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FACE À THOMAS HUGUES du 4 septembre 2026, Ceux qui font l’économie prennent la parole
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00:01Générique
00:07Bonjour à toutes et à tous, Bismarck for Change est au CIPCA, le salon de l'immobilier bas carbone
00:14et pour cette émission, pour ce face à Thomas, j'ai le plaisir d'accueillir le parrain officiel du CIPCA,
00:20le climatologue Jean Jouzel.
00:26Bismarck for Change est donc au CIPCA, le salon de l'immobilier bas carbone.
00:30J'ai le plaisir d'accueillir le parrain officiel du CIPCA, le climatologue, paléo-climatologue Jean Jouzel.
00:36Bonjour.
00:36Bonjour Thomas Hul.
00:38Bienvenue, heureux de vous accueillir.
00:39Vous êtes membre de la Camille des sciences, directeur de recherche émérite au CE.
00:43Vous avez participé à la grande aventure du GIEC, évidemment le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
00:50Je ne sais même pas si on en sort parce qu'on nous annonce pour les jours prochains encore un
00:54nouvel épisode caniculaire sur une partie de la France.
00:57Bref, un été malheureusement record en termes de canicules historiques, juin, juillet, peut-être septembre, le mois le plus chaud
01:04jamais enregistré en France.
01:05Bref, est-ce que c'est une nouvelle réalité climatique à laquelle on doit malheureusement s'habituer ?
01:10Oui, on doit malheureusement s'y habituer, mais ce n'est pas une nouvelle réalité climatique.
01:15Dans les grandes lignes, c'est vraiment ce que nous envisageons justement depuis le début, depuis le premier rapport du
01:21GIEC, depuis près de 40 ans, depuis le rapport charné en 79.
01:26Donc, en fait, le rythme de réchauffement est vraiment sur ce qui était envisagé, anticipé, en tout cas à l
01:32'échelle décennale, pas année après année.
01:34Il y a des années exceptionnelles comme celles que nous avons vécues.
01:37L'élévation du niveau de la mer est deux fois plus rapide qu'il y a 30 ans.
01:40Tout ça, c'était prévu et était également prévu cette intensification des événements extrêmes.
01:46Voilà, avec des canicules, on peut parler de sécheresse à répétition, de pluie de plus en plus intense.
01:52Mais surtout, ce qui nous a bien sûr interrogé, ce sont ces canicules à répétition.
01:59Et c'est vraiment ce qui est envisagé, des canicules à la fois plus précoces, ça a pratiquement commencé en
02:05mai, enfin en tout cas des vagues de chaleur plus tardives.
02:09Ça, nous le verrons, mais septembre s'annonce peut-être assez chaud.
02:13On peut avoir un septembre très chaud.
02:14Et puis, plus intense.
02:15Ça, vous l'aviez annoncé depuis longtemps.
02:17Voilà, alors il y a quand même, je dis dans les grandes lignes, quand on regarde dans les détails, il
02:21y a quelques petites différences.
02:24Par exemple, eh bien, ce qu'on observe, c'est que les records de chaleur augmentent beaucoup plus rapidement que
02:30la température moyenne à l'échelle planétaire.
02:33En France, par exemple, les températures moyennes ont augmenté d'à peu près 2 degrés.
02:37Donc, en fait, eh bien, les records de chaleur ont, dans certains points, augmenté jusqu'à 4 fois plus rapidement.
02:44C'est vrai aussi pour l'Europe de l'Ouest.
02:46Et en fait, quand on regarde les modèles du climat, c'est bien ce qu'ils prévoient, mais plutôt 3
02:51fois plus rapidement au maximum.
02:52Donc, ouais, en gros, ça a été, disons, les records de chaleur augmentent un peu plus rapidement que nous l
02:57'envisageons.
02:57La géographie, par exemple.
02:59Moi, j'ai longtemps dit que ma Bretagne natale échapperait un peu aux vagues de chaleur.
03:04Et j'y ai passé une partie de l'été.
03:06On a vraiment les 40 degrés ont été dépassés vraiment de, je ne dis pas assez régulièrement, mais quelques journées
03:12au-delà de 40 degrés.
03:13Ce n'était absolument pas peut-être ce que nous envisageons.
03:16Alors, il y a deux mots qu'on utilise et deux stratégies qui sont évidemment complémentaires.
03:23Il y a l'atténuation, l'adaptation.
03:25Est-ce que ça veut dire que nos efforts d'atténuation ont été vains, si on en est là aujourd
03:30'hui ?
03:31Non, il ne faut pas non plus être trop pessimiste.
