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  • il y a 6 jours
Avec Anna Ostasenko Bogdanoff, Réalisatrice et autrice, pour son premier roman "Rappelle-moi, ma belle" (JC Lattès, 19 août).

Retrouvez "Nouvelles têtes" sur le site de France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00Daphné Burki, je suis contente de vous retrouver.
00:03Vous vouliez absolument, mais alors absolument, nous présenter votre nouvelle tête aujourd'hui.
00:08Elle s'appelle Anna Ostasenko-Bogdanov.
00:12Elle est documentariste, elle est vidéaste, elle est réalisatrice.
00:17Oui, Sonia, et depuis le 19 août, elle est aussi l'autrice d'un premier roman qui s'appelle
00:22« Rappelle-moi ma belle » aux éditions J.C. Lattès.
00:25Très attendu.
00:26Un très joli bruit en cette rentrée littéraire.
00:29Ce roman, il est aussi d'une promesse qu'elle a faite à son père, Igor Bogdanov, le frère de
00:34Grishka Bogdanov.
00:35C'est jumeau de la science-fiction, on va dire, scientifique, très connu du public français.
00:41Vous en avez un souvenir ?
00:42Évidemment, c'est toute mon enfance, c'est en X, à la télévision.
00:46C'était les icônes de notre enfance.
00:49Justement, elle avait promis que si un jour elle se mettait à l'écriture, ce serait pour lui.
00:54Bonjour, Anna Ostasenko-Bogdanov, bienvenue sur France Inter.
00:57Merci beaucoup, bonjour.
00:58Ce nom, Bogdanov, sur la couverture de votre premier roman pendant longtemps adolescente, vous en avez eu honte, vous en
01:04parlez.
01:05Et quand moi j'ai entendu parler de votre livre, je vais être très honnête avec vous, j'ai eu
01:08peur de me retrouver dans une position de voyeuse,
01:11à chercher les mystères autour de votre père et de votre oncle.
01:14Et puis j'ai lu les premières pages et je me suis roulée dans votre écriture.
01:18C'est absolument génial et fabuleux.
01:20Et dans cette généalogie familiale complètement romanesque, qu'est-ce qui fait qu'un jour, vous décidez de retourner vers
01:26ce nom, de l'écrire en grand sur la couverture d'un livre ?
01:28Est-ce que ça s'est vraiment passé quand vous avez écrit ce journal à l'hôpital alors que votre
01:33père était en train de mourir du Covid ?
01:36Oui, alors le journal, je ne l'ai pas commencé vraiment à son chevet, je l'ai accompagné dans son
01:42départ pendant 19 jours.
01:44Et je pense que le basculement à l'intérieur de moi s'est fait de manière très radicale et très
01:48forte à ce moment-là.
01:51Où j'ai ressenti un amour et une tendresse très très très grande pour cet homme qui m'apparaissait tout
01:55d'un coup comme un enfant.
01:56Et j'ai eu besoin d'écrire du coup pour ça.
01:58Oui, c'est comme si vous deveniez sa mère tout au long de ce roman.
02:01Ce qu'on retient des frères Bogdanov, évidemment, c'est cette obsession du temps, la recherche de l'immortalité.
02:06Mais vous, comme fille, vous en avez une version bien concrète tout au long d'ailleurs de cette enquête.
02:10Un père qui, s'il sortait faire ses courses pour le repas, parfois il ne revenait pas du tout.
02:15Vous en avez mangé des bols de céréales quand même ?
02:16Oui, assis sur le parquet devant la télé.
02:19J'en ai mangé, mais ce n'était pas grave, c'était comme ça.
02:22Le cœur généalogique du livre, c'est donc votre arrière-grand-mère.
02:26Elle s'appelle Istène.
02:27On découvre enfin l'origine de votre père et de son frère.
02:30C'était une comtesse autrichienne, mariée, quatre enfants, qui est tombée folle amoureuse de Roland Hayes, immense ténor afro-américain.
02:37Et c'est de cette histoire que naît Maya, la mère d'Igor Egrishka.
02:49Et votre père, il vous racontait cette histoire, et puis bien d'autres encore, comme une légende familiale.
