- il y a 6 semaines
Ecocem développe un ciment qui peut réduire jusqu’à 70 % les émissions de gaz à effet de serre, et AGC Glasse Europe propose un verre bas carbone intégrant plus de 60 % de recyclé.
Le dédi est de passer de l’expérimentation à une production industrielle à grande échelle. Une émission enregistrée au SIBCA, le salon de l'immobilier bas carbone.
Le dédi est de passer de l’expérimentation à une production industrielle à grande échelle. Une émission enregistrée au SIBCA, le salon de l'immobilier bas carbone.
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00:00...
00:06Comment des matériaux classiques comme le ciment ou le verre deviennent bas carbone ?
00:12Voilà le thème de notre débat. Je vous présente tout de suite mes invités.
00:15Hugues Lefebvre, bonjour.
00:17Bonjour.
00:17Bienvenue, vous êtes directeur Europe des produits bas carbone, c'est AGC Glass Europe.
00:23Et Rory McNeill, bonjour.
00:25Bonjour Thomas.
00:25Bienvenue à vous aussi, vous êtes directeur des ventes chez Ecosem.
00:28On va commencer par présenter vos entreprises respectives.
00:31AGC Glass, c'est quoi ? C'est un groupe européen, français ?
00:36Alors en fait, c'est un des leaders européens et même mondiaux du verre.
00:40On a des usines dans à peu près tous les pays européens, des réseaux de distribution.
00:45Et en France, à peu près 200 000 tonnes de verre livrées chaque année.
00:51Donc c'est un groupe mondial, japonais je crois.
00:54Alors capitaux japonais effectivement, en bourse de Tokyo, la maison mère est à Louvain-la-Neuve en Belgique pour le
01:01verre en Europe.
01:02Et vous allez nous présenter ce verre bas carbone, Ecosem en quelques mots, Rory McNeill.
01:07Donc Ecosem, nous sommes spécialisés dans les ciments à faible empreinte carbone.
01:10Donc c'est une entreprise qui a 25 ans. Nous sommes implantés en Europe, en fait en Irlande, aux Pays
01:17-Bas, en France.
01:18On a deux usines en France, une à Dunkerque, une à Foss-sur-Mer.
01:21On a la particularité d'être en joint venture avec ArcelorMittal sur le territoire français.
01:27Et on est spécialisés dans des solutions de ciments bas carbone.
01:31Donc on vient récupérer des coproduits, des additions minérales pour réduire l'empreinte carbone des ciments traditionnels,
01:37ce qu'on pourrait appeler des ciments Portland dans le langage de tous les jours.
01:39Comment, Hugues Lefebvre, on fait baisser le bilan carbone du verre ?
01:46On est à un bel endroit pour parler de verre parce qu'on est au Grand Palais à Paris avec
01:49une verrière qui est sublime.
01:50Comment on fait baisser le bilan carbone du verre ?
01:52Alors, il faut savoir que le verre, de par son mode de fabrication, il s'agit de fondre des matières
01:57premières,
01:58est en fait un contenu carbone assez élevé dû à l'énergie qu'on est obligé de mettre en place
02:03pour chauffer les fours à très haute température.
02:06Alors, dans notre cas, on utilise ce qu'on approche peut-être un peu pompeusement, une approche holistique.
02:12En fait, on ne met pas tous nos oeufs dans le même panier.
02:14Il y a six piliers qu'on utilise.
02:16On joue à la fois sur les matières premières parce qu'il n'y a pas que l'énergie qui
02:20apporte lors de la combustion du gaz du CO2,
02:23mais aussi la chimie des matériaux, des matières premières qui, en fondant, émettent du CO2.
02:28Donc, on va choisir les matières premières de façon à ce qu'elles émettent moins de CO2, du carbonate de
02:34soute naturel, par exemple.
02:35On va aussi transporter les matières premières de façon sustenable, de façon durable.
02:42Par exemple, on utilise des bateaux, des barges au lieu de camions.
02:46Ensuite, on joue sur les fours.
02:49On ne fait pas ça dans tous nos fours.
02:50On y reviendra.
02:51On y reviendra.
02:53On ajoute énormément de calecin.
02:55Le calecin, c'est du verre récupéré, concassé, qu'on va refondre dans les fours.
03:01L'avantage, c'est qu'il a déjà émis une bonne partie de son CO2 et il agit comme un
03:06fondant.
03:06Il va permettre d'abaisser le point de fusion et l'énergie nécessaire.
03:10Après, on joue sur le transport, on joue sur l'électricité bas carbone, verte, etc.
03:17D'accord, j'entends qu'il faut vraiment une vision.
