00:00L'Union européenne risque de subir des contraintes fortes sur les approvisements pétroliers d'ici à 2030.
00:04Ça signifie qu'il est probable, alors il est plausible qu'on commence à le sentir avant 2030,
00:09mais probable que dans le courant des années 2030, les choses s'accélèrent,
00:13c'est-à-dire qu'il y ait des goulets d'étranglement amont qui feront qu'on n'aura pas
00:17tout ce dont on a besoin
00:19pour faire fonctionner l'économie, pour faire fonctionner la société,
00:22pour organiser notamment peut-être une grande décarbonation, on va savoir.
00:26On n'aura pas, on n'aura pas tout, et qu'il va y avoir donc des renoncements à opérer.
00:29Et que si on ne sait pas les opérer, et si on laisse le marché faire,
00:34ce seront des renoncements débiles.
00:36On va avoir des choses qui sont totalement superflues, du gadget pour quelques riches,
00:40mais rentable, qui va continuer à fonctionner,
00:42tandis que des choses vitales pour la plupart des gens, elles, pourraient s'arrêter de fonctionner.
00:46À moins qu'il y ait les bonnes décisions politiques qui soient prises, vraiment.
00:48Mais peut-on encore vraiment compter là-dessus ?
00:57Aujourd'hui, on peut dire quand même que la ressource qui a le plus forgé les sociétés actuelles,
01:02c'est-à-dire que la manière dont les sociétés aujourd'hui existent,
01:04comme elles sont organisées et comme elles sont structurées,
01:06c'est à la fois les villes, les infrastructures, les routes,
01:09la mondialisation, les flux, la logistique internationale,
01:12c'est à la fois ce qu'on achète, ce que l'on vend, comment on le produit, etc.
01:15à toute l'économie, ça existe sous cette forme exclusivement
01:20parce que nous avons depuis des générations déjà
01:22une abondance perpétuelle de pétrole bon marché.
01:26Donc ce n'est pas « est-ce qu'il y a du pétrole sur Terre ? »
01:28Ce n'est pas ça la question.
01:29C'est une question de flux, beaucoup plus que de stock.
01:31Et c'est « est-ce qu'on a le pétrole en permanence quand on a besoin,
01:35la bonne quantité, la bonne disponibilité, la bonne accessibilité au bon prix ? »
01:40En permanence.
01:41Si ça commence à dysfonctionner, bon, allez, on peut le supporter quelques semaines,
01:45quelques mois, et peut-être quelques années, mais je ne suis pas sûr.
01:47Ça va dépendre.
01:49Mais au-delà, ça s'arrête.
01:50Donc si c'est juste des mauvais moments à passer, bon, on les passera.
01:54Mais si c'est une nouvelle dynamique, si on entre dans une nouvelle l'ère
01:57où il y aura moins de pétrole abondant et bon marché,
02:00et moins de gaz naturel abondant et bon marché,
02:03ça va progressivement remettre en question jusqu'aux modèles de société qui sont les nôtres.
02:06Ça va remettre en question un par un les modèles économiques des entreprises,
02:10et derrière, les sociétés tout entières.
02:12Les grandes découvertes de pétrole, si on écoute les données de Reichstag,
02:14qui est quand même une des grandes références mondiales sur le sujet,
02:16les grandes découvertes de pétrole conventionnelles, c'était il y a plus de 50 ans.
02:19Reichstag nous dit également qu'aujourd'hui, on est descendu à un taux de remplacement
02:22du pétrole conventionnel de l'ordre de 16 %,
02:25ce qui signifie que sur Terre, pour chaque baril de pétrole que l'on découvre,
02:29on en consomme 6.
02:30Voilà ce que ça signifie.
02:31Donc, dire, oh mon Dieu, il n'y a plus de pétrole demain, faux.
02:34Dire, pas de problème de pétrole, faux.
02:37Il va falloir juste naviguer entre les deux, et avec le climat derrière ça,
02:41où il va falloir naviguer, serrer aussi.
