- il y a 1 semaine
Thierry Cotillard, président du groupement Les Mousquetaires, était l’invité du Face à Face sur BFMTV ce mardi 1er septembre.
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00:01Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Thierry Cotillard.
00:05Bonjour.
00:05Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le patron du groupement Les Mousquetaires,
00:09c'est les magasins Intermarché, Bricomarché, Netto. Il y a beaucoup de questions à vous poser
00:14sur les changements de consommation à la sortie de cet été de canicules, de sécheresses, d'incendies.
00:19La question évidemment du prix, du prix dans les rayons, du prix de l'agriculture.
00:23Mais rassurez-moi d'abord, vous n'êtes pas candidat.
00:25Non.
00:25Non, parce que je vous avoue que là, chaque jour, la liste est longue.
00:28Et du côté des grands magasins, on sent bien quand même que votre collègue Michel-Édouard Leclerc se tâte un
00:35peu.
00:35J'ai l'impression qu'il a été clair hier soir.
00:37Oui, ça y est. Il a fini par a priori fermer le suspense.
00:41Vous, vous n'y avez même pas songé ?
00:42Non, je suis très occupé. Et puis c'est un autre métier.
00:45C'est un autre métier. Mais cela dit, vous vous mêlez un peu de politique, on va le voir.
00:48Vous êtes inquiet aussi dans cette année qui s'ouvre.
00:51Mais d'abord, la question en voyant cette sortie évidemment d'un été marqué par les incendies, la canicule et
01:00désormais la sécheresse.
01:02Est-ce que les magasins d'abord et la consommation ont tenu ?
01:07Est-ce que les agriculteurs aujourd'hui vont s'en sortir ?
01:10Quelle est la consommation et les conséquences sur la consommation ?
01:13Alors, si on parle de la saison, on fait une bonne saison puisqu'on a enregistré des progressions à 6
01:18% sur l'ensemble de nos intermarchés netto, ce qui est beaucoup.
01:22Oute a été un peu moins important en termes de progression.
01:25Et ce qu'il faut retenir, c'est qu'évidemment, la canicule, la chaleur a dicté la composition du panier.
01:30C'est-à-dire qu'on a explosé les ventes d'eau, de glace, de fruits et légumes également.
01:35Et fait notoire, grosse différence régionale.
01:38C'est-à-dire que ce qui s'est passé dans le sud-ouest a certainement poussé des gens à
01:43aller vers l'est, le nord, la Bretagne.
01:45Et on a des progressions qui sont différentes.
01:47Ça veut dire que la géographie a changé ? C'est intéressant ce que vous dites.
01:49C'est-à-dire que vous avez observé dans le nord et dans l'est des comportements qui sont habituellement
01:53des comportements estivaux du sud.
01:56Des progressions plus importantes.
01:57C'est-à-dire que j'ai un mois d'août où je vais être à 0% de progression
02:00dans le sud-ouest quand j'ai fait plus 7% en Bretagne ou plus 5% dans le nord.
02:03En fait, en suivant le chiffre d'affaires de vos magasins mois par mois, on voit où sont les Français.
02:09Exactement.
02:09On peut suivre les mouvements des Français.
02:12Exactement.
02:12Et je pense qu'il y a eu aussi une conséquence, on va en parler probablement, du prix de l
02:15'essence où les Français ont moins pris l'autoroute et surtout sont allés au plus près de chez eux.
02:20Et donc effectivement, les régions du nord ont bénéficié de cette chaleur.
02:22C'est-à-dire qu'il y a une inquiétude immédiate du côté des agriculteurs sur d'abord la production
02:29qui sera réduite avec évidemment les conséquences de cette sécheresse et de ces canicules.
02:37Et donc forcément, est-ce qu'on va avoir les prix qui montent ? C'est-à-dire moins de
02:40produits, moins de salades, moins d'œufs, moins de fruits et légumes.
02:43Est-ce que ça veut dire qu'on va devoir les acheter plus cher ?
02:45C'est exactement ça. Et je suis là pour passer ce message ce matin. C'est-à-dire qu'on
02:48a des productions de tomates qui sont en réaction de 30%.
02:51Les salades dans mes supermarchés, quand je fais le tour hier matin, il en manquait plein. C'est-à-dire
02:56qu'on est en production avec 50%.
02:58On est en pénurie de salades.
