00:00C'était sans conteste l'une des plus belles révélations du dernier festival de Cannes.
00:04Cette semaine sort la Gradiva de Marine Atlan.
00:07Là, moi je veux vraiment que vous vous laissiez agir par l'émotion que ça vous procure.
00:14Regardant ses visages, ses corps, leurs mouvements, les couleurs, cette intensité, cette profondeur.
00:21Quelque chose comme ça d'un trouble et ça avait à voir avec la...
00:25Sexualité !
00:26Voilà, vous avez quand même...
00:27C'est peut-être ça qui vous refébrile.
00:30Pour son premier long-métrage, elle fait quelque chose de très personnel.
00:34D'abord parce qu'elle est fille de prof et passionnée de sociologie.
00:37Elle avait envie de parler de la jeunesse et qu'elle est allée l'interroger, cette jeunesse.
00:42Elle a passé des heures et des heures à discuter avec des lycéens.
00:47Et puis après, elle a fait deux ans d'un casting sauvage pour trouver, constituer sa classe de terminale.
00:54Et puis elle les a embarquées dans un vrai voyage où ils sont allés en Italie.
00:59Ils ont vécu dans un lieu qui va devenir un décor du film.
01:04Et elle avait envie de retranscrire une parole qui sonne juste et qui vienne vraiment de la jeunesse.
01:12C'est-à-dire que le pari, c'était...
01:14La jeunesse qui va se raconter dans notre film.
01:17C'est partir de ce matériau documentaire-là pour faire un film qui est très romanesque.
01:21Ça raconte la jeunesse d'aujourd'hui avec toutes ses aspirations, toutes ses angoisses.
01:27Et il y a vraiment...
01:29C'est un film dans lequel on passe, comme les personnages, par toutes les émotions possibles.
01:32C'est vraiment ce qui est très, très beau dans ce film,
01:34qui vraiment épouse le parcours de la jeunesse aussi
01:37à travers ce maelstrom d'émotions pas toujours très, très bien maîtrisé.
01:41Le film peut être extrêmement sombre par moments,
01:44mais ça n'empêche pas vraiment le mouvement global
01:47qui est l'espèce d'emballement qu'on a devant la Gradiva de bout en bout.
01:52Les comédiens, ils sont vraiment remarquables aussi.
01:54Donc on voit vraiment les vertus de ce processus de longue haleine,
01:57de préparer leur rôle avec eux.
01:59On a vraiment l'impression de les voir un peu comme un reportage sur le vif.
02:04Et en même temps, il y a des vrais dialogues.
02:06Il y a une vraie composition de la part de tous ces jeunes comédiens
02:10qui sont tous épatants.
02:11Et puis, au milieu de tous ces comédiens, il y a ce personnage de prof.
02:15C'est une actrice qui est formidable, qui s'appelle Antonia Bourrezi,
02:17qu'on a vue dans quelques rôles,
02:19et qui a vraiment, pour une fois, un rôle de premier plan.
02:21Et c'est un peu la prof qu'on aurait tous rêvé d'avoir.
02:26C'est une prof vraiment hyper engagée avec ses élèves.
02:29Parfois un peu découragée aussi,
02:31parce que les adolescents, aussi brillants soient-ils,
02:33peuvent être un peu bêtes parfois, et un peu pénibles.
02:36Et on voit vraiment tout ce que ça implique
02:38de faire vivre une classe comme ça,
02:40de l'emmener pendant dix jours
02:42dans un endroit où il y a plein de possibilités,
02:45en gros, de faire l'école buissonnière.
02:47Ça m'a raison de parler de cette professeure.
02:49Elle est extraordinaire.
02:50Alors moi, quand j'étais petite,
02:50je voulais Jean-François Stévenin comme instituteur.
02:53Après, j'ai rêvé d'avoir Robin Williams comme prof.
02:56Mais en fait, bien sûr, c'est elle,
02:57c'est Madame Mercier qu'on veut avoir comme professeure.
03:00Il y a des séquences avec elle qui sont absolument extraordinaires
03:03parce qu'elle est capable de partager sa passion
03:08et de donner vraiment à des tout jeunes adultes,
03:13à des adolescents, des clés pour beaucoup de choses,
03:16y compris comprendre l'art.