03:35Si on remonte, allez, si vous m'aviez interrogé, je crois que vous l'aviez fait d'ailleurs, Thomas, il
03:39y a une trentaine d'années ou une vingtaine d'années, je crois qu'on l'a fait.
03:43Eh bien, on parlait régulièrement d'un scénario qui nous emmènerait vers une température moyenne, un réchauffement moyen planétaire qui
03:50pourrait atteindre 5 degrés.
03:52Donc, cela, effectivement, ce n'est plus envisageable.
03:57Enfin, je l'espère.
04:00Si on maintient les efforts actuels, on échappera à ce scénario ?
04:03Oui, on va plutôt vers 3 degrés.
04:05C'est moins mal.
04:06Alors, ce n'est pas suffisant, mais c'est regrettable de dire que ce qui a été fait n'a
04:13pas été utile.
04:14Il y a des choses qui ont été faites.
04:16Et on voit bien d'ailleurs, c'est peut-être un peu symptomatique.
04:19Donald Trump, disons, a reproché effectivement au GIEC d'abandonner ce scénario émetteur.
04:26On ne l'a pas abandonné.
04:27Mais il était envisageable il y a 30 ans.
04:30Nous l'avions effectivement.
04:31Et il est logique que le GIEC l'abandonne aujourd'hui parce qu'il n'est plus envisageable.
04:36Justement parce que des mesures ont été prises d'atténuation du réchauffement climatique.
04:42Nous espérons, alors voilà, ça dépend beaucoup de la Chine, mais nous espérons que le maximum d'émissions sera atteint
04:49avant 2030.
04:51Alors en 2030, très probablement, mais très certainement, je dirais, mais peut-être même l'an prochain ou l'année
04:56d'après.
04:56Donc, il y a des choses qui se sont passées.
04:58Mais on est loin du compte parce que l'objectif final, c'est la neutralité carbone.
05:02Et donc, ce n'est pas 50 milliards d'émissions de gaz à effet de serre d'équivalent CO2.
05:09C'est vraiment arrivé à zéro.
05:10Avec des efforts qui produisent leurs effets à quoi ?
05:14À moyen ou long terme ?
05:15Si on se projette en 2050, il y a un peu moins de 25 ans, qu'est-ce qu'on
05:20peut imaginer ?
05:20Absolument.
05:21C'est-à-dire que, voilà, disons, prenons les 20 prochaines années.
05:26Eh bien, le climat de 2045 est pratiquement indépendant de ce que nous allons émettre entre aujourd'hui et 2045
05:38à l'échelle, au cours des deux prochaines décennies.
05:40Voilà, tout simplement parce que c'est cumulatif.
05:43Il y a une certaine inertie.
05:44A l'inverse, ce que nous allons émettre entre aujourd'hui et 2045, eh bien, va jouer un rôle important
05:54sur le climat de la deuxième partie du 21e siècle et sur la capacité des jeunes d'aujourd'hui, sur
06:01notre capacité à revenir bien en deçà de 2 degrés.
06:05C'est l'objectif, disons, le moins ambitieux de l'accord de Paris, mais c'est un objectif qui est
06:12en mesure d'assurer, enfin, de préserver la capacité d'adaptation des jeunes d'aujourd'hui dans la deuxième partie
06:18de ce siècle.
06:19Et c'est cela qui est important.
06:20C'est-à-dire que, bien sûr, il faut s'adapter.
06:22Les 20 prochaines années, le réchauffement climatique est inéluctal.
06:25Nous allons atteindre 1,5 degré à l'échelle planétaire, peut-être 3 degrés en France à l'horizon 2050.
06:30Donc, il faut s'adapter.
06:32Mais il faut aussi préserver la capacité d'adaptation des jeunes d'aujourd'hui.
06:35Et les émissions que nous allons, disons, mettre, ce que nous allons mettre dans l'atmosphère est essentiel.
06:41Donc, il faut jouer sur les deux tableaux.
06:43Ils sont tout aussi importants.
06:44C'est une histoire de contrat de génération, de solidarité intergénérationnelle et de temps long.
06:51Oui, mais...
06:51Donc, les politiques manquent un peu souvent.
06:53Vous avez eu quand même la dent assez dure cet été.
06:56Je vais vous citer, c'est une interview à Ouest France en juillet.
06:59Emmanuel Macron a commis une erreur politique.
07:00Alors, vous y allez, vous dites, il a entubé tout le monde.
07:02Oui, peut-être.
07:03Bon, c'est peut-être un langage chatier dont j'aurais pu dire, il a berné tout le monde.
