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  • il y a 2 ans
Avec Plantu, dessinateur

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##C_EST_A_LA_UNE-2024-06-21##

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News
Transcription
00:00Sud Radio, 7h12, c'est à la une un temps d'échange en classe sur l'antisémitisme et le racisme.
00:05Emmanuel Macron appelle les enseignants à l'aide après le viol à caractère antisémite.
00:09On en a beaucoup parlé d'une enfant par d'autres enfants à courbe voix.
00:12Bonjour Plantu.
00:13Bonjour.
00:14Un grand merci d'être avec nous ce matin sur Sud Radio.
00:17On ne vous présente plus, dessinateur bien connu, vous allez vous-même dans les écoles
00:21avec vos caricatures pour échanger avec les jeunes, notamment sur l'antisémitisme et le racisme.
00:27Un mot déjà sur ce qu'a annoncé Emmanuel Macron, qu'en pensez-vous, c'est un coup
00:31d'épée dans l'eau ou véritablement c'est une belle initiative de la part du Président de la République ?
00:35Ça fait quand même depuis, allez je dirais, ça fait quand même plusieurs mois que je
00:42me rends compte qu'il y a vraiment enfin une prise de conscience personnelle.
00:46Vous savez, il y a quelques années, j'étais allé dans le sud de la France dans un lycée
00:55et je me souviens qu'il y avait un enfant qui avait levé le doigt et tous les autres
00:59avaient dit « ah non non, pas lui, lui c'est le juif ». Alors je me tourne vers les profs
01:04et les profs me disaient « ah non non non, non et en plus il n'est pas juif » mais
01:08quand ils n'aiment pas un gamin, ils disent « il est juif ». Le feu, je ne sais pas
01:13où je suis là.
01:14C'est incroyable.
01:15Non, ce qui est incroyable, qu'il y ait des conneries comme ça que j'ai entendues,
01:20ça fait plus de 40 ans que je vais dans les écoles, ça fait 10 ans que je vois que ça
01:24va prendre des proportions.
01:25Mais ça encore jusque là, c'est grave, gravissime, mais si les médias n'en parlent
01:31pas après, c'est ça qui est grave et je pense que quand on montre du doigt les politiques
01:37qui n'ont pas fait le boulot, et c'est vrai qu'ils n'ont pas fait le boulot sur
01:40ce domaine-là parce qu'ils ne voulaient voir de l'antisémitisme que du côté de
01:44l'extrême droite et pas de partout, parce que l'antisémitisme il est partout, dans
01:50les écoles et ailleurs, et je crois qu'aujourd'hui, peut-être qu'il commence à ouvrir les yeux.
01:56Je me dis « ben oui, prenons-le ». Et c'est vrai qu'il y a beaucoup de… là, je suis
02:02à Mornan, c'est à côté de Lyon, et j'étais avec des jeunes hier, j'ai fait plusieurs
02:08rencontres et je trouve que c'est passionnant parce qu'il faut être à l'écoute de
02:13ce qui se passe dans les écoles, parce que c'est là où ça préfigure ce que va devenir
02:18la société, et à ce moment-là, il faut que les médias reprennent ce que j'entends
02:23pour le raconter. Or, on n'a pas assez raconté. Je pense qu'il y a une révolution à faire
02:29du côté de la politique, on est en train de vivre des bouleversements incroyables,
02:35mais je pense que d'abord, il y a une révolution à faire dans les médias pour aider les gens
02:40à ouvrir les yeux.
02:41Responsabilité des médias, lors de vos échanges avec ces jeunes, je ne sais pas quel âge
02:47ont les jeunes que vous rencontrez dans ces écoles.
02:50Ils étaient de 4ème, mais j'entends, je vais dans toutes les écoles, même dans les
02:54maternelles, où là, évidemment, on est loin des préoccupations.
02:58Peut-être que ça commence à cet âge-là aussi, Plantu ?
03:01Non, dans les martellères, je ne peux pas vous raconter l'histoire. Mais par contre,
03:07on voit bien que dès la 6ème, 5ème, 4ème, j'entends des choses, et moi je veux les
03:13entendre. Parce que vous voyez, j'entends des fois des horreurs, mais heureusement,
03:17les gamins les disent. Parce que quand on est adulte, les gens ne disent pas les choses.
03:22Au moins, les enfants les disent, et je leur dis d'abord, je ne suis pas d'accord avec
03:26toi, mais c'est bien que tu les dises. Et on va en parler. À ce moment-là, je montre
03:30des dessins sur la montée de l'antisémitisme, je montre des tas de dessins que j'ai faits
03:35depuis des dizaines d'années sur la montée de l'antisémitisme, et on en discute. Et
03:40à ce moment-là, les choses s'arrangent, et je veux même vous dire, si j'avais plus
03:45de moyens, avec mon équipe à Carthune Campus, où on rassemble des dessinateurs, des chrétiens,
03:51des juifs, des musulmans, en fait, on devrait venir et revenir dans les écoles, là où
03:56on pense que ça a coincé, pour revenir et se dire, bon, qu'est-ce que vous avez compris
04:00il y a trois semaines ou il y a deux mois, et comment on rebondit. Et les profs, quand
04:05ils sont en train de travailler là-dessus, ils embrassent sur la bouche les profs, parce