03:19C'est une vision 360 degrés plus large.
03:22Un ciment bas carbone, en comparaison d'un ciment standard, quels sont ses avantages, ses caractéristiques ?
03:30Tout à fait.
03:30Le ciment, ce qu'on appelle le ciment standard, c'est une technologie qui date depuis 100, 200 ans.
03:36C'est quand même une vieille technologie.
03:37Elle est basée sur la récupération de calcaire d'argile qu'on va faire chauffer dans un four.
03:44On va non seulement avoir la chaleur du four, mais ensuite on a ce qu'on appelle le relâchement du
03:50CO2 dans le process de fabrication.
03:52Ça permet aux cimentiers traditionnels de fabriquer ce qu'ils appellent le clincaire, qui est leur matière première de base.
03:58Ce clincaire, ils vont ensuite le broyer pour faire du ciment.
04:02Chez Ecosem, nous ne faisons pas ce process-là.
04:04Ce process-là est celui qui donne l'empreinte carbone au ciment et au béton.
04:09C'est-à-dire que c'est 10% de la masse d'un béton, mais c'est 90%
04:12de l'empreinte carbone.
04:13Donc c'est une autre technologie.
04:14Nous, on vient remplacer cette technologie-là en substituant le clincaire par d'autres co-produits ou additions minérales, qu
04:21'on peut appeler.
04:22Ce sont des bases de calcaire, mais qui ne sont pas chauffées,
04:25donc qui ne sont pas soumises à cette cuisson ni à ce relâchement de CO2,
04:30mais qui sont broyées selon notre savoir-faire dans nos usines et nos technologies de broyage.
04:34C'est vraiment un savoir-faire chez nous.
04:36Mais aussi, on récupère des co-produits issus d'autres industries, comme par exemple la sidérurgie.
04:40Est-ce que ça veut dire qu'il faut construire de nouvelles usines
04:42ou qu'on peut adapter des usines qui fabriquaient du ciment standard pour en faire du ciment bas carbone ?
04:47C'est une très bonne question, parce que notre objectif, c'est de réduire l'empreinte carbone du secteur de
04:51la construction.
04:52Le secteur de la construction dépend beaucoup du béton.
04:54Le béton, c'est un matériau qui est super, c'est un matériau qu'on maîtrise, qu'on sait couler,
04:59qui est facile à mettre en place, qui est malléable, qui a beaucoup d'avantages.
05:04Et aussi, il y a derrière le béton, tout un maillage de centrale à béton, de cimenterie qui existe.
05:09Une centrale, on dit qu'il y en a une tous les 30-50 km, à travers le monde pratiquement.
05:14Une cimenterie, c'est pratiquement tous les 300 km.
05:16Donc ce maillage existe.
05:17Il faut pouvoir adapter ce système.
05:19Exactement, ce maillage existe, donc il faut l'adapter.
05:21Donc notre solution, on peut le produire chez nous, mais on commercialise aussi et on met en avant des systèmes
05:27de licence,
05:28de joint venture, de partage de l'intelligence, de l'IP auprès de partenaires cimentiers et autres
05:36qui pourraient vouloir utiliser cette technologie qui est brevetée chez nous.
05:40Question sur les fours, tiens, Hugues Lefebvre, parce qu'on en discutait un petit peu avant que l'interview démarre.
05:45Et alors moi, j'ai en tête l'engagement pris par ArcelorMittal de remplacer par exemple ces fours par des
05:51fours électriques.
05:52Est-ce que c'est aussi simple dans un secteur comme le vôtre ?
05:55Non, alors les fours électriques, c'est quelque chose d'assez compliqué en verrie.
06:00On met bien quelques pourcents d'électricité, on appelle ça de l'électro-boosting pour aider à la chauffe des
06:06fours actuels.
06:07Passer à une fonte des matières premières dans un four verrier pour le bâtiment à hauteur de 50 ou 75%,
06:16c'est réellement des technologies de rupture qu'il faut inventer, qui n'existent pas au jour d'aujourd'hui.
06:21Alors on y travaille, on a démarré il y a deux ans de la recherche, du développement sur un four
06:28en Tchéquie.
06:29Et comme c'est très risqué, très complexe, très coûteux, c'est intense en capital,
06:38on a décidé de partager le risque avec notre meilleur compétiteur qui est Saint-Gobain.
06:43Et donc c'est un peu comme si Coca-Cola et Pepsi travaillaient ensemble.
06:49Alors on est bien au niveau de la recherche pré-compétitive, du développement,
06:54et ce fut plus ou moins, pas plus ou moins, c'est tout à fait un succès sur ce petit
06:58four de recherche et développement,
07:01qui est un four d'AGC.