07:07Bon, il y a un moment où je peux comprendre qu'un scientifique soit un peu en colère.
07:12Mais c'est vrai.
07:13C'est-à-dire qu'y compris moi-même, j'avais un certain enthousiasme par rapport aux annonces d'Emmanuel
07:22Macron.
07:23Dans son livre Révolution, il me cite nommément en disant que des scientifiques comme Jean-Jouzel nous ont prévenus ne
07:30peuvent pas se tromper.
07:31Enfin, c'est à peu près les termes qu'il a pris.
07:33Et puis, il y a ce mec à Oplanet Great Again dans les premiers mois de son mandat.
07:36Voilà, quand on regarde, il y avait un...
07:38Voilà, j'étais...
07:40Voilà, j'ai essayé de participer au maximum à cette prise, à cet élan initial qui s'est concrétisé dans
07:49la Convention citoyenne pour le climat.
07:50Alors, qui était aussi quand même, disons, une stratégie de sortie, d'ailleurs, qui a été réussie, mais aussi du
07:55Covid, du mouvement des Gilets jaunes.
07:57Mais c'était formidable, disons, ces 150 citoyens, vraiment réunis, donc nous étions, j'étais, membres du comité de gouvernance
08:09au Conseil économique, social et environnemental.
08:11Les propositions étaient vraiment très riches.
08:14Et elles restent très riches, d'ailleurs.
08:16On en a appliqué quelques-unes, quand même.
08:18Voilà, Emmanuel Macron avait promis, s'était engagé à les appliquer sans filtre.
08:25Ce n'est pas du tout que les citoyens comptaient faire la loi.
08:27Ils espéraient que leurs propositions arriveraient à l'Assemblée nationale, au Sénat, telles qu'ils les avaient formulées.
08:33Ce n'a pas été du tout le cas.
08:35En gros, chaque ministère a dit, la Convention, c'est très bien, mais sauf pour ce qui concerne mon ministère.
08:41Et le résultat, c'est que...
08:42Donc il y a déjà eu une déperdition d'ambition entre les propositions de la Convention citoyenne et ce que
08:47les ministères en ont fait pour leur nez à l'Assemblée ou au Sénat, quoi.
08:50Je ne dirais pas non plus là que là, rien n'a été fait.
08:54Il y a eu des lois qui ont pris en compte certaines des propositions, mais souvent à minima.
08:59Par exemple, une des propositions, c'était de taxer les véhicules lourds, qu'ils soient électriques ou thermiques.
09:08Donc les citoyens ont proposé de taxer au-delà d'une tonne d'eux.
09:14C'est bien dans la loi, mais c'est au-delà de deux tonnes.
09:16Alors avec les citoyens, il y aurait eu 25% des véhicules lourds qui auraient été surtaxés.
09:21Avec la proposition telle qu'elle est dans la loi, je crois qu'il y en a un ou deux
09:24pour cent.
09:24Donc on peut dire...
09:26Bon, je considère qu'elle n'a pas été appliquée, qu'elle n'a pas été mise en œuvre.
09:30Comment ? Alors là aussi, on peut faire appel à votre expérience de scientifique qui alerte depuis des décennies.
09:35Comment vous expliquez que les politiques, mais peut-être aussi les citoyens qui les élisent,
09:42passent à autre chose.
09:43Là, on sort, on l'a dit, de cet été caniculaire.
09:46Je ne suis pas sûr que la campagne présidentielle va porter les enjeux environnementaux au sommet.
09:51Comment vous l'expliquez ?
09:52Non, je n'en suis pas sûr non plus.
09:53Je crains que ce ne soit pas le cas.
09:56Je crois qu'il faut d'abord, effectivement, peut-être avant de regarder vers les décideurs politiques,
10:00regarder vers chacun d'entre nous.
10:02Chacun d'entre nous, enfin, on est plus ou moins attaché à un mode de vie que nous avons connu,
10:07en tout cas ma génération.
10:09Disons, la consommation a, je dirais, sans limite, enfin une limite financière pour beaucoup de gens, malheureusement.
10:15Mais je veux dire, voilà, cette idée d'un monde très ouvert, aussi bien, bon, les voyages en avion.
10:24Voilà, donc, c'est vraiment inscrit, je crois.
10:26On a du mal en sortir de cette mode de vie, quoi.
10:28Chacun d'entre nous, je crois, je peux me, disons, regarder moi-même mes activités.
10:33Bon, je ne suis pas parfait, non, loin de là.
10:35J'essaye, effectivement, d'être en ligne par rapport à ce que je propose, à ce qui serait envisageable.
