00:00Choisir son lieu de villégiature pour son authenticité plus que pour son instagrammabilité, en réenchantant si possible l'itinérance, l
00:08'itinérance qui est le sens du voyage et non pas la téléportation avec les avions hypersoniques qui sont en développement,
00:15ça serait donc quelque chose à déplorer, ces implicites sont pathologiques.
00:20Renoncer à la cocaïne est effectivement un peu dur, je suppose, pendant un temps, mais dans le long terme, il
00:27est insensé d'y voir un étiolement de notre bien-vivre. La suffisance techno-impériale est manifestement une drogue dure
00:36et létale.
00:44Ne nous laissons pas trop voler les mots. Non seulement contre les algorithmes et agents conversationnels, mais aussi contre les
00:51menteurs et les menteuses.
00:53Dans une large mesure, bien sûr, c'est déjà trop tard. Une bonne partie de la presse, et là encore,
01:00je ne parle pas que d'écologie, reprend mécaniquement des éléments de langage dévastateurs
01:06qui contribuent à former une image tellement altérée de la réalité qu'elle en devient presque son antithèse. Et cela
01:15légitime le pilin.
01:17Notre responsabilité, et pas que celle des journalistes, notre responsabilité collective est absolument immense.
01:25Pourtant, au jeu de la création, de la poésie, nous allons gagner. On ne peut que gagner parce que leur
01:31langage est nécrosé.
01:32Parce qu'au défi de la vie, ils ont en quelque sorte perdu dès l'origine.
01:37Alors concentrons-nous, là encore, à nouveau sur l'écologie, puisque c'est le thème du jour,
01:42mais gardons en tête que le problème que je mentionne est en réalité bien plus vaste.
01:48Alors j'ai évoqué tout à l'heure l'impossibilité d'une croissance sans fin.
01:52Mais c'est quand même terrible, parce que ça veut dire que croissance sans autre qualificatif relève en réalité ou
01:57réfère à la croissance du PIB.
02:00Parce qu'en réalité, la croissance autorisée et même souhaitée, celle qui compte, la vraie croissance,
02:05celle de l'amour, de l'amitié, de l'intelligence, de l'inventivité, des poèmes, des équations,
02:10des symphonies, des sourires, des hybridations et des humilités du rap, du slam, de tout ce que vous voulez,
02:16en fait, elle n'a plus droit au mot croissance.
02:18Nous sommes, je suis pour la croissance, pour celle-là, pour la vraie.
02:23Pas celle de la délinquance occidentalo-délétère.
02:27Nommée croissance, ce qui relève en réalité d'une atrophie de notre puissance d'être,
02:33c'est une aberration sémantique.
02:35Il ne faut pas se faire voler les mots.
02:37De même que le mot « progrès », l'utiliser pour désigner des gadgets qui nous rendent idiots et apathiques,
02:43tout en présentant des conséquences en termes de pollution et d'émissions de gaz à effet de serre
02:48et d'addictions dévastatrices, ça relève d'un envoûtement.
02:52Et que dire du mot « violence ».
02:53Oui, oui, bien sûr, nous sommes tous et toutes contre la violence.
02:56On est des gentils, ça n'engage pas à grand-chose.
02:58Mais c'est pas ça, la question.
03:00Sauf à être mentalement dérangé, personne ne souhaite souffrir ou faire souffrir.
03:04La question, ça serait plutôt « qu'est-ce qui est le plus violent ? »
03:09Laisser faire une machine d'extermination massive ou s'y opposer ?
03:14Voilà la vraie question.
03:16La liste pourra être longue des mots que nous ne devrions plus utiliser,
03:21à commencer par celui du terrorisme, qui est devenu un épouvantail qui empêche de penser.
03:26Et quelle que soit la situation, fut-elle brutale et insoutenable,
03:32c'est jamais une bonne idée d'arrêter de penser et de comprendre et d'analyser.
03:38Nos prédécesseurs, les hommes et femmes du paléolithique et néolithique,
03:43furent très explorateurs et exploratrices.
03:45Ils ont essayé, tenté, envisagé une indicible multitude de systèmes et d'organisations.
03:50Face aux échecs qui étaient nombreux, ils rebroussaient chemin et proposaient des agencements radicalement autres.
03:57Autrement dit, ils recomposaient et reconfiguraient sans cesse leurs réels.
04:02Je crois que la singularité de notre temps ne tient pas à l'erreur, elle tient à l'entêtement.
04:08Nous savons que nous allons vers le suicide et néanmoins nous continuons.
04:13Et il n'est pas rare, et c'est là où j'arrive au volet racisme de ma remarque,
04:17d'entendre l'assertion sidérante et même scélérate,
04:20suivant laquelle la prédation suicidaire qui nous caractérise
04:25constituerait en quelque sorte l'expression de l'essence de l'humanité.
04:29Vous savez, ces gens qui nous disent
04:30« C'est bien triste tout ça, mais qu'est-ce que vous voulez ? »
04:33C'est ce que nous sommes. Nous sommes ça, nous, les humains.
