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  • il y a 32 minutes
Mardi 29 septembre 2026, retrouvez Fabrice Cousté (Journaliste, B SMART), Amelia Tavella (Fondatrice, Agence Amelia Tavella), Vera Matovic (Présidente, SAVOIR-FAIR ARCHITECTURE), Philippe Madec (Architecte) et Olivier Calvarese (Architecte associé, ANMA Architectes Urbanistes Paysagistes) dans SMART IMMO, une émission présentée par Fabrice Cousté.

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Transcription
00:16Bonjour, bienvenue à tous, bienvenue sur Smartimo, je suis ravi de vous retrouver pour cette nouvelle émission
00:20depuis le Grand Parler, depuis les journées d'architecture.
00:24Quatre architectes sont avec nous, on va leur poser différentes questions.
00:28Tout d'abord, comment bâtir avec l'existant ? Comment donner une nouvelle vie à un bâtiment ?
00:34A l'heure où 80% de la ville est déjà présente, justement, quel regard porter sur cette ville qui
00:40existe déjà ?
00:41Et enfin, un bâtiment à 25 degrés, en pleine canicule, on va voir que c'est possible.
00:45Smartimo, spéciale journée d'architecture, c'est parti.
00:52Les journées d'architecture édition 2026 depuis le Grand Palais, ici à Paris.
00:58Et on est ravis de démarrer avec Amélia Tavella.
01:01Bonjour Amélia.
01:02Bonjour Fabrice.
01:02Vous êtes architecte avec vous, on va voir comment bâtir avec l'existant, partir de ce qui est déjà là,
01:08de la mémoire, de la matière, des traces d'un lieu, c'est tout le principe de votre travail.
01:14Expliquez-nous et puis on va voir à travers deux exemples précis comment vous allez faire.
01:17Alors, comment on bâtit à partir de l'existant ?
01:20Très vite, Fabrice, pour qu'on comprenne un peu la genèse de cette démarche qui fait l'architecte que je
01:25suis aujourd'hui, je suis née en Corse.
01:28La Corse est ma matrice et j'ai décidé de sans cesse retourner l'honorer et la réparer et la
01:35reconstruire.
01:36C'est comme ça que j'ai fini par bâtir avec l'existant, y prendre vraiment goût et devenir passionnée
01:44par cet acte de reconstruire plutôt que de construire.
01:47Et je crois qu'à l'heure qu'il est, c'est essentiel.
01:50On dit souvent que 80% de la ville existe déjà, du bâti existe déjà.
01:55On parle aussi beaucoup de rénovation et on a bien conscience qu'on ne peut pas continuer comme ça à
01:59s'étendre, notamment sur la nature.
02:01Ça fait partie de vos principes également ?
02:03Absolument. Et j'irai même plus loin puisque je dirais que ma petite particularité d'architecte, c'est de reconstruire
02:09des ruines et de valoriser des bâtiments qui sont totalement démolis.
02:17Complètement démolis, détruits.
02:19Alors, on a un exemple, c'est justement avec ce couvent que vous avez réhabilité en Corse.
02:24On part du côté de Sainte-Lucie de Talano.
02:26Vous avez complètement réhabilité un couvent.
02:29Racontez-nous, c'était vraiment une ruine ?
02:31C'était un édifice totalement effondré que la nature avait particulièrement investi et qu'elle le protégeait même.
02:41Il a fallu faire une enquête très longue auprès des habitants, comme le ferait presque un archéologue,
02:48pour comprendre quelle a été la vie de ce bâtiment, lui offrir une seconde vie et l'éveiller à nouveau.
02:59Et j'avoue que ce sont des actes historiques pour un architecte qui sont particulièrement passionnants.
03:07Oui, alors justement, on est curieux.
03:09Ça a émané d'une commande parce qu'évidemment, laisser mourir une ruine, c'est vrai qu'il y en
03:14a sur notre territoire, peut-être évidemment en Corse.
03:17Qui est donneur d'ordre dans ces conditions ? Qui vous a mandaté justement pour vous occuper de ce lieu
03:21?
03:21C'est un concours d'architecture initié par la collectivité de Corse.
03:25La Corse est étruffée de bâtiments en ruine dans son arrière-pays.
