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  • il y a 7 minutes
Une émission animée par Marie-José Sirach, chef du service Culture de l'Humanité.

Un quatrième plateau avec Olivier Barbarant, poète, Bernard Vasseur, directeur de la Maison Louis Aragon Elsa Triolet et Patrick Pelloux, médecin urgentiste. Une émission spéciale en hommage à Jack Ralite, réalisée en direct du théâtre de la Commune d’Aubervilliers.

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Transcription
00:01Voilà, nous sommes toujours donc en direct du foyer du théâtre de la commune d'Aubervilliers.
00:07Autour de moi, Olivier Barbaran, poète, Bernard Vasseur, directeur de la maison, Louis Aragon et Elsa Triolet,
00:13et Patrick Pelou, médecin urgentiste.
00:17Nous allons entendre une fois de plus la voix de Jacques Rallit.
00:21J'ai été tous les samedis chez Aragon et Elsa, dans leur appartement de la rue de Varennes.
00:29Ils habitaient dans un hôtel, l'appartement qui autrefois était réservé aux gens de maison.
00:36Ça dit aussi leur simplicité.
00:38Il faut dire d'ailleurs qu'Aragon ne gagnait pas beaucoup.
00:41Il a commencé à gagner un peu d'argent avec ses livres, avec la semaine sainte.
00:45Avant, non.
00:47Et là, il a aménagé l'appartement.
00:49Et ce qui était le plus étonnant dans cet appartement,
00:52c'est qu'il n'y avait pas un centimètre de mur qui ne fut recouvert de photos.
01:00C'était un véritable documentaire sur l'histoire du monde, l'histoire de France, l'histoire d'Elsa,
01:08et à travers tout ça, l'histoire d'Aragon.
01:10Et le visiter avec lui, je vous assure,
01:13la première fois qu'il me l'a fait visiter, on a mis 4 heures.
01:17Parce qu'il commentait.
01:19Il commentait tout.
01:21Voilà, c'est très émouvant.
01:24Il est malicieux quand il raconte ce souvenir de la visite de la maison d'Aragon et d'Elsa.
01:32Olivier Barbaran, vous êtes un des spécialistes de Louis Aragon.
01:38Jacques aimait beaucoup parler des 3 V, c'est-à-dire Villard, Vitesse, Victor Hugo,
01:43et puis d'Aragon, chez qui il se nourrissait, chez qui il trouvait mille raisons
01:49de continuer d'espérer de se battre, de résister, d'être libre,
01:53de ferrailler avec la vie, avec la pensée, avec...
01:57Voilà. Et comment vous vous êtes rencontré avec Jacques, à maintes occasions,
02:04et vous aviez en commun ce poète-là ?
02:10C'est cet Aragon qui a servi de point commun, de très commun, à l'initiative de Jacques,
02:14parce que, intimidé comme vous pouvez l'être devant une figure aussi historique,
02:18je n'ai jamais osé prendre l'initiative.
02:19Un jour, le téléphone a sonné chez moi, et de façon inattendue, j'ai entendu, c'est Jacques Ralit.
02:24J'avais l'impression que l'histoire rentrait dans mon salon,
02:25et il a monté, et c'est à cette occasion, tardivement, trop tard, par ma faute,
02:30qu'on s'est connus autour du montage de cette grande cérémonie,
02:35enfin, cette grande étude d'Aragon que nous avons menée en commun avec Dominique Blanc,
02:39lui et moi, pour la maison Jean Villard à Avignon.
02:42Mais nous avons beaucoup parlé d'Aragon depuis cette initiative de rencontre.
02:46Ce qui me frappe, c'est que, à quel point chez lui,
02:49la connaissance de l'homme ne lui donnait pas, et jamais,
02:52parce que c'est l'immense modestie de Jacques,
02:55ne lui donnait jamais la préséance ou le sentiment qu'il savait.
02:58Dès qu'on se rencontrait pour déjeuner, après ce moment qui est pour moi une très grande fierté,
03:03enfin, je suis très fier d'un livre, les autres, je ne sais pas,
03:06mais j'ai fait un livre, qui est celui où il y a Jacques Ralit qui parle d'Aragon,
03:09Olivier Barbaran qui parle d'Aragon, et c'est préfacé par Pierre Laurent.
03:12C'est un beau livre.
