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Pour le sociologue, Mathieu Bock-Côté, la macronie vivrait dans un monde parallèle : «La macronie, un monde parallèle»

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Transcription
00:00 Le recours au 49.3 pour faire adopter son vote la réforme des retraites à l'Assemblée serait délirant,
00:06 a estimé aujourd'hui Marine Le Pen.
00:08 Olivier Véran hier soir, dans le cadre du débat sur les retraites, s'est permis une déclaration audacieuse.
00:13 Regardez, je cite, "Nous avons franchi une étape importante,
00:17 on a su créer les conditions d'un accord, écouter les forces politiques, les syndicats, les Français".
00:23 Cette déclaration peut sembler étonnante quand on sait que 82% des Français confessent leur colère
00:28 et que les deux tiers d'entre eux s'opposent à la réforme des retraites.
00:31 Alors avec Mathieu, on se demandera comment une telle déclaration est-elle possible?
00:36 Qu'est-ce qui nous échappe? Qu'est-ce qui leur échappe?
00:39 Franchement, c'est la question que je me suis posée en tendance hier soir.
00:43 Comment peut-on dire quelque chose d'aussi faux?
00:47 C'est-à-dire, Olivier Véran aurait pu dire, dis-je,
00:50 "Ce projet est tellement important, tellement essentiel que nous l'imposons,
00:55 même si nous savons que la grande majorité des Français s'y oppose, il sera plébiscité par le temps."
01:01 Il aurait pu dire, "Nous savons que les Français sont contre, mais nous l'imposons,
01:04 et tout à l'heure, on fera la pédagogie, l'histoire fera la pédagogie nécessaire et ils s'y rallieront."
01:10 Mais ce n'est pas ce qu'il dit. Ce n'est pas ce qu'il dit.
01:12 Il dit, je vais le reciter, moi, ça m'a rendu fou.
01:14 "Nous avons franchi une étape importante, on a su créer les conditions d'un accord,
01:19 écouter les forces politiques, les syndicats, les Français."
01:23 Mais de quel accord parle-t-on, sauf si on parle strictement d'un accord parlementaire?
01:28 Sauf si on parle strictement d'un tel accord, sinon, objectivement,
01:32 ce projet est massivement désavoué, quoi qu'on en pense.
01:36 Alors, qu'est-ce qu'il y a derrière ça?
01:37 Est-ce qu'on doit y voir simplement une forme de pur mensonge?
01:42 C'est-à-dire, est-ce que c'est quelqu'un qui confesse une indifférence à la vérité et au mensonge,
01:47 et qui, dans un machiavélisme, je dirais, bas de gamme et pur,
01:50 dirait, eh bien, je mens s'il le faut, je dis une chose aujourd'hui, je dirais une autre chose demain?
01:56 Est-ce qu'on est devant ça?
01:57 Moi, je peine à croire que les politiques fonctionnent vraiment sous le signe du mensonge explicite.
02:02 Je ne dis pas que ça n'existe pas, je dis que pousser une telle déclaration,
02:06 c'est pas seulement du mensonge, c'est le basculement, justement, dans un univers parallèle.
02:11 C'est-à-dire, je crois qu'il croit ce qu'il dit.
02:14 Et c'est encore plus inquiétant qu'un mensonge.
02:16 Parce que si au moins il mentait, ce serait parfait, on dirait, parfait.
02:19 Là, je crois qu'il croit ce qu'il dit parce que ça s'inscrit, justement, dans ce basculement.
02:23 Vous connaissez la série Stranger Things, qui a eu grand succès sur Netflix.
02:27 Il y a un monde parallèle avec lequel on cohabite.
02:29 J'ai l'impression que la macronie vient de basculer dans ce monde parallèle.
02:32 Et c'est une histoire qui s'étale sur les derniers temps.
02:35 Mais, encore une fois...
02:36 Vous avez retardé le temps de regarder des séries?
02:38 Ça m'est déjà arrivé. Ça m'est déjà arrivé.
02:42 Et quand vous regardez les séries, vous pensez à la macronie?
02:44 Ça va de soi. Tout me fait penser à la macronie.
02:47 Alors, je donne quelques exemples.
02:49 Effectivement, il y a des ministres qui sont étrangers au principe de non-contradiction.
02:52 Je donne quelques exemples de mensonges purs qu'on a entendus ces derniers temps.
02:55 Mais je basculerai très rapidement, justement, sur cette question du basculement dans un monde parallèle.
02:59 Le port du masque au temps de la pandémie.
