00:03Et comme promis, bonjour et bienvenue Angélique Gérard, vous êtes l'invité éco ce matin de Sud Radio, vous présidez
00:12STEM Academy, vous allez nous dire de quoi il s'agit, et vous êtes la cofondatrice de Women in STEM
00:17Europe.
00:17Un mot, vous avez entendu le pape Léon XIV qui a dit, c'était sa mise en garde avant la
00:24veillée hier sur l'intelligence artificielle, il nous a dit risque de déshumanisation liée à l'IA et peur de
00:32perdre notre humanité au milieu du paradis des machines.
00:36C'est votre matière un petit peu l'IA, vous accompagnez l'IA dans les entreprises et vous portez un
00:41regard de femme, si je puis dire, sur cette technologie, ces métiers de la tech, ces métiers au fond qui
00:48presque excluent les femmes.
00:50Absolument.
00:51Alors ?
00:51Alors bon déjà je pense que le pape a raison, c'est son rôle d'alerter, mais je crois que
00:59plus on aura d'automatisation, plus on aura d'IA et plus en réalité ça nous permettra peut-être de
01:05révéler ce qu'est notre vraie humanité et de nous recentrer sur des compétences utiles et notamment les soft skills.
01:13Donc je pense qu'on en aura besoin davantage, donc peut-être que finalement ça va nous permettre de donner
01:18le meilleur de nous.
01:19Parce qu'il y a cette peur de la destruction des emplois, je trouve que ça serait peut-être faux
01:25d'affirmer que rien ne va changer, en réalité beaucoup de choses vont évoluer, il y aura des métiers qui
01:30vont disparaître.
01:31Oui alors je crois qu'il faut pas tomber dans le scénario simpliste de dire l'IA arrive, les emplois
01:39vont disparaître.
01:40Oui c'est foutu, voilà, non.
01:41Non, c'est pas le cas, c'est pas le cas. Je pense qu'on le voit d'ailleurs, toutes
01:44les stats qu'on a sur le sujet sont assez nuancées.
01:47On sait que certaines tâches sont automatisables, certains métiers sont également très exposés et vont profondément évoluer, mais la transformation
01:56en fait des emplois, je pense que c'est aujourd'hui un scénario un peu plus solide.
02:00En réalité, je pense que cette révolution de l'IA, elle nous amène à comprendre en fait qu'on est
02:09dans une bataille de formation professionnelle, et que si on attend que les emplois disparaissent, évidemment c'est un échec.
02:16Il faut commencer maintenant à former.
02:18Mais je suis convaincue que ceux qui n'utilisent pas l'IA demain, potentiellement, effectivement, peuvent être en situation difficile.
02:27Alors vous, votre métier, Angélique Gérard, vous avez longtemps oeuvré dans le monde de la téléphonie, mais là aujourd'hui
02:33vous accompagnez les entreprises, vous leur permettez de prendre cette passerelle de l'IA, de se transformer.
02:38C'est votre job, si je puis dire, mais vous avez une mission aussi avec ce mouvement Women in STEM
02:46Europe.
02:46Alors STEM, c'est un acronyme, il faut rappeler ce qu'il signifie quand même pour ceux qui nous écoutent.
02:51Science, Technology, Engineering, Mathematics.
02:53Voilà, c'est un peu les métiers scientifiques, et vous dites que les femmes en sont exclus.
02:58Il y a très peu de dirigeantes d'ailleurs de la tech, féminines.
03:01Comment vous expliquez que les femmes soient exclues des métiers scientifiques ?
03:06Alors, on vit un paradoxe, en fait, assez important.
03:09C'est la moitié de l'humanité, hein ?
03:10Absolument, c'est bien que vous le disiez, merci, exactement, et j'allais vous le dire.
03:15On vit un paradoxe, pourquoi ? Parce que jamais la technologie n'a été, en fait, aussi déterminante pour notre
03:21économie,
03:22et pourtant, comme vous venez de le dire, les femmes restent très minoritaires dans ces métiers, dans ceux qui construisent,
03:29en fait, cette nouvelle économie.
03:31Quand on prend les données de l'INSEE, en 2025, les femmes sont 352 000 dans ces métiers, contre 1
03:40105 000 hommes.