03:31C'est des édifices qui sont difficilement accessibles par la géographie, le relief que ça suppose.
03:38Donc c'est un vrai engagement, autant pour la maîtrise d'ouvrage que pour la maîtrise d'oeuvre, de prendre
03:44soin de ces lieux-là.
03:45Oui, et si on rentre dans le détail, vous avez pu retrouver des plans ou les reconfigurer, les imaginer ?
03:50C'est un bâtiment qui est tellement vieux, 1480 à peu près, qui a été d'abord un château défensif
03:56et ensuite un couvent secret investi par des moines
04:02qui ont ce talent d'aller trouver des sites d'une beauté folle, très retirés.
04:07Donc on a très très peu d'archives.
04:09On a réussi à reconstituer un certain nombre de littératures et de documentations.
04:14Mais ce qui me permet, moi, de prendre une liberté un petit peu plus grande dans la façon dont j
04:20'ai reconstruit la part fantôme du bâtiment.
04:23Oui, et quel challenge pour vous, originaire de Lille, effectivement, de faire ça.
04:28Aujourd'hui, qu'est-ce que c'est ? On peut le visiter, on peut le voir ou il a
04:31repris une fonction ?
04:32Il a une vocation d'un lieu défensif. Il est devenu un lieu de partage.
04:38C'est une forme de tiers-lieu qui accueille toute manifestation et puis une médiathèque et qui génère énormément d
04:47'échanges à l'échelle du territoire.
04:51Voilà, pour ceux qui ont la chance d'avoir encore quelques jours de vacances, pourquoi pas aller du côté de
04:55Sainte-Ussie de Talano pour voir ce couvent, donc complètement réhabilité.
04:59Un deuxième exemple avec vous, Amélia, le château de Nalis, on parle du côté de Château-Nave-du-Pape.
05:05Là, c'est une bâtisse vitivinicole. Là aussi, réhabilité. En tout cas, expliquez-nous ce projet.
05:12Tout autre échelle, concours international lancé par la famille Guigal qui fait l'acquisition de ce FIEF en 2017.
05:22Domaine de Nalis qui devient château de Nalis avec un terroir exceptionnel.
05:27J'ai la chance de remporter ce concours international.
05:30Et on livre à la fin de l'année un édifice qui fait plus de 7000 m², qui comprend à
05:36la fois un process viticole et vinicole.
05:38Donc, vraiment un outil de vinification complet fait à la main de la famille Guigal.
05:45Et puis, toute quantité d'espace de réception et de jardin pour permettre aux visiteurs d'avoir une meilleure connaissance
05:56du vin depuis les vignes jusqu'à la bouteille qu'on va déguster dans le caveau.
06:01Oui, alors là, on est donc très organique. On imagine des matériaux. Vous pouvez aller voir les photos.
06:06Alors, j'ai souhaité justement...
06:07Sur le site, c'est du bois. C'est quelque chose de très naturel.
06:09J'ai souhaité construire ce bâtiment, qui est un château. Compliqué de se dire qu'on va faire un château
06:15en 2025.
06:17J'ai souhaité construire ce château comme la famille Guigal faisait du vin.
06:22Et leur devise, c'est nul bien sans peine.
06:25Donc, je me suis donné énormément de mal avec tous mes co-traitants et toutes les entreprises qui ont participé
06:30à ce chantier.
06:32Et on a pris le parti de la pierre massive dans une forme d'exemplarité.
06:37A la fois dans l'authenticité qu'on recherchait, matériaux biosourcés, matériaux géosourcés,
06:46que dans le confort thermique et hygrothermique qu'on allait offrir au vin,
06:52qui est un client particulièrement lunatique, sensible.
06:57Et si on veut qu'il donne le meilleur de lui-même, on a tout intérêt à lui offrir un
07:01écran à la hauteur de sa splendeur.
07:03Donc, on arrive aujourd'hui à avoir une température constante malgré les sautes de température qu'on a eues ?
07:06Avec simplement, je suis associée à l'atelier Franck Boutet sur cette opération, en qualité environnementale,
07:13avec simplement des murs d'une épaisseur de 50 cm.
07:16D'accord.
07:17En pierre massive.
07:17C'est possible. On parle beaucoup, évidemment, c'est l'actualité de ces événements climatiques extrêmes.