03:14Mais au-delà de ce livre-là, quand on se retrouvait pour déjeuner ensemble,
03:20régulièrement, pendant les cinq années qui a duré trop tardive notre amitié,
03:24Jacques commençait par me dire, j'ai relu un truc d'Aragon,
03:27je voudrais savoir ce que ça signifie pour vous.
03:29Ou bien, qu'est-ce qu'il y a à lire maintenant ?
03:31Et cet homme d'une immense culture se positionnait toujours dans l'enthousiasme
03:36et en train d'apprendre, en train d'apprendre sur Aragon.
03:38Donc il a été le trait commun, mais nous avons parlé avec Jacques,
03:41en permanence, de poésie, parce qu'aucun homme politique n'a été habité
03:45comme lui par la poésie, aucun n'a incarné à la fois la demande de la culture,
03:49mais en même temps le goût pour la culture.
03:52Le souvenir qui me revient, il y en a deux, il y en a un que je trouve vraiment très
03:56émouvant,
03:58dans le très long discours, où j'avais une mission que je trouve très importante,
04:02dans la cour venteuse de la maison Jean-Billard,
04:05les immenses papiers avec lesquels il déployait toute sa mémoire d'Aragon s'envolaient.
04:09J'étais chargé de maintenir les papiers de Jacques Rallit.
04:12Je crois que c'est une des fonctions aussi les plus importantes de ma vie.
04:15J'aurais tenu les papiers du discours de Jacques.
04:17Il était intarissable sur Aragon, mais toujours dans une sorte d'émerveillement.
04:22Et ce que je trouve le plus beau chez lui, ce qui me revient le plus de lui,
04:26c'est qu'on lui reproche parfois, ou en tout cas on a tous noté,
04:29combien son discours était constamment plein de citations.
04:32Mais ce n'était jamais des citations de cuistre,
04:35jamais des citations de quelqu'un qui est tellement savant qu'il en met.
04:38C'était des citations non pas d'autorité, mais d'admiration.
04:41Pourquoi parler si une voix plus forte et plus belle peut parler à ma place ?
04:45Et donc Aragon était l'un des traits communs,
04:47peut-être le plus flamboyant entre nous,
04:49celui qui a permis la rencontre grâce à Jacques,
04:51parce que c'est lui qui allait vers les autres.
04:53Mais au-delà d'Aragon, c'est l'amour pour ce que la langue
04:57peut ouvrir de portes et de fenêtres pour nous.
05:00Et je dois avouer que la concomitance entre la disparition de Jacques
05:04et ce que nous avons appris du ministère de la Culture
05:06me fait dire qu'il y a une triste époque
05:08et que nous avons une seule chose à faire,
05:10c'est relever l'enthousiasme de Jacques.
05:14Merci.
05:16On va peut-être continuer sur Aragon.
05:20Enfin, Patrick Pelou, quand même,
05:22vous l'avez rencontré peut-être pas par Aragon,
05:24mais c'est vrai que c'est un homme, Jacques Rallit,
05:30qui portait haut les choses de l'esprit
05:32et quand il a été nommé ministre de la Santé,
05:36il a dit bon, il y a les choses de l'esprit
05:39et puis il y a le corps et ça va ensemble.
05:41Il faut en prendre soin.
05:43Racontez-nous un peu votre rencontre avec Jacques.
05:47Ma rencontre avec Jacques Rallit,
05:50ça a été au cabaret sauvage
05:52qu'avait monté Charlet et Dino au début des années 90.
05:58Moi, j'ai fait mes études dans les années 80.
06:03Et en fait, très tôt dans le milieu pas majoritaire,
06:10le milieu hospitalier des médecins,
06:14la gauche existait et on savait combien Jacques Rallit,
06:19parce que tout le monde l'a un peu oublié,
06:21mais il était un très grand ministre de la Santé.
06:24Pour deux faits marquants,
06:26l'arrivée du statut de praticien hospitalier
06:29qui donnait enfin aux médecins hospitaliers lambda
06:33un statut et une reconnaissance sociale,
06:37c'est Jacques Rallit qui l'a fait.
06:39Et deuxièmement, les problématiques de santé publique.
06:41Et en fait, moi, j'avais été ravi,
06:43je l'avais vu, il y avait Charlie et Dino
06:44qui faisaient leur spectacle,
06:46et je l'ai vu dans la salle.
