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  • il y a 1 jour
"On ne peut plus rire de rien" : c'est une vieille rengaine ! La polémique autour d'une blague de Guillaume Meurice a entraîné son licenciement et l'arrêt de son émission la radio publique. Pourtant, certains habituels pourfendeurs de la "cancel culture" ont salué cette décision. Hypocrisie ou problème plus profond ? Petit retour sur notre rapport aux humoristes, à la censure et à la liberté d'expression.

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Transcription
00:00Voilà, alors article 1 de ces nouveaux statuts de la première chaîne.
00:04Toute personne qui déplait à quelqu'un pour quelque motif que ce soit, y compris une tête qui ne revient
00:09pas, est virée.
00:10Le 2 mai dernier, l'humoriste français Guillaume Meurice était suspendu d'antenne pour photographe par Radio France,
00:17le groupe de radio pour lequel il travaille. Il risque aujourd'hui le licenciement.
00:21Deuxième article. Toute personne qui râle en disant pourquoi qu'on a viré mon pote est virée à son tour.
00:27Bon, je ne sais pas si vous avez vu, mais Guillaume, il n'est pas là.
00:31Et contrairement aux souhaits de la direction, Gaspard Proust n'était pas disponible.
00:34Michel Leib non plus, Finkiel Crotte non plus, Bruno Le Maire non plus, Bardella non plus, Dark Vador non plus,
00:38Voldemort non plus.
00:39Vous avez compris ?
00:41Troisième article. Quand quelqu'un a été viré, il peut être repris à une condition que la personne qui l
00:50'a virée se soit fait virer.
00:52Un père a vraiment joué un rôle très très important auprès des humoristes.
00:55C'est vraiment une soupape formidable parce que d'avoir des humoristes qui sont irrévérencieux,
01:00qui n'ont aucune notion du respect, du sacré, etc., ça fait un bien fou, ça ouvre les fenêtres et
01:05ça permet ensuite de proposer d'autres types de programmes.
01:08Le mois dernier, c'était la rentrée médiatique avec son grand mercato des programmes.
01:12Et un des événements, à part la reprise de cette émission pour l'Huma,
01:15c'était l'arrivée de Guillaume Meurice et de ses acolytes sur Nova
01:18après son licenciement du service public dans une affaire qui avait fait grand bruit.
01:21Le tout à la même plage horaire que l'émission Le Grand Dimanche Soir, victime collatérale de la polémique,
01:26et sous le nom de La Dernière.
01:28Comme on avait l'habitude de se faire virer d'à peu près partout, on allait faire de chaque émission
01:32une dernière potentielle.
01:33Comme ça, en plus, c'est la garantie pour nous de pouvoir tout dire, on se lâche, quoi. C'est
01:36La Dernière.
01:37Alors, je vous rassure, on va pas repolémiquer sur la blague,
01:40on va pas non plus philosopher sur l'humour à base de Bergson,
01:43non, on va s'intéresser à ces piliers de la culture populaire que sont les humoristes,
01:47les enjeux sociaux autour et l'histoire dans laquelle ça s'inscrit.
01:50L'humour est-il mort ? Et si oui, se retourne-t-il dans sa tombe comme on aime à
01:54le prétendre ?
01:55Et surtout, pourquoi ?
01:56Moi, j'ai mon avis que je ne donnerai pas, car je suis sous-surveillé.
02:10Bon, on va pas se cacher derrière notre petit doigt, ici, on est à l'humat.
02:14Et à l'humat, on aime bien Meurice, qui le leur rend bien.
02:17Salut la commu, je vais vous parler de la fête de l'humat aujourd'hui.
02:19Et ça sera donc l'inauguration de la fête de Twitch, de l'humat.
02:22Ça, c'est important.
02:23Jean Jaurès, Twitch.
02:25Alors, essayons de pas rentrer dans des histoires de goût et de couleur en matière de rigolade.
02:29Là, factuellement, on a quand même un humoriste licencié,
02:32entraînant l'arrêt d'un programme pourtant très écouté,
02:35mais aussi plainte, convocation aux comicaux et menace de mort par paquet,
02:39le tout pour une blague.
02:40Le cas est donc quand même assez sérieux, et pourtant, il fait pas du tout consensus.
02:45Y compris chez des gens qui, d'habitude, ont une peur panique de ce qu'ils appellent la cancel culture,
02:50mais apparemment pas là.
