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  • il y a 6 jours
En visite officielle en France, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane est au cœur des discussions diplomatiques et économiques. Georges Malbrunot, grand reporter spécialiste du Moyen-Orient, détaille les enjeux de ce déplacement sur l'antenne de France Inter. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/la-question-de-6h20-du-lundi-24-aout-2026-3226552

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Transcription
00:00Un prince à l'Elysée, Mohamed Ben Salman, héritier du royaume d'Arabie Saoudite, est en visite officielle en France.
00:06Que vient-il faire ? Quels sont les enjeux de ce voyage ?
00:08C'est la question de 6h20, question qui vous est adressée.
00:11Georges Malbruno, bonjour.
00:12Bonjour.
00:13Vous êtes grand reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient.
00:16Et vous avez écrit un livre-enquête sur Mohamed Ben Salman qui s'intitule
00:20« MBS confidentiel » avec notre collègue Christian Chénaud.
00:25Mohamed Ben Salman, qui est en France pour deux jours.
00:28C'est clairement pas juste une visite de courtoisie.
00:30Pourquoi est-il là ?
00:31Alors, il est là d'abord pour participer hier soir, comme il l'a fait, avec Emmanuel Macron
00:38à la clôture de la Coupe du Monde des jeux vidéo.
00:44Coupe du Monde du sport.
00:45Qui a eu lieu en France, un petit peu dans un silence médiatique.
00:51Parce qu'MBS adore les jeux vidéo depuis sa prime enfance.
00:55Et il y consacre plusieurs heures par jour.
00:58Ah oui, c'est vraiment un passionné quand même.
01:00C'est vraiment un passionné.
01:01Il est férus, il est addict.
01:03Et il y a encore, visiblement, je me souviens de la visite d'Emmanuel Macron en décembre
01:062024 à Ariad.
01:08Et à un moment donné, MBS l'invite avec le cornu et barreau dans son antre.
01:15Effectivement, les responsables français ont été hallucinés de voir une gigantesque
01:20salle avec des vécrans, etc.
01:22Donc, MBS aime ça.
01:23Donc, il voulait venir à Paris pour participer à cet événement.
01:30Pour la première fois organisé hors d'Arabie saoudite.
01:32Oui, à cause de la guerre qui se déroule actuellement dans le Golfe.
01:36Parce qu'un certain nombre de pays n'ont pas voulu.
01:37Donc, ça a été transféré en France.
01:40Je ne suis pas sûr d'ailleurs qu'Emmanuel Macron ait été très satisfait hier de participer
01:43à cet événement.
01:44Parce que lui n'est pas particulièrement féru de jeux vidéo.
01:47Mais enfin, il y est allé parce qu'il y a d'autres raisons à cette visite.
01:50Du business, notamment.
01:51Du business, oui.
01:52De quelle nature ?
01:53Et de la diplomatie.
01:54Alors, le business, vous savez, avec l'Arabie saoudite, qui est un de nos clients très
02:00important, c'est aussi un de nos alliés diplomatiques.
02:04On n'est plus dans une période très face depuis une quinzaine d'années.
02:09L'Arabie saoudite et la France avaient conclu dans les années 80-90 des méga contrats,
02:14notamment en matière de défense.
02:15Cette période-là est terminée et aujourd'hui, la relation franco-saoudienne en matière
02:21commerciale n'est pas à la hauteur de ce qu'elle devrait être.
02:24Alors, on va y discuter.
02:26On nous annonce à l'Élysée la signature de contrat.
02:30Le problème avec l'Arabie saoudite, c'est qu'on signe souvent ce qu'on appelle des
02:33MOU, c'est-à-dire des accords de principe, des lettres d'intention qui n'engagent
02:37finalement personne.
02:38Donc, il faudra se méfier.
02:39Il est possible qu'il y ait beaucoup de communication.
02:40Ce qu'on sait, c'est que ce que j'ai eu de source saoudienne, c'est que le contrat
02:47de gestion du site nabatéen d'Aloula dans le nord de l'Arabie saoudite, qui a été
02:51confié à la France, en particulier à Jean-Yves Le Drian, sera reconduit.
02:56Il y aura probablement aussi une signature sur ce projet qui a suscité la controverse de
03:02rachat par l'Arabie saoudite d'un parc d'attraction au nord de Paris.
03:06Mais les Saoudiens...
03:07Parc d'attraction Dragon Ball ?
03:08Voilà, Dragon Ball de Mirapolis.
03:11Mais les Saoudiens souhaitent encore attirer d'autres investisseurs.
03:15Il y a aussi dans le domaine de la défense, la société Thales a impressionné par ces
03:21radars qui ont permis pendant la guerre d'intercepter des drones iraniens shahed à plus de 150
03:26kilomètres de leur cible.
03:28Donc il y aura des discussions, il y a aussi...
03:30Et où sont les discussions sur les avions de chasse rafale ?
03:33Ça fait longtemps que ça dure ça.
03:35Ça dure depuis un certain temps.
03:37Il y a effectivement une proposition pour environ une cinquantaine d'avions rafales.
03:41Mais là je pense que c'est un petit peu tôt.
03:43Puis là on touche au cœur de la stratégie saoudienne qui depuis que ce royaume existe,
03:50depuis près d'un siècle, il y a une alliance stratégique avec les Etats-Unis.
