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La pire sécheresse depuis des décennies met l'agriculture française à rude épreuve. Dany Rochefort, vice-président de la Coopération Agricole et éleveur de porcs et céréalier, partage son expérience et celle de 2000 coopératives face à cette crise historique.

Découvrez l'impact dévastateur de la canicule et de la sécheresse sur les productions animales et végétales, et comprenez la fatigue morale qui s'installe chez les agriculteurs. Une réalité durement ressentie, même en Bretagne, traditionnellement épargnée.

Les plans d'aide gouvernementaux sont-ils suffisants ? Dani Rochefort analyse l'insuffisance des fonds débloqués face à l'ampleur des pertes et des déficits de trésorerie, qui ne seront pleinement mesurables que dans les mois à venir.

La solidarité des coopératives est essentielle pour redonner aux agriculteurs le goût de persévérer. Mais face à la détresse, la colère gronde et pourrait s'exprimer dans la rue.

Quel avenir pour une agriculture en crise ? Dani Rochefort lance un appel à la jeunesse, essentielle au renouvellement des générations. Comment leur donner l'envie de s'investir et de construire une agriculture plus résiliente ?

#AgricultureEnCrise #SécheresseFrance #CoopérativeAgricole

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Transcription
00:01L'invité éco, Edouard Marguier.
00:05Bonsoir Dany Rochefort.
00:06Bonsoir.
00:06Merci d'être l'invité éco de France Info.
00:08Vous êtes donc le vice-président de la coopération agricole qui fédère les coopératives si célèbres en France.
00:13Vous représentez un tiers des marques alimentaires dans les rayons de nos supermarchés.
00:18Candia, Yoplait, Dossi, Paysans Breton et j'en passe.
00:21Et vous êtes surtout agriculteur, éleveur de porc dans les côtes d'Armor, producteur également de céréales.
00:27Vous êtes donc aux avant-postes de la crise que traverse l'agriculture en ce moment.
00:32Cette sécheresse historique qui perdure, on le voit d'ailleurs en ce moment avec ces températures quasi records,
00:38qui font chuter ces températures, les différentes productions.
00:42Est-ce que vous parviendrez à remonter la pente ?
00:45Alors, je m'exprime déjà ce soir au nom de la coopération agricole qui rassemble donc 2000 coopératives agricoles en
00:52France,
00:52soit trois agriculteurs sur quatre sur l'ensemble des territoires français.
00:59Qui vivent une crise ces agriculteurs ?
01:01Effectivement, puisque j'ai envie de dire malheureusement la totalité des territoires français ont été impactés sévèrement depuis fin mai,
01:09à la fois par les semaines de canicule mais aussi cette sécheresse qui s'installe durablement,
01:14qui est encore présente,
01:16qui a mis à mal à la fois les productions animales mais aussi les productions végétales.
01:20Et je voudrais d'abord avoir un message de soutien à l'ensemble des agriculteurs français,
01:25parce qu'étant moi-même agriculteur, je sais la fatigue qui s'est instaurée semaine après semaine,
01:31cette fatigue morale où on doit dans ces moments retrouver le goût et l'envie,
01:37j'ai envie de dire, de s'accrocher et de remettre en production l'ensemble de nos productions.
01:44Concrètement, sur votre exploitation des côtes d'Armor, je rappelle, producteur de porcs, producteur de céréales également,
01:50cette sécheresse, comment elle se manifeste ?
01:53Eh bien, pour ce qui est de la sécheresse et aussi ces différentes vagues de chaleur,
01:58c'est surtout un impact sur les cultures de printemps.
02:01Moi, concrètement, sur mon exploitation, c'est la culture de maïs grain,
02:05dont j'ai besoin pour nourrir une partie de mes animaux,
02:09qui a été fortement déficitaire, c'est moins 60, moins 65%.
02:13Donc, c'est un impact très, très lourd.
