00:01Tout pour investir, le coffre-fort.
00:04Le coffre-fort et nous retrouvons Camille Deforesta de chez Christie's.
00:09Bonjour.
00:10Monsieur, merci de me recevoir.
00:11Avec grand plaisir.
00:12On va se consacrer à quelque chose dont on parle chaque saison dans Tout pour investir.
00:17On parle du marché de l'art, on parle des grands investisseurs, des grands collectionneurs.
00:24Et finalement ces grands collectionneurs, certains sont milliardaires, industriels, on les connaît.
00:30Arnaud, l'Épinaud, etc.
00:32Mais historiquement ce sont des grandes familles qui investissent dans le marché de l'art,
00:35qui promèvent d'une certaine manière des artistes qu'ils aiment bien,
00:40et finalement structurent le marché.
00:42Et c'est le cas, un cas d'école assez ancien, mais qui revient au goût du jour
00:46parce que la vente va se tenir le 30 septembre chez Christie's.
00:49Ici à Paris.
00:50Voilà, c'est la collection privée de Jeanne-Marie Debreuil.
00:55C'est un nom qui revient beaucoup sur la fin du 19e siècle.
01:02Est-ce qu'on peut rappeler un petit peu le contexte qui était le personnage
01:06et le rôle qu'il a eu dans la structuration du marché de l'art
01:10et de la promotion de beaucoup d'artistes ?
01:13Jeanne-Marie Debreuil a eu vraiment un rôle très multiple à plusieurs endroits.
01:17D'abord, c'est une femme qui est issue de l'aristocratie la plus haute française et internationale
01:22et qui épouse Guy Debreuil au sortir de la guerre.
01:26Elle se prépare à une vie intéressante, mondaine, familiale, etc.
01:32Mais pas forcément à ce qui va lui arriver.
01:34Et ce qui lui arrive, c'est que par l'intermédiaire de son mari Guy Debreuil,
01:37elle rencontre Daniel Cordier.
01:39Daniel Cordier, c'était le secrétaire de Jean Moulin.
01:41C'était un grand résistant qui, au sortir de la guerre, s'est dit...
01:44Enfin, il s'est dit beaucoup de choses, mais il a ouvert une galerie d'art.
01:49Il avait la passion de l'art, il avait la passion des artistes.
01:51Et en fait, il a emmené, ou plutôt Jeanne-Marie l'a emmené.
01:54Ils sont partis dans cette aventure tous les deux.
01:56Donc cette femme qui était née à la fin des années 1920,
01:59qui est destinée à une... peut-être pas à une carrière professionnelle d'ailleurs,
02:03elle se retrouve à l'avant-garde avec Daniel Cordier
02:05à ouvrir une toute petite galerie, d'abord dans le 8e arrondissement de Paris.
02:08Et la star de Daniel Cordier, en tout cas celle qui est restée aujourd'hui
02:12comme une des grandes stars des artistes qu'il a défendue,
02:15c'est Dubuffet.
02:17Jeanne-Marie Debreuil, elle passe du château familial
02:19à un monde corseté où on se change encore pour dîner
02:22à la fréquentation d'artistes extrêmement avant-gardistes.
02:26Ça, c'est son premier rôle.
02:28D'ailleurs, apparemment, elle a la bosse du commerce,
02:30Daniel Cordier le dit dans ses mémoires,
02:32que je vous engage à lire si vous ne l'avez pas encore fait.
02:33Avec grand plaisir.
02:34Elle est un grand amateur d'art.
02:36Et donc, elle a la bosse du commerce,
02:38elle défend les artistes comme vous le dites,
02:40elle arrive à obtenir des prix pour eux,
02:41à créer une cote.
02:43Et puis, forte de cette expérience
02:45et de ce rayonnement à la fois français,
02:48mais européen et international,
02:50elle ouvre le bureau de Christie's
02:52en 1968 en France.
