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  • il y a 1 minute
Chaque semaine, nos critiques Marie Sauvion et Samuel Douhaire commentent un film sorti en salles. Aujourd’hui, "La Gradiva", de Marine Atlan. Un premier film magnifique sur une classe de terminale en voyage à Naples.

En salles le 21 octobre 2026.
Transcription
00:00C'était sans conteste l'une des plus belles révélations du dernier festival de Cannes.
00:04Cette semaine sort la Gradiva de Marine Atlan.
00:07Là, moi je veux vraiment que vous vous laissiez agir par l'émotion que ça vous procure.
00:14Regardant ses visages, ses corps, leurs mouvements, les couleurs, cette intensité, cette profondeur.
00:21Quelque chose comme ça d'un trouble et ça avait à voir avec la...
00:25Sexualité !
00:26Voilà, vous avez quand même...
00:27C'est peut-être ça qui vous refébrile.
00:30Pour son premier long-métrage, elle fait quelque chose de très personnel.
00:34D'abord parce qu'elle est fille de prof et passionnée de sociologie.
00:37Elle avait envie de parler de la jeunesse et qu'elle est allée l'interroger, cette jeunesse.
00:42Elle a passé des heures et des heures à discuter avec des lycéens.
00:47Et puis après, elle a fait deux ans d'un casting sauvage pour trouver, constituer sa classe de terminale.
00:54Et puis elle les a embarquées dans un vrai voyage où ils sont allés en Italie.
00:59Ils ont vécu dans un lieu qui va devenir un décor du film.
01:04Et elle avait envie de retranscrire une parole qui sonne juste et qui vienne vraiment de la jeunesse.
01:12C'est-à-dire que le pari, c'était...
01:14La jeunesse qui va se raconter dans notre film.
01:17C'est partir de ce matériau documentaire-là pour faire un film qui est très romanesque.
01:21Ça raconte la jeunesse d'aujourd'hui avec toutes ses aspirations, toutes ses angoisses.
01:27Et il y a vraiment...
01:29C'est un film dans lequel on passe, comme les personnages, par toutes les émotions possibles.
01:32C'est vraiment ce qui est très, très beau dans ce film,
01:34qui vraiment épouse le parcours de la jeunesse aussi
01:37à travers ce maelstrom d'émotions pas toujours très, très bien maîtrisé.
01:41Le film peut être extrêmement sombre par moments,
01:44mais ça n'empêche pas vraiment le mouvement global
01:47qui est l'espèce d'emballement qu'on a devant la Gradiva de bout en bout.
01:52Les comédiens, ils sont vraiment remarquables aussi.
01:54Donc on voit vraiment les vertus de ce processus de longue haleine,
01:57de préparer leur rôle avec eux.
01:59On a vraiment l'impression de les voir un peu comme un reportage sur le vif.
02:04Et en même temps, il y a des vrais dialogues.
02:06Il y a une vraie composition de la part de tous ces jeunes comédiens
02:10qui sont tous épatants.
02:11Et puis, au milieu de tous ces comédiens, il y a ce personnage de prof.
02:15C'est une actrice qui est formidable, qui s'appelle Antonia Bourrezi,
02:17qu'on a vue dans quelques rôles,
02:19et qui a vraiment, pour une fois, un rôle de premier plan.
02:21Et c'est un peu la prof qu'on aurait tous rêvé d'avoir.
02:26C'est une prof vraiment hyper engagée avec ses élèves.
02:29Parfois un peu découragée aussi,
02:31parce que les adolescents, aussi brillants soient-ils,
02:33peuvent être un peu bêtes parfois, et un peu pénibles.
02:36Et on voit vraiment tout ce que ça implique
02:38de faire vivre une classe comme ça,
02:40de l'emmener pendant dix jours
02:42dans un endroit où il y a plein de possibilités,
02:45en gros, de faire l'école buissonnière.
02:47Ça m'a raison de parler de cette professeure.
02:49Elle est extraordinaire.
02:50Alors moi, quand j'étais petite,
02:50je voulais Jean-François Stévenin comme instituteur.
02:53Après, j'ai rêvé d'avoir Robin Williams comme prof.
02:56Mais en fait, bien sûr, c'est elle,
02:57c'est Madame Mercier qu'on veut avoir comme professeure.