02:51Mais y'en a un qui n'a pas apporté son soutien à Guillaume Meurice, ça c'est Alain Finkielkraut.
02:56Il a dit quoi ?
02:56Il était sur BFMTV, on lui pose la question suivante.
02:59Guillaume Meurice est suspendu d'antenne à France Inter,
03:01est-ce qu'il est victime de la cancel culture selon vous ?
03:04Très bonne question.
03:04Vous lui apportez votre soutien ?
03:06Point d'interrogation.
03:07Il lui apporte absolument pas bon soutien.
03:09J'ai été étonné qu'aucune sanction ne soit prise contre lui.
03:13Oui, parce qu'il a été auditionné par la police.
03:15Les plaintes ont été classées sans suite.
03:17Les plaintes ont été classées sans suite.
03:18Les plaintes ont été classées sans suite.
03:20Vous connaissez cette rengaine.
03:22Maintenant, on ne peut plus rire de rien.
03:24Des proches ne pourraient plus faire ça.
03:26Voir Coluche serait en prison aujourd'hui.
03:28Évidemment, c'est une variante du « c'était mieux avant ».
03:31Mais ce qui nous intéresse aujourd'hui,
03:32c'est ce que ces poncifs semblent invoquer d'une grande histoire de l'humour populaire.
03:36Or, si on se resitue dans cette dernière,
03:38au-delà d'une nostalgie fantasmée,
03:40on tombe assez vite sur des problèmes évidents.
03:42A commencer par cette affirmation que, avant,
03:45les grands humoristes, ils pouvaient rire de tout et patati patata.
03:49Eh bien, mon cher et vieux pays, nous voici à nouveau face à face.
03:52Vous vous souvenez le petit sketch de Jean-Yann qu'on a mis au début,
03:55avec les statues de la télé qui leur permettraient de se faire virer n'importe quand ?
03:59Oui, évidemment.
04:00Bon, eh ben, on ne l'a plus revu après le Jean-Yann.
04:03Enfin, on ne l'a plus revu à l'antenne.
04:05Le sac ne l'a pas non plus balancé d'un pont avec du ciment au pied.
04:08Eh oui, parce qu'avant, c'était l'ORTF.
04:10Et comment vous appelez un pays qui a comme président un militaire avec les pleins pouvoir ?
04:13Une police secrète, une seule chaîne de télévision,
04:15et dont toute l'information est contrôlée par l'État ?
04:17J'appelle ça la France, mademoiselle.
04:19Et pas n'importe laquelle.
04:20La France du général de Gaulle.
04:21On a tendance à l'oublier avec nos 150 chaînes câblées,
04:24mais jusqu'en 1974, on avait une télé d'État centralisée,
04:28directement sous contrôle du pouvoir.
04:30Et ce n'était pas un secret de polichinelle.
04:31Il y avait le ministre de l'Information qui venait au JT pour dire
04:34« Oui, voilà, on va faire comme ça maintenant. »
04:37Certes, l'histoire en a retenu des vannes audacieuses,
04:39mais il ne faudrait pas croire que c'était sans conséquence à l'époque.
04:41Jean-Yann, il se surnommait carrément le champion en matière de licenciement
04:45après s'être fait virer d'Europe 1, RTL et tiens, France Inter.
04:49Je ne vais pas très loin, mais je suis un des seuls à y aller.
04:53S'il y en avait d'autres qui allaient loin, comme moi,
04:55ça serait très bien admis.
04:57Et surtout, il faut voir pourquoi.
04:59Il s'était déjà fait supprimer une émission pour une vanne sur Napoléon.
05:02« On a fait ce qu'on a pu, Napo. On a mis le paquet. »
05:07Oui, oui, cette blague-là.
05:08Et puis d'autres encore pire, comme avoir soutenu les grévistes de l'ORTF en 68.
05:13« On nous a fait un procès pour atteinte à la grandeur et au prestige de l'Empire. »
05:17« On ne veut pas aimer. »
05:18« Il y avait une vraie censure. Elle était d'État.
05:22Et puis il y avait surtout ce qu'on pouvait ou ne pouvait pas dire. »
05:25Donc bon, l'image d'âge d'or de la liberté d'expression, on repassera.
