00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Jacques Cardoze.
00:04Vous nous écoutez des quatre coins de notre territoire.
00:07Je vous souhaite un excellent début de matinée où que vous soyez.
00:09Soyez les bienvenus dans le Grand Matin.
00:127h11, c'est votre rendez-vous témoignage.
00:14Nous sommes avec Éric Thierroin, président du syndicat des céréaliers de France Trésorier
00:19et également trésorier de la FNSEA.
00:22Bonjour Éric Thierroin.
00:23Bonjour.
00:24Vous annoncez des chiffres catastrophiques pour les céréaliers.
00:28Quel est le bilan de ces moissons ?
00:30Le bilan, effectivement, il est catastrophique puisque la production a encore baissé.
00:34Mais en fait, la difficulté, c'est que ça fait quatre années en céréales qu'on est dans le rouge,
00:39qu'on est dans le négatif.
00:40Et donc, la question qu'on se pose aujourd'hui, c'est est-ce qu'on est capable de repartir
00:44et de produire ?
00:45Est-ce que l'année prochaine, on est capable de ressemer ?
00:48On a une période de sécheresse extrêmement forte.
00:50Donc, en fait, on est reparti pour une cinquième année.
00:53Et c'est là où il y a l'angoisse totale.
00:54Éric Thierroin, quel est le bilan ?
00:57Quels sont les chiffres que vous pourriez nous donner ce matin ?
01:00Si vous voulez, là, on estime que pour les grandes cultures, on a perdu, rien que pour cette année, 6
01:04,5 milliards d'euros.
01:07C'est colossal.
01:08Considérable.
01:09Et donc, effectivement, les annonces qui sont faites à droite à gauche, en fait, c'est des pansements, des pansements
01:15sans doute nécessaires.
01:16Mais la réalité, c'est qu'en fait, on est dans une vraie fracture de notre secteur.
01:21Donc, voilà, 6,5 milliards d'euros.
01:23On estime que pour repartir, il faudrait qu'on ait un coup de pouce de 450 euros de l'hectare.
01:27On en est, bien évidemment, très, très loin.
01:30Est-ce que vous pourriez nous donner des chiffres par filière ?
01:33Est-ce que certaines cultures s'en sortent mieux que d'autres ?
01:37Alors, effectivement, les cultures qui s'en sortent le mieux, c'est celles qui, cette année, ont été semées à
01:42l'automne par rapport à celles qui ont été semées au printemps,
01:45puisque donc, elles ont un stade végétatif très court et se sont pris plusieurs canicules, je dirais.
01:50Donc, à chaque fois, ça a pris un coup.
01:52Ça a bloqué la floraison.
01:54Donc, ça, c'est certain.
01:56Mais une autre année dans le passé, c'est au contraire les cultures d'hiver qui se sont prises des
02:01trompes d'eau et qui ont eu du mal à lever.
02:03En fait, on est vraiment dans un cycle de réchauffement climatique dans lequel, depuis 4 ans, on décroche.
02:09Et c'est ça, le fond, c'est la trajectoire, moi, qui m'inquiète le plus.
02:13Pour qu'on se rende compte, 6,5 milliards de pertes, ça correspond à quoi ?
02:18C'est 50% de nos céréales en France ?
02:23Je ne sais pas si on peut raisonner comme ça.
02:25Est-ce qu'on peut donner un ordre de grandeur sur le pourcentage ou la quantité de cultures qui sont
02:32touchées ?
02:32Si vous voulez, en fait, depuis 10 ans, on a perdu 900 000 hectares de production de céréales sur 8
02:38millions.
02:39Et là, au rythme où c'est parti, d'ici 5 ou 10 ans, si rien n'est fait, on
02:46se retrouvera dans l'incapacité d'exporter.
02:48Vous savez qu'aujourd'hui, les céréales, ça représente quasiment un tiers des surfaces cultivées en France.
02:55Eh bien, c'est le fleuron un petit peu de l'agriculture, c'est l'histoire qu'on se souvient.
03:01Mais en fait, là, au rythme, on est parti. En fait, on sera en obligation d'importer, en fait, des
03:05céréales.
03:05Ça veut dire que l'agriculture française, aujourd'hui, est à un point de bascule ?