02:15Dans un contexte où les matières premières, d'une manière générale, augmentent,
02:21je vais devoir donc acheter davantage d'aliments.
02:24Donc, un coût de production qui, dans les mois qui viennent, va véritablement exploser.
02:29Et on verra les conséquences, justement, sur l'agroalimentaire.
02:31Mais sur cette sécheresse, le gouvernement a mis la main à la poche.
02:351,3 milliard d'euros pour ce plan d'urgence qui est sur ce budget en ce moment.
02:41C'est-à-dire que c'est de l'argent qui arrivera sur les exploitations.
02:44Et puis, hier, il a annoncé un plan de relance, 500 à 700 millions d'euros,
02:48au cas où le budget de 2027 passe.
02:51Est-ce que ça peut suffire ?
02:53Alors, effectivement, par rapport à la première annonce d'un peu plus d'un milliard d'euros,
02:56une bonne partie est consacrée au système assuranciel.
03:00Et je tiens à le rappeler, tous les agriculteurs ne sont pas assurés,
03:04y compris sur les territoires qui, jusqu'ici, ne connaissaient pas forcément ce qu'était une véritable sécheresse.
03:10La Bretagne.
03:11Exactement.
03:11La Bretagne.
03:12Typiquement, d'où vous venez.
03:12En premier lieu, ce qu'il faut surtout retenir dans ce plan, c'est le fonds de réarmement,
03:18le fonds quasi, mais qui est quand même très, très insuffisant,
03:21puisque sur chaque département, en tout cas pour les quatre départements bretons que je connais,
03:26je sais que l'enveloppe se situe entre 4,5 et 5 millions d'euros,
03:30ce qui représente au global, au final, environ 4 500 ou 5 000 euros par exploitation.
03:35Donc, ce qui est une goutte d'eau par rapport à l'immensité des pertes et des déficits de trésorerie
03:43que l'on va connaître.
03:44Parce que la difficulté aussi, c'est qu'on ne connaît pas encore toutes les conséquences de cette période.
03:49Il y a concrètement, effectivement, les récoltes qui ont pu s'opérer,
03:55mais il y a aussi les conséquences induites, notamment au niveau de l'élevage,
04:00où c'est encore les semaines, les mois qui suivent, qui vont nous montrer toutes les conséquences induites.
04:07Et justement, est-ce que vous ressentez, vous, cette détresse, cette colère qu'on a chez de nombreux agriculteurs,
04:13chez vos collègues également ?
04:15Alors, je parlerai surtout de fatigue.
04:18La colère, je ne crois pas que nous en sommes là.
04:23On en parlera plus tard quand on parlera négociation commerciale.
04:26Mais je crois qu'aujourd'hui, c'est surtout une fatigue.
04:30Les hommes, comme les animaux, et les cultures l'ont été, sont fatigués de cette période.
04:35Donc aujourd'hui, il nous faut vraiment, nous, en tant que coopérative,
04:40redonner le goût et l'envie à nos adhérents, à nos agriculteurs,
04:44d'être convaincus que nous serons encore présents demain.
04:49C'est aussi le rôle de la coopérative, d'être solidaire de ces agriculteurs.
04:53Cette fatigue, comme vous dites, et peut-être cette colère qui arrivera,
04:57est-ce qu'elle va s'exprimer dans la rue ?
04:58Il y a des appels à manifester un peu partout en France pour demain.
05:01Est-ce qu'il y aura des agriculteurs dans les cortèges demain ?
05:03Concrètement, aujourd'hui, vous savez, après cette période,
05:07les agriculteurs sont dans les champs,
05:10commencent les emblavements divers, c'est-à-dire les semis de blé,
05:14font aussi des semis d'appoint pour essayer, pour tenter de reconstituer les stocks d'affouragement
05:20qui sont trop déficitaires.
05:23Pour le fourrage pour les animaux.
05:24Exactement.
05:24Donc les agriculteurs sont au travail.
05:26Aujourd'hui, je pense que c'est plutôt dans les semaines ou dans les mois qui vont suivre
05:31que chaque agriculteur va concrètement se rendre compte,
05:35j'ai envie de dire, du déficit de trésorerie et des conséquences sur la trésorerie.