10:43Mais avant, et c'est pour cela, d'ailleurs, que les politiques, il y a un écho très fort du
10:50ne rien faire des politiques dans le corps électoral.
10:54Beaucoup, beaucoup de personnes souhaitent qu'on passe à autre chose.
10:57Et beaucoup espèrent que ça a été un été exceptionnel, ce qui est le cas.
11:01Et qu'il ne se reproduira pas à échéance, disons, alors, pour le politique, à échéance de leur mandat.
11:08Ça, ce n'est pas sûr, parce que ça s'accélère.
11:10La dernière vague de chale, les dernières, c'est 2019, 2022, 2026.
11:15Bon, il y a quand même des risques.
11:16Alors, il ne faut surtout pas dire que 2027, 2028 seront des années aussi chaudes que, ou les étés seront
11:22aussi chauds que 2026.
11:24Mais il est quasiment certain qu'à échéance de quelques années, en tout cas de la décennie,
11:28est-ce qu'on retrouvera un été tel que celui-là, et même plus intense ?
11:31Mais est-ce que, et alors là, je vais pointer la responsabilité, ma responsabilité de journaliste,
11:36la responsabilité de ceux qui racontent l'actualité ou qui racontent l'histoire.
11:40Est-ce que c'est aussi une difficulté à se projeter dans un autre mode de vie,
11:46mais qui aura aussi plein d'avantages et qui pourra être, qui n'est pas seulement sacrificiel, vous voyez ce
11:51que je veux dire ?
11:52Qu'est-ce qu'on a loupé, là ? Je dis « on » parce que j'en prends ma
11:55part.
11:56Non, non, alors, deux choses. Merci de me tendre la perche.
11:58Oui, pour moi, je pense que l'objectif premier, c'est d'atteindre neutralité carbone,
12:05de se désintoxiquer des combustibles fossiles qui ont comme premier, je dirais, seul mérite de fournir de l'énergie.
12:14Donc c'est bien cela.
12:16Alors, je pense, donc, la transition vers une neutralité carbone passe en premier lieu, pas uniquement.
12:25Alors, on parle de sobriété, d'économie d'énergie, bien évidemment, c'est clé, mais aussi de mode de production
12:30d'énergie.
12:31Voilà, et on peut effectivement, à l'échelle planétaire, produire suffisamment d'énergie pour satisfaire tous les besoins,
12:38y compris dans les pays en développement avec le solaire, à partir d'énergies non émettrices de carbone.
12:43Alors, il y a des pays comme la France qui, disons, pari en partie sur le nucléaire,
12:48mais les énergies renouvelables doivent jouer un rôle de plus en plus important, en tout cas en France, je l
12:52'espère,
12:53mais aussi à l'échelle planétaire.
12:54Et c'est vraiment, je crois, si on imagine un monde, cette neutralité carbone serait atteinte.
13:01Je crois que d'abord, il y a une meilleure qualité de vie.
13:03Donc, c'est beaucoup aussi, il y a un point qui est important, on peut construire un dynamisme économique autour
13:08de cette transition.
13:09Il ne faut surtout pas penser le contraire.
13:11C'est vraiment, l'économie, c'est faire, enfin, voilà, disons, avoir des activités.
13:16Alors, ça peut être aussi beaucoup d'innovation pour les jeunes, c'est attractif.
13:19Et imaginons cette transition réalisée, plus de combustibles fossiles, grosso modo, quand même, c'est aussi beaucoup de pollution.
13:27Des pollutions urbaines, des pollutions sonores, vraiment.
13:30Et voilà, les pollutions industrielles sont liées à l'utilisation du pétrole sous différentes formes, du charbon dans certains pays.
13:38Donc, oui, effectivement, il n'y a pas de raison de ne pas la faire, sauf peut-être des raisons
13:43économiques,
13:43parce que, eh bien, disons, l'exploitation des ressources naturelles reste toujours moins chère.
13:50Alors, c'est moins vrai maintenant, de moins en moins vrai, par rapport à développer des énergies renouvelables du nucléaire.
13:57Alors, pourquoi vous êtes parrain de ce salon, Jean Jouzel ? Pourquoi le CIPCA ?
14:03Et alors là, est-ce qu'on est plus dans cette idée, peut-être, d'inventer, de trouver, de développer,
14:09de faire passer à l'échelle des solutions qui existent,
14:11notamment en termes d'adaptation ? Il y a la télémation, mais il y a aussi l'adaptation.