03:18À un moment, ils sont devant, je ne sais plus,
03:19des bas-reliefs, une statue, enfin bon.
03:21Et elle leur dit, elle cite Claudel et elle dit
03:24« Mais il ne faut pas chercher à comprendre,
03:26il faut perdre connaissance. »
03:28Alors ça, c'est quand même une phrase sublime.
03:29Voilà, on va la noter et puis on va se la garder pour toujours, en fait.
03:33Le film bénéficie aussi d'un décor naturel formidable.
03:36C'est Naples et sa région.
03:38Alors c'est un décor chargé d'histoire antique,
03:40mais aussi d'histoire cinématographique.
03:42Et c'était assez gonflé quand même de la part de Marine Atlan
03:45de vouloir rejouer une des scènes cultes du film
03:47Voyage en Italie de Roberto Rossellini
03:49où le couple incarné par George Saunders et Ingrid Bergman
03:54se retrouve face au fameux amant pétrifié de Pompéi
03:56et qui fait écho un peu à leur couple en rupture.
04:01Et il y a une scène un peu équivalente dans la Gradiva
04:04et elle est tout aussi réussie,
04:05ce qui est quand même vraiment un exploit.
04:06C'est vraiment une des autres grandes qualités du film,
04:08c'est la capacité de Marine Atlan
04:09à filmer ses paysages mille fois vus
04:11et qu'on voit d'un œil nouveau.
04:13C'est aussi un peu l'œil de la découverte des jeunes du film
04:15qu'elle parvient à nous faire ressentir
04:18que l'on soit au sommet du Vésuve,
04:20face à la Villa des Mystères de Pompéi
04:22ou dans le musée archéologique de Naples.
04:23Le film se resserre sur trois personnages de jeunes,
04:26un peu pour caricaturer, on va dire, le beau gosse,
04:29son meilleur ami qui est gay, qui est assez amoureux de lui
04:32et puis une jeune fille qui est un peu en marge de la classe,
04:38elle a du mal avec son physique, elle ne s'aime pas beaucoup
04:41et en même temps elle est assez artiste,
04:43c'est un peu l'intello aussi de la bande.
04:46Et il y a un truc qui est vraiment très frappant dans le film,
04:48c'est qu'à la seconde où elle apprend sur Parcoursup
04:52qu'elle est prise en classe de prépa d'école d'art,
04:57tout à coup elle est métamorphosée.
04:58C'est complètement dingue en fait.
04:59Et c'est là où le film est vraiment très fort,
05:02c'est-à-dire que sous le romanesque,
05:04on va se baigner dans le port, on visite des musées,
05:06on mange des glaces, on se dispute, on s'engueule,
05:08on parle politique au dîner.
05:09Et bien sous le romanesque, il y a vraiment un questionnement
05:13très émouvant sur le déterminisme social.
05:18Mon seul petit bémol sur le film,
05:20c'est justement sur la caractérisation des trois personnages principaux,
05:23et notamment du personnage de Tony,
05:25qui est le personnage du jeune gay.
05:27Un très beau personnage,
05:28est vraiment très bien interprété par son acteur,
05:31Colas Guillard.
05:33Il lui donnait une dimension un petit peu tragique.
05:37On est à la limite du cliché sur le fait de mal vivre son homosexualité.
05:41Je trouve que c'est un petit peu dommage d'avoir mis toute la dimension,
05:45la dimension la plus romanesque du film
05:46et la plus dramatique du film sur ce personnage-là.
05:49C'était peut-être un petit peu trop chargé la barque.
05:52Allez, la Gradiva, 18 sur 20, bravo.
05:55La Gradiva, on frôle le 16 sur 20, c'est très bien.
05:59En fait, on peut s'y reconnaître, quoi.
06:00Mains a 2000 ans d'histoire.
06:02On va prendre un café avec la croce.
06:04Tony, vous arrêtez.
06:05Je ne veux plus vous entendre.
06:06Putain, mais ça donne un coupé des bites.
06:07Voilà.
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