06:47Et j'ai eu besoin d'aller lui dire,
06:48écoutez, moi, je vous admire,
06:50parce que je voyais après tout l'élan
06:52qu'il avait sur la culture.
06:54Parce qu'il ne faut pas oublier
06:54que quand il y a eu le premier gouvernement
06:56de François Mitterrand,
06:57en fait, Jacques Rallit pensait devenir ministre de la culture.
07:00Et il a été ministre de la santé.
07:02Ce qui, pour moi, a été...
07:05En gros, il y a trois ministres de la santé
07:07qui ont compté dans le système de santé français.
07:10Simone Veil, bien sûr, avec le droit des femmes,
07:13l'avortement.
07:14Jacques Rallit, le statut des médecins hospitaliers.
07:17Et le développement de la santé publique.
07:20Et troisièmement, Robert Debré,
07:22pour la naissance des hôpitaux universitaires.
07:24Ces trois personnalités dans le monde de la santé
07:26étaient intimement liées.
07:29Et quand j'avais parlé avec Jacques,
07:32d'un coup, il y a, évidemment,
07:34mais comme pour tous les témoignages
07:35que vous avez aujourd'hui,
07:37en fait, il y a une amitié qui est née.
07:41Et c'est lui qui m'a, en fait, appris
07:44non plus à être simple spectateur du théâtre,
07:48mais à comprendre le théâtre.
07:50C'est pour ça qu'après,
07:52quand j'ai participé et écrit dans Charlie Hebdo,
07:55je n'avais de cesse que d'essayer
07:57de faire passer des papiers sur le théâtre.
08:00Bien mal écrit par rapport au maître.
08:03Mais vous savez, ce qui est passionnant
08:05dans ce genre d'émission,
08:06c'est qu'en fait, dès qu'on commence
08:07à attraper le fil du souvenir,
08:09il y en a d'autres qui arrivent.
08:11Je vais vous raconter un truc qui m'est arrivé.
08:14C'était en 2003.
08:15En 2003, les têtes raides avaient créé le chaos social
08:19pour essayer d'endiguer la montée du Front National.
08:23Et on avait fait un chaos social à quelques mètres d'ici,
08:25au Zénith.
08:26D'accord ?
08:28Et Jacques m'avait accompagné.
08:30Et le thème de ce rassemblement,
08:33c'était de dire qu'il ne fallait pas de logo politique.
08:35Et Jacques Ralit vient.
08:37Et d'un coup, moi, je dis,
08:39ça serait bien que Jacques Ralit parle.
08:41Donc, évidemment, tu avais des associations
08:42qui disent, non, Jacques Ralit est communiste,
08:44pas question qu'il parle.
08:45Et tu as les têtes raides
08:47qui ont dit, non, il faut que Ralit parle.
08:50Et d'un coup, toutes les autres associations,
08:52toutes, ont dit, pas question de donner du temps de parole.
08:54Et moi, j'ai dit, écoutez, je vais donner.
08:56J'avais 2-3 minutes.
08:57J'ai dit, écoutez, je donne 1 minute 50
08:59à Jacques Ralit pour prendre la parole.
09:03Parce que Jacques, c'était la culture.
09:04C'était le chaos social.
09:05Enfin, c'est tout ce que Jacques aimait.
09:06Et puis, il y avait cette jeunesse.
09:08Et Jacques était jeune.
09:10De toute façon, il était jeune.
09:11Il était trop jeune pour mourir, d'ailleurs, là.
09:14Et d'un coup, il part sur son...
09:16Il monte sur scène.
09:17C'était la fin du concert.
09:18Donc, zénith chaud bouillant
09:20après le passage de rock, etc.
09:23Jacques prend la parole.
09:24Silence total dans le zénith.
09:26Et au fur et à mesure qu'il parlait,
09:29applaudissement à tout rompre.
09:31Et il termine.
09:32Et il me tend le micro.
09:34Et là, j'ai juste dit, écoutez,
09:36tout est dit, j'ai plus rien à dire.
09:39Tu ne pouvais pas parler après lui.
09:41Et deuxième souvenir après,
09:43c'était...
09:43Il y avait un débat sur les psychanalystes.
09:46Parce qu'il y avait eu un gros débat.
09:48On oublie, au début des années 2000,
09:51il y avait une remise en cause de la psychanalyse.