14:14Donc, je me suis impliqué dans BBCA et puis dans le CIPCA, je crois, dès sa première, disons, dès sa
14:22première, je crois que c'était il y a 5 ou 6.
14:23C'est la cinquième édition.
14:25Oui, la cinquième, c'est ça. J'allais dire 5 ou 6, mais j'ai dû participer à toutes les
14:27éditions du CIPCA.
14:29Voilà, merci de m'inviter.
14:30Et donc, pourquoi ? Parce que, voilà, je suis effectivement un scientifique, je crois un lanceur d'alerte.
14:39Enfin, en tout cas, j'essaye de transmettre ce que nous apprenons dans nos laboratoires au grand public, aux décideurs
14:46politiques, aux médias.
14:47Nous sommes ici.
14:48Mais je me suis aussi intéressé, on m'a invité à m'intéresser aux solutions.
14:52Et j'ai aussi intéressé, bon, j'ai participé, je crois que le premier, ma première implication vraiment très importante,
15:02c'est le Grenelle de l'environnement,
15:04où j'ai présidé le groupe, le groupe 1, climat, enfin, il y avait l'énergie, le bâtiment et l
15:09'urbanisme et puis la mobilité.
15:11Donc, voilà, donc, c'était, c'était le, je pense que les propositions du Grenelle étaient aussi extrêmement intéressantes.
15:19D'ailleurs, on les retrouve dans les conventions citoyennes pour le climat, au moins en partie.
15:24Donc, ça se construit petit à petit, ces solutions.
15:26Et voilà, donc, dès à ce moment-là, il faut bien comprendre que dans le Grenelle de l'environnement, on
15:31est en 2008, il y a près 20 ans maintenant, au 2007, au départ.
15:34Eh bien, on pariait beaucoup, on espérait beaucoup du bâtiment, du bâtiment à l'urbanisme.
15:40Parce que c'est un gros émetteur de gaz à effet de serre.
15:42Voilà, un gros émetteur de gaz à effet de serre.
15:44On avait des objectifs de diminution qui ont été réalisés sur le neuf, grosso modo.
15:50Alors, en tout cas, sur la construction du neuf, son utilisation, c'est un autre problème.
15:54Mais c'est vrai que la rénovation, par exemple, mérite aussi le même regard, la même ambition par rapport aux
16:01émissions de gaz à effet de serre.
16:03Et donc, oui, je me suis naturellement intéressé à ces aspects bâtiments et organismes à travers le Grenelle, puis à
16:08travers la convention citoyenne et dans différents débats.
16:11Ça veut dire qu'il y a des villes françaises qui sont en train de revoir leur façon de construire,
16:18de végétaliser, de récupérer, consommer l'eau ?
16:23Ou alors, on en est vraiment au balbutiement pour vous ?
16:26Non, j'étais tout à l'heure, je prépare une conférence, dans la préparation d'une conférence que je donnerai
16:30à Montpellier en octobre prochain.
16:34Donc, on discutait, enfin, les interlocuteurs, on discutait du bâtiment et de l'urbanisme.
16:40Voilà, la question est posée. Est-ce qu'on peut continuer ?
16:42Alors, dans ma génération, les gens ont envie de grandes baies, de grandes baies vitrées et tout.
16:48Là, on a une grande baie vitrée au-dessus de nous.
16:50Voilà, certains... On doit s'interroger sur ce type d'urbanisme qui est caduque par rapport au réchauffement climatique.
16:59Une des priorités... Alors, bien sûr, il faut absolument que les bâtiments soient bien isolés l'hiver.
17:06Mais une des priorités actuellement dans beaucoup de régions, c'est d'assurer le confort d'été.
17:11En particulier dans les logements les plus modestes, parce que généralement, ils ne sont pas du tout adaptés.
17:17On voit bien au moment des... Alors, voilà, le confort d'été, c'est aussi sous les toits.
17:22Je crois qu'il y a eu... Enfin, peut-être pas... Je n'ai pas les statistiques pour le dernier
17:25été, mais disons proportionnellement,
17:27il y a eu 4 fois plus de décès pendant les vagues de chaleur pour les personnes vivant sous les
17:31toits
17:32que celles vivant aux autres étages.
17:34Mais on se retrouve avec quelques aberrations, c'est-à-dire des bâtiments ou des logements qui sont classés A,
17:40alors des PEA, et ce sont des bouilloirs thermiques.
17:43Donc, ça veut dire qu'on n'avait pas intégré cette dimension... Alors que vous alertez, vous nous le disiez.
17:47Je vais revenir à ma Bretagne natale, mais j'ai toujours un peu de déception.