07:02Et maintenant on a annoncé il y a une dizaine de jours qu'on allait renouveler l'expérience,
07:08cette fois-ci sur un four de Saint-Gobain à plus grande échelle.
07:11Donc petit à petit, on upscale, comme on appelle ça, donc on va vers un four de plus grande taille
07:17pour réellement mettre au point les process de demain, c'est-à-dire des fours électrifiés.
07:22Cette technologie dont vous nous parliez, Henri McNeill, qui s'appelle ACT, ACT,
07:26vous en êtes où de sa commercialisation ? On en est à quel stade ?
07:30Parce que là c'est intéressant, vous avez l'un et l'autre déjà fait beaucoup de progrès en termes
07:34de décarbonation
07:34et on se projette dans ce qu'on peut faire encore de mieux.
07:36Tout à fait, donc nous la gamme ACT, c'est le nouveau-né de notre gamme de ciment à faible
07:42empreinte carbone,
07:43puisque comme je disais on existe depuis 25 ans, on a plusieurs générations d'offres.
07:47La génération première c'était une addition minérale qui pouvait substituer le clincaire ou le ciment portlande traditionnel.
07:54La deuxième génération c'était des solutions mélangées et cette troisième génération ACT sort des normes,
07:59complètement des standards du ciment, qui est sur une base de latex.
08:04et permet du coup de réduire de 70% l'empreinte carbone d'un ciment traditionnel.
08:10C'est-à-dire que ce produit-là a 30% de clincaire, là où la moyenne européenne en a
08:1475.
08:15Voilà, donc ça c'est une vraie nouveauté chez nous.
08:17Et vous en êtes où alors de sa commercialisation ?
08:18On a investi 50 millions d'euros dans une nouvelle usine et une ligne de production à Dunkerque,
08:22qui va être opérationnelle fin 2026, début 2027.
08:26Donc on arrive, là les travaux sont en train d'arriver à bout.
08:30Et ensuite on a l'ambition d'ouvrir 3, 4 autres lignes en Europe pour reproduire ce modèle-là,
08:37pour montrer que c'est quelque chose qui fonctionne.
08:39En parallèle on a une évaluation technique qui est en train d'être validée par tout ce qui est normalisation,
08:45parce que ça c'est un point clé aussi au niveau de la normalisation,
08:47ça peut bloquer le lancement de ce genre de solution.
08:50Donc c'est très important que les instances européennes, françaises, soient à l'écoute de ces nouvelles solutions.
08:55Donc il y a énormément de tests à faire, mais c'est ce qu'on a réalisé.
08:59Et qui sont vos clients aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a une vraie demande pour un ciment
09:01bas carbone ?
09:02Il y a tout à fait une vraie demande, il y a une vraie attente.
09:04Aujourd'hui on est au salon Cibca, il y a beaucoup de donneurs d'ordre,
09:07donc des promoteurs immobiliers, des constructeurs qui demandent des solutions bas carbone.
09:12Il y a une ambition au niveau de l'état français qui est la plus ambitieuse en Europe,
09:17au niveau de l'Aéro 20-20, avec des seuils qu'il faut atteindre au fur et à mesure,
09:222020, 2025, 2028, 2030.
09:24Et en fait il va falloir répondre à ces seuils.
09:27Et notre solution permet déjà de répondre aux seuils de 2030.
09:30Notre ambition c'est de réduire de 50% l'empreinte carbone du ciment à horizon 2030.
09:36Donc c'est 10 ans plus tôt que le reste de l'industrie.
09:38Alors je vais vous poser la même question à tous les deux,
09:39c'est celle que vos clients doivent vous poser en premier.
09:41Elle est un peu bateau, mais est-ce que ça coûte plus cher ?
09:44Oui, alors le verre bas carbone tel qu'on le fabrique aujourd'hui,
09:47sur trois de nos fours avec les technologies que j'ai mentionnées,
09:51particulièrement beaucoup de verre recyclé, il y a un surcoût.
09:55Alors, il y a un surcoût, mais on fait en sorte de le rendre le plus léger possible.
10:02On parle de quelques cents par mètre carré de verre clair.
10:06Ce qu'il faut savoir, c'est que c'est un surcoût sur la matière première, le verre.
10:13Le coût d'une fenêtre installée ou d'une façade montée est bien supérieur.
10:18Et la partie verre, je vais dire, n'est que d'une dizaine de pourcents.
10:22Donc c'est un surcoût sur moins de 10% du coût total.
10:25Donc ça reste très léger.
10:27Mais il y a un surcoût.
