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  • il y a 1 minute
VIDÉO — Chaque semaine, nos critiques commentent un film sorti en salles. Aujourd’hui, "Notre salut", d'Emmanuel Marre, Prix du scénario au Festival de Cannes 2026, avec Swann Arlaud.
Transcription
00:00Dans Notre Salut, j'aime tout, le début, le milieu, la fin, l'après,
00:04parce que ça fait des mois que j'y pense.
00:06C'est assez rare qu'un film m'habite autant que des blocs entiers me reviennent en mémoire,
00:12que j'ai l'impression d'être aussi connectée à un film,
00:15que j'ai l'impression qu'il me parle tellement d'aujourd'hui
00:17et de choses importantes et d'urgence humaine, politique.
00:21Nous sommes à la croisée des chemins.
00:24La défaite nous a tous amenés à nous repenser.
00:27J'aimerais tenter d'apporter ma pierre à l'édifice.
00:30S'il y a quoi que ce soit, n'importe quelle tâche, je suis prêt à servir le pays.
00:33N'importe quelle tâche.
00:35N'importe quelle tâche.
00:35Vous voulez vraiment servir la France.
00:37Absolument.
00:38C'est intéressant parce qu'il filme hier,
00:42une période qu'on a beaucoup vu cette année au cinéma,
00:46qu'on a beaucoup vu d'une manière générale dans le cinéma français.
00:48Il la filme comme aucun autre, Emmanuel Marr.
00:52Il la filme comme si c'était aujourd'hui, comme si on y était.
00:55C'est ça qui est très troublant dans le film.
00:58Ça tient à plusieurs choses.
01:00Ça tient à d'abord une caméra hyper mobile
01:03qui vraiment se balade, suit les personnages,
01:08qui parle, etc., qui s'incruste dans des réunions de travail,
01:11par exemple, qui sont absolument stupéfiantes de vérité.
01:14Ça tient aux dialogues qui sont largement improvisés
01:17et donc qui donnent cette impression de vie.
01:21Il y a une vie terrible qui traverse ce film.
01:25Ça tient aussi à l'utilisation de musiques contemporaines,
01:28de musiques actuelles.
01:29Je pense à l'hymne du groupe autrichien Opus,
01:33Live is Life, qui est vraiment une musique plutôt joyeuse,
01:37une espèce de refrain comme ça, en tétant,
01:39nanana, nanana,
01:40et qui se retrouve dans une collision frontale
01:44avec des images d'archives d'une visite de Pétain en 1941.
01:48Et tout à coup, l'image de cette foule en noir et blanc
01:51dans laquelle va se fondre en couleurs,
01:54plus tard, notre personnage principal, Henri Marre,
01:57produit un effet ici et maintenant
01:59qui est absolument remarquable et dévastateur.
02:02Cet effet ici et maintenant est d'autant plus dévastateur
02:05que Marie a très bien parlé de la forme.
02:08Effectivement, on a l'impression de voir un film tourner au présent,
02:11tourner aujourd'hui.
02:11Mais sur le fond aussi, c'est absolument dévastateur
02:14parce que ça montre que la prétendue modernité de Vichy,
02:19elle se retrouve hélas aujourd'hui dans beaucoup de discours
02:22et pas seulement à l'extrême droite.
02:23Et ça, le film est vraiment cinglant là-dessus.
02:25C'est-à-dire, il y a vraiment plusieurs séquences
02:27où on se dit, mais les paroles que prononce Henri Marre
02:30ou les autres fonctionnaires de Vichy,
02:33ils pourraient être prononcées exactement mot pour mot aujourd'hui.
02:37Et on se dit que le parcours que fait Henri Marre,
02:40c'est vraiment quelqu'un qui croit en ses idées.
02:43C'est un fervent pétainiste
02:44et qui est persuadé que l'application du management,
02:47encore balbutiant en France,
02:48va faire des miracles au sein de l'administration,
02:50voire au sein de la France toute entière,
02:52va permettre de redresser la France.
02:53Et bien ce discours très productiviste,
02:56très managérial, évidemment, il a plein d'écours aujourd'hui.
02:58Et c'est un discours aussi qui amène
03:01à quelques compromissions très problématiques.
03:07Il y a vraiment une scène très impressionnante
03:11où une rafle est organisée dans la région, dans le sud-ouest.