02:59On est en pénurie. Donc en fait, on a décidé, donc le message a passé, ça a été évoqué tout
03:03à l'heure, c'est « Soyez solidaires de l'agriculture française ».
03:06C'est-à-dire quoi ? Accepter de payer cher ?
03:07Deux choses. En fait, la première chose pour soutenir le monde agricole, nous, on a décidé la huit mesures immédiates
03:13pour la rentrée.
03:15La première, c'est d'écouler une production qui, normalement, ne serait pas mise en vente dans les supermarchés parce
03:19que le calibre est trop petit.
03:20C'est quoi ? C'est les fruits moches ?
03:21C'est le retour des fruits et légumes moches. Donc on a appelé ça « Petit calibre, gros soutien ».
03:26Et en fait, il faut absolument que les consommateurs aillent vers ces produits parce que la première source de revenus,
03:32c'est de pouvoir évidemment écouler cette production.
03:33Laure Closier, tout à l'heure sur BFM TV, disait « C'est très sympa tout ça, mais en fait,
03:37les Français ne les achètent plus ». C'est vrai, ça ?
03:40Il y a une déconsommation, mais là, on est en train de faire des choix. C'est-à-dire qu
03:43'on a vu les filières qui font la carotte, la tomate, et on a décidé de privilégier l'origine française.
03:48Donc si vous n'avez que de la carotte française, vous n'aurez pas le choix. Elle sera un peu
03:51biscornue, mais elle sera toute aussi bonne.
03:53Et ce qu'on a fait, parce que c'est la question, c'est qu'en fait, pour compenser les
03:56volumes qui sont perdus, nous avons décidé chez Intermarché,
03:59mais je pense que les collègues vont faire pareil dans les autres enseignes, d'acheter plus cher.
04:03Donc la solution pour que ça s'écoule, c'est qu'on aura des marges qu'on va réduire dans
04:06les semaines qui viennent pour pouvoir vendre ces produits.
04:08Alors vous, vous allez l'acheter plus cher ?
04:09Oui.
04:10La carotte de petit calibre, la salade, même s'il y en a moins, mais le prix en rayon ne
04:16sera pas beaucoup plus cher ?
04:17En fait, si on répercute, ça va être 30 à 50 centimes plus cher, et on va éviter ça.
04:22Là, dans certains cas, on va se dire, au lieu d'avoir 15% de marge, on va la mettre
04:26à 10%, c'est-à-dire au prix coûtant, de manière à pouvoir écouler le produit.
04:29Pendant combien de temps ?
04:30Là, on le fait au moins un mois.
04:31Vous anticipez quelle suite dans la production ?
04:34Le problème, c'est que les productions, aujourd'hui, tomates et salades affichables, mais les productions à venir vont avoir
04:39le même problème.
04:40Je pense aux pommes, aux pommes de terre.
04:42Là, les concombres vont être en surproduction.
04:44On a déjà eu la filière qui nous dit, fin du mois, il va falloir être à prix coûtant.
04:47Donc pendant trois semaines, on sera à prix coûtant.
04:49Donc le phénomène n'est pas...
04:50Il y a des surproduction, il y a de la sous-production, vous disiez surproduction pour le concombre.
04:54Pour le concombre.
04:55Et donc, il va falloir l'écouler.
04:56Donc là, il faut absolument s'adapter, avoir le jeu de jambes.
04:59Et ce qu'on a vécu là, la canicule sera derrière, mais dans les semaines et les mois qui viennent,
05:03il y aura une crise agricole et il faudra la gérer.
05:05La crise agricole à venir, vous la voyez arriver ?
05:07Ah oui, clairement.
05:09Plus forte encore que les années précédentes ?
05:11Oui, et puis là, on a un sujet, on parle de ce qui s'est passé dans les champs, mais
05:14dans les élevages, il y a eu de la mortalité.
05:16Il y a des vaches qui ont produit 30% de lait en moins à cause de la canicule.
05:19Donc oui, il y aura un sujet et ce sera à l'ordre du jour, bien sûr, des prochaines négociations
05:23commerciales.
05:24Ça veut dire que les prix du lait vont augmenter ?
05:25Probablement.
05:26En tout cas, on demandera à nous...
05:27Pas dans les semaines qui viennent, parce que pour l'instant, c'est les prix qui ont été négociés ?
05:30Exactement.