07:23De la canicule.
07:24De la canicule.
07:25Et les architectes ont la solution. C'est des process que vous connaissez.
07:28On n'a pas besoin forcément de réinventer la roue. Vous nous dites que c'est déjà dans les modes
07:31constructifs.
07:32Je crois que c'est du bon sens et qu'il est très, très urgent, comme le principe d'aller
07:38reconstruire des ruines.
07:41Je trouve qu'il est essentiel aujourd'hui de retourner au bon sens.
07:47Et là, on est en Méditerranée, enfin proche de la Méditerranée, quand on parle de Côte-du-Rhône-Sud.
07:53On a des températures à peu près équivalentes.
07:55Il faut s'inspirer de nos anciens, regarder les habitats vernaculaires et construire de façon frugale.
08:02Et bien voilà, en tout cas, on a la compétence pour le faire.
08:05Merci. Et puis pour ceux qui peuvent aller voir aussi le château de Nalis et voir cette réhabilitation.
08:12Merci Amélia. Amélia, tu es là. Je rappelle que vous êtes architecte. Et à très bientôt.
08:15Merci.
08:19Comment donner une nouvelle vie à un bâtiment ?
08:21C'est la question qu'on se pose depuis ces journées d'architecture ici au Grand Palais, en compagnie de
08:26notre invité, Vera Matovitch.
08:28Bonjour.
08:29Bonjour.
08:29Vous êtes fondatrice présidente de Savoir-Faire, comme le Fairplay Architecture. Bienvenue à vous.
08:36Alors, c'est vrai que cette question, elle en a peine une autre. C'est la question de la réhabilitation.
08:41On se pose cette question. Est-ce que finalement, la ville, elle est déjà là ? Elle est déjà construite
08:47?
08:47Il faut mieux réhabiliter que construire à partir de zéro aujourd'hui ?
08:51Merci déjà pour cette invitation. Je suis ravie de pouvoir partager ces thèmes avec vous qui sont plus que d
08:56'actualité.
08:57Pendant longtemps, on les a imaginés comme des thèmes théoriques, probables de demain.
09:03Et là, c'est aujourd'hui. Et j'en suis absolument ravie.
09:05Alors, c'est vrai que cette question, on se la pose depuis des années.
09:09Ça fait 25 ans que, pour ma part, j'ai une pratique en réhabilitation.
09:13Ça veut dire s'occuper, réparer les bâtiments qui existent.
09:17En 25 ans de pratique, je ne suis jamais arrivée à la conclusion qu'on ne peut pas réhabiliter un
09:22bâtiment.
09:22On peut toujours en faire quelque chose.
09:25Et c'est vrai que nous, nous repoussons au maximum la question de la démolition.
09:29C'est-à-dire que ce n'est plus une option.
09:32Il y a quelques années, on se disait, le bâtiment, il est organisé comme ça.
09:35L'épaisseur n'est pas tout à fait la bonne.
09:37Les circulations ne sont pas au bon endroit.
09:39On n'en est plus à ça.
09:41Mais justement, on a l'impression que les mentalités ont changé.
09:44Et que ce réflexe, quelque part, de démolition en construction,
09:47on sait qu'il est énormément de carbone et que ce n'est pas forcément nécessaire.
09:52Les mentalités ont changé, vous le voyez sur le terrain ?
09:54Alors, les mentalités ont certes changé.
09:56Tout d'abord, parce qu'il y a eu des pionniers en la matière qui ont montré l'exemple.
09:59Mais aussi, parce que, par exemple, les réglementations ont suivi.
10:03On peut parler du PLU bioclimatique sur Paris,
10:06où aujourd'hui, le sujet de la démolition est vraiment précis.
10:11Il doit être le dernier recours possible.
10:14On ne peut plus construire de nouveaux bâtiments en démolissant ce qu'il y a sur une parcelle.
10:19Donc, notre devoir aussi, et je pense que c'est toute la créativité que les architectes peuvent avoir,
10:25c'est d'imaginer la ville de demain avec ce qui existe déjà.
10:28On le sait, 85% de la ville de demain est déjà là.
10:32On n'a plus qu'à se balader dans Paris, par exemple, pour s'en rendre compte,
10:35mais aussi en première couronne, deuxième couronne, aussi dans d'autres villes.