17:52Quand on regarde la gare de Rennes qui a été conçue il y a 15 ans,
17:56c'est-à-dire à un moment, on parlait déjà de réchauffement climatique.
17:59Elle est aussi... Ce sont simplement des vides. C'est invivable l'hiver, très froid et trop chaud l'été.
18:04C'est incroyable. Évidemment, ils ont mis des ventilateurs et tout,
18:06mais ça interroge vraiment sur le manque de prise de conscience de l'architecture.
18:11Je me suis beaucoup investi au début des années 2000.
18:13J'ai essayé de m'investir auprès des écoles d'architecture,
18:16mais il n'y avait pas de réceptivité par rapport à ce problème de confort d'été.
18:21Franchement, je parlais de confort d'été dans le grand environnement il y a 20 ans
18:25et c'était un peu un désert, sauf qu'on avait quand même Yves Lyon,
18:29qui était un architecte, qui était vice-président,
18:37il s'occupait de la partie bâtiment et urbanisme,
18:40mais lui était extrêmement ouvert par rapport à tout cela.
18:42Mais il y a des solutions techniques.
18:43On se veille ici même une entreprise qui fabrique notamment du verre bas carbone
18:49et qui disait qu'on peut, par exemple, poser du verre qui va filtrer les rayons du soleil
18:54et donc limiter le réchauffement à l'intérieur des maisons, des appartements.
18:59Absolument, il y a des solutions techniques.
19:01Parce que oui, et c'est un peu ce que j'ai essayé de dire,
19:04c'est-à-dire que réussir la transition, c'est aussi innover.
19:10Alors, bien sûr, l'innovation, pour nous, climatologues,
19:15n'a de sens que si elle s'inscrit dans cette dynamique de neutralité carbone.
19:20Bon, des innovations telles que, disons, on peut se poser la question,
19:23par exemple, sur l'intelligence artificielle,
19:25qui au contraire est appelée à utiliser beaucoup d'énergie
19:28et émettre pas mal de gaz à effet de serre.
19:31Mais disons, l'innovation, je suis pour,
19:33si elle s'inscrit dans cette...
19:34Et c'est... Dans le bâtiment, eh bien, il y a beaucoup d'innovation
19:37à attendre des matériaux, des modes de construction.
19:41On a du retard, par exemple, sur les matériaux,
19:45enfin, sur la rénovation.
19:47On n'est pas très bon au niveau des matériaux encore.
19:49Je crois que l'Allemagne est un peu meilleure que la France.
19:51Donc, oui, il faut de l'innovation.
19:53Il faut innover en termes de matériaux,
19:55en termes de modes de construction.
19:57Mais la rénovation est un véritable pari
20:00parce qu'on a... Bon, il faudra rénover 700 000 logements en France.
20:04C'est un chantier gigantesque.
20:05Il est rénové de façon optimale
20:07du point de vue énergétique et climatique.
20:10Et c'est loin d'être gagné.
20:11Vous disiez dans une interview au Monde en mars dernier,
20:14il n'y a pas de secteur d'activité
20:16qui puisse dire que le réchauffement n'est pas son affaire.
20:19Est-ce que ce secteur,
20:20puisqu'on est au salon de l'immobilier,
20:23vous le trouvez quand même ?
20:25Et j'imagine que si vous êtes parrain de l'événement,
20:27la réponse est peut-être positive.
20:31suffisamment préparée ou avertie
20:34ou conscient de l'enjeu ?
20:37Conscient, oui.
20:38Je me suis investi au CIPCA.
20:40Le bas carbone, c'est quelque chose
20:42qui s'inscrit dans cette dynamique neutralité carbone.
20:46Je discute aussi avec d'autres entreprises
20:52impliquées dans le bâtiment.
20:56Ils essayent de se mettre au courant,
20:57mais souvent, dans les échanges,
21:00on arrive à la conclusion que c'est le coût
21:02qui nous empêche d'aller vraiment de l'avant.
21:04Ce n'est pas la technologie,
21:06mais pourtant, il faudrait passer sur ce problème de surcoût.
21:10Pourtant, on sait que le coût de la non-adaptation sera pire.
21:15Voilà, de la non-adaptation
21:16et même de l'utilisation d'énergie.
21:18Oui, effectivement,
21:20le coût ponctuel de la construction peut être plus important.
21:23Le coût intégré en tant qu'on de l'utilisation du bâtiment
21:27sur quelques décennies est gagnant.
21:30Mais c'est tout le problème,
21:31et c'est le problème politique.
21:32C'est pour ça que je dis que c'est éminemment politique.