05:31L'inquiétude qui était, est-ce qu'à cause de tout ce qui est en train de se passer, il
05:35y aura une nouvelle inflation en cours d'année ?
05:37La réponse, c'est non, parce qu'il y a des clauses de revoyure.
05:39Je vous demande pardon, Thierry Cotillard, pour essayer de comprendre.
05:40Le prix auquel vous achetez le litre de lait à l'éleveur, vous l'avez négocié il y a six
05:46mois.
05:49Ce malheureux éleveur, s'il a des vaches qui ont succombé à la canicule, s'il a des vaches qui
05:55produisent moins de lait parce qu'elles ont subi, elles aussi, la sécheresse,
05:59ça veut dire qu'il va vous le vendre, son litre de lait, au même prix qu'il y a
06:02six mois, mais sauf qu'il va vous en vendre 30% de moins.
06:04Comment il fait pour tenir ?
06:05On a l'exception, il n'y aura pas d'inflation jusque le mois de mars 2027, et il y
06:10aura l'exception de quelques filières agricoles où il faudra revoir les acteurs pour pouvoir augmenter les prix.
06:16Concrètement, sur le lait, vous êtes prêt, peut-être dans quelques jours, quelques semaines, à revoir les prix, les tarifs
06:23que vous aviez vus,
06:24et donc à payer mieux l'agriculteur et à vendre un peu plus cher le lait ?
06:27Oui, et je fais un appel aussi aux industriels, c'est-à-dire que nous, on a une laiterie, on
06:31a des primes qu'on doit verser aux éleveurs en fonction des volumes.
06:34Si je regarde les volumes réalisés, je ne verse pas les primes. Dans les huit mesures, une des mesures, c
06:40'était de dire les primes seront versées,
06:41quand bien même les volumes ne sont pas assurés, donc je demande de faire la même chose à Lactalis et
06:45tous les industriels.
06:46Est-ce qu'on va manquer d'eux ? On en manquait déjà, parfois, le marché était en tension. Est
06:50-ce que vous anticipez une baisse de la production d'eux ?
06:53Alors, on espère, on anticipe une reprise de la production par des autorisations d'ouvrir des élevages.
07:00Parce que là, on est sur deux soucis. On a effectivement le problème dont on vient de parler, qui est
07:04la question de la surmortalité,
07:05notamment dans les élevages de volailles, donc forcément mécaniquement moins d'eux.
07:10Mais on a un autre problème et qui l'a traîné depuis déjà des semaines, c'est cette question notamment
07:13des normes et du droit de l'urbanisme.
07:16Quand un agriculteur veut rajouter un hangar pour faire plus d'eux, pour changer aussi, pour avoir des normes différentes,
07:24ça met un temps fou et il n'arrive absolument pas à suivre.
07:26Ça met un an ou deux ans, donc la crise, elle est structurelle.
07:29C'est-à-dire que pendant deux, trois ans, jusqu'à avoir les 150 fameux poulailliers qu'on attend qui
07:33couvriraient la consommation française,
07:35on sera en pénurie.
07:37Là, pour le coup, ça, c'est une inquiétude politique de votre part.
07:40C'est-à-dire que c'est un choix politique aussi d'avoir imposé un cahier des charges un peu
07:45contradictoire
07:45avec les demandes que l'on demande aux agriculteurs.
07:47Oui, parce qu'en fait, et nous aussi, on a été responsables, il faut être honnête,
07:51c'est-à-dire qu'à un moment, il y a sept, huit ans, quand on nous a dit, pour
07:54le bien-être animal,
07:54il faut arrêter l'élevage industriel et en cage, tous les distributeurs, les associations de consommateurs,
07:59tout le monde a signé et personne n'a fait l'équation de savoir si le nouvel mode de production...
08:04Si l'offre pouvait suivre.
08:05Exactement. Donc il y a eu une erreur.
08:06Donc vous avez dit, on ne vendra plus que des oeufs qui ne sont pas élevés en batterie, en gros,
08:10mais vous n'avez pas pris le temps de laisser aux agriculteurs le moyen de s'adapter.
08:14Oui, la transition n'a pas été faite, donc maintenant, il faut réagir,
08:17il faut vite redonner des autorisations pour pouvoir couvrir le gouvernement national.
08:20Malgré tout ce que vous venez de me dire, vous continuez à affirmer que l'inflation est maintenue ?