10:39Donc, ce n'est pas qu'une problématique parisienne,
10:41c'est une problématique absolument nationale et fondamentale dans notre pratique.
10:46Les maîtres d'ouvrage, aujourd'hui, je pense qu'ils y sont très sensibles.
10:49Et on voit aussi à quel point on peut pousser la réflexion très loin,
10:53aller chercher des réponses très ingénieuses pour justement éviter la démolition.
10:58Tiens, justement, on va prendre un exemple ou des exemples sur lesquels vous avez travaillé.
11:03On part au cœur du marais.
11:05Là, vous avez travaillé sur un parking.
11:06C'est vrai que c'est un petit peu dommage au cœur de la ville historique d'avoir un parking.
11:10Vous l'avez réhabilité de quelle façon ?
11:12Oui. Alors, c'est vrai que déjà, cette question de parking,
11:14on a eu la chance parce que le parking était à moitié vide,
11:17puisque, en fait, depuis des années, il avait une utilisation qui était moins importante.
11:21Donc, au bout d'un moment, le propriétaire a décidé de s'en séparer.
11:24Et la question s'est posée, qu'est-ce qu'on va en faire ?
11:26Alors, on est au cœur du marais, dans une copropriété.
11:29On a eu des questions, mais est-ce qu'on pourrait démolir ?
11:32Parce que là, on a un bâtiment avec des faibles hauteurs sous plafond,
11:36un béton qui, parfois, n'est pas forcément de la meilleure qualité,
11:39puisque, en fait, le bâtiment, lui, il a été construit dans les années 30.
11:42Et on a refusé de tomber dans le piège, de dire, c'est tellement plus simple si on démolissait.
11:47Tout aurait été plus simple dans les faits, sur le terrain, de manière opérationnelle.
11:51Vous avez choisi la complication.
11:52Alors, je dirais plutôt la complexité, parce que je pense qu'on subit, en fait,
11:57dans nos pensées, une simplification de la pensée qui est assez dangereuse.
12:01Et je pense que la complexité, en fait, c'est la voie royale.
12:06Le fait de ne pas démolir, c'est conserver tous ces planchers qui existent déjà.
12:10On avait les rampes d'accès véhicules avec, effectivement, cette trémie déjà existante.
12:16On en a profité pour mettre les circulations verticales.
12:18Et se dire comment on va vivre dans ce bâtiment au cœur du marais.
12:22Donc, on a proposé un projet mixte.
12:24Je pense que c'est ça aussi la ville de demain, d'avoir une partie en logement, une partie en
12:28bureau.
12:29Et la question, par exemple, se posait sur ce bâtiment, comment apporter de la lumière ?
12:33Parce que c'est vrai que la transformation va forcément avec comment le faire de la meilleure manière possible,
12:40de la manière la plus qualitative possible.
12:42On a proposé un grand puits de lumière.
12:45Donc, en choisissant un peu nos batailles, en se disant il y a une des constructions centrales.
12:50Il faut accepter de perdre de la surface pour revaloriser, en fait, la parcelle et le bâtiment.
12:56Et quand on se positionne dans cette optique, en fait, on voit les choses sous un autre angle.
13:00On a une vraie création de valeur, de qualité architecturale, de qualité d'espace.
13:05Donc, voilà, on a transformé, par exemple, ce parking en démolissant vraiment très peu, juste ce qu'il faut pour
13:11apporter la lumière.
13:11Ce n'est pas évident, c'est contre-intuitif.
13:12En plus, au prix du mètre carré, souvent, on veut en faire plus.
13:15On veut en avoir un petit peu pour son argent.
13:17Là, il faut aussi choisir d'en faire un petit peu moins.
13:20Pour en faire mieux.
13:22Pour en faire mieux, surtout.
13:22Alors, vous avez parlé, Vera, de complexité.
13:25J'ai une question.
13:26Justement, vous qui êtes au contact de ces différents projets, est-ce qu'aujourd'hui, on peut réhabiter tout type
13:30de bâtiment ?
13:31Quel type de projet ? Est-ce qu'il y a des choses infaisables ?
13:36Alors, je n'ose pas imaginer qu'il y ait quelque chose d'infaisable parce que ce serait contre-intuitif.