05:30Et c'est resté un monopole d'État jusqu'à l'arrivée de la gauche en 81.
05:32Tout ça, ça joue toujours un rôle dans les questions qui nous préoccupent aujourd'hui.
05:36Pour vous dire, quand Sarko a rétabli le fait que le président de France Télé
05:39soit nommé directement par le chef de l'État,
05:41son argument, c'était en gros
05:43« En fait, on a toujours fait comme ça, juste on ne le disait pas, donc comme ça au moins
05:46c'est clair. »
05:47À partir de 2013, c'est devenu le rôle du CSA,
05:50dont le président est lui-même nommé par le président de la République,
05:52trois de ses membres par l'Assemblée et les trois autres par le Sénat.
05:56« Eh bien expliquez-nous, pourquoi est-ce que c'est drôle ? »
05:58« Parce que ça, c'est marrant. »
06:03« Marrant, mais pourquoi ? Expliquez-nous, nous ne sommes pas plus bêtes que d'autres et nous aimons rire
06:06aussi. »
06:07Donc quand quelqu'un, au hasard la directrice de Radio France,
06:11prend des décisions comme « au hasard virer un humoriste »,
06:14c'est important de parler de qui l'a mise là à la base,
06:16et pas juste de débattre du contenu de la blague.
06:18Ou d'autres trucs du style « est-ce que ça ne serait pas une ancienne conseillère de Sarkozy ?
06:23»
06:23Toujours au hasard.
06:24« Au bénéfice de qui ? J'ai ma petite idée,
06:27et je pense que ce n'est pas être complotiste que de dire ça. »
06:29Quand on lâche comme ça des « il ne pourrait plus rien dire aujourd'hui »,
06:32en fait, ce n'est pas très sérieux.
06:34Non, ça dissimule au fond deux questions plus concrètes.
06:37Qu'est-ce qu'il ne pourrait plus dire, et pourquoi il ne pourrait pas ?
06:40Effectivement, c'est vrai, il y a plein de choses qui ne passeraient plus pareilles.
06:44« Incroyable, une première dans l'histoire de l'humanité,
06:46la société et la culture ont évolué. »
06:49« La société avance, je sais que ça vous échappe par toi. »
06:52Est-ce que vous connaissez la première blague documentée de l'histoire de l'humanité ?
06:56Ça dit quelque chose.
06:57C'est une blague sumérienne de 1938 avant Jésus-Christ.
07:03Attention, si vous êtes bien assis.
07:05Un chien rentre dans une taverne et dit
07:07« Mais j'y vois rien, je vais ouvrir celui-là. »
07:12Voilà.
07:13Je ne pourrais plus dire ça maintenant.
07:16Non, moi non plus, je n'ai pas compris.
07:17Mais c'est la première blague de l'histoire de l'humanité.
07:19Peut-être pas de bol, c'est une blague pourrie.
07:21Et c'est celle-là qu'on a, quoi.
07:22Souvent, et ça ne vous aura pas échappé,
07:24on balance ces affirmations péremptoires
07:26pour défendre des vannes qui,
07:28comme on dit dans le jargon,
07:29tapent vers le bas.
07:30En gros, en général, pour se plaindre
07:32qu'on ne puisse plus faire telle ou telle vannes
07:34sans être critiqué pour son racisme,
07:36son sexisme, son homophobie,
07:38son antisémitisme, etc.
07:39Bon, déjà, se plaindre de ne plus pouvoir
07:41taper sur tel ou tel groupe
07:43sans provoquer des réactions outrées,
07:45c'est un vieux discours, en fait.
07:46C'est absolument pas nouveau.
07:47Par exemple, quand on se moque des Juifs,
07:49les Français sont ravis.
07:50Quand on se moque des Noirs,
07:51les Français sont ravis.
07:52Quand on se moque des...
07:54Et on dit « Vous avez raison,
07:55allez-y, tapez dessus, tapez dessus. »
07:56Puis alors, un jour, on parle des cordonniers
07:58et évidemment, on tombe sur un cordonnier
08:00qui se met à hurler en disant
08:01et de quel droit les cordonniers
08:03ont donné autant de morts
08:04que les autres en 14.
08:07Mais en plus, c'est manifestement
08:08à géométrie variable.
08:09Des gens qui tiennent habituellement ce discours
08:11ont pu dire que la vanne de Meurice,
08:13elle, elle posait problème.