21:35C'est l'abandon du low-terme par nos décideurs politiques.
21:39Un décideur politique, par rapport au climat,
21:42est beaucoup plus enclin à s'investir
21:47dans l'adaptation au réchauffement climatique
21:48parce que ça se fera sur la durée de son mandat.
21:51Toutes les mesures qui seront prises pour l'atténuation,
21:57le bénéfice en sera à échéance de quelques décennies.
22:00C'est ça le problème.
22:00C'est l'absence de cette vision du temps long
22:03de nos décideurs politiques.
22:05Et ça peut être le cas aussi dans certains constructeurs,
22:08même s'ils le savent.
22:09Je n'ai pas vu de grands constructeurs
22:12qui ignorent ces problèmes de réchauffement climatique,
22:16ces problèmes de confort d'été.
22:17Mais quelquefois, on me parle de surcoût
22:19et on n'ose pas aller jusqu'où il faudrait aller
22:22par rapport à la qualité de la construction.
22:24Est-ce que l'eau, je voudrais bien qu'on parle un peu
22:26de l'eau, de l'accès à l'eau.
22:29Est-ce que, évidemment, qui dit canicule, dit sécheresse ?
22:32Ce n'est pas forcément lié, mais bon, c'est lié.
22:36Non, c'est lié.
22:37C'est concomitant, oui.
22:38Non, pas systématiquement, mais c'est très souvent concomitant
22:41parce que l'un amplifie l'autre.
22:46Disons que quand il y a une canicule qui commence
22:48et ça assèche les sols
22:50et il y a moins de vapeur d'eau dans l'atmosphère,
22:52c'est un cycle assez vicieux
22:53qui fait qu'effectivement, canicule et sécheresse
22:57sont souvent concomitantes.
22:58Et ça se traduit par une intensification
23:00des risques de feux de forêt.
23:02C'est très clair.
23:03Peut-être qu'une partie de nos téléspectateurs
23:05et téléspectatrices ont du mal à comprendre
23:07parce qu'il y a eu beaucoup de pluie, par exemple, cet hiver.
23:09On a dit, ah bon, dans beaucoup de régions,
23:10les nappes phréatiques se sont remplies.
23:12Et malgré tout, on continue de parler de sécheresse.
23:13Comment on explique ça ?
23:14Alors ça, par contre, c'est le schéma malheureusement idéal
23:18pour les feux de forêt et qui risque de se reproduire.
23:21Ce que l'on envisage, au moins dans le nord de la France
23:23ou dans une partie de la France,
23:25ce sont plus de précipitations d'hiver
23:27avec, au niveau de la végétation,
23:29une végétation de printemps très fournie.
23:32Et c'est justement cette végétation de printemps très fournie
23:35qui sèche au début de l'été
23:39et qui va servir de combustible pour les feux de forêt.
23:42Ce mécanisme, disons, ce schéma,
23:46disons, précipitations très importantes en hiver,
23:51puis sécheresse,
23:52est malheureusement très favorable
23:54par rapport au risque de feu,
23:56très défavorable par rapport au risque de feu de forêt.
23:58Quant à l'eau lui-même, ça devient un vrai problème.
24:00On avait longtemps ce sentiment
24:01que l'eau était quelque chose, disons,
24:04dont on pouvait utiliser sans compter.
24:06Oui, c'est peut-être lié à la position géographique de la France.
24:09On se dit, on est un peu béni des yeux,
24:10on n'aura pas de souci d'eau.
24:11Absolument, même dans des régions comme la Bretagne,
24:13c'est vrai, il y a beaucoup de régions.
24:15Même dans des régions comme le sud-est,
24:17il peut y avoir des sécheresses très longtemps.
24:19On a compris qu'on pouvait s'alimenter
24:22depuis que les Alpes sont un réservoir magnifique.
24:25Mais malheureusement, là aussi,
24:28le réchauffement climatique fait que la fonte des neiges
24:31est avancée de quelques mois,
24:32de quelques semaines, voire de quelques mois.
24:34Et donc, du point de vue saisonnier,
24:36il y a beaucoup moins d'eau
24:39qui vient des montagnes,
24:42des massifs montagneux dans ces régions.
24:44Et là aussi, ça peut poser des questions.
24:47Donc, l'enseignement qu'on peut avoir,
24:48c'est que je crois que l'eau est un bien commun.
24:51Et ce que je regrette, je l'ai dit,
24:53c'est qu'avec les arguments qui sont les leurs,
24:57je connais bien le monde agricole,
24:59je souhaiterais que ça ne soit pas un bien commun,
25:01mais que ça soit un bien à leur disposition première,
25:03qui soit prioritaire.