03:54Et donc les Saoudiens achètent en particulier pour leur armée de l'air du matériel américain,
04:00F-15, ils espèrent des F-35 et britanniques.
04:04L'inconvénient c'est que lorsqu'ils achètent des F-15 américains, les Américains brident
04:08l'utilisation de ces F-15.
04:10Donc par conséquent ça limite cette utilisation.
04:13Et donc effectivement le rafale n'a pas cet inconvénient.
04:15Mais je pense que c'est encore un peu tôt.
04:17Et sur le plan diplomatique, je reprends, là j'ai votre livre sous les yeux,
04:21vous le sous-titrez, vous dites que Mohamed Ben Salman est le nouveau maître du Moyen-Orient.
04:27Comment ça se manifeste ?
04:28Ça se manifeste par l'an dernier.
04:32Par exemple, vous vous souvenez que la France et l'Arabie saoudite,
04:35la France s'est associée avec l'Arabie saoudite pour co-présider cette cérémonie à l'ONU,
04:42cette initiative diplomatique qui a permis la reconnaissance de la Palestine.
04:47Donc l'Arabie saoudite c'est le poids lourd du Moyen-Orient au point économique,
04:51au plan financier et au plan diplomatique.
04:53Mais est-ce que c'est lui qui a les clés pour résoudre les conflits actuels ?
04:56Il a une partie des clés.
04:57Il est très influent en Syrie.
04:59Ahmed Al-Shara est un petit peu son protégé.
05:03Il est influent évidemment dans le Golfe parce que tout le monde est un petit peu sous sa coupe,
05:08y compris les Émirats arabes unis avec lesquels il a des relations un petit peu tendues.
05:12Et puis il y a la guerre avec l'Iran.
05:17L'Arabie saoudite...
05:17Qui reste l'ennemi absolu à ses yeux ?
05:19Comment ?
05:19Qui reste l'ennemi absolu à ses yeux ?
05:22Les Saoudiens n'aiment pas les Iraniens.
05:25Mais le pouvoir saoudien est aussi réaliste.
05:28Il sait que demain, après la guerre, l'Iran sera encore son voisin.
05:31Et par conséquent, ils ne sont pas dans une logique d'affrontement.
05:35Ils sont plutôt dans une logique d'établir avec l'Iran une sorte de pacte de non-agression.
05:41Simplement, ils ne veulent pas de guerre.
05:44Mohamed Bin Salman, c'est pour ça qu'il a téléphoné il y a une quinzaine de jours à Donald
05:48Trump
05:48pour dire surtout ne relance pas la guerre.
05:50Parce que de nouveau la guerre, ça veut dire des frappes iraniennes sur ces infrastructures stratégiques.
05:55MBS est lancé dans un vaste programme, comme vous le savez, de diversification, de modernisation de l'économie.
06:00Et donc, instabilité, ça veut dire que son programme de diversification serait menacé.
06:05Donc ça, il n'en veut pas.
06:06Et aujourd'hui, c'est le pragmatisme qui prévaut Mohamed Bin Salman.
06:10Le paria après l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.
06:14Ça, c'est oublié ? C'est du passé ?
06:16Alors, pour les pouvoirs occidentaux, c'est oublié.
06:18Depuis déjà de nombreuses années.
06:20Vous vous souvenez que Joe Biden, Emmanuel Macron, Boris Johnson sont allés à Canossa, à Riyad ou à Jeddah.
06:27Là, les ONG, les organisations de défendre l'homme ont raison d'insister.
06:31Parce qu'il y a la facette MBS modernisateur, c'est vrai.
06:35Mais il y a la facette MBS autocrate qui continue d'arrêter.
06:39Donc, il faut insister sur ce point-là.
06:41Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, la réelle politique prime et MBS est incontournable au plan international.
06:46Et une dernière question plus personnelle.
06:48Georges Malbruneau, vous avez déjà eu l'occasion de croiser Mohamed Bin Salman.
06:51Il fait forte impression ?
06:53Alors, moi, je l'ai croisé, effectivement.
06:56Je l'avais croisé en 2017, lorsqu'on l'avait vu à l'Élysée.
07:00Je dirais qu'à l'époque, comme MBS était un petit peu, comment dirais-je, pour utiliser un mot diplomatique,
07:08mais qui ne l'est pas trop, un peu effrayant quand même.
07:12C'était l'homme qui avait organisé, en tout cas, les FFR Khashoggi.
07:18Aujourd'hui, il a mûri incontestablement.
07:21C'est une belle machine intellectuelle.
07:23Lorsque vous l'interrogez, il répond très, très bien.
07:26On a l'impression un peu parfois qu'il récite sa leçon.
07:29Il est bien conseillé par des Américains derrière.
07:30Mais c'est quelqu'un qui, effectivement, a mûri et qui va être roi à 40-42 ans.
07:37Donc, il y a un horizon qui va durer pendant une trentaine d'années.
07:42Georges Malbruno, merci beaucoup d'être venu en direct dans le studio du 5-7 MBS Confidentiel.
07:48Votre livre enquête sur Mohamed Ben Salman est sorti chez Michel Laffont.
07:51Sous-titrage MFP.
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