- il y a 1 semaine
Ce sont des petits gestes que nous connaissons tous: attraper son téléphone, le déverrouiller comme un réflexe, regarder un message, juste une seconde en pleine réunion, ou encore ce vu sans réponse qui nous fait cogiter. Alors, à quel moment la connexion, qui est bien évidemment censée nous rapprocher, commence-t-elle à fragiliser nos relations? Certaines études montrent que lorsque nous sommes interrompus dans une activité, il peut nous falloir une vingtaine de minutes pour revenir pleinement à ce que nous faisions. Faut-il vraiment moins utiliser son téléphone ou apprendre à mieux l’utiliser?
Claire Dahan, psychologue clinicienne, auteure du livre “Trop connectés pour être heureux ?”, aux éditions Marabout, est l’invitée de Margaux de Frouville et Alain Ducardonnet dans Le Podcast Santé.
Claire Dahan, psychologue clinicienne, auteure du livre “Trop connectés pour être heureux ?”, aux éditions Marabout, est l’invitée de Margaux de Frouville et Alain Ducardonnet dans Le Podcast Santé.
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00:00Ce sont des petits gestes que nous connaissons tous, attraper son téléphone, le déverrouiller comme un réflexe, regarder un message
00:07juste une seconde en pleine réunion, ou encore ce vu sans réponse qui nous fait cogiter.
00:12Alors à quel moment la connexion, qui est censée bien évidemment nous rapprocher, commence-t-elle à fragiliser nos relations
00:18?
00:19Certaines études montrent que lorsque nous sommes interrompus dans une activité, il peut nous falloir une vingtaine de minutes pour
00:25revenir pleinement à ce que nous faisions.
00:27Avec quel effet sur notre quotidien et sur nos liens avec nos proches, et surtout sur notre propre capacité à
00:33rester avec nous-mêmes ?
00:34Faut-il vraiment moins utiliser son téléphone ou apprendre à mieux l'utiliser ? On va voir tout ça dans
00:39cet épisode.
00:42Je suis Margot Daufouville, chef du service santé de BFM TV.
00:45A ses côtés, Alain Ducardonnay, médecin, consultant santé BFM TV.
00:49Vous écoutez le podcast santé, le podcast qui prend soin de vous.
00:55Claire Daron, bonjour.
00:56Bonjour.
00:56Vous êtes psychologue clinicienne depuis une vingtaine d'années, vous avez commencé très tôt.
01:02Vous venez de publier « Trop connecté pour être heureux », je dis bien « Trop connecté pour être heureux
01:07» aux éditions Marabou.
01:08Alors pourquoi avoir choisi ce thème ? Est-ce que c'est un phénomène d'actualité ?
01:12Est-ce que c'est en fin de compte les patients qui viennent vous voir qui en fin de compte
01:15vous ont inspiré ?
01:17Les patients qui viennent me voir, bien sûr, mais pas que.
01:19Mon entourage, la société et au sein même de ma propre famille.
01:24Trop connecté pour être heureux, c'est la question de, est-ce que c'est une quantité, la problématique,
01:29ou est-ce que c'est une qualité de ce qu'on y fait ? Donc c'est le sujet
01:31du livre.
01:32On imagine bien que vos patients ne viennent pas vous voir en disant « J'ai un problème avec mon
01:36téléphone »,
01:36mais est-ce que parfois, au détour d'une consultation, vous allez voir que derrière ça, il y a un
01:42problème d'hyperconnexion ?
01:43Et d'ailleurs, quand est-ce qu'on parle d'hyperconnexion ?
01:45Oui, c'est une bonne question. Personne ne vient me voir en me disant « J'ai besoin de me
01:49déconnecter,
01:50j'ai besoin de moins consommer de la connection ».
01:52C'est pas une addiction ?
01:53Ça, c'est une très bonne question. Ça fait débat, justement.
01:55Pour certains, c'est une addiction, parce que ça vient bouleverser le système de récompense.
02:00Mais pour d'autres, le smartphone doit être envisagé dans sa dimension fonctionnelle.
02:06C'est-à-dire, le problème, ce n'est pas le fait d'être tout le temps sur son téléphone,
02:09mais qu'est-ce qu'on y fait ?