08:15Précisément pour ces raisons.
08:16Donc, quelle que soit notre position là-dessus
08:18et contrairement à ce que beaucoup prétendent
08:20et peut-être s'en sont persuadés eux-mêmes,
08:22ça montre que c'est pas une question de principe.
08:25Un principe sacré de l'humour,
08:27une sorte de droit universel
08:28et inaliénable à la vanne.
08:30Tout le monde a l'air d'accord
08:31qu'il y a des traits d'humour
08:32nuisibles et critiquables.
08:33C'est toujours relatif.
08:35Ça s'évalue à l'aune d'autres choses.
08:37Quand j'ai commencé à faire de la radio,
08:38les chansons de Brassens étaient interdites
08:40parce que trop vertes et trop crues.
08:42Dix ans plus tard,
08:43Paul Nareff a chanté
08:44« Je voudrais faire l'amour avec toi »
08:46et on s'est aperçu que les parents
08:48donnaient 500 francs anciens
08:51à leurs enfants pour acheter des disques,
08:52donc que la famille n'était pas choquée
08:54de voir les enfants écouter des choses comme ça.
08:57Alors, prenons un des exemples les plus souvent cités
09:00de « on pourrait plus faire ce sketch aujourd'hui ».
09:02C'est évidemment des proches
09:04et plus particulièrement ça.
09:06On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle.
09:13Vous pouvez rester.
09:16Bon, déjà, il ne faut pas croire
09:17que tout le monde trouvait ça de bon goût à l'époque.
09:19C'était quand même déjà considéré
09:20comme un humour assez provoque.
09:22Toujours faire gaffe à ça
09:23quand on juge les choses
09:24avec le confort de la postérité.
09:25Mais passons.
09:26C'est un peu étrange
09:27quand on y pense de choisir cet exemple
09:29parce que, justement,
09:30il est passé à la postérité.
09:32Il n'est pas largement considéré
09:33comme un truc
09:34qu'il faudrait renvoyer aux poubelles de l'histoire
09:36tellement ça serait un humour scandaleux d'un autre temps.
09:39Et notamment parce qu'il est très clair
09:41que ces blagues de des proches,
09:42certes, comme à son habitude,
09:43assez grinçantes,
09:44ne consistent pas à stigmatiser un groupe.
09:47Alors, je sais,
09:47j'ai dit qu'on ne ferait pas
09:48dans l'analyse de Van,
09:49mais je prends justement cet exemple
09:51parce qu'il est évident.
10:05Là, il n'y a quand même pas besoin
10:06de décortiquer au scalpel
10:08pour comprendre que la blague,
10:09ce n'est pas un tacle sur les juifs
10:11qui auraient été hostiles envers leurs bourreaux.
10:13Au contraire,
10:14tout le monde comprend bien
10:14que ce qui serait grotesque,
10:16c'est de leur reprocher ça.
10:17Je pense que beaucoup de gens
10:19qui n'ont que la figure abstraite
10:21de des proches à la bouche
10:22feraient bien de se faire
10:23une petite séance de remise à niveau.
10:25Parce que chez lui,
10:26c'était très présent
10:27d'aller trifouiller via l'humour
10:28les squelettes de la tradition antisémite française,
10:31l'hypocrisie vis-à-vis de ça
10:32et plus particulièrement
10:34sur les crimes de la Seconde Guerre mondiale.
10:35Et on comprend d'autant mieux sa démarche
10:37qu'elle est cohérente
10:38avec ce qu'il disait
10:39le plus sérieusement du monde.
10:41Je suis né en 1939.
10:43Le savoir que je suis né à cette époque-là,
10:45et qu'il s'y est passé
10:45ce qui s'est passé vis-à-vis des juifs,
10:47c'est un truc que je n'ai toujours pas
10:50compris au sens fort,
10:52de même que je ne comprends pas Dieu,
10:53que des gens, des administrateurs justement,
10:55aient envoyé des gens
10:59par paquet de mille
11:00se faire oxyre
11:01au nom du racisme.
11:03À une époque, c'est la mienne.
11:04Ce n'est pas Léen, ce n'est pas Attila,
11:06c'est la semaine dernière.
11:07Alors je n'ai jamais compris
11:08avec ma sensibilité et mon intelligence
11:11et que je ne peux pas comprendre.