13:41On a suffisamment d'exemples à l'agence de bâtiments sur lesquels on est intervenu.
13:46On n'a jamais fermé un dossier ou un projet parce qu'on n'y arrivait pas.
13:50Ça ne nous est jamais arrivé et je pense que ça ne peut pas arriver.
13:54La question qui est sous-jacente à tout ça, c'est qu'est-ce qu'on en fait ?
13:58Quelle est la valeur du bâtiment à l'origine et comment on fait dans le cadre de la transformation pour
14:03maintenir sa valeur et voir l'augmenter ?
14:06Et donc, c'est une fois qu'on a posé cette question, la réponse est tout autre.
14:10On peut tout à fait ne pas aller au bout d'un projet parce qu'on comprend qu'il y
14:14a une difficulté à y arriver économiquement parlant,
14:17où on ne peut pas porter un projet.
14:19Mais en termes de réhabilitation, de logique de transformation, il ne peut pas y avoir de frein à ce niveau
14:26-là d'un point de vue architectural et technique.
14:29Ça tombe bien, on voit que vous répondez à la question.
14:31En tout cas, on peut tout à fait donner une nouvelle vie à ces bâtiments, même si c'est un
14:35peu complexe,
14:35et parfois un peu contre-intuitif.
14:37Merci Vera, Vera Matovic, je rappelle que vous êtes présidente de Savoir-faire Architecture et à très bientôt dans Smartimo.
14:42Merci beaucoup.
14:47Les journées d'architecture depuis le Grand Palais au cœur de Paris, on va se poser cette question.
14:53Quel regard porter sur le déjà-là, le déjà-bâti ?
14:56Notre invité pour en discuter, un spécialiste, un expert, Olivier Calavares.
15:00Bonjour.
15:01Bonjour.
15:02Vous êtes architecte associé chez ANMA, architecte, urbaniste, paysagiste.
15:06Bienvenue à vous.
15:08Avec vous, on exporte cette question.
15:09C'est vrai qu'on dit souvent que la ville de demain, finalement, elle existe déjà.
15:13Oui, effectivement, le déjà-là est quelque chose qui est très cher aux associés fondateurs de l'agence ANMA.
15:21Je pense à Nicolas Michelin, qui parlait beaucoup du déjà-là il y a plus de 20 ans.
15:28Donc, c'est vrai que du sol et son sous-sol jusqu'au vivant en surface, ainsi qu'au bâtiment,
15:35on y apporte beaucoup d'attention avant de dessiner quoi que ce soit.
15:39Très bien.
15:40Alors, justement, vous travaillez sur beaucoup de projets, justement, de réhabilitation.
15:44On a l'impression que la mode, j'allais dire, ou le réflexe de démolition, reconstruction,
15:51c'est un petit peu passé.
15:52Aujourd'hui, on essaye de réhabiliter davantage.
15:55Oui, actuellement, nous sommes en réflexion sur un concours du côté de Toulouse, dans le milieu de la France.
16:02Et c'est vrai qu'à chaque fois, on se pose la question de ce bâtiment, qu'est-ce qu
16:06'on peut en faire ?
16:07Autrement dit, on va aller chercher la structure, sa capacité.
16:13C'est une architecture capable et capable d'intégrer différents programmes.
16:18Et donc, chaque bâtiment a certainement un potentiel.
16:21Après, il ne faut pas être dogmatique et considérer qu'il faut tout conserver jusqu'à la moindre fenêtre,
16:28mais envisager aussi le réemploi.
16:30Et donc, c'est un réflexe que l'on a depuis bien longtemps avec cette question du déjà-là.
16:36Pour vous, les architectes, c'est vrai qu'il y a un challenge supplémentaire.
16:39Ce serait finalement plus simple d'avoir une surface vide à reconstruire.
16:43Là, il faut tenir compte de l'existant et de parfois peut-être des contraintes supplémentaires pour vous.
16:50Comment on s'adapte ?
16:52En fait, c'est plutôt passionnant.
16:54Le dernier concours que nous avons gagné, il se trouve à Chambéry.
16:57On a gagné un concours. La feuille de route, c'était un internat qui était là présent depuis 65 ans.
17:05Et l'OAP nous demandait de raser ce bâtiment et de construire des nouveaux immeubles.