02:11Et puis, l'addiction, on sait très bien que ça nous empêche de continuer certaines activités,
02:15ce qui n'est pas le cas. On voit que, par exemple, les ados ou les adultes,
02:18quand on leur propose quelque chose de mieux à faire, ils arrivent à se déconnecter.
02:21En tout cas, trop connectés, ça nous concerne tous,
02:23et c'est pour ça que j'ai décidé de travailler sur le sujet.
02:26Quand est-ce que vous voyez que quelqu'un a un problème avec son téléphone ?
02:29Pour répondre à votre question, quand ça pose problème dans la sphère professionnelle, relationnelle,
02:35dans la sphère... En fait, la différence entre le normal et le pas normal
02:39réside dans l'intensité et la fréquence.
02:41Par exemple, je reçois des parents, beaucoup, qui viennent me dire
02:44que le smartphone est un sacré sujet de dispute à la maison,
02:47mais aussi des couples ou des personnes qui vivent une rupture,
02:51des fameuses ruptures qui se font maintenant via des applications ou via des smartphones.
02:56Et finalement, même si on ne vient pas pour le smartphone,
02:58on en parle beaucoup en consultation.
03:01En fin de compte, c'est l'aspect relationnel qui est peut-être mis en jeu,
03:04puisqu'il y a aujourd'hui un paradoxe, c'est qu'on se dit, en fin de compte,
03:07on est connecté à tout le monde, on est tous connectés, on peut tous s'appeler,
03:10en fin de compte, mais est-ce que la relation n'a pas évolué ?
03:14C'est-à-dire la qualité de la relation, est-ce que ce n'est pas là le vrai problème
03:17?
03:17Tout à fait, c'est-à-dire qu'on assiste à une époque où les gens se sentent très seuls,
03:22et pourtant, ils sont tout le temps en ligne.
03:23Alors, qu'est-ce qui se passe ? Bien sûr que ça vient bouleverser notre sphère relationnelle,
03:27parce que le lien, aujourd'hui, est massivement médiatisé par les écrans.
03:32Comment est-ce qu'on fait pour bien mesurer ce lien,
03:36et pour ne pas donner trop de place au lien virtuel versus le lien réel ?
03:39Ce livre va nous apprendre, en fait, à réinvestir le vrai lien, le lien incarné,
03:44et puis se questionner sur nos usages numériques.
03:46À partir de quand ça devient problématique ?
03:48À partir de quand ça remplace ma vraie vie et mes vraies relations ?
03:51Est-ce qu'il faut distinguer, selon vous, connexion et relation ?
03:54Oui, alors, c'est intéressant, parce que quand on voit l'évolution,
03:58on nous a vendu la connexion comme étant la preuve de la relation.
04:02On se souvient tous, les gens qui ont mon âge, en tout cas, du slogan « Connecting people ».
04:06C'est-à-dire qu'on nous a vendu l'idée que l'autre, absent, ne sera plus jamais absent.
04:11Qu'on allait pouvoir continuer à distance, à être en lien,
04:15alors à travers le téléphone, et puis ensuite à travers la visioconférence.
04:18Et tout ça, c'est des concepts qui sont extrêmement séduisants,
04:21puisqu'on a tous un besoin viscéral et humain,
04:24et normal et archaïque, d'être en lien.
04:27Simplement, on est arrivé à confondre la connexion,
04:30qui est un signal binaire, je suis connecté ou pas,
04:32avec la relation.
04:34La relation, elle, elle évolue au gré de nos humeurs,
04:38au gré de ce qui se passe au sein d'une interaction entre deux personnes,
04:42et une relation n'est pas binaire.
04:44Une relation est quelque chose qui se travaille,
04:46qui évolue, qui demande des ajustements.
04:48Et la relation ne peut pas passer, donc, par le texte qu'on envoie par le téléphone ?
04:52Pas que !
04:53Il faut garder la relation humaine.
04:55C'est vrai que vous commencez votre livre par quelque chose d'assez original,
04:58vous commencez par 142 kilomètres,
04:59ça pourrait être le titre d'une pièce,
05:01non, 142 kilomètres parcourus par notre pousse chaque année en scrollant.