03:01 On a appris, après coup, qu'en direct, on nous disait une chose en en sachant le contraire ou en croyant le contraire.
03:07 Pourquoi? Parce qu'on croyait qu'il y avait la nécessité pratique de calmer les peurs des foules.
03:12 L'efficacité des effets secondaires du vaccin.
03:14 La question n'est pas de savoir si on était pour ou contre.
03:16 La question est de savoir que le discours sur le vaccin a évolué sans cesse, mais on n'avoue jamais qu'il a évolué.
03:22 C'est ça qui est un peu étonnant.
03:23 C'est qu'au moins qu'on dise oui, on pensait ça, maintenant on pense autre chose.
03:26 Mais non, le discours change, mais la prétention à toujours avoir dit la même chose demeure.
03:31 Ensuite, sur les supporters britanniques, ça c'est une de mes préférées quand même, c'est-à-dire comment qualifier les actes au Collège Stade de France,
03:38 c'était les supporters britanniques.
03:40 Sur l'encadrement des migrants au moment de l'Ocean Viking, dans le cadre du débat sur la retraite,
03:44 les 1200 euros garantis, on a su que c'était faux.
03:48 On a su que ce n'était pas une erreur, on a su que c'était faux.
03:51 Mais je l'ai dit, laissons de côté l'hypothèse du pur mensonge qui serait dégradante pour tous
03:56 et prenons au sérieux l'hypothèse qu'ils vivent désormais dans un monde parallèle.
04:00 Trois grandes raisons à mon avis.
04:01 La première, une raison politique.
04:04 Raison politique, que ce que j'entends par là, le régime, la classe politique, est à ce point aujourd'hui détachée du pays réel,
04:12 est à ce point enfermée dans un univers autoréférentiel,
04:15 est à ce point enfermée en elle-même qu'elle ne connaît plus le pays, justement.
04:19 Elle n'en connaît que les remontées administratives,
04:22 elle confond le système bureaucratique d'encadrement de la société avec la société dans ses profondeurs,
04:28 n'a plus l'intuition du pays réel,
04:31 et j'ajoute, réduit la démocratie à une stricte technique parlementaire.
04:35 C'est-à-dire que le consentement populaire, la légitimité deviennent des catégories secondaires
04:40 parce qu'ils se sont convaincus d'une définition de la démocratie qui leur donne tous les droits.
04:44 Je cite Jean-Pierre Raffarin, son premier ministre, soutien de la Macronie,
04:48 qui a eu cette déclaration il y a quelques jours qui m'a fasciné.
04:50 Je le cite.
04:51 « La démocratie, c'est l'état de droit.
04:54 L'état de droit, c'est notamment le respect de la Constitution.
04:56 L'usage des procédures parlementaires qui respectent la Constitution, sa lettre et son esprit, sont démocratiques. »
05:02 Ah, finalement, le 49.3, le point d'aboutissement d'un esprit démocratique, je dirais, construit et raffiné.
05:09 Donc, on est dans cette espèce de la démocratie pour penser à l'état de droit.
05:11 Ce n'est plus le peuple. Je note ça soit dit en passant.
05:13 « L'état de droit, c'est notamment le respect de la Constitution.
05:16 La Constitution en elle-même devient un texte qui se substitue à l'idée même de volonté populaire.
05:20 Et les procédures parlementaires se substituent finalement au constat qu'on a à peu près le deux tiers d'un pays
05:26 qui est en désaccord avec un projet. »
05:27 Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas le faire.
05:28 Ça veut simplement dire qu'il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles.
05:33 Des raisons sociologiques après les raisons politiques.
05:36 Je pense qu'on peut passer rapidement là-dessus.
05:39 Une bonne partie de la classe politique et médiatique vit dans un monde coupé, parallèle,
05:43 dans des quartiers protégés, dans des quartiers sécurisés,
05:46 dans des quartiers qui ne sont pas touchés par les conséquences des politiques qui sont promues ou adoptées.
05:50 C'est la protection du digicode.
05:52 Ce sont les migrants qui n'apparaissent qu'à la manière de nouveaux domestiques sous le signe du Deliveroo.
05:56 C'est le sentiment d'insécurité qui n'existe que dans la tête, justement,
06:00 de ces bouseux de la France périphérique qui ont le culot de ne pas voir le monde
06:04 avec les yeux enthousiasmés des élites urbaines.
06:06 Raison sociologique.
06:07 Et raison idéologique, qui me semble les plus importantes.