08:24Elle sera maintenue, oui.
08:25Enfin, je veux dire que les prix sont tenus, qu'ils ne bougent pas globalement ?
08:28C'est important parce que je pense que ça reste la première préoccupation des Français.
08:32Donc moi, je suis là pour leur dire, on a la réalité économique dans nos mains.
08:37On a une inflation alimentaire, vous le savez, de 1% depuis le début de l'année.
08:40Cet été, il ne s'est rien passé, ça a même été zéro.
08:42On a augmenté...
08:43Cet été, les prix ont tenu ?
08:44Ont tenu zéro.
08:46Zéro inflation, c'est-à-dire un peu moins que justement le trend qui était de 1%.
08:49On a passé quelques hausses de produits avant l'été.
08:53C'était, je pense, aux minéraliers parce que le plastique avait pris 15%.
08:56Donc votre bouteille d'eau a certainement pris 4, 5, 6, 8 centimes.
08:59Le seul sujet, c'est le monde agricole.
09:01Donc tout de suite, le maraîchage.
09:03Certainement, le sujet sur le lait.
09:05Et après, il faudra attendre mars 2027 pour renégocier avec tous les investisseurs.
09:09Le fameux temps de la négociation collective officielle.
09:13Les fournitures scolaires, carrément, ça baisse.
09:15Ça, c'est une bonne nouvelle.
09:16C'est moins 3, moins 5%.
09:17Ça va jusqu'à moins 15%.
09:19En fait, c'est des produits qu'on a achetés avant Hormuz
09:22parce que c'est un sourcing qui vient souvent d'Asie.
09:24Et donc, le conseil que je vais donner, c'est profiter, faites-le plein.
09:27Parce que là, dans les semaines qui viennent,
09:29le même produit, avec le prix du plastique qui a pris 15%, sera plus cher.
09:33Vous dites avant Hormuz.
09:34C'est-à-dire que vous, dans votre jargon de grande distribution,
09:39vous dites avant Hormuz, après Hormuz.
09:41Exactement.
09:41Ça a changé quoi pour vous concrètement ?
09:43Et comment se manifeste la rupture ?
09:46Ça a changé une nouvelle inquiétude.
09:48Et donc, dans ces cas-là, il y a un risque de déconsommation
09:52qu'on n'a pas connu en alimentaire.
09:54Mais la vraie conséquence, ça a été évidemment la flambée du plastique
09:57qui est immédiate et qui sera certainement à l'ordre du jour
10:00de tous les industriels.
10:01Parce que beaucoup de produits ont du plastique dans leur composition.
10:04Et donc, on aura ce sujet-là en mars 2027.
10:07On va parler carburant, évidemment.
10:08Mais j'essaie de comprendre et de suivre votre logique.
10:11Ça veut dire que vous anticipez.
10:12Autant là, l'inflation, elle a été maîtrisée.
10:15Vous anticipez quand même qu'en mars, il va y avoir un bon net.
10:18Il y a un risque, en fait, que sous...
10:21Alors, tout dépendra du conflit.
10:23Soit le conflit au Moyen-Orient dure et donc on sera toujours avec un plastique
10:27et d'autres matières premières qui vont reflander.
10:29Je rappelle quand même que ce matin, le prix du baril de Brent, c'est 91 dollars.
10:32Hier, c'était 90.
10:33Avant le conflit, c'était aux alentours de 60-65.
10:36Exactement.
10:36Donc, on aura cette conséquence.
10:37Et puis, les effets de la canicule, de la sécheresse.
10:41Donc, en fait, ces deux phénomènes nous font penser qu'il y aura une demande de tarifs
10:44en forte inflation.
10:46Il faudra être raisonnable parce qu'évidemment, après les 20% qu'on a pris après Ukraine,
10:50remettre 5-6% d'inflation, j'ai envie de vous dire, serait irresponsable pour le consommateur
10:55qui aujourd'hui...
10:56Ça, ce n'est pas à moi que vous le dites.
10:57Il faut bien le comprendre.
10:58Ce qui se joue là, c'est que derrière moi, vous vous dites qu'il y a tous les...
11:02Je passe le message à tous les fournisseurs.
11:04Toutes les grandes entreprises qui nous écoutent ce matin, qui sont Erta, Coca, Evian,
11:13mais aussi les PME de l'alimentaire, et qui se disent qu'ils vont être obligés
11:18d'augmenter leur prix.