03:42C'est fou, dans les professions du numérique.
03:45Donc, les femmes, elles représentent un quart des professionnels.
03:48Le problème, c'est pas de faire rentrer les femmes dans la tech, en tous les cas, c'est pas
03:53le seul problème.
03:54Il faut regarder un peu toute la chaîne, c'est l'orientation, le recrutement, le leadership, la rétention des talents,
04:02et la progression de ces femmes.
04:04Alors, vous avez raison.
04:05Mais les femmes sont mateuses, il n'y a pas de raison de ne plus les voir à la sortie
04:09dans les métiers liés aux sciences.
04:11J'aime beaucoup la question, parce qu'il faut faire attention, il ne faut pas dire, effectivement, que les filles
04:16seraient naturellement moins bonnes en sciences.
04:18C'est le cliché, les mecs sont mateux, les filles sont littéraires. Non, en fait.
04:23Absolument. Après, il faut regarder aussi les résultats PISA d'il y a une dizaine de jours.
04:27J'ai vu d'ailleurs beaucoup de dirigeants prendre la parole dans les 48 heures qui ont suivi, en se
04:31disant, mais on a déjà une pénurie des talents.
04:33Et en fait, quand on regarde les résultats, on se rend compte que finalement, les compétences vont être encore moins
04:38bonnes.
04:39PISA montre d'abord une urgence générale.
04:43En France, les résultats en mathématiques ont donc encore baissé depuis 2022, c'est un drame.
04:48Et donc, la baisse qui vient d'être enregistrée est une des plus importantes.
04:52Donc, on perd plus de 20 points en maths.
04:56Le sujet des filles se joue ensuite dans les représentations, donc la confiance, l'orientation, les choix successifs.
05:04Ce n'est pas pourquoi les filles sont moins scientifiques, c'est qu'elles ne naissent pas moins scientifiques.
05:09Alors, où est-ce que nous les perdons ?
05:11Et nous, chez Women in STEM Europe, on a un média intergénérationnel dont la raison d'être est, on ne
05:18peut pas rêver de devenir ce que l'on ne voit pas.
05:20Et ça, c'est un sujet, c'est qu'on ne voit pas suffisamment de femmes scientifiques.
05:24Raison pour laquelle, le 22 octobre, on célébrera six talents, une en science, en technologie, en engineering, en mathématiques, un
05:31young STEM leader et une femme inspirante dans les STEM.
05:34Parce qu'il faut visibiliser ces femmes et créer des vocations, ouvrir le champ des possibles à toute une génération
05:41de jeunes filles.
05:42Vous diriez qu'il y a un poids, Angélique Gérard, des stéréotypes aujourd'hui, en ce qui concerne les femmes
05:47et ce type d'emploi, en fait ?
05:49Bien sûr, il est extrêmement important, encore aujourd'hui, à notre époque.
05:53On a beau, effectivement, parler des femmes et de la place des femmes dans notre société, c'est un conditionnement
06:00séculaire.
06:01Et donc, les parents, en fait, font ce qu'ils ont appris.
06:06Finalement, c'est l'éducation qu'ils ont reçue qu'ils vont, effectivement, retransmettre à leurs enfants.
06:10« Je suis féministe, j'ai des enfants. »
06:13Et très souvent, je me fais prendre la main dans le sac, notamment par mes fils, vis-à-vis de
06:17ma fille, parce que je reproduis un schéma.
06:20Et puis, il y a aussi le corps professoral, les conseillers d'orientation.
06:25Les parents veulent aussi parfois protéger leurs filles en leur disant « Prends cette filière, ce sera plus facile, ce
06:31sera plus confort. »
06:32Mais en quoi les filières scientifiques seraient-elles, on va dire, préjudiciables à la maternité ?
06:39Parce qu'au fond, on dit souvent, la maternité, l'organisation du travail, c'est le plafond de verre, etc.
06:45Mais ça concerne toutes les branches, en vérité, pas seulement les métiers scientifiques.
06:52Ça touche toutes les branches, et vous avez raison.
06:54Donc, il ne suffit pas de regarder le recrutement.
06:56Encore une fois, il ne suffit pas de faire rentrer les femmes dans la tech.