06:10 Ça, je pense que c'est vraiment là, le basculement.
06:12 Les mots ne veulent plus rien dire.
06:14 Les mots ne réfèrent plus à la réalité des choses.
06:16 On ne sait plus ce qu'est un Français.
06:17 Soyons honnêtes, à moins de le réduire à sa définition strictement administrative,
06:21 le mot « français » ne veut plus rien dire.
06:23 On ne sait plus ce qu'est une femme.
06:24 On en a souvent parlé ici.
06:25 Il y a une manipulation de la définition du racisme.
06:28 Tous les racismes sont possibles, mais le racisme anti-blanc est une pure imagination.
06:31 Manipulation de la définition de la laïcité.
06:33 La laïcité, qu'est-ce que c'est finalement?
06:35 C'est la reconnaissance multiculturelle et ce des religions.
06:37 Sur la question de l'immigration, il n'y a pas de submersion migratoire possible du
06:41 peuple historique français, parce que le peuple historique français n'existe pas.
06:44 Il suffisait de l'effacer d'un trait de plume, ainsi de suite.
06:46 Manipulation des statistiques, soit sur les reconduites à la frontière, soit sur la composition
06:52 de la délinquance, soit sur la population des prisons.
06:54 On manipule les statistiques.
06:56 Manipulation ensuite du langage sur la violence.
06:58 Les milices d'ultra-gauche exercent une véritable violence.
07:02 Il y a aussi la violence que l'on sait associée au quartier des migrations.
07:06 Mais non, tout ce qui doit nous inquiéter, ce sont apparemment les violences fascistes,
07:09 les groupuscules d'ultra-droite.
07:10 Alors, j'ai l'impression, je le redis, qu'on vit dans un univers déréalisé, où nous
07:14 ne parlons plus de ce qui se passe, on parle de mots coupés de la réalité, de statistiques
07:20 désincarnées.
07:21 Tout cela est déréalisé.
07:22 Quels sont les effets de cette déréalisation, pour reprendre votre formule?
07:27 Quelles conséquences?
07:28 Il y en a trois grandes, je crois.
07:30 La première, c'est un scepticisme généralisé.
07:33 Nous ne croyons plus à la parole politique.
07:35 Quand un ministre vous dit « nous allons enfin maîtriser l'immigration », soit vous
07:39 baillez, soit vous riez, mais vous ne le croyez pas.
07:42 Si vous le croyez, c'est que vous êtes payé pour ça.
07:45 Donc, on est devant quelque chose, on sait que c'est faux, on doit faire semblant que
07:51 c'est vrai.
07:52 C'est l'espèce de jeu pervers des médias.
07:53 Je n'ai pas dit que c'était une bonne nouvelle.
07:55 Donc, c'est le jeu pervers des médias, quelquefois, on fait semblant de croire ce qu'on nous
07:58 dit, même si on sait que c'est faux.
07:59 Il y a un esprit de connivence qui crée un esprit de caste.
08:02 Il n'y a pas de doute là-dessus, mais vous noterez que nous n'avons pas de bonne réputation
08:06 auprès de la ministre responsable de la parole publique.
08:09 Ensuite, l'impuissance publique.
08:11 Le pouvoir n'a plus d'emprise sur la société, il n'a d'emprise que sur des règlements
08:16 ou des lois qui peuvent voter à répétition, mais qui ne mordent plus sur la société.
08:20 Autrement dit, le pouvoir se fait agacer, il s'étend bureaucratiquement, tel un obèse
08:25 morbide, mais lorsque vient le temps d'agir, il a la paralysie physique de l'obèse morbide.
08:30 Et le dernier élément, évidemment, c'est la recherche d'une autre classe politique,
08:34 ça, il n'y a pas de doute.
08:35 Donc, on nomme ça les extrêmes aujourd'hui, mais dans les faits, quand la classe politique
08:39 qui réclame la légitimité pour elle seule est disqualifiée, le commun des mortels dit
08:44 on cherche autre chose.
08:45 Et je note que parce que néanmoins, il y a de l'opposition, qu'est-ce qu'on fait
08:48 quand l'opposition est là?
08:49 Eh bien, soit on appelle à la censure, soit on la censure par la disqualification, extrême-droite,
08:55 polémique, saccage, pari extrême-droite, ou la censure par le silence.
08:58 Les faits qui viennent troubler le récit de la société enchantée ne sont pas les
09:03 bienvenus dans l'espace public, certains faits sont d'extrême-droite.
09:06 [Musique]
09:10 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org

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