05:06Pourquoi avoir choisi ce chiffre ?
05:08Ça vous paraît impressionnant ?
05:10C'est parce que c'est la petite poussette ?
05:12C'était le fameux titre de ça ?
05:14Alors, pour plusieurs raisons.
05:15D'abord, j'utilise beaucoup de métaphores.
05:17Dans mon métier, je fais de l'hypnose,
05:19donc je pense qu'il y a une déformation professionnelle à la métaphore.
05:22Mais je trouve que ça nous permet de mesurer, de réaliser.
05:25Tiens, ça fait quelques marathons, 3,5 marathons, ça fait beaucoup quand même.
05:30Et ce que ça m'a inspiré comme image, c'est de se dire,
05:33si vraiment on courait autant qu'on scrollait, on serait en meilleure santé.
05:37Donc, il y a une prise de conscience qu'on n'a pas forcément sur notre temps d'écran,
05:41justement parce que le temps d'écran, il est fragmenté, un peu par-ci, un peu par-là.
05:46Cette métaphore, elle nous fait prendre conscience que ce n'est pas juste des petits moments,
05:51mais que c'est sacrément important dans nos vies quand même.
05:53Vous parlez de grignotage numérique, tous ces moments où on est dans les transports,
05:58on attend son tour dans un commerce, au réveil même avant de dormir.
06:03Pourquoi ces petits moments sont importants d'un point de vue psychologique ?
06:06Alors, tous les temps, en fait, les temps qu'on avait avant,
06:10qui étaient des temps morts, des temps vides et de l'ennui,
06:13j'ai le sentiment qu'ils ont été revendus à nos écrans.
06:16Alors, pourquoi ces problématiques ?
06:17D'abord, parce que, comme je le disais tout à l'heure,
06:19ça induit qu'on ne se rend pas compte du temps qu'on y passe.
06:24Deuxièmement, les temps morts, les temps d'ennui,
06:26ils sont très importants pour nous ressourcer, pour la créativité,
06:30pour une meilleure concentration et pour tout ce qui va être l'élaboration interne,
06:35l'élaboration psychique.
06:36Ça veut être, par exemple,
06:39comment est-ce que je peux intégrer ce qui m'est arrivé dans la journée ?
06:41Comment est-ce que je peux anticiper ce qui va m'arriver ?
06:44Eh bien, aujourd'hui, on est sur-sollicité,
06:46on est sur-stimulé par, justement, des petits contenus,
06:49des petites infos, plein de notifications,
06:52qui font qu'à la fin, on ne se rend pas compte
06:55qu'on a une partie de notre énergie psychique et relationnelle et affective
06:59qui est mangée.
07:00Moi, ce qui m'a beaucoup surpris, en fin de compte, dans ce livre,
07:02c'est quand vous dites qu'il faut, dans une étude que vous citez,
07:0623 minutes et 15 secondes est un temps moyen nécessaire,
07:10alors qu'on est capté par son téléphone,
07:12pour revenir pleinement à ce qu'on faisait au moment où le téléphone vous a accaparé.
07:16Ça paraît absolument énorme.
07:18Oui, c'est un chiffre que j'ai vérifié plusieurs fois,
07:20parce que je me suis dit, mais c'est énorme !
07:21Et en fait, c'est Gloria Marc qui fait cette étude,
07:24qui est psychologue et qui est spécialisée dans tout ce qui concerne la communication,
07:28et elle explique qu'en fait, quand on est interrompu,
07:31il faut 23 minutes pour revenir à notre tâche initiale,
07:34parce qu'entre-temps, il y a des étapes, des tâches intermédiaires.
07:38Alors, dans le relationnel, par exemple, l'impact que ça peut avoir,
07:41c'est que je vais être avec vous en train de discuter,
07:43ou avec un ami, etc., je vais être pleinement là,
07:45et puis il va y avoir ces petites interruptions
07:47qui font que je vais switcher sans arrêt.
07:50Et la qualité de la relation, forcément, elle n'est plus la même.
07:55Alors, on parle beaucoup d'attention, du temps qu'on perd.
07:58Moi, j'ai voulu dans ce livre parler du lien qu'on perd, en fait.