02:55Et ça, c'est une révolution aussi,
02:56puisqu'à l'époque, évidemment, Christie's,
02:58c'est une maison qui est anglo-saxonne,
03:00basée à Londres, enfin vous connaissez par cœur.
03:02En 1968, on décide d'ouvrir un bureau,
03:04c'est très tôt,
03:05et ensuite, on doit attendre 2001
03:08pour vendre en France.
03:09Donc, Jeanne-Marie, elle a traversé
03:11toutes ces épreuves, tous ces changements,
03:14tout ce lobbying,
03:15et elle a d'ailleurs dirigé l'Europe
03:17à un moment donné.
03:18Donc, son rôle de promotion des artistes
03:22et du marché de l'art, il est multiple.
03:24Et, pardonnez-moi,
03:26dans sa vie privée,
03:28elle lit des amitiés très fortes
03:30ou des relations d'admiration avec des artistes.
03:32Et donc, il y a cette idée de collection
03:33qui est peut-être un peu différente
03:35d'autres collectionneurs
03:36qui font ça de façon peut-être
03:37un peu plus organisée, méthodique,
03:41peut-être effectivement d'achat,
03:43de revente, de spéculation.
03:44Elle, c'est son cœur.
03:45C'est ce que j'allais vous dire.
03:46C'est la différence,
03:47et on le dit souvent dans cette émission,
03:49entre l'optique extrêmement pragmatique,
03:52très stratégisée
03:53de la famille Arnaud, par exemple.
03:57Alors que, du côté de la famille Pinaud,
03:59on a plus un côté de quelqu'un
04:01qui a du goût,
04:02qui a évidemment beaucoup d'argent
04:04et les moyens de ce qu'il veut faire,
04:06puis qui a des coups de cœur.
04:07Qui veut le chien rose
04:08devant le Palazzo Grassi.
04:11Écoutez, je suis heureuse
04:12de vous l'entendre dire, Arnaud.
04:13Merci beaucoup.
04:13C'est les tripes.
04:14C'est vrai.
04:15Et Jeanne-Marie, c'est la même chose,
04:16parce qu'en fait, à la fin,
04:18c'est une femme qui a vécu très tard
04:19et qui a été en très bonne forme très tard.
04:21Elle est morte à presque 100 ans.
04:23Jusqu'à la fin, elle a reçu des artistes très jeunes.
04:27Elle les a soutenus.
04:28Et pas que les artistes.
04:29Elle a aussi énormément fait
04:30pour les musées,
04:31pour les conservateurs.
04:32C'est ce que j'allais vous dire.
04:33On ne compte pas les conservateurs
04:34qui lui doivent beaucoup.
04:36Mais c'est ce que j'allais vous dire aussi,
04:38dans le sens où c'est vrai
04:39qu'on aurait pu croire que,
04:41de par le cadre extrêmement bourgeois,
04:44codifié, etc.,
04:45elle aurait pu avoir plutôt des aspirations
04:47du côté de l'art classique,
04:50du baroque.
04:51Non.
04:51Elle, elle allait chercher des trucs
04:53totalement disruptifs.
04:54Moi, je lis Dubuffet,
04:56je lis Giacometti,
04:58je lis Degas, Picasso.
05:01Là, pour le coup,
05:02elle avait aussi un petit côté disruptif.
05:05Alors, deux choses à dire à ça.
05:07D'abord, elle est disruptive
05:08depuis le jour 1.
05:09D'ailleurs, elle prend le transsibérien
05:11quand elle a 20 ans.
05:13Voilà.
05:13Donc, c'est la première
05:14et une des seules femmes occidentales
05:15à prendre le transsibérien
05:16pour aucune raison,
05:17juste pour le plaisir
05:18de découvrir une autre culture,
05:20de vivre une expérience.
05:21D'ailleurs, il y a une archivina.
05:23Je vous engage à la regarder
05:24parce que c'est édifiant.