25:05Et je crois que non, il faut vraiment...
25:07Il y a une utilisation de l'eau,
25:09bon, voilà, pour l'agriculture,
25:11pour notre alimentation directe,
25:13pour l'énergie.
25:14On a vu que ce n'est pas si simple.
25:16Disons, il y a vraiment des problèmes.
25:19Il y a eu des problèmes sur les centrales nucléaires
25:21posées par le réchauffement climatique.
25:23Voilà, en tout cas en France,
25:25mais aussi dans d'autres régions,
25:26sur le Danube.
25:27Mais aussi, c'est vrai aussi, bien sûr,
25:29pour le tourisme, tout cela,
25:31donc les activités économiques.
25:32Donc, il faut garder,
25:34maintenir cette idée d'eau comme un bien commun.
25:37C'est un enjeu, évidemment, politique
25:39pour les pays, pour les villes,
25:41mais pour les entreprises aussi.
25:43Est-ce qu'il faut convaincre les entreprises
25:44que les enjeux hydriques,
25:46le stress hydrique,
25:47les arrêtés de restrictions d'eau,
25:49les concernent déjà ?
25:50Oui, elles les concernent déjà.
25:51Bon, voilà, je peux citer un exemple
25:54qui est, bon, sans prendre parti,
25:56sur celui de ma région.
25:57Donc, je crois que c'est le Duf
25:59qui souhaitait s'établir à l'IFRE.
26:01Et en fait, en Ile-et-Vilaine,
26:02il n'y a pas un accès à l'eau très facile.
26:03Il n'y a pas de nappe.
26:04Donc, on n'utilise que l'eau qui...
26:07pratiquement que l'eau de pluie,
26:08disons, quelques jours après.
26:10Et donc, voilà, ça a été...
26:12Disons, son projet a été contesté
26:14parce qu'il utilisait relativement beaucoup d'eau.
26:16Et d'ailleurs, il ne s'est pas concrétisé en France.
26:19Donc, c'est un exemple où, déjà, le problème de l'eau,
26:22disons, a posé une...
26:24Disons, a immédiatement posé
26:26celui de l'implantation d'une entreprise.
26:27Alors, je ne sais pas si c'est à tort ou à raison,
26:29mais c'est clair que nous sommes dans une région
26:32où on doit réfléchir à l'alimentation,
26:35enfin, à l'utilisation de l'eau.
26:36Une dernière question, Jean Jouzel,
26:38sur cette année présidentielle.
26:41Comment vous, scientifique...
26:43Alors, vous l'avez déjà fait,
26:44et vous le faites là en prenant la parole.
26:45Mais comment vous imaginez peser sur ce débat ?
26:49D'abord, dire et redire.
26:51Voilà, mais bon...
26:53Donc, notre communauté scientifique est quand même présente.
26:56Voilà, et nous devons dire,
26:58et de ce souhait que...
27:01Les candidats à la présidentielle,
27:03au sensage,
27:03s'emparent de ce problème de réchauffement climatique,
27:06qu'ils ne le mettent pas, disons, en sourdine.
27:09Au contraire, qu'ils s'en emparent
27:10et qu'ils le mettent au cœur de leur campagne.
27:11Et c'est vraiment un problème de société.
27:14Disons, ça interroge le mode de fonction de nos sociétés.
27:17Le bâtiment, l'urbanisme, la mobilité,
27:19notre alimentation, c'est notre vie de tous les jours.
27:21Voilà, donc, c'est pas simplement des températures, de l'eau.
27:24C'est vraiment comment notre société fonctionne.
27:27Et c'est cela.
27:27Et puis, bon, j'essaierai aussi de témoigner.
27:31Alors, pas forcément de m'impliquer,
27:33mais de témoigner lorsqu'on m'invitera.
27:35Justement, c'est ce que vous faites, Thomas Hugues.
27:37Je vous en remercie.
27:39C'est important, effectivement,
27:40pour revenir à une question qu'on a rapidement évoquée.
27:43Les médias jouent un rôle très positif.
27:45J'ai le regret que certains médias,
27:47sur les 20 ou 30 dernières années,
27:49ont donné trop de place au climato-sceptique.
27:52Et c'était, je crois, à tort, franchement.
27:54Merci beaucoup, Jean-Juzel.
27:57Et bon salon de l'immobilier.
27:59Bacarbonne, à très vite sur l'antenne de Bsmart4Change.
28:02Merci beaucoup.