04:11qu'ils font un boulot formidable dans la plupart des écoles. Et je vais vous dire, en plus,
04:16dans la plupart des écoles, il n'y a pas de problème. Il y a des poches où il y a vraiment
04:20des endroits où il faut vraiment retravailler. À quel endroit alors ? Ça va être les quartiers,
04:26pour parler franchement, ou pas forcément ? Non, c'est un peu partout. Et il y a des poches,
04:34vraiment, il y a des poches. Et je travaille, même plus loin, je travaille avec des jeunes
04:39de Molenbeek, à Bruxelles, vous voyez, et je fais venir des dessinateurs, des palestiniens,
04:45mais ça c'est facile. Je fais venir des dessinateurs tunisiens, mais ça c'est facile. Et je fais
04:49venir des dessinateurs israéliens. Et là, ça se fait, et ça se fait parce qu'il suffit de trouver
04:55une sorte de confiance avec les jeunes, qui ont des préjugés, ils ont des préjugés. À Molenbeek,
05:00ils ont des préjugés, mais nous, on a aussi des préjugés sur Molenbeek, et il faut qu'on parle
05:06de tout, et qu'on puisse se parler avec beaucoup de simplicité. À ce moment-là, tout est possible.
05:11Encore faut-il qu'on soit accompagnés, que les profs fassent le boulot, et que les médias fassent
05:17le boulot. Vous avez parlé, Plantu, des horreurs que vous pouvez entendre par endroits, des préjugés
05:22aussi. Ils viennent d'où, ces préjugés ? Ça va être quoi ? Ça va être l'environnement ? Ça va
05:27être les parents ? Ça va être les réseaux sociaux ? Je repensais, je discutais avec les jeunes hier,
05:34il n'y a pas longtemps, j'étais dans une brasserie, mais là, c'était à Paris, et des jeunes, il y avait
05:39un balle, un billard, ils me disent, les jeunes, vous voulez jouer avec nous au billard ? Je dis,
05:45ben oui, on joue au billard, et coup de bol, je gagne des points. Et les gamins, ils avaient 18 ans,
05:51ils disent, ah, il m'a fait ça en juif, et ils ne me connaissaient pas, ils ne me connaissaient pas.
05:56C'est-à-dire qu'ils entrent dans ces cas-là, alors moi, je n'ai pas réagi, j'aurais été juif,
06:03je n'ai pas réagi parce que j'entends ça souvent, et je me dis, mais voilà, il faudrait juste se parler
06:12et dire, mais tu sais à qui tu parles ? Je pourrais être juif, je pourrais le vivre comme un drame,
06:18et donc ça veut dire qu'il faut tout revoir calmement, ne pas les insulter, leur dire,
06:23est-ce que tu comprends les ressentis que peuvent vivre certains juifs quand ils entendent ça
06:28régulièrement ? Et ne pas les montrer du doigt en leur disant, ouais, on va te punir, on va au
06:35commissariat de police, non, il faut y aller avec... Vous voyez, Attal, je ne suis pas dédingue de ceux
06:42qui nous gouvernent en ce moment, mais Attal, il a proposé de revoir le mot empathie, et par exemple,
06:47à Trappes, je suis allé à Trappes, et tout le monde m'a dit, tu vas à Trappes, ça va être dingue,
06:52non, je suis allé dans une école, l'école Henri Vallon, qu'est-ce qu'ils font dans cette école
06:57depuis des années ? Et ça, ça devrait être partout, et dans l'école Henri Vallon, ils enseignent le
07:03calcul, c'est des petits, le calcul, ils enseignent l'histoire, le français, mais ils enseignent aussi
07:10l'empathie. L'empathie est une matière qu'on écoute, il dit, et il y a une chaise au milieu de la classe,
07:16et la chaise s'appelle la chaise des émotions. Alors, je dis, alors, moi, j'étais trop grand, je dis, c'est quoi la chaise des émotions ?
07:22Alors, ils me disent, la chaise des émotions, c'est la chaise où, quand un gamin, il se met à monter sur la table,
07:28ou à taper ses copains, ou à se mettre à chanter, comme ça, à tue-tête, on lui dit, tu te calmes,
07:33d'abord, tu te calmes, on va te donner des feutres, des pastels, des couleurs, tout ça, tu vas te calmer.
07:38Et donc, je voyais les gamins, ils passaient à côté, ils disaient, c'est la chaise des émotions.
07:42Et moi, je me disais, mais à l'Assemblée Nationale, on proposerait la chaise des émotions à Jean-Luc Mélenchon, par exemple,
07:50s'il était député. On lui dirait, tu te mets sur cette chaise-là, tu la fermes pendant 10 minutes, et on va se parler,
07:57on va respecter, parce qu'ils ont des choses, le front gauche, tout ça, ils ont des choses formidables à faire passer,
08:03mais à la fois, il faut qu'il se calme, il faut que beaucoup de gens, au lieu de s'insulter, ils devraient se dire,
08:08on n'est pas d'accord, bon, ça, jusque-là, ça va, mais qu'on soit pas d'accord, c'est pas un problème,
08:13on va se parler calmement, sans se donner des noms d'oiseaux.
08:16– Oui, il y a des solutions, effectivement, très concrètes, plantues.
08:19Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Sud Radio, et bonne journée à vous.
08:23– Merci, au revoir.

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