08:02On dit que quand on est vraiment avec quelqu'un, on est ici et maintenant.
08:05On a perdu cette capacité à être ici et maintenant.
08:08Pourtant, quand on parle à quelqu'un et qu'on est interrompu par les notifications,
08:11on ne va pas s'arrêter de répondre pendant 23 minutes.
08:14Il y a un moment où on va dire, désolé, je n'étais plus là.
08:18Est-ce que tu peux répéter ?
08:19Mais ça, ça se mesure vraiment concrètement ?
08:21Alors, elle parle de tâches.
08:23Ce sont des choses qu'elle a étudiées dans le monde professionnel.
08:26Moi, ce que je suggère, c'est que finalement,
08:28ces interruptions, ou même la possibilité d'une interruption,
08:33vient affaiblir la qualité des liens.
08:34On appelle ça « the iPhone effect ».
08:36On se rend compte que des conversations en présence d'un smartphone
08:40réduisent la qualité des échanges, l'empathie, la richesse des conversations.
08:44Et ce n'est pas rien, c'est super important d'expliquer.
08:46Je pense que l'attention, ce n'est pas juste ce qui nous sert à mieux travailler
08:50ou mieux nous concentrer.
08:51C'est aussi ce qui nous sert à recevoir et à donner quelque chose dans la relation humaine.
08:57C'est ce qu'on appelle aussi la « technoférence ».
09:00Oui, alors, tout à l'heure, là, on parlait des interruptions involontaires.
09:04D'accord ? Vous êtes en train de boire un café avec quelqu'un,
09:05vous recevez une notif, ce n'est pas de votre faute, on vous envoie un message.
09:09Là, la technoférence, ce sont des interruptions, mais volontaires.
09:13C'est-à-dire qu'on va, à un moment, être interrompu dans ce qu'on fait,
09:18dans ce qu'on est en train de dire à l'autre.
09:20Et au final, toutes ces petites interruptions vont effectivement nous détourner
09:24de ce qui est en train de se passer.
09:26Alors, on est en plein en ce moment dans la discussion de savoir
09:29est-ce qu'en fin de compte, tous ces smartphones,
09:31on doit les interdire aux enfants à partir de 15 ans, après 15 ans ?
09:36Vous dites quand même aussi dans ce livre que 51% des parents d'enfants de moins de 5 ans
09:42estiment utiliser trop leur écran lorsqu'ils sont avec leur enfant.
09:45Oui.
09:46Donc, il y a le problème, bien sûr, de l'interruption, en fin de compte,
09:50peut-être de la relation avec l'enfant,
09:51mais il y a aussi l'image qui se crée chez l'enfant
09:54de ce qu'est la vie du parent avec son smartphone.
09:58Or, le principal régulateur en éducation, c'est l'exemple parental.
10:03Et ça, c'est vrai que c'est un sacré problème.
10:05Et ce chiffre, il est intéressant parce que les digital détoxeurs,
10:09aujourd'hui, avant, c'était des personnes qui travaillaient énormément,
10:13qui risquaient de faire un burn-out, etc.
10:15Maintenant, on assiste à des profils,
10:18ce sont des parents qui voudraient consacrer plus de temps à leur enfant.
10:21Donc, d'une part, les parents culpabilisés sont frustrés,
10:24et d'autre part, ils se rendent bien compte qu'on s'est fait piéger, en fait.
10:28On n'est plus un modèle pour nos enfants
10:30quand on passe notre temps sur nos smartphones,
10:32et du coup, c'est compliqué ensuite.
10:34Quelle solution face à cela ?
10:36Déjà, tu as changé sur sa consommation personnelle, sur ses habitudes ?
10:40Déjà, je pense qu'il faut un peu de bon sens éducatif,
10:43c'est-à-dire expliquer aux enfants, voilà,
10:45on a des droits et des devoirs d'adultes,
10:48et puis on a des droits que tu n'as pas forcément,
10:50comme conduire une voiture ou aller se coucher tard.
10:54Et puis, il lui expliquait, c'est-à-dire nommer les choses.
10:56Tu vois, là, je suis en train de répondre à un mail.