05:40Ensuite, pour revenir à la journée de demain,
05:43je comprends les inquiétudes, mais je regrette les violences.
05:48S'il y avait un message à adresser aux jeunes, je leur dirais que nous avons besoin des jeunes
05:53pour renouveler les générations dans nos activités, comme dans toutes les activités.
05:57Nous devons leur donner les clés pour leur donner l'envie aussi de s'investir
06:01et de faire mieux que nous, et de faire encore mieux que nous.
06:04Mais comment leur donner l'espoir, comment leur donner envie de devenir agriculteur demain
06:08quand on voit les difficultés que sont les vôtres aujourd'hui ?
06:12Je crois que nous avons quand même des productions qui attirent, et on le voit.
06:17La preuve en est, c'est que s'installent en France chaque année environ 50% de personnes
06:24qui ne sont pas issues directement du milieu agricole.
06:26C'est la preuve que nos activités, nos métiers attirent.
06:30Nous sommes dans le vivant, à la fois dans les productions animales, dans les productions végétales.
06:36C'est souvent une passion, et j'ai presque envie de dire, il faut que ce le soit, une passion,
06:41une passion.
06:41C'est à nous, ensuite, coopérative, d'apporter notre soutien et d'apporter tout l'accompagnement nécessaire
06:48au quotidien pour l'agriculteur sur son exploitation.
06:50Et des débouchés du revenu. On y vient à ces chutes de production qui font monter les prix.
06:54On l'a vu, l'inflation alimentaire est autour de 1,5%, grosso modo,
06:58surtout pour les fruits et légumes, pour le frais.
07:01Et sur l'agroalimentaire, on sait qu'il faut quelques mois pour que ça s'exprime sur l'agroalimentaire.
07:05Est-ce que demain, Dany Rochefort, est-ce que les prix des conserves, est-ce que les prix du beurre,
07:11du yaourt,
07:12est-ce que ces prix vont augmenter au supermarché ?
07:14Alors, ce que je peux vous dire, c'est que rétroactivement, quand on regarde les négociations
07:19qui se sont déroulées au début de l'année 2026, quand globalement, nous, la coopération...
07:24Vous parlez de ces négociations commerciales entre l'agroalimentaire et la grande distribution.
07:28On le sait, elles se déroulent chaque année entre le 1er décembre, le 1er mars et la fameuse guerre des
07:32prix.
07:33Tout à fait, tout à fait.
07:34Très concrètement, en 2026, nos coopératives agricoles demandaient une hausse tarifaire voisine de 3,5%.
07:40Or, les grands distributeurs n'ont alloué que 0,05% de hausse, ce qui est très nettement insuffisant.
07:49Ça veut dire qu'on part déjà avec un déficit de compétitivité.
07:52Ça veut dire que...
07:53Ça veut dire que cette inflation, vous l'absorbez, vous l'avez dans vos caisses en ce moment.
07:57Oui, ça veut dire que nous avons déjà joué le rôle d'amortisseur pour encaisser ces coûts-là.
08:02D'autant plus que lorsque l'on...
08:05Dans la définition du coût de production d'un produit, d'un litre de lait, d'un produit carné ou
08:12d'un légume,
08:13il y a la matière première agricole.
08:16Je veux parler de la loi Gallim.
08:18Donc, la matière première agricole, elle est sanctuarisée par la loi.
08:21C'est le prix qui est directement payé aux producteurs.
08:23Mais il y a tous les autres coûts industriels.
08:25L'emballage, le transport.
08:26L'emballage, l'énergie, le transport, la main-d'oeuvre, qui viennent s'additionner.
08:30Or, tous ces coûts-là, concrètement, ils ont explosé depuis 5 ans.
08:34Ils ont explosé entre 15 et 30, 35%.
08:37Même le gaz, par exemple.
08:38Le gaz, c'est pire encore, c'est 170%.
08:40Donc, on comprend bien que nous sommes déjà dans une situation très inflationniste et qui, malheureusement, on ne voit pas
08:48la fin avec les différents conflits géopolitiques qui s'additionnent.
08:51L'Ukraine, Hormoz, et j'en passe.