11:12Comprendre.
11:13Je ne dis même pas admettre,
11:15mais comprendre.
11:15Vous voyez bien la différence
11:17avec prendre pour cible des gens
11:19non seulement dans l'humour,
11:20mais aussi dans ses positions réelles.
11:22Ou la différence avec, je ne sais pas,
11:24remettre un prix sur scène
11:26à un type qui nie un génocide
11:27par un type habillé en victime
11:29de ce génocide.
11:30On s'est compris, j'espère,
11:31parce que...
11:31Pas question que j'affiche ça à l'image.
11:33Bref, je ne dis pas que des proches,
11:35ils ne râlaraient pas maintenant.
11:36Et vu comment ils le faisaient à l'époque,
11:37ce serait étonnant,
11:39d'autant que, on va être honnête,
11:40les humoristes, à tort ou à raison,
11:42en tant que corporation,
11:44ils détestent qu'on leur dise
11:45de quoi ils peuvent rire.
11:46En gros, qu'on leur explique leur métier, quoi.
11:48Quelle que soit la raison.
11:49Juste, faut être un peu honnête
11:51dans la façon d'invoquer sa mémoire
11:52pour justifier tout et n'importe quoi.
11:54Surtout pour un type
11:55qui avait notoirement compris
11:56que l'humour,
11:57c'est du sérieux.
11:58Alors, le rire,
12:00parlons-en et parlons-en aujourd'hui
12:01alors que notre invité
12:02est Jean-Marie Le Pen.
12:04J'ai vu une réflexion
12:05un peu sotte avec Villers.
12:06Je lui avais dit,
12:08si ce monsieur vient dans l'émission,
12:10moi, je n'ai plus envie de rire.
12:11Car la présence de M. Le Pen
12:13dans ces lieux,
12:14vouée plus souvent
12:14à la gaudriole par un judiciaire,
12:17pose problème.
12:18Je n'ai pas envie de rire avec lui.
12:20Et puis, finalement,
12:22je me suis surpris un peu
12:23et puis je réfléchis
12:24et j'ai fait ce qu'on appelait
12:26un réquisitoire.
12:27Peut-on rire avec tout le monde ?
12:30C'est dur.
12:32Je lui répondais,
12:33oui, on peut rire
12:34absolument de tout,
12:35mais pas avec tout le monde.
12:37Je veux dire,
12:37un nazi en uniforme,
12:38un officier SS,
12:39qui n'a pas envie
12:40de me taper sur la bedaine
12:42pour rire.
12:43En fait, c'est très courant
12:44qu'on utilise
12:45« on ne pourrait plus faire ça »
12:47de manière totalement fantasmée.
12:49Prenez le coup de
12:50« Rabbi Jacob, maintenant,
12:51ça serait interdit ».
12:52Alors ça,
12:52je n'ai jamais compris.
12:53Personne n'a jamais rien dit
12:55sur Rabbi Jacob.
12:55Ça passe à la télé
12:56tous les ans
12:57depuis un demi-siècle,
12:58mais bon,
12:59ok, allez-y,
12:59inventez-vous des indignations,
13:01qu'est-ce que vous voulez
13:01que je vous dise ?
13:01Puis alors,
13:02évidemment,
13:03Coluche.
13:04Alors Coluche,
13:04lui,
13:05il se retourne dans sa tombe.
13:06Il serait au goulag,
13:07en prison,
13:07à vie,
13:08sans eau.
13:08Vous savez pourquoi
13:09les Français
13:10ont choisi le coq,
13:11mais c'est pas sportif
13:12comme emblème ?
13:13C'est le seul oiseau
13:14qui arrive à chanter
13:15les pieds dans la merde.
13:16C'est vrai que,
13:17bon,
13:18lui,
13:18on ne sait pas
13:18ce qu'il aurait fait,
13:19mais il y a des vannes
13:20de l'époque
13:20qu'on ne ferait plus
13:21ou pas pareil.
13:22Et ça ne concerne pas
13:22Coluche spécifiquement,
13:24d'ailleurs.
13:24Plus on remonte le temps,
13:25plus on était,
13:26on va dire,
13:28détente sur certains points.
13:29J'adore ça,
13:30les gens différents.
13:31Bon,
13:32effectivement,
13:32je suis raciste.