03:14Il faut désespérément avoir de l'essence
03:16pour pouvoir rafler les Juifs et les conduire dans les camps.
03:19Et il n'y a plus d'essence.
03:20Et donc on demande au personnage d'Henri Marre
03:22de trouver par quelques moyens que ce soit de l'essence.
03:24Et on le voit négocier,
03:26il dit, oui, ça je peux, autant de litres je peux,
03:28là il y en a trop.
03:29Mais en fait, il applique, il fait son travail.
03:31Et donc le film montre bien que,
03:33entre des petits compromis et une vraie compromission morale,
03:36la frontière est malheureusement très, très mince.
03:38Et ce qui est intéressant de voir,
03:40c'est de voir la glissade,
03:42les glissements successifs
03:43par lesquels on passe de scribouillard,
03:47travailleur un peu zélé,
03:48à complice,
03:50tout en se sentant absolument irresponsable.
03:53C'est-à-dire que c'est quelqu'un
03:54qui a vraiment la volonté de bien faire son travail
03:56et qui en même temps tomberait de l'armoire
03:59si on venait lui reprocher d'avoir participé,
04:01par exemple, à l'extermination des Juifs d'Europe.
04:04Parce qu'il le fait à sa toute petite échelle
04:07et c'est assez passionnant de voir ça
04:08à travers un personnage mineur
04:09qui se trouve être, par ailleurs,
04:11l'arrière-grand-père de l'auteur, Emmanuel Marre,
04:14qui a eu accès à des archives officielles
04:17avec lesquelles il a fait un boulot un peu d'historien,
04:19mais qui a eu accès aussi aux échanges conjugaux
04:23d'Henri Marre et de sa femme Paulette.
04:25Il a lu les lettres de ses arrière-grands-parents
04:27et il s'en est inspiré pour raconter
04:30une histoire dans l'histoire,
04:32qui est celle de ce couple.
04:32Le film est vraiment très beau aussi
04:34sur cette chronique d'un couple
04:36qui est en train de se séparer
04:38et qui essaie de recoller les morceaux
04:40alors qu'il est trop tard.
04:42Et il faut saluer la qualité littéraire de ses lettres,
04:44c'est vraiment extraordinaire.
04:46Je crois qu'Emmanuel Marre a utilisé peut-être
04:47qu'une dizaine de lettres sur les 300
04:49qu'ont écrits ses arrière-grands-parents,
04:50mais on a vraiment envie de lire l'intégralité,
04:52tellement c'est bien écrit, c'est très fort,
04:54il y a une vraie modernité dans l'écriture de ses lettres.
04:57Tout à coup, on découvre que cette femme,
04:59un peu médiocre avec un marié à ce petit bonhomme,
05:03en fait, elle est plus brillante que lui,
05:06elle est plus cultivée que lui,
05:07elle est plus à l'aise dans la haute bourgeoisie que lui.
05:10Ça peint encore plus en creux
05:12le portrait d'un type un peu minable,
05:14qui n'a pas les épaules.
05:16C'est l'histoire d'un mec qui n'a pas les épaules,
05:18mais dans un film qui a vraiment des épaules pour 15.
05:20C'est difficile de jouer les médiocres
05:22sans être médiocre soi-même,
05:24et alors Swan Arlo fait vraiment une performance assez extraordinaire.
05:27C'est quelqu'un qui aspire plutôt à la sympathie,
05:29il a un visage un petit peu enfantin,
05:30et il arrive vraiment à jouer là-dessus,
05:32sur ce côté d'un personnage qui peut être très détestable,
05:35mais qu'on n'arrive pas complètement à détester,
05:37parce que c'est Swan Arlo qui amène sa gentillesse,
05:41son apparente bonté.
05:42C'est vrai qu'il y a vraiment,
05:43dans la même scène,
05:44on a l'impression de voir un vieillard,
05:45et puis un petit garçon.
05:46Notre Salut,
05:47c'est un très grand film sur un petit salaud,
05:49c'est mon film de l'année,
05:50bravo !
05:51Notre Salut,
05:52un des plus beaux films de l'année,
05:54et c'est un grand bravo !
05:55Ce qui est important,
05:55c'est de tenir les délais là.
05:58On vous a dit où ils allaient ces gens ?
06:03Je jure !

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