02:43Enfin, quand je dis il va falloir, il faudrait.
02:47Voilà, pas parce qu'il faudrait qu'on va le faire.
02:49On n'est pas en tout cas parti pour faire ce qu'il faut.
02:51On a une ligne de crête extrêmement difficile à arpenter,
02:55entre vite sortir du pétrole, mais pas trop vite, sinon on s'effondre,
02:58tout de même.
02:59Ça demande des arbitrages extrêmement difficiles.
03:02Bon, on n'est pas en train de faire ça.
03:05Alors, clairement, on dit, non, non, on va continuer à consommer autant qu'on peut,
03:08tant qu'on peut, et on ne se sauve pas vraiment du pétrole.
03:12Ça se fera au prix, donc, de l'habitabilité de la planète Terre,
03:16d'ici quelques décennies et siècles.
03:19Ce sera pire encore derrière.
03:20L'histoire ne s'arrête pas en 2100.
03:22Ce que donc le Shift Project, que beaucoup de vous doivent connaître au moins de nom,
03:26Think Tank, spécialisé énergie et énergie-climat essentiellement, mais pas que.
03:30Ce qu'ils nous disent, en faisant la synthèse des données de Reichstag, c'est ça,
03:34que l'Union européenne risque de subir des contraintes fortes sur les approvisements pétroliers d'ici à 2030.
03:38Donc, ça ne signifie pas qu'il n'y a plus de pétrole dans cinq ans.
03:42Ça signifie qu'il est probable, alors il est plausible qu'on commence à le sentir avant 2030,
03:47mais probable que dans le courant des années 2030, les choses s'accélèrent,
03:51c'est-à-dire qu'il y a des goulets d'étranglement amont qui feront qu'on n'aura pas
03:56tout ce dont on a besoin pour faire fonctionner l'économie, pour faire fonctionner la société,
04:00pour organiser notamment peut-être une grande décarbonation, on va savoir.
04:04On n'aura pas, on n'aura pas tout, et qu'il va y avoir donc des renoncements à opérer.
04:07Et que si on ne sait pas les opérer, et si on laisse le marché faire,
04:12ce seront des renoncements débiles.
04:14On va avoir des choses qui sont totalement superflues,
04:16du gadget pour quelques riches, mais rentable, qui va continuer à fonctionner,
04:20tandis que des choses vitales pour la plupart des gens, elles, pourraient s'arrêter de fonctionner.
04:24À moins qu'il y ait les bonnes décisions politiques qui soient prises, vraiment.
04:26Mais peut-on encore vraiment compter là-dessus ?
04:29Voilà, donc, on va avoir des dynamiques qui vont s'accélérer probablement dans les dix ans qui viennent.
04:34Et ce n'est que le début.
04:36C'est-à-dire qu'il faut comprendre que ce n'est pas un mauvais moment à passer.
04:39Comme je le disais, nous sommes sur le point, tout simplement, de changer d'air.
04:43de sortir de l'air du toujours plus, qu'on a connu depuis des siècles et des siècles,
04:50mais avec une accélération depuis la révolution industrielle,
04:53et encore une grande accélération post-Seconde Guerre mondiale pendant les Trente Glorieuses.
04:57Mais on a, aux guerres prêts et aux grandes crises prêts,
05:01des petits coups dans la courbe, ça a été du toujours plus.
05:05Oui, mais ça, on en a encore pour quelques temps.
05:08Je ne sais pas vous dire combien de temps.
05:10Quelques années, quelques décennies ?
05:12Et ensuite, on va basculer dans l'air du toujours moins.
05:15Toujours.
05:16On ne gère pas du tout un monde avec toujours moins,
05:19de la même manière qu'on gère un monde avec toujours plus.
05:21On ne gère pas l'économie pareil, on ne gère pas la politique pareil,
05:24on ne gère pas la géopolitique pareil.
05:26Bref, il faut se préparer à ça.
05:28On ne s'y prépare pas.
05:30Mais alors, on s'en fout.
05:32Radicalement, tout de même, il faut bien le dire.