17:10Raser le bâtiment, couper tous les arbres et révolutionner le sol, c'est-à-dire créer des parkings en infrastructure.
17:18On a fait exactement l'inverse.
17:20On a conservé tout le bâtiment.
17:22On y a trouvé un potentiel extraordinaire dès la première visite.
17:26On a imaginé des programmes multiples du logement, en l'occurrence avec résidence gérée, résidence étudiante.
17:33Et on a conservé tous les arbres et désimpermélisé tous les sols pour construire des extensions.
17:41D'accord, donc retrouvé en plus de la terre pleine, c'est ça ?
17:43Exactement. On a doublé le jardin, on a redoublé le nombre d'arbres existants et conservé le bâtiment en faisant
17:51quelques extensions et aussi en venant le gratter pour dessiner la ligne de ciel à une échelle plus adaptée au
17:59quartier.
18:00Et ça plaît aussi également aux habitants qui ont la mémoire souvent des lieux et qui préfèrent finalement que ça
18:06soit conservé.
18:07Il y a un attachement même à des murs un petit peu vieux, un bâtiment qu'on a vu depuis
18:11toute sa vie.
18:11On est content de le voir dans une seconde vie.
18:14Effectivement, à Chambéry, c'est quand même cet internat, c'est toute une histoire.
18:20Des gens vont y retrouver des souvenirs et encore plus fortement à Rennes, où on a transformé l'hôtel Dieu,
18:26où nombre de Rennes et Rennes sont nés dans cet hôtel Dieu.
18:30Et on a fait un urbanisme transitoire qui nous a permis de constater que beaucoup de gens sont nés dans
18:35ce bâtiment et on lui a redonné une autre vie.
18:39Une autre question, Olivier, c'est justement sur cette complexité.
18:43Est-ce qu'aujourd'hui, toute réhabilitation est possible et bonne à prendre ?
18:48Ou il y a des dossiers où on se dit finalement, ça ne va pas passer, ça va être trop
18:51compliqué ou trop cher ?
18:53Alors, effectivement, l'approche des entreprises, c'est que ça ne coûtera pas moins cher.
18:57De manière générale, il ne faut pas s'attendre à faire de grandes économies.
19:00Mais sur les émissions de carbone, l'économie est évidente.
19:06Ça dépend des périodes et des bâtiments.
19:08C'est vrai que l'internat, en 1955, on avait les plans, c'était très rationnel, très facile d'approche.
19:13On l'a très vite modélisé.
19:14D'autres bâtiments, comme sur Rennes, l'hôtel Dieu, et ces bâtiments historiques d'origine étaient tramés.
19:20D'autres étaient plus compliqués à appréhender.
19:22Les hauteurs, les murs, ce que ça portait, ça ne portait pas.
19:25On a découvert des planchers vermoulus, pourris.
19:28Donc, c'est vrai que par moments, il ne faut pas être dogmatique et savoir dire on met à terre
19:33et on recycle les matériaux et on fait du neuf.
19:36Il faut faire preuve d'imagination, j'imagine, sur certains chantiers, sur certains dossiers.
19:41Être créatif.
19:41Oui, ça passe beaucoup par des réflexions autour d'une table.
19:45On parle pas mal d'intelligence artificielle.
19:49C'est en vogue en ce moment.
19:50Avant ça, c'est l'intelligence collective.
19:53J'étais hier à Nantes.
19:54Et effectivement, c'est autour d'une table que l'on a une...
19:57Toutes les bonnes idées sont bonnes à prendre.
20:00Donc, c'est vraiment un dialogue assez proche avec notre maître d'ouvrage, avec les décideurs, ceux qui connaissent mieux
20:07le terrain que nous.
20:08Et donc, on peut envisager des programmes que l'on n'avait pas en tête au moment de la découverte
20:12de ces bâtiments.
20:13Et voilà.
20:13Et on est content de partager justement ces programmes, ces nouvelles idées sur des journées comme aujourd'hui, les journées
20:20d'architecture au Grand Palais.
20:21Merci, Olivier.
20:22Olivier Calvasse, je rappelle que vous êtes donc architecte associé du cas de musée ANMA.
20:27Et à très bientôt sur Smartimo.
20:29Merci à vous.
20:30Bonne journée.