11:19Et vous, vous êtes en train de leur dire, on n'ira pas jusqu'à 5-6.
11:21Vous irez quoi ? Vous irez jusqu'à 4 ? Vous irez jusqu'à 3 ?
11:23En fait, on fera preuve de discernement et on demandera la transparence surtout.
11:26C'est-à-dire qu'on leur demande...
11:27Et vous ne la donne toujours pas ?
11:28Toujours pas.
11:29Il y a une option 3 qui permet de ne pas la donner.
11:31Il faut absolument...
11:32C'est-à-dire qu'ils ne vous disent pas comment ils composent eux-mêmes
11:34leur prix avec la matière première, à partir de la matière première à l'école.
11:39Et puis le coût qu'ils ajoutent, c'est le coût industriel.
11:41On demande le split entre les deux pour pouvoir avoir une bonne lecture.
11:44Beaucoup de multinationales, surtout, ne jouent pas le jeu.
11:46Donc là, il faudra jouer le jeu pour qu'on puisse...
11:48Est-ce que si j'en déduis qu'on va probablement en mars passer à une inflation
11:54probablement de 3 %, est-ce que je suis dans le vrai ?
11:57C'est encore trop tôt.
11:59Si les industriels arrivent effectivement avec des demandes à 6-7%,
12:02je peux vous assurer que c'est un vrai combat quand on est dans les box pour pouvoir gommer 3
12:06à 4 points.
12:07Mais ce sera l'objectif parce que la consommation ne tiendra pas.
12:10Je suis là aussi pour vous alerter.
12:12C'est-à-dire que même l'industriel, il doit se dire qu'à un moment, à vendre un produit
12:15trop cher,
12:15et qu'à un moment, il ne se vend plus.
12:18Et donc, il faudra être raisonnable dans un contexte économique
12:20où on sait qu'il y a un sujet de pouvoir d'achat en France.
12:22Mais il n'y a pas eu de déconsommation ?
12:23Non, pas encore.
12:25Quand vous dites pas encore, c'est que vous sentez que ça pourrait venir ?
12:27Oui, on a la crainte parce qu'en fait, toute incertitude politique pèse sur le moral des Français.
12:32La réaction, on la connaît.
12:33C'est je ne consomme pas, j'épargne.
12:35Donc aujourd'hui, la grande distribution, l'alimentation est épargnée.
12:38Mais ça peut arriver demain, donc on est très prudent.
12:40Le prix des carburants, depuis le début de Hormuz, comme vous dites,
12:45plus 20% pour l'essence, plus 40% pour le diesel.
12:49Est-ce que ça va se maintenir aussi haut ?
12:52Ça fait six mois que j'ai la même réponse.
12:55C'est volatile en fonction du conflit, en fonction des déclarations de Trump,
12:59en fonction, on le voit bien hier, des frappes aériennes des États-Unis sur la zone.
13:04Donc on espère bien évidemment que le conflit s'arrête.
13:09Une chose est sûre, on vous l'avait expliqué, c'est un produit d'appel.
13:12Les distributeurs, que ce soit chez nous ou chez nos concurrents,
13:15c'est 1, 2, 3 centimes de marge.
13:17Et donc en fait, dès qu'il y aura une baisse du prix du baril, on la répercutera.
13:21Ce qui est important, parce que je sais que vous avez vu hier la porte-parole du gouvernement,
13:24et vous aviez raison d'insister sur le fait que les aides...
13:28Maud Bréjon, qui était donc qu'on invitait à ce même micro.
13:30Les aides qui sont apportées aux premiers acteurs, que ce soit l'agriculteur, le transporteur,
13:35doivent être absolument reconduites.
13:37Parce que là, pour le coup, il y aurait...
13:38Ils hésitaient.
13:39C'est-à-dire que la formule exacte de Maud Bréjon, alors que j'ai...
13:44J'ai insisté, on va dire.
13:45J'ai insisté, mais la formule exacte au départ, c'était nous souhaitons pouvoir les reconduire.
13:50Mais c'est impossible pour les Français de se projeter avec une telle incertitude.
13:56Ça ne suffit pas à un souhait.
13:58Économiquement, la question ne se pose même pas.
14:00C'est-à-dire qu'il faut bien sûr soutenir les premiers maillons.