05:34Ce n'est même pas un sujet.
05:37La France n'est pas très productionuse de pétrole.
05:39Environ 1,5% du pétrole qu'on consomme.
05:42Donc, la France, et d'ailleurs l'Europe, voyez-vous,
05:45on est quand même assez tributaires des approvisionnements.
05:47D'autres pays, encore faut-il qu'ils veuillent bien nous le vendre,
05:51et dans des conditions acceptables,
05:53est-ce qu'on peut maintenir une souveraineté dans ces conditions-là ?
05:55Patati, patata.
05:58Dans la lithosphère, on va également chercher des minerais,
06:00dont on a besoin pour à peu près tout,
06:01notamment pour ça.
06:03Alors ça, c'est souvent ce que l'on regarde,
06:05ce à quoi on pense en premier lieu,
06:06quand on pense transition énergétique,
06:09et quand on pense décarbonation.
06:11Et effectivement, ça a un rôle à jouer,
06:12mais c'est un peu schématique.
06:13Ce n'est pas que ça, la transition énergétique.
06:15Évidemment, c'est plus compliqué.
06:16Il y a différents piliers de la transition énergétique.
06:18Les trois grands piliers aujourd'hui,
06:19on suit à peu près d'accord pour dire que c'est les renouvelables.
06:22Donc, effectivement, on va produire et consommer,
06:25et utiliser et stocker l'énergie différemment.
06:27Mais de là à dire qu'on met des panneaux photovoltaïques,
06:30des éoliennes, quelques autres trucs,
06:31on électrifie des batteries au lithium,
06:33des véhicules électriques, et puis c'est bon.
06:35Avec ces petits aménagements pris,
06:36on peut maintenir notre mode de vie ?
06:37Non.
06:39Qu'avec ces choses-là, ça pourrait suffire à décarboner ?
06:41Non.
06:42Alors pas du tout.
06:44Peut-être que ça aurait pu suffire si on s'y était mis il y a un siècle,
06:46mais on ne l'a pas fait,
06:48et là, c'est un peu trop tard.
06:50Alors, deuxième pilier, l'efficacité énergétique.
06:52Pour produire ce qu'on produit,
06:53on utilise moins d'énergie au passage.
06:55OK.
06:55Très bien.
06:56On s'améliore.
06:56C'est super.
06:58Ça ne remet pas en question
06:59ce qu'on produit ou la quantité dont on le produit.
07:02C'est juste qu'au passage,
07:03on utilise moins d'énergie
07:04par voie d'optimisation et d'innovation technologique.
07:07OK.
07:07Super.
07:08Ça ne va pas suffire.
07:10Ça ne va pas suffire.
07:11Parce que si on avait fait ce qu'il fallait
07:12dès le début des années 90,
07:13il aurait fallu qu'on baisse les émissions
07:14de gaz à effet de serre mondiales
07:16à peu près à cette vitesse-là.
07:17Si on l'avait fait dix ans plus tard,
07:18c'était à cette vitesse-là.
07:20Dans le courant des années 2010,
07:21c'était à cette vitesse-là.
07:22Et maintenant, c'est là.
07:23C'est-à-dire que maintenant, en fait,
07:24il faudrait organiser une chute libre,
07:26littéralement,
07:27des émissions de gaz à effet de serre
07:28pour se donner au moins deux chances sur trois
07:31de respecter d'ici la fin du siècle
07:32le seuil des deux degrés,
07:34c'est-à-dire le moins ambitieux
07:35des deux seuils fixés par l'accord de Paris.
07:39Voilà.
07:40Il faudrait une chute libre.
07:41Et pour l'instant,
07:41qu'est-ce qui se passe ?
07:43Ça monte.
07:44Ce n'est même pas que ça ne descend pas assez vite.
07:45Ça monte.
07:46Toujours.
07:46Au niveau mondial.
07:47Oui, il y a eu des efforts.
07:48Oui, localement,
07:49on peut zoomer sur certains pays,
07:50certaines régions.
07:51Ça joue.