10:58Et le plus important, c'est vraiment de dissocier,
11:01c'est-à-dire d'avoir des moments où le téléphone n'est pas là,
11:04pas seulement où il est inversé,
11:05mais où il est dans une autre pièce, dans notre sac,
11:08et où on puisse être pleinement là.
11:10Parce qu'on ne peut pas dire quelque chose à nos enfants
11:12et faire l'inverse systématiquement,
11:14même si on n'a pas les mêmes droits et les mêmes devoirs.
11:17Est-ce que ça a un impact sur l'autre ?
11:18Parce que là, par exemple, j'ai mon smartphone ici,
11:20et ici, il ne va pas sonner, tout va bien.
11:23Mais est-ce qu'en fin de compte, lorsqu'on est avec quelqu'un,
11:27l'autre personne va également subir un préjudice ?
11:30Est-ce qu'en fin de compte, le fait que je jette un oeil
11:32et que je dise, ah ben tiens, voilà,
11:34est-ce que l'autre personne va se dire,
11:35alors je ne compte plus pour lui,
11:36est-ce qu'il y a une part de perte de confiance dans l'autre ?
11:40Même inconsciente.
11:41Même inconsciente, c'est ce que j'allais dire,
11:42c'est-à-dire que ce n'est pas volontaire de notre part,
11:46mais la personne se dit,
11:47le message tacite qu'on envoie à quelqu'un,
11:49c'est ce qui se passe sur mon écran,
11:51c'est plus important.
11:52Et c'est très désagréable,
11:53si vous avez déjà fait un moment avec quelqu'un
11:55qui regarde tout le temps son smartphone,
11:57on se sent quelque part plus dans le lien.
11:59Surtout quand on est en couple, non ?
12:02Quel impact sur le couple ?
12:04Il y a des gens en couple qui, par exemple,
12:05utilisent cette stratégie.
12:07Pour se parler ?
12:07Pour ne pas se parler.
12:10C'est-à-dire qu'on envoie à certaines disputes,
12:12moi j'ai des couples qui me racontent,
12:14à chaque fois qu'on se dispute,
12:15elle prend son téléphone portable,
12:17et c'est une manière de dire,
12:18tu n'es pas important pour moi.
12:20De contourner la difficulté.
12:21Oui.
12:22On l'oubliera peut-être après.
12:24En vous penchant sur les différentes études
12:27pour l'écriture de votre livre,
12:29qu'est-ce que vous avez changé dans votre usage numérique ?
12:32C'est intéressant.
12:33Moi, dans mon usage numérique,
12:35depuis longtemps déjà,
12:36un jour par semaine, je déconnecte.
12:37Et ça, ça me permet vraiment d'avoir un usage,
12:40on va dire, de prendre conscience de mon usage,
12:43parce que le jour, du coup,
12:44où je ne consomme pas, je me rends compte...
12:46Donc ça veut dire pas du tout de téléphone,
12:47vous le laissez chez vous ?
12:48Pas du tout d'écran.
12:48Voilà.
12:49Un jour par semaine, ça c'est important.
12:51Ce que ça a modifié,
12:52je parle par exemple beaucoup du like
12:54ou de l'exposition de soi.
12:56Donc ça m'a permis de me questionner
12:57à chaque fois qu'on présente quelque chose de soi,
13:00qu'est-ce que ça signifie.
13:02Donc oui, effectivement, ça change nos usages.
13:04Ça m'a questionné aussi sur les enfants,
13:06puisque je suis la maman aussi d'une adolescente.
13:09Donc c'est un livre, encore une fois,
13:11qui ne se veut pas moralisateur,
13:13pas culpabilisant,
13:14mais qui nous concerne tous
13:15et je pense être aussi,
13:17faire partie de ces gens qui sont hyper connectés.
13:20Il y a un truc qui est intéressant,
13:21c'est qu'en fait,
13:22on reçoit un message,
13:24donc on l'a lu,
13:25donc ça s'affiche,
13:26puisque vous êtes totalement fliqués,
13:30en quelque sorte.
13:31Par rapport à l'autre,
13:32si vous ne répondez pas,
13:34pendant une heure,
13:34pendant deux heures,
13:35pendant trois heures,
13:36est-ce que ça a un impact pour l'autre ?