03:09Exactement. On est dans une fracture, on est dans une bascule.
03:12Et je pense que les candidats aux élections qui sont là pour 5 ans,
03:16ils ont 5 ans pour relever la capacité productive de la France, agricole et céréalière en particulier.
03:23Éric Thierroin, qu'est-ce que vous nous dites ce matin au micro de Sud Radio ?
03:26La puissance céréalière française est en danger ?
03:28Exactement. Elle est totalement en danger.
03:30Qu'est-ce que vous demandez à la ministre de l'Agriculture qui sera à votre place tout à l
03:35'heure à 8h30 ?
03:37Qu'est-ce qu'elle va faire pour arriver à nous redonner confiance ?
03:42Qu'est-ce qu'elle nous donne comme perspective sur la production ?
03:45Aujourd'hui, on a des avalanches de normes.
03:47Les Français le savent, même dans notre quotidien, on le sait, on a des normes qui nous freinent sans arrêt.
03:52Aujourd'hui, je vous donnerai un exemple.
03:54Par exemple, pour remplacer les produits phytosanitaires, on veut faire des bio-intrants.
03:58Il y a des choses qui commencent à sortir en grande culture.
04:00Vous allez au Brésil, il faut un an à deux ans pour l'homologuer.
04:04Aux Etats-Unis, quatre ans.
04:05En France, il faut plus de huit ans.
04:07Presque dix ans.
04:08Donc en fait, on est sans arrêt dans du retard.
04:10Donc on n'arrive plus à s'adapter.
04:12Donc on a un sujet sur les prix, évidemment.
04:15Mais on a aussi un sujet sur nos charges.
04:17Et nos charges, c'est est-ce qu'on peut innover ?
04:19Est-ce qu'on peut aller de l'avant ?
04:20Est-ce qu'on peut simplifier les choses ?
04:22Alors bien évidemment, on a besoin d'aide immédiate pour pouvoir passer le cap.
04:27Mais il y a un vrai problème de fond, en fait.
04:30Tout de suite là, pour ce qui est de l'urgence, qu'est-ce que vous réclamez exactement ?
04:36Quel est le chiffre que vous réclamez pour l'indemnisation à l'hectare, en réalité ?
04:40Nous, il nous faut 450 euros de l'hectare.
04:42Ce qui est aussi colossal, on en est conscient.
04:45Mais on a des charges qui aujourd'hui, on a des taxes qui ne servent à rien,
04:50comme la RPD.
04:52Enfin, je suis un peu technique.
04:53On pourrait les supprimer complètement, la dépense comme la recette.
04:56Oui.
04:57Donc ce que vous nous dites, c'est que l'argent, on peut aussi aller le chercher là où il
05:00y a peut-être des dépenses inutiles.
05:01Vous êtes également, je le disais, trésorier de la FNSEA.
05:04Les caisses sont vides aujourd'hui.
05:06Quels sont les risques si rien n'est fait ?
05:09Eh bien, c'est les fermetures d'exploitation.
05:11La ministre elle-même le reconnaît.
05:13Elle parle de 30-35 000 exploitations qui vont fermer.
05:15Vous imaginez une usine ?
05:17Alors, sur 300 000, 350 000.
05:20Donc c'est plus de 10 %.
05:21Mais en fait, le secteur, un des secteurs les visait.
05:25Il n'y a pas que le secteur des céréales.
05:27Mais nous, c'est 50 000 spécialisés, 120 000 un peu diversifiés.
05:31Et là, ça fait très très mal.
05:33Et en fait, c'est aussi des exploitations, si vous voulez, qui se mettent en friche,
05:37qui se mettent en jachère.
05:38Et le problème, c'est qu'en fait, l'agriculture ne disparaît pas comme ça en une nuit.
05:43C'est hectare après hectare, exploitation et exploitation.
05:46Et en fait, les surfaces de jachère et de friche explosent en France.
05:49C'est ça, l'arrêt de la production française.
05:51Merci infiniment, Éric Thirouin, président du syndicat des céréaliers de France,
05:55d'être venu ce matin pour commenter et nous révéler ces chiffres sur les moissons.
06:01On l'a bien compris qu'ils sont très mauvais.
06:03Et évidemment, on en parlera avec la ministre de l'Agriculture tout à l'heure.
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