07:52Donc ça joue, oui, ça joue.
07:53Mais au niveau mondial,
07:55est-ce que ça joue ?
07:56Pas encore.
07:58Est-ce que ça peut jouer ?
07:59On verra bien.
08:01J'ai aimé des doutes.
08:03La sobriété énergétique,
08:04le troisième pilier, c'est...
08:07C'est quoi ?
08:12J'explique.
08:13Il y a deux grandes catégories de leviers
08:14qui relèvent de la sobriété énergétique.
08:16Le premier levier,
08:17c'est celui sur lequel on focalise.
08:18Quand je dis « on »,
08:19je parle des dirigeants,
08:20des décideurs politiques de haut niveau.
08:22La plupart du temps,
08:23quand il parle de sobriété
08:24pour les quelques-uns qui en parlent,
08:26c'est vraiment
08:26on va réduire les superflux
08:27et les gaspillages.
08:28Donc globalement,
08:29on va conduire un peu moins vite
08:30sur l'autoroute.
08:30Ah, ça apparemment,
08:31c'est inacceptable.
08:32Donc on oublie.
08:33On va chauffer d'un degré ou deux
08:35de moins l'appartement l'hiver.
08:36On va mettre une couche de plus.
08:37On va supprimer
08:39les touillettes à la cantoche.
08:40Et tout ça,
08:41c'est volontairement un peu provocateur,
08:43mais il y a des véritables efforts
08:45que l'on peut faire
08:45qui sont loin d'être ridicules.
08:47Et au final,
08:47oui, il y a beaucoup de superflux,
08:48beaucoup de gaspillages,
08:49beaucoup de gabegis dans ce monde.
08:50Et si on rationalisait
08:51un petit peu tout ça,
08:52on pourrait réduire considérablement
08:53la note à la fin qu'il faut payer.
08:54Mais même ça,
08:57même si on le faisait
08:58à l'échelle mondiale,
08:59même si en valeur absolue
09:01on réduisait tout ça,
09:01on est encore
09:04très loin du compte.
09:05Très loin du compte.
09:07il faut absolument
09:08la dernière catégorie
09:09de sous-leviers.
09:11Alors la bonne nouvelle,
09:12c'est que là,
09:12ce truc qui est là,
09:13que je n'ai pas encore parlé,
09:14c'est ce qui marche le mieux.
09:16C'est un levier
09:17de meilleure
09:17d'une puissance
09:18absolument incroyable.
09:18Quand on l'actionne,
09:19ça marche tout de suite.
09:21Le problème,
09:22c'est que c'est complètement incompatible
09:23avec notre modèle économique.
09:25Produire et consommer moins.
09:26Voilà.
09:27Ça, c'est bon.
09:28C'est l'autre dimension,
09:29la grande dimension
09:30de la sobriété,
09:31pas qu'énergétique d'ailleurs.
09:34Mais on n'en entend pas
09:36beaucoup parler
09:36parce qu'on ne sait pas le faire.
09:37Alors attention,
09:38ça ne veut pas dire
09:38qu'on ne peut pas le faire
09:39à certains niveaux,
09:39au niveau d'une entreprise
09:41et peut-être même d'un territoire.
09:42Si on fait beaucoup,
09:43beaucoup, beaucoup d'efforts,
09:44donc ça veut dire une vision,
09:45une cohérence systémique,
09:47une implication,
09:47mais aussi des moyens
09:49et une volonté politique
09:51et partagée,
09:51etc. pour le faire,
09:52ça peut marcher localement.
09:55Il faut le faire
09:56quand on peut le faire
09:57et montrer que c'est
09:58un modèle possible.
09:59Peut-être qu'un jour,
09:59d'autres s'en emparreront.
10:01Mais imaginez
10:01que l'on pourrait faire ça
10:03en valeur absolue
10:04à l'échelle mondiale
10:04dans l'espace de temps
10:05qu'il nous reste,
10:07il va falloir se préparer
10:08au fait qu'on n'y arrivera
10:08probablement pas.