02:54En enquêtant, qu'est-ce qui s'est effondré, ou peut-être éteint en premier, la légende ou l'image
03:01que vous aviez de votre père ?
03:03La légende surtout, la légende, parce que je n'avais pas nécessairement une mauvaise image de mon père.
03:10En revanche, je vivais dans des légendes qui étaient parfois étouffantes.
03:16Istène, elle rêvait en fait, Istène qui a donc élevé les jumeaux Bogdanov, elle rêvait d'un enfant métis, un
03:22messie, qui participerait à sauver l'humanité du racisme.
03:26Mais plus tard, elle va jusqu'à poudrer de blanc le visage de ses propres petits-fils, les jumeaux Bogdanov,
03:32pour atténuer justement leur carnation.
03:34Qu'est-ce qu'on fait de ça, quand on vous a appris, enfant, à ne pas accepter un visage
03:38?
03:42On apprend à voir pourquoi la personne ne veut pas l'accepter.
03:45Et je pense que c'est tout le travail de ce livre, c'est de comprendre pourquoi mon père a
03:48tellement essayé de se cacher toute sa vie, jusqu'au moment où il mourait et où il voulait encore se
03:52cacher.
03:54Il a passé son enfance avec la peau poudrée pour lui blanchir la peau.
03:59Non, c'est quand elle l'emmenait parfois dans des visites, dans des châteaux voisins, dans l'extérieur.
04:05Elle considérait que c'était tellement violent, ça allait être violent pour eux, donc elle voulait les protéger.
04:10Tout en leur disant qu'en même temps, il fallait qu'ils fassent de cette couleur de peau quelque chose
04:13d'extraordinaire.
04:14Donc c'était un espèce de contraste et de déchirement pour eux, je pense, en tant qu'enfant.
04:19Est-ce que vous avez trouvé des réponses ?
04:21Oui, j'ai trouvé des réponses, je pense.
04:23Mais qui me sont personnelles et qui ne sont pas forcément une vérité, mais qui en tout cas, à moi,
04:28m'apportent un éclairage sur toute cette histoire.
04:30Je ne veux rien spoiler, mais chaque membre de cette famille a une histoire extraordinaire.
04:35Dans ce livre que j'ai lu d'une traite, on y découvre aussi des choses extrêmement difficiles.
04:40Votre arrière-grand-mère, Estène, a subi l'inceste et elle va le faire subir.
04:44A son tour à ses petits-fils, votre père et votre oncle.
04:47Qu'est-ce que vous avez appris sur cette souffrance justement qui se transmet d'une certaine manière d'une
04:52génération à une autre ?
04:54Alors, je ne dirais pas qu'elle leur a fait subir l'inceste, attention, il faut être très précis sur
04:59les mots.
05:00Je pense qu'il y avait une ambiance incestuelle dans cette famille, mais il n'y a pas quelque chose
05:04qui s'est perpétré de manière très concrète, on va dire.
05:09Pardon, j'ai oublié du coup le reste de votre question.
05:11La souffrance justement qui a pu se transmettre d'une génération à l'autre, en tout cas ce trouble familial.
05:18Qu'est-ce que vous en avez ?
05:20C'est quelque chose, je pense, qui s'est répercuté, en effet, qui a ruisselé jusqu'à, je pense, le
05:25propre regard de mon père sur moi.
05:29Et c'est des choses qui étaient assez diffuses, mais dont il a hérité, même lui, je pense, de manière
05:33inconsciente.
05:33Parce que cette histoire d'inceste, je l'ai découverte sur des cassettes qui avaient été enregistrées dans les années
05:3970,
05:40que personne, je pense, n'a jamais écouté.
05:42Et donc pour moi, ça a été un espèce d'électrochoc qui, tout d'un coup, a mis un éclairage
05:46comme un grand phare sur tout ce que je ne comprenais pas.
05:49Et sur toutes ces sensations que j'avais à l'intérieur de moi.
05:51Et donc vraiment de pouvoir mettre les mots dessus, c'était une grande libération.
05:56C'est un travail très courageux.
05:57Vous avez ouvert des milliers de cartons, vous avez écouté des heures d'écoute pour faire cette enquête.