13:38Est-ce que ça veut dire que l'autre va dire
13:40« non, il s'en fiche de toute façon »
13:41ou est-ce que, en fin de compte,
13:44c'est une façon de répondre ou de ne pas répondre ?
13:46C'est très intéressant comme question,
13:47on appelle ça le « vu mais pas répondu ».
13:49Il faut savoir que c'est un champ d'études.
13:50Aux Etats-Unis, au Canada,
13:51il y a plein d'études qui ont été faites là-dessus.
13:54Alors, le « vu mais pas répondu »,
13:56ça vient heurter nos attentes.
13:58C'est-à-dire qu'on attend une réponse,
14:00on sait que tout le monde est connecté,
14:01donc on se dit « c'est pas possible
14:02qu'elle ait plus de batterie,
14:03pas de réseau, voilà ».
14:05On voit en ligne, en plus.
14:06En ligne.
14:07Ou bien les trois petits points en temps.
14:09Donc, elle ne fait pas autre chose à ce moment-là.
14:10Oui, elle ne fait pas autre chose à ce moment-là.
14:12Et à ce moment-là,
14:13on est confronté à la relation.
14:14Si la relation est safe,
14:16elle est sécure,
14:17alors on se dit « bon, ok,
14:18elle est occupée ».
14:19Si la relation n'est pas sécure,
14:20ou si la relation,
14:21elle est, je ne sais pas moi, professionnelle,
14:23on ne connaît pas bien la personne,
14:24alors notre cerveau va interpréter.
14:27Parce que le cerveau a horreur du vide,
14:28et donc il fait des interprétations.
14:30C'est qu'il s'en fiche,
14:31c'est qu'il veut me signifier ça et ça.
14:33Et ça, on le voit beaucoup
14:34dans les relations amoureuses.
14:35Est-ce que c'est vrai pour tout le monde,
14:37ou est-ce que ça va dépendre
14:39de notre passé,
14:40de nos blessures passées ?
14:42Alors, on n'est pas égaux
14:43face aux signaux numériques.
14:44Les signaux numériques,
14:45comme le « vu pas répondu »,
14:46mais aussi comme un « like »,
14:47comme les trois petits points,
14:49comme des lettres majuscules, etc.,
14:52on ne les interprète pas
14:53pour ce qu'ils sont,
14:53on les interprète avec ce qu'on est.
14:55C'est-à-dire au filtre
14:56de nos propres manières
14:58de nous attacher.
14:59Et l'intérêt de ce livre aussi,
15:01c'est d'avoir pu relier
15:03nos usages numériques
15:04à nos attachements.
15:05Et nos attachements,
15:06ils sont le fruit
15:07de nos expériences passées,
15:09en particulier dans l'enfance,
15:10qui continuent à nous impacter
15:11tout au long de notre vie.
15:13Et puis, il y a tous ces émojis
15:14qu'on voit apparaître
15:15tout le temps,
15:16qui en rajoutent,
15:17qui remplacent parfois même
15:18le texte.
15:20Quel est leur poids ?
15:21Quelle est leur signification
15:24dans ce non-dialogue ?
15:25Mais leur poids est énorme
15:27parce qu'en fait,
15:27quand on se parle,
15:28moi j'interprète
15:29ce qu'on se dit là,
15:30je regarde votre regard,
15:32vos gestes,
15:32et donc là je peux traduire.
15:34Tiens, qu'est-ce qu'ils pensent ?
15:34Qu'est-ce qu'elles pensent ?
15:35Et c'est facile,
15:36parce qu'on connaît
15:38les êtres humains
15:39et on connaît
15:39les expressions de visage.
15:41Quand on enlève le non-verbal,
15:43du coup, on va attribuer
15:45une signification
15:45à un émoji.
15:46Et qu'est-ce qui se passe
15:47quand on se trompe d'émoji
15:48ou quand on se trompe ?
15:49J'avais un patient
15:50qui me disait
15:51« Ma femme m'a fait
15:51toute une histoire
15:52parce que ma collègue
15:53m'a envoyé un message
15:54« Merci pour le massage
15:56de ce matin »
15:56et non « Merci pour le message
15:58de ce matin ».