14:03Il faut renouveler les aides.
14:04Et en fait, le gouvernement devrait être beaucoup plus clair en disant,
14:07tant qu'on n'est pas sorti du conflit, les aides sont maintenues et confirmées.
14:11Point barre et on passe à autre chose parce que, bien évidemment, s'ils ne le font pas.
14:15Ne pas créer cette incertitude, ce doute, cette angoisse ?
14:17En tout cas, je n'aurais pas la même réponse.
14:20Vous me parlez d'inflation.
14:22C'est évident que si les aides s'arrêtent, là, il y aura une inflation.
14:24Là, s'il n'y avait pas les aides et s'il n'y avait pas Total qui plafonne,
14:29on serait à combien en économie réelle, je veux dire ?
14:32On pourrait prendre un 2 points et donc on serait dans une inflation alimentaire
14:35qui correspond à l'inflation de 2,1 à cause de laissance.
14:38Total, c'est votre allié ou c'est votre ennemi dans cette histoire ?
14:40En fait, il est fournisseur d'intermarché puisqu'on achète au pétrolier.
14:46La seule chose, c'est que j'aimerais bien qu'il fasse les prix qu'il se fait lui à
14:50ses pompes.
14:51Et en fait, il y a une forme de concurrence déloyale, mais c'est la règle du jeu.
14:55C'est une concurrence déloyale ou c'est une manière de compenser ?
14:57C'est-à-dire qu'il se fait sur votre dos le remboursement de la ristourne ?
15:01Probablement parce qu'en fait, il a une marge de producteur, de raffineur
15:04et puis il n'a plus de marge en distribution.
15:06Écoutez, c'est la règle du jeu.
15:07Nous, on a des usines, on n'a pas le choix et puis on a ce modèle-là
15:11puisqu'on a nos propres abattoirs, nos propres usines qui font le yaourt
15:14pour pouvoir justement opérer de la même manière sur l'alimentaire.
15:17Patrick Pouyanné qui fait une sorte de chantage au gouvernement
15:20en disant que si vous remettez des taxes sur les super profits,
15:23qui étaient censés être exceptionnels,
15:25alors il n'y a plus de raison qu'on plafonne
15:27et il n'y aura plus jamais de plafonnement.
15:29C'est comme ça qu'il le formule.
15:31Vous le comprenez ça ?
15:32Je le comprends. Après, vous savez, il y a un sujet actuel
15:36pour essayer effectivement de renflouer les caisses
15:38et on est en train de se dire on va taxer les hauts revenus.
15:41Moi, je me faisais la réflexion.
15:43En fait, les 3000 mousquetaires qui ont des entreprises
15:45payent leurs impôts, les 25% d'IS.
15:48On paye, on a une centrale qui paye ses impôts.
15:50Et en fait, je me dis, avant d'aller embêter le contribuable
15:53ou des acteurs de l'économie française,
15:55il y a quand même un sujet qui n'est jamais abordé.
15:57C'est le sujet de défiscalisation des grands groupes.
16:00Donc, dans mes fournisseurs,
16:01il y a des grandes sociétés américaines
16:02qui font des milliards de chiffres d'affaires.
16:04Pas sûr, des milliards de profits,
16:06mais des centaines de millions.
16:07Et en fait, elles ne payent pas d'impôts
16:08parce qu'elles ont décidé de mettre leur boîte aux lettres
16:10dans un pays européen.
16:11Et pourquoi elles le font ?
16:12Européens, on ne parle pas des Etats-Unis.
16:14Et donc, ça amène le sujet que doit avoir la France.
16:17C'est à quel taux je pratique mon niveau d'impôt
16:19parce que s'il est trop élevé,
16:20c'est très facile pour une société
16:21d'aller se poser sur un pays
16:23où le taux est moins important
16:24et c'est une concurrence déloyale.
16:25Donc, il y a certainement des Français à taxer,
16:27mais il y a surtout à remettre de l'ordre dans la maison
16:30en allant taxer une production
16:32ou une vente qui se fait en France
16:33et sur laquelle on ne paye pas d'impôts
16:35parce qu'on a mis son siège à l'étranger.
16:36Mais ça veut dire ça que,
16:37tant qu'il n'y aura pas d'égalité fiscale
16:39au niveau de l'Union européenne,
16:41de toute façon, on sera toujours les dindons de la farce
16:42si on augmente nos impôts ?
