00:00John Malkovich et Sam Rockwell ont viré à l'île de Pâques, c'est le menu de Wild Horse 9
00:04de Martin McDonagh, le film à voir cette semaine.
00:07Comment est-ce Chris, en tout cas ?
00:08Il se perdait de la merde, il se dit des choses qu'il ne devait pas dire.
00:12Nous sommes ici pour stabiliser votre démocratie et ça va bien.
00:17Et qui t'es-tu, le CIA ?
00:21Nous sommes le CIA, en fait. Nous sommes totalement le CIA.
00:26Nous ne sommes pas le CIA.
00:27Alors j'avoue, je suis un grand fan de l'anglo-irlandais Martin McDonagh, qu'on avait découvert en France
00:33avec son deuxième film, Bon Baiser de Bruges,
00:35qui était vraiment une comédie très très noire tournée, comme son titre l'indique à Bruges.
00:40Là encore, il y a un lieu très fort à la voie sur le plan esthétique et sur le plan
00:43symbolique, puisqu'il s'agit de l'île de Pâques.
00:45Alors l'île de Pâques, pour ceux qui l'ignorent, se situe au large du Chili, ça fait partie du
00:49Chili, et c'est un détail qui a son importance dans le film,
00:52puisque ça se déroule fin août, début septembre 1973, et si vous vous souvenez de vos notions d'histoire,
00:59c'est au moment où va se dérouler le fameux coup d'État du général Pinochet.
01:02Alors il y a une recette, Martin McDonagh, des dialogues brillants, extrêmement caustiques, cruels,
01:11enfin vraiment un sens, un art de la vanne qui est assez irrésistible.
01:16Autre trait de fabrique de McDonagh, c'est l'amitié virile, souvent entre des hommes qui ne sont pas exactement
01:25du même âge,
01:26il y a le chien fou et le vieux sage, parfois ça peut changer, là c'est plutôt le vieux
01:30qui est un peu fou.
01:31Je dois dire que cet effet de répétition, finalement, en changement, qui fait comme si le réalisateur faisait des variations
01:38autour de toujours les mêmes thèmes,
01:40m'a un peu laissé de marbre dans celui-ci.
01:42Ce que j'aime vraiment beaucoup dans le film, c'est qu'il y a une espèce de crescendo vers
01:45l'émotion, un peu inattendue,
01:47parce que le début est vraiment très marrant, très très très caustique aussi,
01:51et on le doit beaucoup aux couples d'acteurs qui sont formidables tous les deux.
01:55Il y a Sam Rockwell qui joue le rôle du un peu moins vieux, qui est un peu un brave
01:59gars,
02:00il peut être extrêmement violent par ailleurs, mais on sent le type qui veut quand même arranger toujours les choses.
02:05Et puis face à lui, plutôt à côté de lui, il y a Chris que joue John Malkovich.
02:10Alors ça fait très longtemps qu'on ne l'avait pas eu aussi bon, il faut dire que là il
02:12a vraiment un rôle formidable,
02:14la moindre réplique est ciselée aux petits oignons par Martin McDonagh, et donc c'est un festival,
02:19et c'est comme Marie l'a dit, c'est le vieux, alors il a dépassé le stade d'être
02:22sage,
02:22il est au bout du rouleau, il n'a plus rien à perdre, plus rien à foutre de rien,
02:26et sinon de vivre ses derniers instants de la manière la plus sympa possible.
02:30Puis petit à petit, on se dirige vers la fin programmée de ce personnage,
02:34et le film gagne vraiment une émotion assez inattendue.
02:37Je ne pensais pas être aussi ému par ce film, vu comment ça démarrait,
02:40et la surprise n'en est que meilleure.
02:43À la fois le film est assez emballant, il est très séducteur, on va dire,
02:47les acteurs font des grands numéros, moi j'aime beaucoup Sam Rockwell,
02:51qui jouait le flic complètement imbécile, qui vivait encore chez sa maman dans Three Billboards,
02:58et qui là joue le jeune agent de la CIA, c'est vraiment des anti-woke,
03:04de base à une époque où le mot n'existait pas.
03:08Je suis plus partagée sur John Malkovich, qui est un acteur que j'aime bien,
03:12et en même temps, là, on sent bien qu'il est, c'est le festival de la roue libre,
03:16et qu'il a tout misé sur cette espèce d'accent traînant, cette drôle de tête,
03:21il s'est fait tout un look, etc.
03:23Mais du coup, il y a une sorte de surjeu, il y a une sorte de, voilà,
03:26on vous donne de l'essence, c'est du John Malkovich au carré, au cube même.
03:30Et donc, par moments, je trouve que ça éclipse un peu tout.
03:35Et par ailleurs, moi j'ai un vrai souci avec le film, c'est que les autres personnages n'existent
03:38pas.
03:39Et notamment les locaux, notamment les Chiliens,
03:42notamment deux personnages de jeunes filles qui sont vraiment accessoires,
03:46qui sont là pour incarner le renouveau politique,
03:51la jeunesse qui serait fan, et pas complètement, du président Allende, etc.
03:57Et là, je trouve qu'il y avait une noirceur,
04:00il y avait un désespoir dans les films de Martine McDonough,
04:03et là, je trouve qu'il n'y a plus que du cynisme, en fait.
04:06Preuve en est que cette émotion,
04:09et vraiment le film se vautre dedans à la fin,
04:11cette émotion qui est censée nous submerger,
04:14moi je l'ai refusé complètement,
04:16j'ai fait une sorte de halte là, point Godwin, quoi.
04:18Je dis, ben pas avec eux, moi je ne veux pas être émue avec eux.
04:21On a quand même passé tout le film à nous raconter
04:23comment ils avaient assassiné la démocratie absolument partout sur le globe,
04:27notamment Lumumba au Congo en 61,
04:30et tout à coup, dans une espèce de truc de rédemption,
04:35à la va comme je te pousse,
04:36il faudrait s'émouvoir des regrets de ces pauvres gars de la CIA
04:43qui se demandent quand même s'ils ont fait les bons choix de vie.
04:46Et là, je trouve que le film n'est pas aussi intelligent et pas aussi jubilatoire
04:50que ce que laissait promettre, on va dire, la première heure.
04:54Et que tout à coup, il y a une espèce comme ça de chantage, quasiment,
04:58que j'ai refusé, mais carrément physiquement, quoi.
05:01La vision de la géopolitique du film est quand même intéressante,
05:04pour rappeler que mine de rien,
05:05ils ont parfaitement conscience des saloperies qu'ils ont pu faire,
05:08et qui leur paraissaient tout à fait naturelles.
05:10Ils y croyaient même sans doute beaucoup,
05:12peut-être pas le personnage de Malkovich,
05:13mais le personnage de Sam Rockwell, oui.
05:15Et puis, évidemment, avec le temps,
05:17puis là, c'est peut-être justement la saloperie de trop,
05:20et c'est là où les personnages des jeunes sont intéressants, malgré tout.
05:22Ils sont peut-être, effectivement, pas assez développés
05:25par rapport au couple vedette,
05:27mais en même temps, ils expriment que, voilà,
05:28en fait, la démocratie, quand elle passe par les jeunes,
05:30il faut encore peut-être plus la respecter.
05:32Et c'est peut-être ça aussi,
05:33l'éclair de lucidité finale de ces deux personnages,
05:36qui, moi, m'a touché.
05:37Wild Horse 9 ?
05:38Mais que veux-tu dire, Martin McDonough ?
05:40Bof.
05:41Wild Horse 9, un nouveau bonheur signé Martin McDonough,
05:44c'est très bien.
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