00:00...
00:14Voilà, tout ça se déroule en l'espace d'une quinzaine de secondes.
00:17On va revenir sur les faits.
00:18Ça s'est passé vendredi après-midi dans un bar à Savas.
00:21C'est dans la Drôme.
00:23Vers 18h30, un homme cagoulé pénètre dans le bar tabac de ce buraliste.
00:28Il tente de s'approcher, vous le voyez, du propriétaire pour le voler en le braquant avec son arme.
00:33Sauf que, voilà, le buraliste résiste.
00:36On est avec ce buraliste courageux.
00:38Merci beaucoup d'être avec nous, Michel Vantovalli, buraliste donc à Savas.
00:43Quand vous revoyez ces images-là qu'on a pu voir, qu'est-ce que vous vous dites ?
00:49...
00:51– Bonjour à tous.
00:53Quand je vois ces images, je vois déjà de la colère et de l'énervement
00:58que nos petits commerces en zone rurale qui sont sur la survie en permanence
01:01arrivent encore à se faire martyriser comme ça et menacer en permanence.
01:06Moi et mes confrères, on est en permanence dans ce genre de conflits et de soucis.
01:11Et aujourd'hui, on se doit d'essayer de survivre par malheureusement tous les moyens,
01:17par peut-être la réactivité que j'ai eue de me défendre face à quelqu'un qui me tire dessus.
01:23Et dans mon établissement, par chance, tout s'est très bien déroulé.
01:28Mais il est hors de question qu'on se laisse faire par cette délinquance sauvage
01:34qui maintenant n'a plus de mesure puisqu'ils viennent directement avec des armes,
01:39et des vraies armes.
01:41Quand on voit l'impact qu'il y a sur le moniteur de l'AFDJ,
01:45on se dit que tout s'est très bien passé.
01:48– Et on va revenir sur les solutions et ce que vous souhaitez voir mettre en place.
01:52Mais est-ce qu'on peut revenir sur ces images ?
01:54On les a tous vues, ces images de ce braquage.
01:57Racontez-nous, vous, comment vous l'avez vécu, donc, 18h30, vendredi soir ?
02:02Que s'est-il passé ?
02:04– Et comment je l'ai vécu ?
02:06J'étais à l'arrière de mon comptoir avec un client qui était dans l'espace
02:09et qui avait été à l'extérieur, sur la terrasse extérieure, pour fumer une cigarette.
02:13Donc j'étais seul derrière mon comptoir à ce moment-là.
02:16Et puis j'ai vu devant mon commerce un scooter arriver,
02:20j'ai vu passer devant mon commerce un scooter arrivé à vive allure, à freiner.
02:26Et j'ai eu l'idée de m'avancer un petit peu devant pour voir sur la vitrine,
02:32de m'approcher de ma vitrine pour voir
02:35qu'est-ce que c'était ce scooter qui arrivait à vive allure.
02:38Et puis c'est là que je n'ai pas eu le temps de faire autre chose
02:41que de voir cette personne rentrer directement dans mon établissement,
02:46comme après on voit sur la vidéo.
02:48Et je me suis retrouvé dans cette situation où j'étais déjà, je dirais, en face de lui.
02:54Et quand j'ai vu qu'il était armé et tout autre,
02:58ma seule réaction, ça a été de me protéger derrière cette table
03:01et qui m'a servi après de bouclier pour le pousser dehors, tout simplement.
03:07Et surtout quand il a tiré cette première fois,
03:10je pense qu'il a été surpris aussi en arrivant devant la porte
03:13parce que j'ai un chien qui est toujours avec nous derrière ce comptoir
03:19pour justement sécuriser notre espace.
03:20Mais il est éduqué pour rester que sur la zone de travail
03:24et pas aller dans la zone publique.
03:26Et ce chien, donc automatiquement, quand l'agresseur l'a vu,
03:31il s'est ralenti devant l'entrée dans le commerce où il a tiré d'ailleurs.
03:36Et c'est là où on ne sait plus trop quoi faire.
03:39Et effectivement, j'avais cette table devant moi.
03:42Cette table m'a servi de protection et avec l'antise en permanence,
03:46sachant qu'il avait un fusil avec apparemment deux coups,
03:49puisque c'était un canon scié avec deux canons.