16:43Exactement.
16:44Et comme la solution en France,
16:45vous l'avez compris,
16:45plutôt que de s'attaquer au problème,
16:47le problème, ce n'est pas un problème de ressources,
16:48parce que le problème, c'est un problème de dépense.
16:50On dépense trop,
16:51on vit un train de vie
16:53qui n'est pas possible aujourd'hui en France.
16:55Eh bien, la solution de taxer
16:56nous écarte d'une compétitivité européenne
16:58qui fait que beaucoup d'entreprises l'ont compris.
17:01Il y a même des PME qui commencent à réfléchir.
17:02Je vais défiscaliser en posant un système
17:04qui sera à l'étranger.
17:05Vous le voyez, ça ?
17:06Vous en parlez avec vos fournisseurs ?
17:08En tout cas, les grands groupes avaient les moyens
17:09de se payer, des fiscalistes
17:11qui leur ont conseillé ça pendant des années
17:12et ils l'ont fait.
17:13Oui, parce que tout ça est légal.
17:14Tout ça est légal.
17:15Et donc, le vrai risque demain,
17:17c'est que des PME fassent la même chose
17:18et donc de la ressource qui part à l'étranger.
17:20Le climat social au sein de vos magasins.
17:25D'abord, une question sur les 22 magasins
17:27qui ont été touchés dans la zone des incendies.
17:29Est-ce que vos salariés vont bien ?
17:33Comment ça se passe aujourd'hui ?
17:33Moi, ma rentrée, je l'ai fait au port en Giron.
17:35Je ne me voyais pas aller ailleurs
17:37parce que je pense qu'on a été l'entreprise
17:38la plus touchée.
17:39C'est 22 points de vente.
17:40On a parlé d'intermarché,
17:41mais on a aussi Bricomarché,
17:43on a Netto.
17:45Et donc, c'était important d'aller les voir.
17:47Au-delà de la paire de chiffres,
17:49c'est 10 millions qu'on a perdu
17:50sur l'ensemble de ces magasins.
17:51Moi, ce qui m'a frappé, en fait,
17:53et j'en étais assez fier,
17:54c'est finalement la solidarité
17:55qu'ont eues ces chefs d'entreprise
17:57avec la population,
17:59avec les pompiers,
17:59ces 100 tonnes de dons.
18:02Aujourd'hui, la situation,
18:03elle est à deux niveaux.
18:05C'est-à-dire des points de vente
18:06qui ont perdu la saison,
18:07mais les maisons n'ont pas brûlé.
18:09Donc, ça va repartir.
18:10Et beaucoup plus grave.
18:11Le port, j'en ai le bon exemple.
18:13J'ai perdu la saison,
18:14mais j'ai perdu 100 habitations
18:15ou 200 habitations
18:16qui font qu'évidemment,
18:17le chiffre d'affaires a disparu.
18:18C'est aussi des habitués,
18:20des clients réguliers.
18:21Et ce qui a été terrible,
18:23moi, j'ai eu le témoignage
18:24de collègues de Stéphanie et Laurent
18:26qui sont en Porges
18:26et qui m'ont dit, en fait,
18:27c'est un peu le réceptacle,
18:28bien évidemment,
18:29de ce qui s'est passé socialement.
18:31Et on a eu des témoignages
18:32de personnes âgées
18:33qui pleuraient dans les bras
18:34de nos collègues
18:35parce que, tout simplement,
18:37la maison a brûlé
18:38et on leur dit
18:38la seule solution,
18:39c'est d'aller à l'EHPAD.
18:40Donc, vous imaginez
18:40le drame pour ces personnes-là
18:42et donc, une vraie pensée pour eux.
18:44Vous faites partie, Thierry Cotillard,
18:45des grands patrons français.
18:46Vous avez peut-être vu
18:47ces scènes sur la question du salaire
18:48lorsque, en premier débat du MEDEF,
18:52Jean-Luc Mélenchon parle
18:53de l'augmentation du SMIC
18:54ou de l'augmentation des salaires
18:55et qu'une partie de la salle ricane
18:56du côté des patrons.
18:58Comment vous avez vécu ce moment, vous ?
18:59Moi, ça ne me fait pas rire
19:00parce qu'en fait,
19:01je suis au contact de mes employés.