04:36Et en fait, ce qui est grave dans cette façon de voir les choses,
04:39c'est qu'elle fait comme si toutes les autres civilisations
04:43qui ont habité cette planète étaient en réalité inhumaines.
04:47Parce qu'ils et elles ne partageaient pas nos valeurs.
04:51Lisez un peu d'anthropologie et d'ethnologie,
04:53et vous découvrirez que la façon occidentale d'habiter le monde
04:57est non seulement rare, mais même essentiellement singulière.
05:01Donc il est factuellement faux de supposer que les êtres humains
05:05sont incapables de vivre autrement que dans ce modèle aberrant.
05:12L'occidentalocène est une thanatocène.
05:16Sobriété.
05:18Suggérer qu'il va donc falloir faire des efforts
05:21montre, me semble-t-il, un grand niveau d'incompréhension
05:24ou plus exactement de pauvreté symbolique.
05:27Quoi des efforts ?
05:28Renoncer aux notifications X et Snap pour écouter les oiseaux,
05:32c'est vraiment un effort.
05:34Préférer les échanges au massacre, c'est une atrophie.
05:37Choisir son lieu de villégiature pour son authenticité
05:40plus que pour son instagrammabilité,
05:42en réenchantant si possible l'itinérance,
05:45l'itinérance qui est le sens du voyage,
05:47et non pas la téléportation avec les avions hypersoniques
05:51qui sont en développement,
05:52ça serait donc quelque chose à déplorer.
05:56Ces implicites sont pathologiques.
05:57Renoncer à la cocaïne est effectivement un peu dur,
06:01je suppose, pendant un temps,
06:03mais dans le long terme,
06:04il est insensé d'y voir un étiolement de notre bien-vivre.
06:08La suffisance techno-impériale
06:11est manifestement une drogue dure et létale.
06:15Fusion nucléaire.
06:17Imaginons qu'un jour, dans quelques décennies,
06:20nous jouissions d'une source d'énergie presque propre
06:23et presque illimitée serions-nous sauvés.
06:28Nos ingénieurs auraient-ils alors trouvé la voie du salut ?
06:33Et il n'est pas impossible que ça se produise.
06:35La Chine a fait de grands progrès
06:37et l'Europe n'est pas en reste.
06:40Hélas, je crois très sincèrement
06:42que ça serait la pire catastrophe possible.
06:45Parce que nous disposerions alors
06:47de moyens presque infinis
06:49pour parachever notre entreprise
06:52d'artificialisation méthodique du réel.
06:56Autrement dit,
06:57de transformation de la planète en déchets.
06:59Nous n'aurions plus aucun frein
07:01pour détruire les montagnes,
07:03éradiquer les forêts,
07:04bétonner les espaces habitables,
07:06dévaster les forêts ou les fonds marins.
07:08Il faut vraiment insister.
07:10Et là, ce n'est pas polémique ce que je dis,
07:11c'est factuel, je crois.
07:12Le problème avec l'énergie aujourd'hui,
07:15ce n'est pas tellement son origine,
07:17ce n'est pas tellement qu'elle émette du CO2
07:19lors de sa transformation.
07:21C'est qu'est-ce qu'on fait avec l'énergie ?
07:23En fait, la grande majorité
07:24de ce qu'on fait avec l'énergie,
07:26au-delà bien sûr de se nourrir,
07:29de se loger, qui est tout à fait louable,
07:31au-delà de ça,
07:32presque tout ce qu'on fait
07:33relève d'une artificialisation délétère.
07:37Croyez-vous très sincèrement
07:38qu'aujourd'hui,
07:38avec des énergies relativement chères,
07:40nous nous comportons comme ça
07:41et que si on avait demain
07:42une énergie gratuite et infinie,
07:44on se dirait
07:45« Ah ben, on arrête tout maintenant ! »
07:47Soyons un peu sérieux.
07:49Un peu sérieux.
07:50Les gens qui nous gouvernent
07:51ne sont pas du tout sérieux.
07:53Soyons un peu factuels.
07:54Ce qu'il faut,
07:55c'est revoir l'enjeu
07:56de notre être au monde.
07:57Pas disposer de plus d'énergie
07:59pour poursuivre dans la même direction.
08:01On en a beaucoup plus
08:02que nécessaire en moyenne de l'énergie.
08:04Pas tout le monde,
08:04pas dans tous les pays,
08:05mais en moyenne,
08:07largement ce qu'il faut.
08:08Nous utilisons en ce moment
08:10notre pouvoir d'action
08:11pour tuer, mutiler, raser,
08:13pour Elon Musk et le réel.
08:16Davantage de moyens,
08:17même décarbonés,
08:19je crois que ça signifierait
08:20simplement le déploiement
08:21de la nécrocène.
08:22Des armes de destruction massive,
08:24pour prendre une image,
08:25qui seraient issues
08:26du commerce équitable
08:27et fabriquées en matériaux biologiques,
08:29resteraient des armes
08:30de destruction massive.
08:31Et c'est pourtant
08:32ce que l'écologie de la transition
08:33n'a pas encore commencé
08:35à vraiment comprendre.
08:59C'est un peu plus simple.
09:08Sous-titrage Société Radio-Canada
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