20:35Les journées d'architecture depuis le Grand Palais.
20:38On va parler éco-responsabilité et puis voir comment on peut peut-être résoudre cette équation, avoir un bâtiment frais
20:44malgré les canicules à répétition.
20:47On en parle avec notre invité, un expert, Philippe Madec.
20:49Bonjour.
20:50Bonjour.
20:51Alors, Philippe, vous êtes architecte urbaniste, pionnier justement de l'éco-responsabilité, le chambre de la frugalité heureuse.
20:58On va voir ça dans un instant.
20:59Et puis écrivain, puisque ce n'est pas moins, vous me disiez, de 28 ouvrages que vous avez publiés, 28
21:04livres.
21:05Mieux, c'est moins.
21:06Et le dernier, rappelez-nous le titre.
21:08Mieux, mieux avec moins.
21:10Et le dernier, c'est la fréalité, un récit heureux.
21:13Très bien.
21:14Avec vous, on va revenir à l'actualité, l'actualité de cet été avec, c'est vrai, ces canicules, je
21:21le disais à répétition.
21:22Pourtant, vous nous dites aujourd'hui, plutôt que d'avoir des systèmes actifs qui sont aussi très énergivores, on peut,
21:29dans la manière de construire, créer, construire ou réhabiliter des bâtiments pour qu'on ait une température à peu près
21:36à 25 degrés constante, malgré la température extérieure qui peut être extrême.
21:41Expliquez-nous.
21:42Oui, le plus important, en fait, c'est d'investir sur le bâti, c'est d'investir sur le clos
21:46et le couvert.
21:47C'est-à-dire, les machines qu'on vient y mettre, on sait très bien qu'elles tombent en rade
21:50un jour ou l'autre.
21:51Elles ont une petite obsolescence programmée qui fait que ça ne marche pas toujours.
21:55Et plus un système est complexe, plus il a l'habitude de tomber en panne, justement.
21:58Donc oui, le travail que nous faisons à l'Afugalité Ose et Créative et dans mon atelier qui s'est
22:02associé, le travail de bioclimatisme, de conception avec l'environnement qui est autour de nous,
22:07nous permet de faire des choix qui font que les jours de canicule, dans les bâtiments que l'on réalise,
22:14qui ne sont pas climatisés, il fait 25 degrés, alors que dehors, on a atteint les 30 à 40 degrés.
22:19Oui, alors on rappelle que ce n'est pas une expérimentation, c'est un vrai bâtiment qui existe.
22:24La médiathèque, par exemple, James Baldwin, à Paris dans le 19e, est carrément devenu cet été un refuge climatique.
22:31Oui, c'est ça. En fait, la notion de refuge change beaucoup.
22:35Ça n'est plus dans les situations de grandes catastrophes qu'on a besoin des refuges.
22:39C'est presque au quotidien aujourd'hui qu'on voit bien quand des gens sont chez eux, dans des appartements
22:43qui ne peuvent pas rafraîchir, quand des familles sont chez elles avec des petits enfants qui ont besoin aussi de
22:50fraîcheur.
22:51Finalement, ce bâtiment public-là est devenu un refuge climatique.
22:55C'est un bâtiment qui ouvre les après-midi et un peu tard dans la soirée.
22:59Mais tous les matins, il était devenu le refuge de maternelle, d'école maternelle du 19e arrondissement qui trouvait là
23:05la possibilité d'accueillir les enfants.
23:08Et oui, dans ce bâtiment, des jeunes travailleurs viennent pour faire ce qu'ils ne peuvent plus faire chez eux.
23:15Des étudiants viennent étudier leur diplôme de fin d'année.
23:21Et d'autres viennent préparer le bac.
23:23Oui, tout à fait. Est-ce que ça peut être une méthode de construire qui peut être diffusée à grande
23:29échelle ?
23:30En fait, le bioclimatisme, c'est une manière de faire du projet.
23:34Celle-là, vous la faites où vous voulez.
23:37Le bioclimatisme, c'est la façon dont on pense une architecture dans la relation à son contexte.
23:42Ça, c'est la base.
23:43Et franchement, ça n'est pas lié à la technique qui est à être en œuvre.
23:46C'est juste une posture de projet.
