00:00RMC, le choix de la rédaction.
00:03On va être précis aussi dans ce domaine-là,
00:05puisque aujourd'hui le litre d'essence s'affiche en moyenne en France à 2,40 euros le gasoil,
00:102,22 euros le sans plomb.
00:12Ça veut dire concrètement que chaque plein coûte 20 à 30 euros plus cher qu'avant la guerre.
00:17Mais alors, qui capte cet argent ?
00:18Bonjour Victor Joannin.
00:19Bonjour Mathieu.
00:20Ce matin, on a décidé de décortiquer cette hausse des prix.
00:23Et vos chiffres inédits, Victor, permettent de mieux comprendre à qui profite la crise des carburants.
00:28Écoutez bien, montez le son.
00:30Ces dizaines d'euros de hausse de plein de carburant vont dans la poche de qui, Victor ?
00:34Eh bien, pour le savoir, il faut prendre les chiffres depuis la rentrée,
00:36les comparer avec février avant la guerre.
00:39Et première constatation, la marge des distributeurs,
00:43c'est-à-dire Total, Shell, Leclerc, Carrefour, n'augmente pas.
00:46Les stations-service qui ont été pointées du dos au début de la crise n'en ont pas profité.
00:50Au contraire, leur marge brute baisse de 2 centimes par litre pour le gasoil
00:55et même de 8 centimes pour l'essence.
00:57Alors, il y a sans doute l'effet plafonnement des prix de Total.
01:011,99€ pour l'essence et 2,25€ pour le gasoil.
01:04Dans ces 3 000 stations, ça fait baisser la moyenne
01:07et ça tire aussi les marges de ses concurrents vers le bas.
01:09Et alors, ce que vous avez constaté aussi, c'est que finalement,
01:11les taxes n'augmentent pas beaucoup.
01:12Oui, alors, elles pèsent lourd dans le prix d'un litre.
01:15Mais finalement, l'État profite peu de l'envolée des prix.
01:18Il récupère seulement entre 7 et 10 centimes de plus par litre de carburant.
01:23En fait, c'est parce que seule la TVA augmente en fonction du prix
01:27et pas l'autre taxe qui reste fixe.
01:30L'autre taxe, c'est l'accise.
01:31Et ça explique que l'État ne sorte pas franchement gagnant de cette crise.
01:35C'est ce que rappelle l'économiste Éric Dor.
01:37Pour l'État, cette légère augmentation des recettes fiscales au litre
01:42est compensée par une diminution du nombre de litres vendus
01:47puisqu'évidemment, certains consommateurs sont malheureusement obligés
01:51de réduire leur consommation parce qu'ils ont eu beaucoup de difficultés
01:54à assumer l'augmentation du prix.
01:57Donc, l'État n'est pas du tout un profiteur de cette crise énergétique.
02:02Et en effet, la consommation a baissé de 19% depuis la rentrée selon le gouvernement
02:07et donc les recettes fiscales liées au carburant sont en baisse de 400 millions d'euros.
02:12Et c'est là qu'on y vient.
02:13Écoutez bien vos chiffres, ils montrent, Victor, de façon objective
02:17que ce sont bien les pétroliers qui profitent de la crise.
02:21Oui, en fait, l'argent est capté au tout début de la chaîne de production de votre carburant.
02:25Ça transparaît nettement sur les 63 centimes d'augmentation du gasoil
02:28Depuis le début de la crise, les pétroliers en captent 55.
02:3255 sur 63, quasiment la totalité.
02:3437 pour l'extraction de pétrole et 18 pour le raffinage.
02:38C'est à peu près les mêmes proportions pour l'essence.
02:40Et c'est surtout la marge brute des raffineries qui est explosée
02:42multipliée par 6 ou 7, voire 8 certains jours.
02:45Et alors, comment ça s'explique ?
02:47La principale raison, c'est la guerre, enfin les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine
02:50qui entraînent une baisse de production de carburant.
02:54Et on le sait, ce qui est rare et cher,
02:56c'est ce qu'explique le président de l'Union française de l'industrie pétrolière, Philippe Casvasse.
03:01La capacité de raffinage est extrêmement contrainte
03:03du fait de la fermeture d'Hormoz,
03:05du fait de la production russe
03:08qui dans un premier temps s'est réduite,
03:10dans un deuxième temps s'est quasiment arrêtée.
03:13Donc non seulement ils n'exportent plus,
03:14mais ils commencent à tirer sur le marché.
03:15Donc ça crée une demande additionnelle.
03:16Normalement, les stocks sont là pour faire en sorte
03:18qu'on adoucisse les angles.
03:21Or, on opère un niveau de stock très bas
03:22sur tous les produits à peu près à moins d'un tiers
03:24de ceux qu'on avait en janvier.
03:26Conséquence, évidemment, les profits des pétroliers montent en flèche.
03:29Six pays européens plaident pour taxer ces super profits.
03:32L'Allemagne, l'Italie, l'Autriche, le Portugal, l'Espagne et la Pologne.
03:36Pas la France.
03:37Mais il faut dire que Total a menacé
03:39de mettre fin au plafonnement des prix
03:41dans ces stations en cas de taxe.
03:43Oui, ce qu'il y a eu pour effet aussi.
03:44D'ailleurs, il y a un effet très positif de Total.
03:46Nous, on le mesure avec le 32-16,
03:48avec les reportages qu'on peut faire.