03:00Il y a des séquences avec elle qui sont absolument extraordinaires
03:03parce qu'elle est capable de partager sa passion
03:08et de donner vraiment à des tout jeunes adultes,
03:13à des adolescents, des clés pour beaucoup de choses,
03:16y compris comprendre l'art.
03:18À un moment, ils sont devant, je ne sais plus,
03:19des bas-reliefs, une statue, enfin bon.
03:21Et elle leur dit, elle cite Claudel et elle dit
03:24« Mais il ne faut pas chercher à comprendre,
03:26il faut perdre connaissance. »
03:28Alors ça, c'est quand même une phrase sublime.
03:29Voilà, on va la noter et puis on va se la garder pour toujours, en fait.
03:33Le film bénéficie aussi d'un décor naturel formidable.
03:36C'est Naples et sa région.
03:38Alors c'est un décor chargé d'histoire antique,
03:40mais aussi d'histoire cinématographique.
03:42Et c'était assez gonflé quand même de la part de Marine Atlan
03:45de vouloir rejouer une des scènes cultes du film
03:47Voyage en Italie de Roberto Rossellini
03:49où le couple incarné par George Saunders et Ingrid Bergman
03:54se retrouve face au fameux amant pétrifié de Pompéi
03:56et qui fait écho un peu à leur couple en rupture.
04:01Et il y a une scène un peu équivalente dans la Gradiva
04:04et elle est tout aussi réussie,
04:05ce qui est quand même vraiment un exploit.
04:06C'est vraiment une des autres grandes qualités du film,
04:08c'est la capacité de Marine Atlan
04:09à filmer ses paysages mille fois vus
04:11et qu'on voit d'un œil nouveau.
04:13C'est aussi un peu l'œil de la découverte des jeunes du film
04:15qu'elle parvient à nous faire ressentir
04:18que l'on soit au sommet du Vésuve,
04:20face à la Villa des Mystères de Pompéi
04:22ou dans le musée archéologique de Naples.
04:23Le film se resserre sur trois personnages de jeunes,
04:26un peu pour caricaturer, on va dire, le beau gosse,
04:29son meilleur ami qui est gay, qui est assez amoureux de lui
04:32et puis une jeune fille qui est un peu en marge de la classe,
04:38elle a du mal avec son physique, elle ne s'aime pas beaucoup
04:41et en même temps elle est assez artiste,
04:43c'est un peu l'intello aussi de la bande.
04:46Et il y a un truc qui est vraiment très frappant dans le film,
04:48c'est qu'à la seconde où elle apprend sur Parcoursup
04:52qu'elle est prise en classe de prépa d'école d'art,
04:57tout à coup elle est métamorphosée.
04:58C'est complètement dingue en fait.
04:59Et c'est là où le film est vraiment très fort,
05:02c'est-à-dire que sous le romanesque,
05:04on va se baigner dans le port, on visite des musées,
05:06on mange des glaces, on se dispute, on s'engueule,
05:08on parle politique au dîner.
05:09Et bien sous le romanesque, il y a vraiment un questionnement
05:13très émouvant sur le déterminisme social.
05:18Mon seul petit bémol sur le film,
05:20c'est justement sur la caractérisation des trois personnages principaux,
05:23et notamment du personnage de Tony,
05:25qui est le personnage du jeune gay.
05:27Un très beau personnage,
05:28est vraiment très bien interprété par son acteur,
05:31Colas Guillard.
05:33Il lui donnait une dimension un petit peu tragique.
05:37On est à la limite du cliché sur le fait de mal vivre son homosexualité.
05:41Je trouve que c'est un petit peu dommage d'avoir mis toute la dimension,
05:45la dimension la plus romanesque du film
05:46et la plus dramatique du film sur ce personnage-là.
05:49C'était peut-être un petit peu trop chargé la barque.
05:52Allez, la Gradiva, 18 sur 20, bravo.
05:55La Gradiva, on frôle le 16 sur 20, c'est très bien.
05:59En fait, on peut s'y reconnaître, quoi.
06:00Mains a 2000 ans d'histoire.
06:02On va prendre un café avec la croce.
06:04Tony, vous arrêtez.
06:05Je ne veux plus vous entendre.
06:06Putain, mais ça donne un coupé des bites.
06:07Voilà.
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