13:33Je préfère les jaunes
13:34aux noirs,
13:34par exemple,
13:35tu vois,
13:35mais ça,
13:36c'est un goût personnel.
13:37On va s'épargner
13:38de faire un florilège
13:39de décennies
13:40de blagues
13:40un peu douteuses
13:41d'accent,
13:42de stigmates
13:43divers et variés.
13:44Vous connaissez le folklore.
13:45Mais voilà,
13:46effectivement,
13:46aujourd'hui,
13:47on n'aurait peut-être
13:48pas la zoubida
13:48et surtout pas
13:49en première place
13:50du top 50.
13:51Mais c'est peut-être
13:52pas plus mal, non ?
13:53C'est peut-être
13:54un peu raciste, quoi,
13:55comme chanson.
13:55Ah, au jour !
13:56Peut-être un peu...
13:57Voilà, c'est...
13:58Peut-être un peu raciste, quoi.
14:00Sauf que les trucs
14:01que Coluche
14:02pourrait plus dire,
14:03dont parlent les gens
14:04qui sortent ça H24,
14:06eh ben, en gros,
14:06ils parlent de cette
14:07liberté d'expression, là.
14:09Versus la liberté d'expression
14:10de celles et ceux
14:11qui trouvent que ça craint un peu.
14:12Là encore,
14:13ça pourrait être bon
14:14de rappeler que
14:14Coluche, en civil,
14:16c'est les restos du cœur,
14:17le soutien à la gauche
14:18est parrain de SOS Racisme.
14:20Je pense que c'est bien
14:21qu'on dise,
14:21ben voilà,
14:22les uns vivent comme ça,
14:23les autres vivent comme ça
14:24et puis apprenons à vivre
14:25ensemble avec nos différences.
14:26Je crois que c'est vachement bien.
14:28Je crois que ça,
14:28c'est bien ressenti
14:29par la jeunesse, d'ailleurs.
14:30Le côté positif de l'affaire
14:32et puis le côté tolérant
14:34d'accepter les différences
14:35et même de les aimer.
14:36Mais sinon,
14:37vous en voulez des exemples
14:38de choses que Coluche
14:39pourrait vraiment plus dire ?
14:41Oui, je sais,
14:42j'ai l'air un peu con.
14:45Ah non, mais hé,
14:46l'uniforme,
14:46il est pour beaucoup, hein ?
14:48Eh ben, j'ai remarqué les gens,
14:50plus il y a de flics autour d'eux,
14:52plus ils ont peur.
14:54J'ai pas inventé dans les manies.
14:56Ah non, mais on fait gaffe
14:57qu'on tape avec le plat
14:58de la main dans le dos,
15:00comme ça ici.
15:00Ça fait lâchement mal,
15:01mais ça fait pas ça.
15:04Non, hé, déconnez pas,
15:06on va se faire piquer.
15:07Moi, déconnez pas,
15:08parce que les mecs,
15:09quand ils ont des traces,
15:09après, ils peuvent porter plainte, hein ?
15:11On a dit pour porter plainte,
15:12il faudrait qu'ils viennent
15:13au commissariat,
15:14et les bris, c'est leur truc.
15:16Hein ?
15:16Ah oui, parce que nous,
15:17on nous apprend à reconnaître
15:18les mecs louches, hein ?
15:19On fait des stages
15:19avec les chiens et tout.
15:21Si vous voulez,
15:22celui-là,
15:22il était pas franchement louche,
15:24mais il était franchement basané.
15:27Non seulement en sketch,
15:28mais aussi en vrai.
15:30Et ça, c'est un mort
15:31ou un blessé par jour
15:32par la police
15:32depuis le 1er janvier.
15:34Donc, effectivement,
15:35ça m'intéresse.
15:35Ah, ça, c'est bizarre.
15:36C'est pas cet exemple-là
15:37qui cite en général.
15:38Vous imaginez les réactions
15:39à ça, maintenant ?
15:41Expliquez-moi
15:41ce que les policiers
15:42foutent dans le dos des Arabes
15:43avec un revolver à la main
15:44et à chaque fois, ils tombent.
15:45La police, elle, tue.
15:46Vous avez regretté de dire ça ?
15:48Pas du tout.
15:48Vous n'avez pas regretté ?
15:49Non, parce que la police tue.
15:50C'est la vérité.