03:50Les gens sont contents et qui ne le seraient pas ?
03:51Évidemment, il y a toujours du monde devant les stations
03:53où les prix sont plafonnés.
03:54Mais au bout de la chaîne, il faut regarder qui est gagnant.
03:57Les pétroliers, en l'occurrence.
03:58Geoffrey est en ligne avec nous.
03:59Et on va voir si Victor Joannin a convaincu Geoffrey
04:02depuis Montauban ce matin au 32-16.
04:05Bonjour Geoffrey.
04:06Bonjour Élise.
04:06Bonjour Mathieu.
04:08Geoffrey, pour vous, c'est l'État qui profite de cette hausse des prix ?
04:12Oui.
04:13Encore le mois dernier, sur votre antenne,
04:15vous disiez qu'ils avaient rentré 8 millions d'euros de bénéfices
04:18par rapport à l'année dernière.
04:20Donc cet argent, il est passé où ?
04:23Ça fluctue en fonction de la consommation du carburant.
04:28Depuis ce comptage dont vous parlez,
04:31effectivement, 9 millions d'euros,
04:32c'était 9 millions d'euros,
04:34depuis la consommation a chuté,
04:37ce qui fait que l'argent ne rentre plus dans les caisses de l'État.
04:40Et l'État est globalement perdant,
04:42à date, de 400 millions d'euros.
04:45Et là, on parle juste des rentrées fiscales liées au carburant.
04:47On ne parle pas de la croissance qui est en baisse
04:49à cause des carburants.
04:5050 millions d'euros d'aides annoncées hier.
04:52Et cet argent, il sert à financer les aides notamment ?
04:55L'argent, c'est ce qu'a dit le gouvernement.
04:56L'argent, quand il y a un surplus,
04:57ce qui n'est pas le cas en ce moment,
04:59servira à financer les aides.
05:00Mais globalement, l'État est perdant.
05:03Oui, mais sur les 100 euros d'aides,
05:05ils vont récupérer 60 euros de taxes ?
05:08Non, non, c'est net de taxes.
05:10Non, mais parce que...
05:11Oui, parce qu'ils vont être réinvestis à la pompe.
05:12Parce que les 100 euros,
05:13on va aller les dépenser à la pompe,
05:14donc on va acheter de la TVA et de l'assise.
05:17Oui, oui, Geoffrey,
05:17mais si vous allez acheter du pain à la boulangerie,
05:19vous aurez de la TVA dessus aussi ?
05:20Oui, et plus le prix du carburant augmente,
05:23plus le bénéfice de taxes...
05:27C'est ce que...
05:27Non, Victor vient de nous expliquer que non, en l'occurrence,
05:29parce qu'il y a la consommation qui a baissé,
05:31en l'occurrence,
05:31et puis il y a ces questions de croissance
05:33auxquelles on n'avait pas encore...
05:34Tout à fait.
05:35Une petite partie augmente quand les prix augmentent.
05:37Geoffrey, c'est compliqué,
05:38parce qu'on sait très bien
05:38qu'une grosse partie du prix du carburant,
05:40c'est lié aux taxes, évidemment,
05:41et qu'à ce moment-là,
05:42on se dit qu'il faut baisser les taxes, etc.
05:43Mais vous mesurez qu'on est en train de vous dire
05:45que l'État a gagné 8 millions
05:46et qu'on devrait baisser des taxes,
05:47et donc dépenser des milliards.
05:50Ce serait des taxes,
05:51comme l'ont fait les pays aux alentours.
05:54Les gens, ça leur redonne du pouvoir d'achat,
05:57qui réinvestissent dans l'économie du pays.
05:59Donc, plus de rentrée d'argent pour l'État.
06:02C'est vrai que nos voisins européens
06:04ont, pour certains, baissé les taxes.
06:07Ça leur coûte énormément d'argent,
06:08et ils ne sont pas dans la même situation
06:10budgétaire que nous.
06:11Non, non, mais c'est...
06:11Geoffrey,
06:13c'est un serpent qui se mord la queue
06:14sur ce débat-là,
06:15mais la réalité,
06:15c'est que nos comptes publics
06:16ne sont pas dans le même état
06:17que ceux des Allemands,
06:18des Italiens, des Portugais,
06:19des Espagnols,
06:19qui se sont permis de baisser les taxes
06:20sur le carburant.
06:22Mais, Geoffrey,
06:23vous, vous êtes conducteur routier
06:26et agacé,
06:26si je comprends bien.
06:27Oui, parce que nous,
06:28par rapport à la concurrence
06:30des pays étrangers,
06:32Polonais, Espagnols et compagnie,
06:34eux font les plans en Espagne.
06:35Donc, du coup,
06:36eux payent moins cher le gasoil,
06:38donc peuvent être concurrentiels
06:39par rapport à nous
06:41sur le coût des transports,
06:43sachant que l'État
06:44nous a supris les aides
06:45par rapport
06:47sur le transport routier,
06:49sauf qu'en fait,
06:50les premières aides
06:51qu'ils nous avaient promis,
06:51on les a toujours parçues.
06:52Et oui,
06:53c'est aussi un problème sexier.
06:54Il y a des lenteurs administratives
06:56constatées
06:57chez les transporteurs routiers.
06:59Merci beaucoup, Geoffrey.
07:00d'avoir composé le 32-16 ce matin.
07:02Merci.
07:02Merci.
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