00:08Nous ouvrons la saison avec Orphée Eurydice de Gluck.
00:11C'est une œuvre qui me touche beaucoup, qui est aussi un symbole,
00:14puisque Orphée est un peu le père des musiciens.
00:18Il charme les enfers avec sa lyre.
00:20Il y a un symbole aussi avec cette première œuvre.
00:24Elle pose des questions aujourd'hui que je trouve assez intéressantes
00:28et dont Lorraine de Sagazan s'emparera.
00:30C'est vraiment un des opéras et des personnages qui sont vraiment au fondement même de l'opéra.
00:35Donc il y a comme une allégorie de tout ce qu'est l'opéra.
00:37Et puis j'ai voulu faire une place un peu particulière à Eurydice,
00:41qui est souvent mise, pas au rebut, mais en tout cas qui est souvent considérée
00:45comme étant un peu secondaire par rapport à Orphée.
00:47Eurydice meurt d'une mort violente.
00:49Moi je retravaille sur cette mort-là pour qu'on ne soit pas simplement dans le deuil,
00:54mais dans la compréhension déjà de la violence de la première mort d'Eurydice.
00:57Elle se retrouve ensuite dans le royaume des morts,
01:01dans lequel finalement elle semble trouver plutôt du plaisir.
01:04Et cette chose-là m'intéresse beaucoup.
01:05Pourquoi Eurydice se sent mieux dans le royaume des morts que dans celui des vivants ?
01:14J'avais besoin, envie en tout cas, de proposer au public un nouveau regard, une curiosité.
01:20De prendre Lorraine de Sagazan, qui n'avait pas en tout cas cette expérience-là de l'opéra et de
01:26l'œuvre,
01:27permettait de retrouver une certaine spontanéité.
01:30Et son regard à elle, d'artiste qui a une notoriété très grande dans le théâtre,
01:35c'est un endroit de déplacement qui m'intéresse.
01:37De prendre une expertise de quelqu'un qui a un regard dramaturgique très fort,
01:41une nouvelle façon de regarder cette œuvre et de proposer au public une perspective différente.
01:47La première émotion que j'ai ressentie en arrivant dans une maison d'opéra,
01:50c'est un entremêlement d'appréhension et d'excitation.
01:54C'est un endroit dont je ne connais pas les codes,
01:57donc il y a une sensation d'apprentissage permanent qui est un peu vertigineux.
02:01L'organisation de groupes, comme des micro-sociétés,
02:05qui doivent pouvoir s'articuler les unes avec les autres,
02:07l'orchestre, les chanteurs et les chanteuses,
02:09et puis les costumes, les accessoires,
02:11c'est tout à coup une organisation qui est beaucoup plus vaste.
02:14Ça me permet d'apprendre beaucoup aussi.
02:22La force de la musique de Gluck,
02:24ça c'est quelque chose qui est très perceptible,
02:26même si je n'ai pas l'habitude de travailler à l'opéra avec la musique.
02:30On sent vraiment qu'il est à l'intersection de plusieurs époques,
02:33de plusieurs pays.
02:34L'opéra allemand, l'opéra italien, l'opéra français.
02:36Son opéra est vraiment multiforme.
02:39Moi j'ai vraiment eu envie de travailler là-dessus.
02:41On est dans une instabilité, on a du mal à se situer.
02:44Il y a vraiment une dimension, je trouve, très plastique dans son œuvre.
02:49Et aussi, c'est une œuvre qui était extrêmement polémique.
02:51Moi j'ai quand même choisi d'essayer de maintenir une forme d'audace,
02:54de lui rendre justice.
02:56J'ai l'impression que travailler sur une œuvre comme celle-ci,
02:59avec trop d'académisme, serait aller contre le mouvement de Gluck lui-même.
03:04Gluck a réformé avec cette œuvre.
03:06Quelque part, il a fait la liaison entre la fin d'une période baroque avec modernité,
03:11qu'il a simplifié, aussi enlevé une forme de virtuosité.
03:15Faire en sorte que les chœurs, l'orchestre, les chanteurs concourent au drame.
03:25L'opéra est absolument un art d'aujourd'hui.
03:28Il porte des thématiques qui sont universelles, et l'amour, le courage.
03:33La mort sont quand même des thématiques qui existent toujours aujourd'hui.
03:36Donc même s'il y a 400 ans qui séparent certaines œuvres des nôtres,
03:42ce sont des sujets qui sont toujours très forts aujourd'hui.
03:44Je pense que le fait d'avoir fait du théâtre maintenant pendant pas mal d'années
03:49fait que j'arrive avec un tout petit peu plus de confiance.
03:52Je pense que je n'aurais pas pu travailler à l'opéra il y a quelques années.
03:56La question de la dramaturgie et du plaisir du texte,
03:59qui est quelque chose qui peut être un peu secondaire à l'opéra,
04:02là aussi peut prendre une autre dimension,
04:04parce que nous, on commence par un travail de table avec les chanteurs et les chanteuses.
04:08On fait de la dramaturgie, on fait du sous-texte, on fait du monologue intérieur.
04:11Et ça, je sais que c'est une manière un peu différente de travailler,
04:14qu'on pratique quotidiennement en répétition.
04:20On peut rendre l'opéra accessible à tous, on peut le partager.
04:24D'ailleurs, on souhaite absolument le faire,
04:26parce que je suis convaincue que c'est un art qui transforme des vies.
04:31Pour cela, il faut aussi aller à la rencontre,
04:34que ce soit dans des formes itinérantes, hors les murs,
04:37que ce soit par les actions culturelles.
04:38Tout ne se passe pas spécifiquement ou seulement sur le plateau de l'opéra.
04:43Et si on prend l'habitude de venir dans l'opéra, dans le bâtiment,
04:47pour des choses peut-être plus faciles, plus accessibles,
04:49on va commencer à faire usage du lieu, à se sentir familier,
04:53et peut-être avoir envie de rentrer dans la salle de l'opéra.
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