05:25Les questions de journalistes
05:27sont édifiantes également.
05:29Regardez ça.
05:29Donc, elle est disruptive
05:30à plusieurs titres.
05:32Et dans ses coups de cœur,
05:34dans ses artistes,
05:35effectivement,
05:35on ne s'y attend pas du tout.
05:36Dans le catalogue,
05:37vous avez cité
05:37les plus importants,
05:38les plus grands,
05:39les plus connus.
05:40Giacometti,
05:40c'est une vraie relation d'amitié.
05:42D'ailleurs,
05:42c'est une table basse
05:44qui est à l'effigie
05:45d'une chienne
05:45qu'elle a adorée.
05:46Elle s'appelle Serafine.
05:47Donc, voilà,
05:48c'est la table Serafine.
05:48Non, mais en plus,
05:49c'est un souvenir personnel
05:50qui lit l'artiste.
05:52Il y a des échanges de lettres
05:52entre eux.
05:53Voilà, je voudrais ça.
05:54Qu'est-ce que tu peux dessiner
05:54pour moi ?
05:55Mais après,
05:56on peut aller beaucoup plus loin
05:57parce qu'au sein de ces choix,
05:59les artistes peuvent être
06:00aujourd'hui devenus institutionnels,
06:02mais le choix de l'œuvre,
06:04le choix est très personnel.
06:06Il y a vraiment son œil.
06:07Il y a Baselitz,
06:09par exemple.
06:09Enfin, il y a vraiment
06:09des artistes encore plus...
06:12Pardon,
06:13je reprends votre adjectif.
06:14Destructifs.
06:15Non, mais ça veut bien dire
06:16ce que ça veut dire.
06:17C'est ça qui est intéressant
06:19parce qu'il n'est pas question
06:19que de tableaux.
06:21C'est aussi du design.
06:22C'est des idées neuves.
06:23C'est des choses
06:24qui ont animé
06:25la fin du XXe siècle
06:26et qui ont préparé
06:27le XXIe.
06:28Donc là,
06:28il y a des tas de sources
06:30d'aspirations
06:30qui font se résonner.
06:31Et il ne faut pas oublier
06:31qu'elle mélange quand même
06:32avec...
06:33Elle vient...
06:34de son milieu
06:34qu'elle n'a jamais, jamais renié.
06:36Bien au contraire.
06:37Et donc,
06:37il y a un très beau mélange
06:38dans cette maison
06:39de souvenirs de famille.
06:41Et voilà,
06:42elle accompagne.
06:42C'est vraiment un passeur
06:43de modernité,
06:43Jeanne-Marie de Breuil.
06:44C'est quelqu'un
06:44qui nous amène.
06:46Et je pense qu'elle a aussi fait
06:48pour éduquer,
06:48pardon,
06:49entre guillemets,
06:50le goût de ses amis
06:51et des gens de son milieu.
06:52C'est-à-dire,
06:52venez chez la princesse de Breuil,
06:55une des femmes
06:55les plus chiques de Paris.
06:57Et bien sûr,
06:57il y a des souvenirs,
06:58des souvenirs razyvils
06:59de sa famille maternelle,
07:00mais il y a aussi du buffet,
07:01il y a aussi basélites,
07:02etc.
07:02Et donc,
07:03elle a semé comme ça.
07:04Donc,
07:05certaines personnes
07:05ont acheté grâce à elle,
07:07grâce à son ouverture.
07:09Je suis sûr que ça a dû lui plaire
07:11le chien rose de Jeff Koontz
07:12devant le palais vénitien.
07:14C'est un peu elle,
07:15c'est un petit peu le même esprit.
07:18Qu'est-ce qu'il y aura
07:19comme œuvre vraiment marquante
07:22lors de cette vente fin septembre ?
07:24Alors,
07:24d'un point de vue monétaire,
07:26puisqu'on en parle quand même
07:27dans votre émission,
07:28donc Jeff Metty
07:29a vraiment,
07:29vraiment le vent en poupe.
