00:03RMC jusqu'à 9 heures, Apolline Matin, Apolline de Malherbe.
00:09Il est 7h42, vous êtes bien sur RMC, sur RMC Story, on le présentait, mais vous le confirmez.
00:14Travailler de nuit ou le week-end, nuit à la santé et nuit aux relations sociales.
00:18Henri Bastos, bonjour. Vous êtes le directeur scientifique de l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, l'ANSES.
00:23Travailler de nuit, travailler le soir, travailler le week-end, ça use la santé,
00:27mais ça a aussi des conséquences pour les Français avec ses horaires atypiques,
00:31notamment sur les relations sociales et les relations sociales, on le sait, ça fait aussi partie de la santé.
00:35Vous allez nous le dire dans un instant, mais je voudrais d'abord donner la parole à Claude,
00:39parce que Claude en témoigne justement. Bonjour Claude.
00:42Oui, bien le bonjour pour l'Union.
00:44Claude, comment allez-vous ? Vous êtes retraité dans le Tarn, et si je vous dis comment allez-vous,
00:49c'est parce que précisément on va s'intéresser à la santé de ceux qui avaient des horaires décalés.
00:52Vous êtes à la retraite aujourd'hui, mais vous avez longtemps été un cheminot qui travaillait en horaires décalés, c
00:56'est ça ?
00:57Exactement, j'étais conducteur de train, et donc en fin de compte, c'est je dirais 365 jours dans l
01:06'année,
01:06et 24h sur 24 pour un cheminot, et en fin de compte, les horaires décalés, c'était les repas pris
01:15à n'importe quelle heure,
01:16les découchés, donc découchés ça veut dire dormir hors de la maison, qu'est-ce que c'est qu'il
01:23y avait ?
01:24Vous avez travaillé à Noël, vous avez travaillé le jour de l'an, vous avez travaillé les jours fériés ?
01:27Voilà, les jours de fête, on est toujours un peu les vilains petits canards, parce qu'on ne peut pas
01:32aller à une soirée,
01:33parce que le lendemain c'est 3h du matin debout, le surlendemain, il y a encore une autre excuse,
01:41parce que les horaires c'est plus 3h, on va recommencer à 14h,
01:45je dirais que la vie d'un cheminot, c'est pas tout à fait...
01:50On va parler des compensations, mais d'abord Claude, est-ce que ça a eu des conséquences pour vous,
01:55sur vos amitiés, sur votre couple, sur votre vie de famille ?
01:59Sur la vie de famille, je dirais que c'est toujours pareil, c'est justement,
02:05on ne peut pas aller là parce que je travaille, le lendemain, c'est plus les mêmes horaires,
02:11c'est tout le temps, c'est tout le temps, comment dire, des inconvénients à chaque fois,
02:18c'est pareil au niveau rythme biologique, c'est perturbant, parce qu'un jour on mange,
02:24le lendemain on est sur le train, donc on ne peut pas manger, je veux dire...
02:29Mais Emmanuel Lechypre le disait à l'instant, cela dit, à la SNCF, ces questions-là,
02:33elles ont été prises en compte, vous avez eu des compensations, malgré tout,
02:36vous êtes parti à la retraite sans doute plus tôt que si vous aviez été dans une autre entreprise, non
02:40?
02:40Moi, alors, bon, je ne vais pas...
02:43Vous étiez à la retraite à quel âge, Claude ?
02:44Je ne vais pas mentir, moi, à 50 ans, j'ai eu, comment dire,
02:50par rapport au dépôt dans lequel j'ai travaillé,
02:52enfin, même si j'avais été un autre dépôt, c'était pareil,
02:57j'ai été le dernier des Mohicans, quoi, à partir à 50 ans.
03:01Vous êtes parti à 50 ans à la retraite ?