15:59Eh bien ça,
15:59ça a fait une scène de crime.
16:01C'est une lettre,
16:02c'est même pas un émoji
16:03parce qu'elle a imaginé
16:04l'émoji après le massage.
16:07C'est encore pire.
16:08Pour les enfants,
16:09qu'est-ce qu'on doit dire
16:10aux parents aujourd'hui ?
16:12On disait que c'est
16:13en plein débat
16:13sur l'interdiction
16:14des réseaux sociaux
16:16avant 15 ans.
16:18Qu'est-ce que vous diriez
16:19après l'écriture
16:20de votre livre ?
16:21Alors, pour les enfants,
16:22ce qui est important,
16:23c'est de leur parler
16:23justement de cette
16:26connexion-relation
16:27versus relation.
16:28Je crois que c'est important
16:29de mesurer
16:29la maturité affective
16:31de l'enfant.
16:32C'est important
16:32qu'il y ait un climat
16:33de dialogue
16:34avec les parents.
16:35On ne donne pas
16:35un smartphone à nos enfants
16:37comme on leur donne
16:38un jouet.
16:39De la même façon
16:40que quand on donne
16:41sa carte bleue
16:42ou les clés de la voiture
16:43à son enfant,
16:44on va s'assurer
16:45qu'ils connaissent
16:45le code de la route.
16:47C'est important
16:47de leur expliquer
16:48qu'on n'est pas forcément
16:50aimé par tout le monde,
16:52qu'on n'a pas
16:54autant d'amis
16:54que de followers.
16:56Ce n'est pas la même chose.
16:57On est fait,
16:58l'être humain est fait
16:59pour évoluer
16:59au sein de plus petits cercles.
17:01On a nos amis proches,
17:02on a nos amis
17:02un peu plus lointains,
17:03etc.
17:04On a nos connaissances,
17:05c'est important
17:06de préserver.
17:07Alors bien sûr,
17:07il y a toute la partie
17:08sécurité.
17:09Je n'en parle pas
17:10dans mon livre
17:10parce que d'autres
17:11l'ont fait avant moi
17:12mais c'est évident
17:13qu'il faut assurer
17:14leur sécurité
17:14et leur expliquer
17:15ce qui est réellement
17:16dangereux.
17:17Mais leur expliquer
17:18aussi ce qui est dangereux
17:18en termes psycho-affectifs.
17:21Ce sentiment d'être seul
17:22ou de ne pas être aimé,
17:23eh bien,
17:23il faut en parler avec eux.
17:25Vous racontez
17:26une histoire intéressante
17:26qui est le cas d'Emma,
17:2714 ans,
17:28qui n'arrive plus
17:29à faire ses devoirs
17:30sans vérifier son téléphone.
17:31Donc en fin de compte,
17:32elle est totalement
17:33indépendante de son téléphone.
17:34Mais par contre,
17:35quand elle fait
17:35en fin de compte du piano
17:36qui la passionne,
17:37elle l'oublie complètement.
17:39Pourquoi cette dissociation ?
17:41Justement,
17:42ça revient à votre question
17:43de l'addiction.
17:44Vous voyez,
17:44une vraie addiction.
17:45Eh bien,
17:46si on me propose
17:46quelque chose d'autre
17:47à la place d'une drogue,
17:49je vais,
17:49si je suis addict,
17:50préférer la drogue.
17:51on n'est pas dans
17:52une vraie addiction.
17:53La plupart des gens,
17:54des enfants,
17:54quand on leur propose
17:55quelque chose de sympa,
17:56elles aiment jouer,
17:58eh bien,
17:58elles préfèrent faire ça.
17:59Donc ça veut dire,
18:00c'est plutôt bon signe
18:01d'ailleurs cet exemple,
18:02ça veut dire que
18:03l'éducation en numérique,
18:04elle est possible
18:05et elle est importante.
18:07Qu'est-ce qu'ils vous disent
18:08aujourd'hui,
18:09les parents d'ados ?
18:11Est-ce qu'il y en a
18:12qui vont vraiment
18:13trop loin
18:13et qui ont du mal
18:14à reprendre le contrôle ?