07:30Vous le savez,
07:31le marché n'a jamais été aussi fort.
07:33Cette table,
07:33elle est très belle,
07:34elle est issue d'une relation amicale.
07:36C'est la première fois
07:37qu'elle vient sur le marché,
07:38elle a une très belle histoire.
07:39Donc ça,
07:39c'est estimé 400 à 600 000 euros
07:41et sincèrement,
07:42nous en attendons bien plus.
07:43Ensuite,
07:44il y a trois œuvres
07:45de Dubuffet très importantes,
07:46très différentes.
07:47Il y a un collage,
07:47une texturologie
07:48et un dessin.
07:49Mais il ne faut pas oublier
07:50qu'il faisait tout Dubuffet.
07:51Oui,
07:52et puis là,
07:52vraiment,
07:53c'est un éventail
07:53de ce qu'il faisait
07:54avec un choix aussi
07:55très personnel.
07:57Donc là,
07:57c'est estimé le dessin
07:5950-70,
08:00ensuite 100-150
08:01et ensuite 150-200 000
08:02et j'espère que ça pourra
08:04bien marcher.
08:05Il y a aussi
08:06un lustre de Lalanne,
08:07de Claude Lalanne,
08:08Madame,
08:09qui est estimé
08:10200 à 300 000 euros.
08:11Donc ça,
08:12c'est pour les choses
08:12très importantes.
08:13Et puis,
08:14vous parlez de spéculation
08:15parfois ici,
08:17il y a un très beau tableau
08:18de Spillart,
08:19par exemple,
08:19et c'est drôle
08:20parce que ça,
08:20Spillart,
08:21elle l'a acheté
08:21aux enchères.
08:23Donc on a la trace
08:24dans les années 80
08:25et aujourd'hui,
08:27l'estimation est
08:2910-12 fois plus élevée
08:30que ce qu'elle a payé
08:31à l'époque
08:32et ce n'est pas
08:33un Spillart
08:33comme ceux
08:34qu'on attend
08:34avec un homme
08:35qui marche
08:36au bord de la mer
08:36dans des couleurs sourdes.
08:37C'est un Spillart
08:38de soleil couchant
08:39avec des couleurs
08:40très étonnantes.
08:41Donc ça,
08:41c'est une vraie
08:42œuvre importante.
08:43Et puis,
08:44quand même,
08:44ça reste une princesse
08:45qui sortait beaucoup
08:46et qui avait une vie mondaine
08:48très pleine.
08:51Il y a beaucoup de bijoux
08:52et il y a de très beaux bijoux
08:53et il y a beaucoup de bijoux
08:54de la maison Boivin
08:55qui est la grande maison
08:57quand on était originale,
08:58quand on était lancée,
09:00quand on était amateur
09:02et quand on était esthète,
09:03donc qui a traversé
09:05le 20e siècle
09:06avec des bijoux
09:08faits pour elle
09:09dans les années 70,
09:1080,
09:11avec des pierres de famille
09:12mais montées
09:14à la sauce
09:14Jeanne-Marie Debreuil.
09:16Voilà.
09:16Jeanne-Marie Debreuil,
09:17l'empreinte d'une pionnière
09:19donc vente le 30 septembre.
09:20Oui,
09:21j'espère que vous viendrez.
09:22L'exposition ouvre
09:23le vendredi
09:23qui précède
09:24avec grand plaisir.
09:25C'est-à-dire 26,
09:26je crois,
09:26en pleine visite papale.
09:27Avec grand plaisir.
09:30Avec grand plaisir.
09:31Merci infiniment
09:32d'avoir été avec nous
09:33Camille de Forest
09:34de chez Christie's,
09:36d'avoir fait le focus
09:37sur,
09:38en plus,
09:39ce rôle des collectionneurs
09:40en matière de structuration
09:42du marché de la art.
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