03:03À 50 ans, je suis parti à la retraite, sauf que c'était dans la période où Sarkozy était président
03:09de la République,
03:11et en fin de compte, il y a des mesures qui se sont passées,
03:16et en fin de compte, Cheminot ne part plus à 50 ans réellement, quoi.
03:19Claude, restez avec nous, je voudrais précisément, Henri Bastos, que vous reveniez sur ce témoignage,
03:23mais plus globalement sur votre étude.
03:25En fait, la question, il y a les horaires, mais il y a la compensation.
03:28Le problème, c'est qu'aujourd'hui, beaucoup cumulent des emplois ou ont des horaires décalés,
03:32mais non plus les compensations qu'il y avait à l'époque.
03:34Alors là, justement, on rentre un petit peu dans le vif du sujet.
03:36Tout à l'heure, vous l'avez annoncé.
03:39Effectivement, on sait depuis longtemps que les horaires atypiques,
03:42ils peuvent amener un certain nombre de conséquences sur la santé,
03:47à la fois la santé physique, mentale et sociale, et la vie sociale et professionnelle.
03:51Et la vie sociale, par exemple, et familiale.
03:53Donc oui, ça, on le sait, mais nous, on apporte des éléments d'objectivation, en fait, de ces données.
03:58Donc, on a épluché la littérature scientifique.
04:00D'abord, de quoi on parle ?
04:01Après, on reviendra effectivement sur ce témoignage qui est assez éclairant.
04:06De quoi on parle ?
04:06Pour nous, les horaires atypiques, c'est une définition bien précise.
04:09C'est-à-dire, si c'est qu'ils s'écartent globalement de la semaine un peu standard,
04:12du 8 heures par jour, sur une amplitude d'horaires entre 8 heures et 19 heures,
04:17sur 5 jours par semaine, du lundi au vendredi, et puis de 2 jours consécutifs de repos.
04:21Les horaires atypiques, ce qu'on définit, nous, dans notre rapport,
04:24et en fait, ils ne sont pas définis nulle part dans la réglementation,
04:27pour nous, c'est les horaires longs.
04:28C'est plus de 8 heures par jour ou plus de 40 heures par semaine.
04:32Ce sont les horaires décalés.
04:34Les horaires décalés, c'est quand vous commencez entre 5 heures et 8 heures,
04:37que ce soit du travail infractionné ou pas, ou entre 19 heures et minuit.
04:41Et puis, ce sont le travail du week-end, c'est-à-dire le samedi, ou le dimanche, ou alors
04:45les deux.
04:46Voilà, ça, ce sont les éléments qu'on a pris en compte dans notre rapport.
04:50Et effectivement, on montre qu'il y a, pour chaque horaire atypique, à des degrés divers,
04:55des effets sur la santé psychique, la santé mentale, la santé physique,
05:00et puis, effectivement, les considérations d'équilibre vie personnelle, vie professionnelle.
05:05De l'anxiété, des problèmes de sommeil, de dépression, d'accident.
05:08Ça qui est compliqué aussi, quand vous êtes commerçant, artisan, et que c'est Noël,
05:11bah oui, vous bossez parce que les autres ont besoin de...
05:14Voilà, vous le savez, il y a quand même aussi un choix délibéré.
05:16Absolument, mais alors face, justement, à ces effets qu'on met en évidence,
05:20encore une fois, dans ce rapport, qu'on montre bien qu'il y a des atteintes à la santé prévisibles,
05:24eh bien, nous, ce qu'on dit, c'est que, globalement, ce qu'il faut,
05:26c'est limiter au maximum le travail en horaire atypique, là où il y en a besoin.
05:31Et donc, l'idée, c'est aussi d'amener, finalement, les employeurs, la société, dans son ensemble,
05:38à essayer de mesurer l'utilité sociale aussi des horaires atypiques, réguliers, mais pour un certain nombre.
05:42Avec des compensations, Arthur Chevalier.