09:54Et Miller avait organisé un colloque,
09:56c'était aux Arts et Métiers,
09:58où Jacques était venu prendre la parole.
10:01Et je me souviens,
10:03il avait fait un discours,
10:06mais transcendantal,
10:07de toutes les valeurs philosophiques,
10:10médicales, psychanalytiques,
10:10un truc, mais d'une lumière incroyable.
10:14Et à chaque fois,
10:15je prenais une leçon sur le discours.
10:16Et il a pris ses papiers
10:17et m'a dit, je vous les donne.
10:19Et je les ai gardés.
10:20Et là, en fait,
10:23si vous voulez,
10:24la dernière fois que je l'ai vue,
10:25c'était le 20 octobre.
10:28Il était en train de reclasser
10:29tous ses discours.
10:32Et moi, je lui disais,
10:33ben oui, il faut des discours.
10:35Mais je lui dis,
10:35à chaque fois que vous écriviez des discours,
10:36il me dit, à chaque fois,
10:37il faut écrire ses discours.
10:38Vous devez à chaque fois les écrire.
10:40Là, je venais de recevoir
10:41une leçon du maître, quoi.
10:43Et voilà, moi,
10:44j'avais un amour fou pour cet homme.
10:47Il aurait été très heureux de l'hommage
10:48qu'on lui rend aujourd'hui
10:50et de toutes ces personnes qui viennent.
10:53Mais vous savez,
10:55maintenant,
10:55on va tous avoir un bout de Jacques Rallit.
10:59Et il faut absolument le faire vivre comme ça.
11:01Merci, Patrick Pelou.
11:03À ce propos,
11:04quand il était député
11:06au moment où s'est votée la loi sur l'IVG,
11:10au moment de la mort de Simone Veil,
11:12j'ai Jacques, au bout du film,
11:14qui écrivait un texte pour l'humanité.
11:16Il me dit,
11:17j'ai eu une discussion avec Simone Veil
11:19et c'est moi qui fais enlever le mot avortement
11:22pour mettre interruption volontaire de grossesse.
11:25Et ça changeait tout.
11:26Et il avait raison.
11:28On en revient à Aragon,
11:29mais tous les chemins mènent à Aragon
11:31et à Jacques Rallit.
11:32Bernard Vasseur,
11:33vous êtes donc le directeur de la maison
11:35Louis Aragon et Elsa Triolet,
11:37à Saint-Arnoux.
11:38C'est un lieu merveilleux.
11:39Jacques y allait souvent
11:41pour, non pas s'y recueillir,
11:43mais pour travailler, réfléchir
11:44et se renourrir et se renourrir
11:46des mots d'Aragon.
11:50Oui, alors pour faire la liaison avec Patrick,
11:53il y a une formule de lui
11:54que j'aimais beaucoup,
11:55qui était de lui.
11:56Cette fois, c'est que quand il a été nommé
11:57ministre de la Santé,
11:59il avait dit,
12:00mais vous savez,
12:01et que des gens s'en étonnaient,
12:03il avait dit,
12:04mais vous savez,
12:05même dans le sang,
12:05il y a des globules rouges.
12:07Et voilà.
12:08Mais j'en viens à Aragon.
12:12Et alors,
12:13il était un des membres fondateurs
12:16de l'association
12:18qui s'occupe aujourd'hui
12:21de programmer les initiatives,
12:23de recevoir le public,
12:24de programmer les initiatives
12:26de la maison Aragon.
12:29Et il y était donc très, très souvent.
12:33Il venait régulièrement.
12:34Il venait aux initiatives.
12:35C'est là que j'ai eu l'occasion.
12:37Il est venu avec vous.
12:38Et c'est là que j'ai eu l'occasion
12:39de faire votre connaissance.
12:42que je connaissais par la télé.
12:43Mais enfin, voilà.
12:46Et Aragon,
12:48moi, pour Jacques,
12:50c'était des coups de téléphone
12:53quasi quotidiens.
12:54Et très souvent,
12:56ce que je retiens,
12:57c'est beaucoup de choses,
12:58naturellement,
12:59mais bon,
12:59puisque je suis un peu
13:00sur le créneau Aragon,
13:02ce que je retiens,
13:03c'est les vers
13:06qu'on se disère souvent le matin.
13:11et pour terminer
13:12une conversation téléphonique
13:14parfois très longue.