23:48Et ça, vous pouvez l'installer où vous voulez, vous pouvez la porter avec vous, où vous voulez, comme vous
23:53voulez,
23:53que ce soit pour du neuf ou pour de la réhabilitation.
23:56C'est vraiment une manière de faire.
23:57C'est presque une posture éthique.
23:59C'est une façon d'engager le projet dans une relation attentive au contexte et aux habitants.
24:05Alors, Philippe, vous venez d'évoquer le neuf, mais vous allez un petit peu plus loin.
24:08Vous dites aujourd'hui, on a tellement de mètres carrés disponibles qu'on peut se poser la question.
24:12Faut-il encore construire ou bien, effectivement, essayer d'utiliser l'existant ?
24:19Nous, on pense que la première ressource des bâtisseurs, du monde des bâtisseurs, c'est le bâtiment déjà là.
24:28On le voit bien.
24:29Il est là.
24:30Il n'est pas toujours aussi occupé qu'il devrait l'être.
24:32On est en Ile-de-France.
24:33Il y a quelques millions de mètres carrés de bureaux vides.
24:36Ils ont continué à en construire.
24:37Tout ça est un peu aberrant.
24:39Il y a des logements qui sont vides et que l'on pourrait aussi occuper et utiliser.
24:43Oui, la question « to build or not to build » est une question qu'il faut se poser chaque
24:48fois que l'on est amené à faire un projet.
24:50S'il y a déjà un patrimoine qui est construit, qui est là, il faut penser à lui, il faut
24:56le garder.
24:56Surtout, ne pas le détruire.
24:58Parce qu'en fait, détruire, ça pollue.
25:00Détruire, ça utilise de l'énergie.
25:02Détruire, ça fabrique du déchet.
25:04Tout ce dont on ne veut plus.
25:05Oui, réhabiliter, c'est un peu la base de notre travail d'aujourd'hui.
25:10Et c'est même peut-être le grand travail des architectes au XXIe siècle.
25:14Réhabiliter le monde déjà là, réhabiliter le monde existant, c'est notre travail.
25:18D'autant que vous avez ce chiffre qui est donné par la BPI, l'ADEME ou l'INSEE.
25:22Un mètre carré bâti de façon conventionnelle, c'est colossal en termes d'émissions de CO2.
25:28Oui, c'est ça.
25:29La BPI, l'ADEME et l'INSEE ont rendu public ce chiffre à la suite d'une étude qu'ils
25:36ont fait justement sur la construction.
25:39Quand on construit un mètre carré de bâtiment de manière conventionnelle, c'est en béton, en verre, en aluminium, en
25:46PVC, en plastique.
25:48Pour un mètre carré, on émet autant de gaz à effet de serre que pour un Paris-New York aller
25:53-retour.
25:55Vous voyez, quand vous faites une tour de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés, le nombre de traversées de
26:00l'Atlantique que vous faites est la pollution que vous émettez.
26:03Donc oui, il est important que nous, les bâtisseurs, nous ayons une posture éthique et que nous assumons finalement que
26:09notre travail est un travail qui apporte de la joie,
26:12mais qui aussi pollue énormément et peut-être qui n'apporte pas entièrement autant de joie qu'ils devraient le
26:17faire.
26:17Donc aujourd'hui, l'urgence, comme le dit votre ouvrage, c'est de construire mieux avec moins.
26:22C'est ça. Absolument.
26:24Mieux, vous savez, la seule question qui est posée aux architectes, la seule, quand on vient nous voir, c'est
26:31pour le bonheur.
26:32Quand on vient nous voir, c'est pour avoir des espaces où on est bien ensemble, des espaces confortables, des
26:38espaces sûrs, des espaces où on est en sécurité.
26:40Et cette demande-là, elle vaut toujours.
26:42Pour répondre à cette question essentielle, archaïque, en fait, de l'architecture, on sait bien qu'au XXIe siècle, on
26:48n'a plus autant de matières disponibles qu'au XXe siècle.
26:50Donc faire mieux, apporter ce bien-être, on ne peut y arriver qu'en utilisant moins de ressources.
26:56C'est bien de rappeler qu'on peut être heureux et créatifs tout en faisant preuve de frugalité.
27:02Merci Philippe Madec et à très bientôt sur Smartimo.
27:05C'est moi qui vous remercie.
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