05:43Pardon de vous contredire, je comprends très bien les conséquences médicales dont vous parlez,
05:47mais enfin, ça va exactement au contraire de là où va la société,
05:50puisque le nombre de personnes qui cumulent de jobs a doublé en 10 ans, selon l'INSEE.
05:55Ça concerne à une majorité écrasante des gens qui ont moins de 35 ans.
05:58Donc, évidemment, c'est ceux qui gagnent le moins d'argent.
06:00A priori, vu le taux de croissance en France et le niveau des salaires,
06:03c'est pas parti pour s'améliorer.
06:04Donc, c'est très simple.
06:05Je pense que les gens qui cumulent de travail,
06:07c'est pas parce que, de toute façon, ils n'ont pas le choix.
06:10C'est pour boucler des fins de mois.
06:11Et de toute façon, des gens choisiront toujours leur survie économique à leur santé.
06:15Ils ont des enfants, ils ont un loyer à payer.
06:17Donc, je comprends très bien ce que vous dites et vous avez raison.
06:19Mais maintenant, la question, c'est qu'est-ce qu'on fait ?
06:20Voilà, c'est ça.
06:21Mais on discute, on met en avant justement ces effets sanitaires.
06:24Ils sont là aussi pour éclairer.
06:26Je veux dire, quel que soit finalement votre statut d'emploi,
06:30on le voit bien, que vous soyez fonctionnaire,
06:32que vous soyez artisan, commerçant, agriculteur,
06:35que vous soyez salarié du privé ou du public,
06:38vous pouvez être concerné par ces formes d'horaires atypiques.
06:41Donc, ce qu'il faut, c'est effectivement discuter de ces effets
06:44et essayer de les prévenir au maximum et d'avoir...
06:47Claude, qui témoignait tout à l'heure, disait,
06:49oui, mais effectivement, il est parti quand même à la retraite à 50 ans.
06:53Ces questions-là ont été prises en compte à une époque.
06:56Donc, la question de la retraite anticipée, ça fait partie de votre rapport.
06:59Retraite anticipée, suivi médical, reconversion possible,
07:02réduction du temps de travail, il faut aménager le travail ?
07:06Il faut déjà reconnaître cette forme d'organisation du travail
07:10comme un risque professionnel à part entière,
07:13comme le travail de nuit.
07:14Et c'est effectivement des recommandations qu'on donne dans notre rapport,
07:16c'est-à-dire d'appliquer un certain nombre de dispositions protectrices
07:20pour essayer justement d'écarter un certain nombre de personnes
07:23des expositions qui peuvent être néfastes
07:26pour justement protéger leur santé.
07:28Et donc, d'appliquer un certain nombre de dispositions
07:29qu'on applique déjà au travail de nuit à ce risque professionnel en horaire atypique.
07:33Ils sont appliqués ?
07:35Vous le dites, ces dispositions, elles sont appliquées ?
07:36Elles le sont vraiment ?
07:37Dans les faits ?
07:38Dans les faits, dans un certain nombre d'entreprises,
07:40il y a des accords d'entreprises qui permettent effectivement
07:42d'avoir un certain nombre de dispositions protectrices.
07:45Ce qu'on constate quand même,
07:46c'est que dans l'examen qu'on a fait d'un certain nombre d'accords d'entreprises,
07:51on a plutôt des compensations pécuniaires.
07:53Et donc, quand on a des compensations pécuniaires comme ça,
07:55qu'est-ce qui se passe ?
07:55Vous ne protégez pas la santé.
07:57C'est-à-dire que, quand on veut en sortir, c'est plus compliqué.
08:01Pour le coup, en termes d'horaire, d'aménagement et d'accompagnement.
08:04En termes de compensation, de repos, effectivement.
08:06Merci beaucoup.
08:06Merci Henri Bastas d'avoir fait le point avec nous ce matin.
08:09Vous êtes le directeur scientifique de l'ANSES,
08:11qui est l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire.
08:13Et merci à Claude pour son témoignage.