13:17Et c'était ce qui illuminait
13:19nos journées, au fond.
13:20Il m'avait dit ça un jour.
13:22Ah, allez, tu vois,
13:23pas fait ce soir.
13:24Eh bien,
13:26la rose n'est du mal
13:27qu'à le rosier,
13:28mais elle est la rose.
13:30Voilà.
13:30C'est une des dernières fois
13:32qu'on s'est parlé au téléphone
13:34avant son malaise.
13:36Et voilà,
13:39Aragon était présent.
13:40Il m'appelait aussi
13:41pour me dire,
13:42un peu comme pour toi, Olivier,
13:45je dois faire un discours là-dessus.
13:48Toi qui connais bien Aragon,
13:50t'as pas un texte de lui là-dessus ?
13:52Il a pas parlé de ça
13:53à un moment de sa vie ?
13:55Ou voilà ?
13:58Bon, enfin,
13:59c'était Aragon pour lui.
14:02C'était l'admiration.
14:05Et je partage
14:06ce que tu disais, Olivier,
14:08sur les citations.
14:10C'est-à-dire que
14:12c'était pas du tout
14:13des citations
14:15visant à se mettre lui-même
14:17sur le podium, quoi,
14:19et sous les sunlights,
14:20en disant,
14:21regardez tout ce que je peux citer
14:22et tout ce que j'ai lu.
14:23C'était, je crois,
14:24une preuve d'humilité.
14:26Il disait,
14:27si vous ne me croyez pas moi,
14:29en quelque sorte,
14:29croyez Aragon
14:30ou croyez ceux que je cite.
14:33Mais c'était souvent Aragon.
14:36Alors, évidemment,
14:39il nous laisse aujourd'hui
14:41un vide abyssal.
14:44Mais je partage
14:46ce qui a été dit ce matin
14:48au Père Lachaise
14:50par Lucien Marrest.
14:52quand on voit
14:55ce qui est annoncé
14:56en termes de culture.
14:59Évidemment,
15:00on se dit que Jacques
15:01va beaucoup nous manquer,
15:02mais qu'effectivement,
15:04il est toujours avec nous
15:06dans nos têtes,
15:07dans nos cœurs.
15:09Et on va en avoir bien besoin
15:11parce que ce qui s'annonce
15:14n'est pas du tout
15:15du tout réjouissant.
15:16voilà.
15:18Donc, oui,
15:19la maison Aragon,
15:21il venait très souvent
15:23à Saint-Arnoux.
15:25Il y passait des journées.
15:27Il aimait marcher
15:28dans le parc.
15:29Il aimait
15:30se promener
15:33et en revenir,
15:36enfin,
15:36dans un esprit
15:38dans un esprit
15:39aragonien,
15:40quoi.
15:41Il aimait beaucoup
15:42Elsa aussi.
15:43Mais enfin,
15:44on ne peut pas parler
15:45d'Aragon
15:45sans parler
15:47d'Elsa,
15:48surtout à Saint-Arnoux
15:49qui est la maison
15:50où ils ont vécu
15:50tous les deux.
15:53oui,
15:55à Mayakovski,
15:56on en parlait
15:57tout à l'heure.
15:58Il a participé
16:01auprès
16:02d'Elsa Triolet
16:03dans les années 67.
16:05Il a participé
16:06à la confection
16:08d'une exposition
16:09Mayakovski.
16:11Mayakovski,
16:12c'était l'amour
16:12de jeunesse
16:13d'Elsa.
16:14D'Elsa ?
16:16Hein ?
16:17Oui, non,
16:18mais d'Elsa avant
16:19et puis elle a fait
16:20cette chose
16:20qu'il ne faut jamais faire.
16:21Elle a présenté
16:22à sa soeur.
16:23Alors, ça,
16:24il ne faut jamais faire ça.
16:25Tu sais ça, Marie-Jean ?
16:26Donc, bon.
16:28Et alors, voilà.
16:30Donc, Mayakovski
16:31était en tout cas
16:35un personnage important
16:36dans le couple Aragon,
16:39évidemment.
16:40Et on le voit
16:41dans les vers d'Aragon,
16:42dans les textes d'Elsa.
16:44Et Jacques a été
16:45l'artisan
16:46de cette exposition
16:48qui a tourné
16:48un peu en France.