03:52Et on se dit, il reste normalement encore une deuxième risque de tir.
03:57Donc la table était ma solution.
04:00Et par chance, ça s'est très bien déroulé.
04:04Parce que non seulement vous vous servez de cette table comme d'un bouclier,
04:07mais en plus, vous vous en servez pour le chasser.
04:10– Vous n'avez pas réfléchi ? Vous vous êtes dit, il faut que je parte à ses trousses ?
04:17– J'ai pas réfléchi, j'ai pas à réfléchir d'ailleurs,
04:20parce que cet établissement, c'est mon gagne-pain.
04:24Mon gagne-pain, aujourd'hui, si on commence à se laisser faire
04:27et que tous les soirs, ils viennent et ils nous font les fonds de caisse,
04:30je suis désolé, aujourd'hui, on est sur la survie dans les petites zones rurales,
04:33on ne peut plus se permettre de se faire agresser.
04:37Des solutions, lesquelles il y en a, je ne suis pas magicien,
04:41et malheureusement, j'ai bien peur qu'il y en ait point,
04:43tant qu'on laisse ces gens, avec tant de facilité, faire ce qu'ils veulent.
04:48– Mais vous avez eu peur ou pas ?
04:52– Je ne pense pas.
04:54Peur, bien sûr, parce que quand on a quand même quelqu'un qui nous tire dessus,
04:57on ne peut pas dire qu'on n'a pas quand même énormément d'antise et de peur sur les médias.
05:03Il ne faut pas aller jouer les costauds.
05:05Mais je pense que je suis conscient de la protection de son bien et de soi-même,
05:10fait qu'on essaye de se défendre, et la solution que j'avais,
05:15de toute façon, c'était la seule, mais peur de le pousser dehors après,
05:21non, puisque c'est quand même lui qui part plus vite que moi, et voilà.
05:25– J'ai cru lire, dans certaines interviews que vous avez accordées,
05:29que votre femme, parfois, est derrière le comptoir.
05:32Est-ce que, parfois, ça vous arrive d'imaginer ce qui aurait pu se passer
05:35si ça avait été votre femme, ce jour-là ?
05:39– Eh bien, écoutez, oui, malheureusement,
05:42puisque mon épouse était, un quart d'heure avant encore,
05:45cette agression, était encore dans le commerce.
05:49C'était elle qui était à l'arrière du commerce, du comptoir.
05:54Et effectivement, dans ce malheur, je suis très, très, très heureux
06:00que ce ne soit pas elle qui était là.
06:02J'ai peut-être un caractère beaucoup plus fort qu'elle,
06:04parce qu'il aurait fallu supporter les conséquences d'une telle agression.
06:07Peut-être qu'elle ne se serait pas déroulée de la même manière,
06:10puisque je l'ai toujours dit à mon épouse,
06:11j'ai dit, si un jour, il se passe ce genre d'agression,
06:14tu fais comme tout le monde dit qu'il faut faire,
06:16eh bien, il faut s'écarter, se retirer,
06:18et laisser la personne faire ce qu'elle veut faire, ce qu'elle veut,
06:21et partir, et lui laisser l'établissement.
06:24Ça, c'est les consignes que je donne à mon épouse.
06:26Moi, par contre, tout mon avenir est dans cet établissement.
06:31Je suis bientôt à la retraite.
06:32Les commerçants n'ont droit à rien.
06:34Donc, si cet établissement disparaît,
06:36eh bien, j'ai toute ma retraite qui disparaît aussi.
06:39Donc, je n'ai pas eu la même réactivité que je demandais à mon épouse.
06:42Et je suis très heureux, d'ailleurs, qu'elle n'était pas là derrière.
06:45– C'était déjà arrivé, pardon, un braquage dans votre établissement ?
06:50– Non, non, le braquage n'était jamais arrivé.
06:52J'ai eu deux cambriolages en pleine nuit.
06:57Mais à comparaison à un cambriolage, effectivement, c'est très démoralisant
07:01parce qu'il y a quand même de la valeur qui disparaît.
07:06Mais on ne l'a pas visuellement, on ne le vit pas.
07:10On le supporte, mais on ne le vit pas.
07:12Que là, le braquage, on le vit.