00:00– C'est 10h31, l'éducation nationale en perdition, nous recevons Sophie Audugé, le nombre, bonjour, le nombre de livres
00:12qui sont écrits sur l'éducation nationale,
00:16pour souligner, et le floc Imad est là également, que l'éducation nationale est en perdition et qu'ils font
00:23le même constat sans que rien ne change,
00:27et c'est édité chez Fayard, nous en recevons quasiment un ou deux par semaine, je vous assure, on sait
00:42tout ça, c'est ça qui est terrible,
00:45tout ce que vous dites, c'est formidable d'ailleurs, je vais citer des choses, parfois effectivement, il y a
00:51des exemples qui sont différents d'un livre à l'autre,
00:54vous dites une chose, il y a un scandale silencieux plus profond et plus grave que tous les autres, celui
00:59du renoncement à instruire nos enfants,
01:02jamais dans l'histoire moderne de la France, l'écart entre les promesses de l'école et ses résultats n
01:06'a été aussi béant,
01:07l'instruction publique méritocratique a été détrônée par l'éducation nationale compassionnelle, paradoxalement le culte de l'égalitarisme l'a
01:14rendu structurellement inégalitaire,
01:16les enfants des milieux les moins défavorisés paient la facture de l'ignorance.
01:18Bon, ok, mais il y a une responsabilité des parents, les parents si vous leur faites un examen de CM2
01:27à 6ème,
01:28si vous faites un examen de 3ème en seconde, si vous dites aux enfants qu'ils n'iront plus faire
01:33le bac général,
01:34là vous avez les parents sur le dos.
01:37Alors, je ne partage pas votre point de vue du tout, je constate comme vous, qu'effectivement il peut y
01:43avoir sur la partie éducative
01:45d'une responsabilité des parents, mais ce n'est pas de ça dont on parle en fait.
01:48Effectivement, tout le monde fait le constat du déclassement de l'école de France, je veux dire, il faudrait être
01:53absolument aveugle
01:54ou totalement idéologique pour ne pas le constater. De toute manière, maintenant aujourd'hui, dans tout l'environnement économique,
02:00tous les patrons vous le disent, les écoles en prépa, ils ont obligé de refaire les bases des mathématiques,
02:07le déclassement atteint un niveau, je pense que les gens qui nous écoutent ne mesurent pas,
02:12c'est-à-dire qu'il y a plus de 20 ans, la France, par exemple, au classement PISA, le
02:15premier était à plus de 500,
02:16qui est vraiment un nombre de points qui caractérise les 15-20 premiers du classement,
02:22aujourd'hui on est à 450 à peu près, c'est-à-dire qu'on a perdu à peu près
02:2650 points, d'accord ?
02:27Ça signifie à peu près deux ans et demi d'apprentissage de perdus.
02:30Ce que vous évoquez, si vous voulez, c'est la base de ce que moi j'écris dans le livre,
02:33c'est-à-dire que moi j'ai cherché à comprendre et à expliquer à tous les gens qui me
02:37posaient la question,
02:38mais comment tu expliques ce qui s'est passé ?
02:40L'explication, elle est très simple, c'est-à-dire qu'on a créé en 1832 l'instruction publique,
02:45qui est devenue en 1932 l'éducation nationale.
02:47On a remplacé un devoir de l'État qui considérait que chaque enfant était digne d'être instruit,
02:53c'est-à-dire de savoir parfaitement lire, écrire, compter, raisonner,
02:56pour être libre de penser par lui-même.
02:58Plus tard, par une éducation qui est une éducation qui progressivement est devenue une éducation de la réussite,
03:04où on ne garantit plus aux parents que leur enfant soit instruit,
03:07on leur garantit qu'il va réussir, on leur garantit qu'il va avoir le bac.
03:10Vous avez 81% d'une classe d'âge aujourd'hui qui va au bac,
03:12avec 96% de réussite au baccalauréat général,
03:17mais avec 59% à peu près de mention.
03:20Et l'année d'après en supérieur, 52% échouent en première année.
03:24Ça a un coût astronomique pour la France.
03:26Donc la vraie question qu'il faut se poser, c'est est-ce que le vrai changement structurel qu'il
03:31faut faire,
03:32ce n'est pas revenir à une institution publique qui instruit et laisser l'éducation aux parents ?
03:37Et comme cela a été le cas à une période de l'histoire, quand on a mis en place les
03:41allocations familiales,
03:42je vous rappelle, certains d'entre nous les plus âgés se souviennent,
03:44que certains parents disaient à leurs enfants,
03:46« Ouh là là, si tu ne vas pas à l'école ou si tu ne te comportes pas bien,
03:49on n'aura plus les allocations familiales. »
03:51Parce que les allocations familiales sont des allocations pour la famille
03:54destinées à l'éducation des enfants.
03:56Donc à partir du moment où les parents ne remplissent plus leur rôle,
03:58l'État normalement a le moyen d'intervenir sur ce rôle
04:01qui est le respect du droit de l'enfant à l'instruction.
04:04La réalité aujourd'hui, c'est que les enfants français ne sont plus instruits,
04:08que ceux qui payent le pire coût de l'ignorance
04:11ce sont évidemment ceux des milieux les plus défavorisés,
04:14parce qu'à un moment, on a fait le choix de changer la finalité de l'école,
04:18on est passé d'une instruction publique payée par l'État
04:21en considérant qu'elle était utile au collectif, donc à la nation,
04:24à une éducation nationale qui avait comme projet de créer l'homme nouveau,
04:29l'homme libéré, c'est-à-dire que l'enfant n'est pas devenu un être en développement
04:32avec un cerveau auquel il faut s'adapter de 3 à 6 ans, de 6 à 9 ans,
04:37de 9 à 12 ans pour apprendre, c'est-à-dire s'adapter
04:40à ses capacités d'apprentissage, on en a fait un adulte en miniature
04:44auquel on a donné la possibilité d'être en co-gestion de l'école,
04:47quand vous regardez l'évolution après 68 dans les collèges et les lycées,
04:51les élèves sont en co-gestion.
04:52Aujourd'hui, sur les questions du harcèlement, vous allez dire aux enfants,
04:56écoutez, vous n'avez qu'à gérer les problèmes de harcèlement dans l'établissement,
04:59ça n'a aucun sens.
05:00Bon, alors, après 68...
05:01...
05:01Merci.
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