06:59Une carrière, elle va se construire sur 20 ou 30 ans.
07:03Sauf que nous, nos carrières, elles sont parfois interrompues par la maternité que vous avez citée.
07:07Donc, il faut regarder les promotions, il faut regarder les réseaux, il faut regarder l'accès aux responsabilités.
07:13Il faut regarder, en fait, les modèles de leadership, l'organisation du travail,
07:18et aussi la compatibilité entre les moments décisifs d'une carrière et ceux de la vie personnelle.
07:24C'est pour ça que moi, je parle très souvent d'inclusion durable, et je vais vous donner un exemple
07:27concret.
07:28Une femme ingénieure, on manque de 20 000 ingénieurs par an en France depuis 2018.
07:34Une femme ingénieure, elle a un cycle de vie de 7 ans sur son métier d'ingénieur.
07:38Et après, elle switch.
07:40Alors, évidemment, il y a des ingénieurs qui sont ingénieurs toute leur vie.
07:42Mais la majorité arrête.
07:45Parce qu'il y a ce sujet de la maternité, et il y a un environnement peu inclusif.
07:50Alors, il nous reste presque deux minutes.
07:53Angélique Gérard, moi j'ai envie de vous dire, il y a une présidentielle qui arrive.
07:562027.
07:56Je ne sais pas si les candidats se penchent sur le phénomène.
08:01Quelles seraient les mesures concrètes à apporter ?
08:05Alors, nous avons adressé un manifeste aux candidats et candidates de l'élection présidentielle,
08:10avec une proposition de 10 engagements.
08:13Notre ambition, en fait, c'est d'installer un triptyque dans le débat.
08:18Mathématiques, intelligence artificielle et femmes.
08:20Les mathématiques sont au centre de tout.
08:23La cybersécurité, l'IA, la santé, la finance.
08:26Et donc, c'est l'infrastructure, aujourd'hui, invisible de notre économie.
08:30Et donc, parmi nos propositions, on a faire des mathématiques, en fait, une priorité nationale.
08:35Et donc, renforcer les maths en secondaire, en primaire.
08:38C'est aussi un pass IA et mathématiques, à l'instar du pass culture.
08:42On a su le faire, donc pourquoi pas ?
08:44Un pass.
08:45Un pass absolument permet aux élèves, effectivement, de faire des maths, de s'acculturer à l'IA,
08:49de comprendre l'IA et notamment le sens critique.
08:52Et puis, c'est aussi 10 000 mentors scientifiques dans les collèges et lycées
08:57et former massivement les femmes aux technologies stratégiques.
09:00Une sorte d'affirmative action, de discrimination positive,
09:04je n'aime pas cette expression, elle est négative,
09:05mais pour que les femmes soient plus présentes, en réalité.
09:08Mais c'est nécessaire.
09:08Enfin, sincèrement, qu'est-ce que l'on va devenir ?
09:11On est moins de 20% aujourd'hui des femmes dans les métiers d'avenir, en Europe.
09:15Donc, qu'est-ce qu'il nous reste ?
09:16Et en même temps, on a besoin, c'est un enjeu de souveraineté, de compétitivité, d'innovation.
09:21Donc, c'est essentiel, effectivement, que la France et l'Europe puissent compter sur 100% des talents.
09:27Il est tout à fait hors de question que 50% de la population soit absente de la construction de
09:32100% de son avenir.
09:34Allez, aux femmes de relever le niveau des maths, pour rebooster notre PISA,
09:38notre classement régulier.
09:40Angélique Gérard, merci.
09:42Merci.
09:42Et puis, peut-être, en paraphrasant, le pape Léon XIV,
09:45n'ayons pas peur de l'IA, c'est ce que vous nous dites ce matin.
09:48Absolument, n'ayons pas peur et les femmes, allez-y, il y a des beaux métiers.
09:52Allez, c'est parti.
09:53Angélique Gérard, merci, présidente de STEM Academy et cofondatrice de Women in STEM Europe.
09:58Le message est passé ce matin.
10:00Allez, n'hésitez pas, 0826 300 300.
10:03Vous nous appelez pour la libre antenne à 9h30,
10:07sur tous les sujets qui nous préoccupent ce matin.
10:09A tout de suite.