08:53Donc, lorsque l'on re-rentrera en négociation, on devra véritablement parler, j'ai envie de dire, de hausses tarifaires.
09:04Vous demanderez combien, cette année ?
09:05Aujourd'hui, je ne peux pas vous dire très concrètement pourquoi.
09:08Parce qu'il faut attendre que toutes les récoltes soient terminées.
09:10Si on respecte le cadre de la loi EGalim, ce sont un certain nombre d'indicateurs qui nous livrent l
09:19'évolution des coûts.
09:20Et ensuite, on y additionne les coûts industriels.
09:24Et c'est seulement à partir de ce moment-là que nous sommes à même d'identifier précisément la hausse
09:29tarifaire nécessaire.
09:29Les grands patrons de la grande distribution intermarché, Leclerc, etc., multiplient les prises de parole pour, en disant, redouter une
09:37inflation de ces prix des produits alimentaires de 2 à 6%.
09:42Mais vu la crise du pouvoir d'achat aujourd'hui, ce n'est pas possible, ça ?
09:45Concrètement, aujourd'hui, on ne peut pas donner de chiffres.
09:48Après, je crois que l'alimentation ne peut pas être la seule variable d'ajustement.
09:54Dans un contexte d'inflation, aujourd'hui, l'INSEE estime à 3,1% l'inflation sur les 12 derniers
10:00mois glissants.
10:02Donc, ça veut dire que si tout secteur d'activité est confondu, le consommateur doit malheureusement s'attendre à mettre
10:10davantage la main à la poche.
10:13Bon, on l'a bien compris, l'agroalimentaire vit une crise, puisque vous le dites, vous essayez de contenir cette
10:18inflation.
10:19C'est pourquoi vous interpellez les candidats à la présidentielle.
10:22On est à quelques mois du scrutin.
10:25Qu'est-ce que vous demandez ? Plus d'investissement ? Pourquoi ?
10:27Parce que sinon, l'agroalimentaire, qui, je le rappelle, a un cinquième puissance mondiale pour la France, va continuer de
10:33dévisser.
10:34L'an dernier, on fait des milliards, normalement, de bénéfices sur la balance commerciale.
10:38On a fait quelques millions.
10:40On va dans le mur ?
10:42Effectivement.
10:42On doit parler très concrètement compétitivité.
10:44Ça veut dire que, concrètement, les coopératives agricoles que nous sommes doivent retrouver une compétitivité, doivent retrouver de la rentabilité,
10:53déjà pour pouvoir rémunérer au juste prix les agriculteurs, pour qu'ils soient encore là demain présents sur l'ensemble
10:59des productions.
11:00Mais aussi que la coopérative puisse avoir des comptes positifs sur ses outils industriels parce qu'elle a besoin d
11:07'investir.
11:08Nos outils ont, en moyenne, 23 années d'existence.
11:12Ça veut dire que, pour véritablement continuer d'être présents demain, notre mission, elle est simple.
11:19Notre mission, elle est de produire des produits de grande consommation, les produits laitiers, les produits carnés, les fruits et
11:25légumes, j'ai envie de dire, à un coût, à un prix, des produits sains, mais à un prix acceptable,
11:32abordable.
11:32Et pour cela, nous avons besoin de compétitivité, notamment par rapport à nos voisins directement européens.
11:39Parce que voilà, c'est ça, la France est en train de se faire dépasser, notamment par l'Italie, par
11:43l'Espagne.
11:43Quand on dit que notre balance commerciale prend du plomb dans l'aile d'année après année, ça veut bien
11:48dire que nos premiers concurrents, ce sont nos premiers voisins européens, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne,
11:54qui, eux, ont pu faire des gains de compétitivité par rapport à nous et donc on doit rattraper ce retard.
12:00Et vous allez mettre ce sujet à l'agenda politique et ça commencera dès demain avec l'ouverture du Salon
12:05international de l'agroalimentaire au nord de Paris.
12:08Merci beaucoup Dany Rochefort, vice-président de la coopération agricole, invité Éco de France Info.
12:13Merci.

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