10:29Est-ce que ça devient, parce qu'on pourrait inverser la question,
10:32il y a de plus en plus de grandes entreprises, de donneurs d'ordre, de collectivités
10:35qui font de l'engagement environnemental un prérequis.
10:39Donc est-ce que si vous ne le faites pas, vous perdrez des marchés ?
10:42Vous voyez ce que je veux dire ?
10:43D'accord.
10:43Alors, on parle de donneurs d'ordre, d'investisseurs, etc.
10:48Généralement, ils sont très intéressés,
10:50d'autant plus que ça leur apporte une valeur ajoutée
10:53sur la valeur de leur bâtiment à long terme, etc.
10:56Le problème, c'est qu'on sent très fort un manque de connaissances,
11:00d'explications, du fait d'expliquer que les solutions, elles sont là.
11:04Le verre bas carbone, il est disponible aujourd'hui.
11:07Et encore bien, puisque les bâtiments qu'on construit maintenant,
11:10ils seront encore là dans 50 ans.
11:12Donc en fait, les solutions sont là.
11:14Le problème, c'est l'information.
11:16Et alors, c'est de convertir toute la chaîne de valeur
11:18entre nous qui mettons le verre bas carbone disponible sur le marché
11:22et l'investisseur, le donneur d'ordre.
11:24Parce que toute la chaîne intermédiaire,
11:27pour elles, je veux dire, ils sont moins intéressés,
11:29il y a moins d'intérêt.
11:30Ils découpent, ils rôdent, ils installent un verre
11:32qui finalement, pour eux, est le même.
11:34Et eux, le surcoût les ennuie très fort.
11:37Même question, ça coûte plus cher, beaucoup plus cher ?
11:39Alors, pour nous, il y a plusieurs choses qui sont très importantes dans le ciment.
11:42Il y a tout d'abord la performance.
11:44Il faut que ce soit aussi performant qu'un ciment traditionnel.
11:46Sinon, on va ralentir les phases de construction.
11:49Et c'est problématique pour nos clients.
11:51La deuxième chose, c'est qu'il faut que ces solutions soient massifiables.
11:53Sinon, ça ne sert à rien de les développer
11:55puisqu'il faut pouvoir le reproduire à une échelle énorme.
11:58Il faut savoir que le béton, c'est la deuxième chose
12:00la plus utilisée sur Terre après l'eau.
12:02Donc, c'est vraiment quelque chose d'énormissime.
12:05Et donc, si on ne remplit pas déjà ça,
12:07et ensuite, au niveau du prix,
12:08nous, on pense que le green premium, ça ne fonctionnera pas.
12:11Nos clients nous le disent tous les jours.
12:12On n'est pas prêt à payer plus.
12:13On ne peut pas payer plus.
12:14Ce n'est pas possible.
12:15Et donc, en fait, l'important pour nous,
12:17c'est que Act fonctionne comme un ciment standard
12:20dans un béton standard,
12:21ce qui est le cas et sans surcoût.
12:22Voilà.
12:23Tiens, il nous reste 40 secondes.
12:24J'ai une petite question de curieux.
12:25On est sous les plus belles verrières d'Europe.
12:28Peut-être du monde.
12:29Est-ce qu'il y a des solutions ?
12:30Parce qu'il fait très chaud l'après-midi.
12:31Est-ce qu'il y a des solutions
12:32pour que le verre ne protège du soleil ?
12:34Alors, oui, tout à fait.
12:35Donc là, on parle essentiellement de diminution de carbone.
12:38On parle du carbone incorporé dans le verre.
12:40Mais le verre est un super matériau
12:42pour aussi diminuer le carbone émis
12:45par l'utilisation d'un bâtiment.
12:48Alors, on peut jouer sur le froid et sur le chaud.
12:51Donc, il faut savoir que l'entièreté des bâtiments
12:54en France ou en Europe a été construite
12:56et conçue pour résister au froid.
12:58Et maintenant, il va falloir résister aussi au chaud.
13:01Et donc là, on peut déposer des couches anti-solaire
13:04à la surface du verre
13:05de façon à réfléchir les rayons solaires
13:07tout en restant relativement transparents.
13:10On perd un peu en transmission lumineuse,
13:12mais on gagne beaucoup en facteurs solaires.
13:15C'est-à-dire qu'il y a beaucoup moins de rayons du soleil
13:17qui passent à travers.
13:17Voilà, encore d'autres solutions.
13:19Merci à tous les deux d'avoir participé à ce Smart Impact.
13:22Et bon SIPCA, bon salon de l'immobilier bas carbone.
13:25Tout de suite, on parle de chaufferie décarbonée.