06:03Et ce n'est pas du tout un règlement de compte, ce livre.
06:06Vous ne protégez pas, spécialement d'ailleurs votre père, de la vérité quand même, ses contradictions, ses absences, ses dettes.
06:13Vous décrivez très bien son corps vivant.
06:15Vous décrivez aussi très bien son corps mort.
06:18Vous allez même écrire avec lui une dernière fois.
06:20Votre père meurt le 3 janvier 2022, six jours après Grishka.
06:23Et vous allez prendre sa main, morte, et vous glissez un stylo entre ses doigts et vous écrivez « Je
06:28t'aime ».
06:29Puis de votre propre main, vous écrivez « J'ai écrit ces mots avec ta main ».
06:33Est-ce que c'est encore toi qui écris ?
06:35Est-ce que ce livre, c'est finalement la réponse à cette question ?
06:39S'il m'aime ou pas ?
06:42C'est une réponse pour comprendre pourquoi il avait peut-être une difficulté à aimer en tout cas.
06:50Et peut-être une réponse de se dire « Je pense qu'il m'aimait à sa manière ».
06:54On va continuer à apprendre à vous connaître, Alna.
06:57Parce que je suis très heureuse de vous présenter ce matin aux auditeurs.
07:00Alors, j'ai quelques questions rapides pour Anna Ostasenko-Bogdanov, s'il vous plaît,
07:04pour apprendre à vous connaître mieux.
07:06Vous êtes prête ?
07:07Oui.
07:08Alors, quelle est votre première vocation en réalité ?
07:12Je voulais être dans la police montée.
07:14Pas du tout pour la police, mais parce que j'aimais l'idée qu'un cheval traverse les rues de
07:18la ville.
07:20Quel est votre talent caché ?
07:22Je peux faire trembler mes yeux, ce qui est quelque chose que je ne comprends pas pourquoi j'arrive à
07:27le faire, mais je le fais.
07:28Comment ça faire trembler ses yeux ?
07:30Si je m'approche très près de vous, je vais réussir à faire trembler la pupille de mes yeux.
07:34Il y a quelque chose avec le corps quand même.
07:36Oui.
07:37Votre première fois, Anna ?
07:40Ma première crise d'angoisse, l'avant et l'après que ça provoque à l'intérieur d'un corps.
07:45Et votre plus grande prise de risque ?
07:49Écrire ce livre, je pense, et traverser toutes ces crises d'angoisse qu'il a fallues pour arriver au bout.
07:55Pourquoi il fallait l'écrire ?
07:57Il fallait absolument l'écrire, je ne sais pas pourquoi, c'était vital.
08:00Il y avait quelque chose à la fois pour moi et pour mon père qui était vital.
08:04À part la montagne de paperasse, de contraventions, de dettes, une maison entière à vider,
08:08« Qu'est-ce que votre père, Igor Bogdanov, vous a transmis de meilleur ? »
08:13Un imaginaire, un humour et un regard sur le monde unique.
08:28On va rester sur cette image.
08:30C'est un Noël 1989.
08:32Vous retrouvez aussi une cassette vidéo.
08:34Votre père, il joue cette chanson à la guitare.
08:36Il sourit.
08:37Il est bien.
08:38Alors si on devait faire une dédicace ce matin au micro de France Inter, ce serait à qui ?
08:43Ce serait à la personne inconnue qui est en train de peut-être lire mon livre
08:46et avec qui j'espère qu'il y aura une résonance qui se créera entre lui et moi.
08:50Ou elle et moi.
08:52Je crois qu'il y a une deuxième dédicace.
08:53Il y a une autre dédicace pour ma cousine dont c'est l'anniversaire aujourd'hui
08:56et qui fait partie intégrante de toute cette histoire
08:59et que j'aime et que je remercie d'avoir lu et aimé mon livre.
09:03Merci Anna Ostasenko, Bogdanov, ça s'appelle Rappelle-moi ma belle.
09:06C'est vos éditions J.C. Lattès.
09:08Et on en parle déjà beaucoup, beaucoup de ce livre.
09:11Merci Daphné.

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