16:50Et puis,
16:51après,
16:53elle devait normalement
16:54partir en Union soviétique.
16:56Et puis,
16:57comme il y a eu
16:58des tas de problèmes
16:59à ce moment-là,
17:00il y en avait déjà eu avant,
17:01mais enfin, bon,
17:02sur les libertés,
17:03les intellos, etc.
17:04et bien, finalement,
17:06il a tenu
17:07à ce qu'elle reste ici.
17:09Voilà.
17:10Merci, Bernard.
17:11C'est vrai que vous parliez
17:12d'Elsa.
17:13On parle toujours
17:13d'Aragon et pas d'Elsa,
17:14mais il l'aimait beaucoup.
17:16Il appréciait
17:16sa littérature.
17:17Il trouvait
17:18qu'elle était
17:18d'une modernité,
17:19toujours un peu
17:20à l'avant-garde
17:21et à la pointe
17:22de ce qui pouvait
17:24paraître de neuf
17:25dans la création,
17:27dans le monde.
17:29j'ai là,
17:30parce que Jacques
17:30m'avait remis
17:31il y a quelques années
17:33un de ses recueils
17:35de citations
17:35et c'est vrai
17:36que quand on le parcourt,
17:38on y voit
17:38beaucoup de poètes,
17:39mais pas que
17:42Aragon,
17:43Reverdy,
17:44mais Soulages,
17:45Michaud,
17:46Saint-Jean-Perse,
17:47Malarmé,
17:47Péguy,
17:47alors là,
17:48c'est des poètes,
17:48Apollinaire,
17:49mais aussi
17:50notre ami
17:52Pierre Boulez,
17:53Henri Matisse,
17:54enfin,
17:54il allait chercher
17:55partout
17:56et c'était pas
17:57comme vous le disiez
17:58très justement
17:59Olivier ou Bernard
18:00pour la décoration,
18:03c'était parce que
18:04ça irriguait profondément
18:05la pensée
18:05et je pense qu'il avait
18:06cette volonté
18:07quand il s'adressait
18:08au peuple,
18:09que ce soit dans un meeting,
18:10dans une réunion
18:12plus restreinte,
18:14d'élever toujours
18:15la pensée politique
18:16et la poésie,
18:17les poètes
18:18l'aidaient beaucoup.
18:19Olivier Barbaran,
18:20peut-être un dernier mot ?
18:22Oui,
18:23ce qui me frappe
18:23et pour le son,
18:25au-delà de tous les combats
18:26que tout le monde connaît,
18:27au-delà de la culture immense
18:28qui est la sienne,
18:29c'est quand même
18:30l'état d'une parole.
18:31Moi,
18:31ce que je retiendrai maintenant,
18:33c'est une parole bouillonnante.
18:35Vous disiez tout à l'heure,
18:36effectivement,
18:36il faut toujours écrire,
18:37mais il n'écrivait pas
18:38pour venir dire un texte.
18:42Il écrivait
18:43pour mieux le dire
18:45et ce qui a de très émouvant
18:47dans toutes ses citations,
18:49quand il faisait appel
18:51à la poésie,
18:51c'est que la poésie
18:53sortait
18:53comme elle était sortie
18:54du poète
18:55ou comme elle sort
18:56en tout cas
18:56dans le cœur
18:56d'un grand lecteur.
18:57C'est-à-dire que
18:58la parole de Jacques,
18:59au-delà même
19:00de son goût
19:00pour la culture,
19:01elle était dans sa forme même
19:04une parole poétique
19:05parce que c'est une parole
19:07vive
19:07de quelqu'un
19:08qui n'écrit
19:09que pour parler,
19:11pour nous parler.
19:12Et cette fraîcheur
19:13de Jacques,
19:14cette fraîcheur
19:15de la langue,
19:16cet amour de la langue
19:17qui fait que le discours
19:17politique n'est pas seulement
19:19un discours de la culture
19:20ou sur la culture,
19:21c'est un discours porté
19:22par cette vie,
19:24c'est de la parole vivante,
19:25c'était un geyser.
19:28Messieurs,
19:29merci beaucoup.
19:29J'accélère un petit peu
19:30parce que la cérémonie
19:31à côté va commencer.
19:34Bernard Vasseur,
19:35Olivier Barbaran,
19:35Patrick Peloux,
19:36Merci.
19:40Sous-titrage Société Radio-Canada

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