19:04On a des entreprises à taille humaine
19:06et moi, je connais la difficulté
19:07quand on touche le SMIC
19:08de s'en sortir à Paris
19:09parce que le loyer est à 700, 800, 900 euros.
19:12J'ai beaucoup d'employés
19:13qui viennent de deux heures de transport
19:15parce qu'ils ne peuvent pas
19:16se payer un logement.
19:17Donc, moi, ça ne me fait pas rire.
19:18Je pense qu'il faut qu'on travaille
19:19maintenant la solution
19:20d'un net qui soit plus important.
19:22Alors, la position de ce parti,
19:23c'est de dire
19:24on augmente les salaires.
19:25L'autre position
19:26qui avait l'air de faire le consensus,
19:27c'est de rapprocher le net du brut
19:29et il faut absolument aller vers ça
19:31parce qu'en fait,
19:31on est vers une paupérisation
19:33de la classe qui travaille.
19:35Est-ce qu'il faut compenser par la TVA
19:36et donc par les prix dans les rayons ?
19:38Est-ce qu'il faut une forme de TVA sociale ?
19:39Je ne suis pas favorable à ça.
19:40C'est-à-dire que je pense que
19:41la solution qui est à chaque fois
19:43de trouver une taxe
19:45n'est pas la solution
19:46parce qu'en fait,
19:46on a bien compris,
19:47on dit on va augmenter...
19:49François Hollande, par exemple,
19:50il évoque l'idée d'une TVA
19:51dans son programme
19:52qui n'en est pas encore officiellement un.
19:54Il évoque l'idée d'une TVA
19:55à 20%,
19:56c'est-à-dire augmenter la TVA
19:57mais en échange,
19:59de la mettre à zéro carrément
20:00sur une gamme de produits du quotidien.
20:03Peut-être en faisant cette différence
20:05mais dans la réalité,
20:06si en caisse,
20:08on passe d'un produit
20:09sur lequel on avait 22 taxes
20:11à 22, 23,
20:13alors certes,
20:14on va augmenter les salaires
20:14mais c'est poche gauche,
20:15poche droite.
20:16Le vrai sujet
20:17et en fait,
20:18c'est là où je suis un peu embêté
20:19en tant que chef d'entreprise,
20:20c'est qu'on devrait s'attaquer
20:21à la dette publique.
20:22Donc on vient de le dire,
20:23c'est réduire les surcouches,
20:25réduire les normes,
20:25réduire le train de vie de l'État
20:26et en fait,
20:27ce qui m'inquiète un peu,
20:28c'est qu'aucun candidat
20:29n'annonce un chiffre
20:30et aucune méthode
20:31et ça,
20:32ça ne marche pas en entreprise
20:34lorsque,
20:34il y a trois ans,
20:35j'ai eu cette chance
20:36ou cette responsabilité
20:37de prendre le groupement
20:38des mousquetaires,
20:38on avait 2 milliards de charges,
20:40on a dit,
20:40on va aller économiser
20:41parce qu'il faut se préparer
20:43au temps difficile,
20:4410%,
20:45on a chiffré 200 millions,
20:46on a vu tous les services,
20:47on a priorisé,
20:48on a arrêté des projets.
20:49Vous avez mis ça
20:49dans un tableau Excel,
20:50vous avez regardé
20:50ce que ça donnait.
20:51Vous trouvez que ça manque
20:52de tableau Excel
20:53dans les programmes
20:54des candidats.
20:54Je ne sais pas
20:55s'il faut des docteurs
20:56en Excel
20:57pour pouvoir s'en sortir
20:58mais il faut une méthode,
21:00il faut une rigueur
21:00et ça,
21:01je ne la vois pas encore
21:02donc je ne suis pas
21:02complètement rassuré
21:03sur la solution
21:04et je vous le redis,
21:05on a un ras-le-bol fiscal
21:06en France,
21:07qu'on soit chef d'entreprise
21:08ou citoyen
21:09donc la solution,
21:10c'est vivons avec le transit
21:12qui doit être le nôtre
21:13et attaquons-nous
21:14à la dépense.
21:15Merci Thierry Cotillard
21:16d'avoir répondu
21:16à mes questions ce matin,
21:17président du groupement
21:18Les Mousquetaires.
21:19Il est 8h50
21:21sur RMC
21:22et sur BFM TV.
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