18:15Oui, tout à fait.
18:16Il y en a qui vont
18:17trop loin en termes de temps,
18:19mais aussi en termes
18:19de contenu.
18:21Moi,
18:21ce qui m'interpelle vraiment,
18:22c'est que j'anime
18:22des ateliers en milieu scolaire.
18:24Ce sont les ados
18:25qui me disent à 15 ans,
18:26j'ai déjà,
18:27j'ai essayé
18:27de me désintoxiquer,
18:29mais j'y arrive pas.
18:30Et d'autres aussi me disent,
18:31mais si j'avais eu le choix,
18:33j'aurais préféré
18:33avoir le portable
18:34un peu plus tard.
18:35C'est quand même dingue.
18:36Donc,
18:37pour ceux avec lesquels
18:38on est un petit peu durs
18:39en tant que parents,
18:40il faut leur dire,
18:40tu sais,
18:41t'es pas as-been,
18:42t'es très tendance en fait.
18:44Donc en fait,
18:45aujourd'hui,
18:45la notion pour vous
18:46de donner un smartphone
18:47à 15 ans,
18:48vous paraît le bon âge,
18:49même si on a bien compris
18:50dans votre propos
18:51que la maturité,
18:53en quelque sorte,
18:53par rapport à cette connexion
18:55particulière,
18:56n'était pas la même
18:56pour tout le monde ?
18:57Il faut distinguer
18:58l'usage du téléphone
19:00au collège
19:00qui est pratique
19:01parce qu'on veut
19:02appeler ses parents
19:02et l'usage des réseaux sociaux.
19:04On peut tout à fait
19:05donner un portable
19:06à nos enfants
19:07sans réseaux sociaux
19:09et puis voir ensuite
19:10comment les choses évoluent.
19:11C'est évident
19:12qu'à l'entrée au collège,
19:13je pense qu'on n'est pas armé
19:15pour tout ce qu'on peut rencontrer
19:16sur les réseaux sociaux
19:17et puis continuer le dialogue
19:19avec les enfants,
19:20leur expliquer,
19:21leur parler de nos erreurs aussi
19:23puisque nous aussi,
19:24on s'est fait un petit peu
19:25envahir par tout ça.
19:27Et continuer le dialogue,
19:30l'échange autour de ces sujets-là,
19:31c'est important.
19:32Dernière question,
19:33si vous deviez donner
19:34une seule chose à faire
19:35à quelqu'un
19:36qui a suivi cet épisode
19:38et qui se sent trop connecté,
19:40qu'est-ce que vous pourriez
19:40lui conseiller ?
19:42Ce que j'aimerais lui conseiller,
19:43c'est de voir comment,
19:44par exemple,
19:45il expérimente,
19:46est-ce que c'est différent
19:47dans son corps,
19:48dans ses relations,
19:49dans sa vie,
19:49lorsqu'il n'a pas de smartphone
19:50pendant un temps.
19:51Il y a beaucoup de gens
19:52qui n'ont jamais essayé
19:54de passer une heure
19:54ou de son smartphone.
19:55Et ce serait intéressant
19:57qu'il expérimente,
19:58qu'est-ce que ça lui fait ressentir
19:59qu'il ne ressemble pas forcément
20:00avec un écran à côté de lui.
20:02C'est bien en fait
20:03qu'on vous dise
20:04chaque semaine
20:05ou chaque fois
20:06la consommation qu'on a eue.
20:07Est-ce que ça a un impact ?
20:09Est-ce que c'est une prise de conscience ?
20:10Oui, je trouve que c'est intéressant
20:11de voir notre temps d'écran.
20:12Quand on regarde son temps d'écran,
20:14on se dit toujours
20:14« Ah ben, je pensais que c'était moi. »
20:17Voilà.
20:19Merci beaucoup, Claire Daan.
20:20On rappelle votre livre
20:21« Trop connecté pour être heureux »,
20:23c'est aux éditions Marabou.
20:25Merci.
20:26Eh bien, nous,
20:26on se retrouve la semaine prochaine
20:27si vous le voulez bien,
20:28ma chère Margot.
20:29Et d'ici là,
20:30prenez soin de vous.
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