendarmes...
19:38Ah, donc les parents
19:39actent le Maroc,
19:40le Maroc,
19:40on leur dit qu'elle est en France
19:41et puis en fait,
19:42personne ne va la chercher.
19:43C'est une autre chose.
19:43Et ça a continué autrement.
19:45Pardon, excuse-moi.
19:46Ce qui est intéressant
19:48dans ce procès,
19:49je dirais,
19:50d'un point de vue social,
19:51c'est qu'on est
19:52à la croisée
19:53de deux choses.
19:54On est à la croisée...
19:55La justice ne juge pas
19:56des faits,
19:57elle juge des gens.
19:57On a des gens
19:58qui avaient une trentaine
19:59d'années à l'époque
20:00et qui maintenant
20:01sont des personnes âgées
20:02et qui sont
20:03complètement diminués.
20:04C'est-à-dire que,
20:05est-ce que finalement,
20:06on juge la même personne
20:08avec le même état d'esprit ?
20:10Et puis,
20:11on a à l'inverse
20:13quelque chose
20:13qui est,
20:15vous le disiez tout à l'heure,
20:16qui est indispensable,
20:16je dirais,
20:17à l'ordre social.
20:18Cette enquête,
20:19elle a duré presque 40 ans.
20:20Donc,
20:21on imagine bien
20:21qu'il y a un intérêt,
20:23c'est la mort d'une enfant,
20:24c'est la mort mystérieuse
20:25d'une enfant.
20:26C'est-à-dire qu'on a besoin
20:27de comprendre,
20:27et vous l'avez tout à fait
20:28bien exprimé,
20:30l'effet,
20:30elle a,
20:31alors on est évidemment
20:31dans la présomption d'innocence,
20:33mais c'est vrai
20:34qu'elle devient quasiment,
20:35je dirais,
20:35une fiction juridique
20:36puisque les faits sont reconnus,
20:38mais on a besoin de savoir.
20:39Et surtout,
20:40on a besoin de savoir
20:40le pourquoi,
20:41parce que,
20:42comment peut-on faire ça
20:43à une enfant ?
20:44Et surtout,
20:44comment peut-on faire ça
20:45à sa propre enfant ?
20:47Et ça,
20:47au-delà des faits,
20:48on a besoin de savoir
20:49pour comprendre.
20:49Merci beaucoup à tous.
20:51C'est fini.
20:52Merci beaucoup d'être venu ce dimanche,
20:53mais on se retrouvera
20:54parce que le procès dure
20:54jusqu'au 18 novembre.
20:56Elisa,
20:56merci d'être venu,
20:57merci à tous les deux
20:58pour nous éclairer,
20:59pour nous rendre plus intelligents.
21:00Enfin,
21:00j'espère que c'était la mission.
21:01Merci à vous.
21:02Merci Dominique de nous avoir suivis
21:03dans cet univers PJ.
21:05Rendez-vous la semaine prochaine,
21:06dimanche 13h.
21:06Merci à tous.