15:51Ben, la police tue, bien sûr.
15:52Racontez-moi pourquoi,
15:53du moment où il y a une raison.
15:54Moi, je suis d'accord.
15:55Le problème, c'est qu'il n'y a pas de raison.
15:56C'est ça, le problème.
15:58Gérald Darmanin
15:59a décidé de porter plainte.
16:00Le ministre de l'Intérieur
16:01qui parle de propos
16:03insultants et indignes.
16:04Enfin, il y en a une, en fait, oui.
16:06C'est que les policiers
16:06se croient extrêmement couverts.
16:08Toutes celles et ceux
16:09qui mettent une cible
16:10dans le dos de nos policiers,
16:13de nos gendarmes,
16:14me trouveront
16:15en travers de leur route.
16:16Et ouais, c'est aussi pour ça
16:17que ce choix d'exemple,
16:18il est très parlant culturellement.
16:20On se planque
16:21derrière les figures
16:21les plus célébrées
16:22en leur donnant
16:23l'image qui nous arrange.
16:24Mais les gars, assumez, hein.
16:26On vous entend vachement moins dire
16:27« On pourrait plus faire la Zoubida,
16:29Michel Lem ne pourrait plus faire ça. »
16:31Mais comment je dois m'exprimer, là ?
16:33Quoique, Pascal Pro,
16:34il le fait, lui.
16:35Pourquoi c'est pas Tex,
16:36votre étendard ?
16:37Regardez, lui aussi,
16:38il a fait des vannes
16:39qu'on peut plus faire.
16:40Ah ouais, c'est sûr, Tex,
16:40c'est moins prestigieux.
16:41Mais assumez un peu votre héritage.
16:44Ou, si vous voulez
16:44celui des grands noms,
16:45prenez-les en entier.
16:47Et ouais, on devrait peut-être
16:48remettre un peu ça sur la table.
16:49Parce que, parmi les piliers
16:51de l'humour populaire,
16:52on met moins en avant
16:53une des grandes traditions
16:54qui s'est un peu perdue
16:55et qui ferait des esclandres
16:56pas possibles aujourd'hui,
16:58vanner les racistes
16:59et les fachos.
17:00Tenez, au lieu de vous emmerder
17:01à lire tout Sartre,
17:02vous achetez un exemplaire de minute
17:04pour moins de 10 balles,
17:05vous avez à la fois
17:06la nausée et les mains sales.
17:10Peine de mort
17:11pour les graphétaires de drogue !
17:16Peine de mort
17:17pas pour les traquets condamn !
17:22Non, non.
17:24C'est pas ce que je voulais dire !
17:25Pas pour les traquets condamn !
17:26Si on va jouer à ce jeu-là,
17:28imaginez seulement
17:29les réactions de la fachosphère
17:30sur les plateaux,
17:32dans la presse.
17:32On se moque
17:33des honnêtes français,
17:35propagande multiculturaliste,
17:36pro-migrantes
17:37et anti-France,
17:38voire racisme anti-blanc.
17:40Tout le bingo !
17:41Mais ça, c'est l'humour
17:42des bobos parisiens méprisants.
17:43Et ça rapporte à qui tout ça ?
17:45Je vous le demande !
17:45Au Métec ?
17:46Au Bicot ?
17:47Au Rastacuerre ?
17:47J'ai pas raison ?
17:48Merci !
17:49Bien sûr !
17:49Eh ben vous savez quoi ?
17:50Moi je suis de la campagne du 87.
17:52Et chez moi,
17:53on vénérait
17:54Fernand Reynaud.
17:55Parce que,
17:55un peu comme Bourville,
17:56c'était le représentant
17:57d'une tradition
17:58de comique rural populaire
17:59qui avait atteint
18:00les grands médias
18:01sans être comme les parigots.
18:02C'est un peu la génération
18:03d'avant
18:04ceux dont on vient de parler.
18:05Et ça là !
18:06J'aime pas les étrangers.
18:09Il vient de manger
18:10le pain des français.
18:11Dans le village
18:12où on habite,
18:13on a un étranger.
18:15Quand sa femme passe,
18:16la tête passe
18:17avec ses petits enfants
18:18qui baissent la tête.
18:20Ça là,
18:21c'est des étrangers.
18:22Il aime bouffer
18:23le pain des français.
18:24Ça, c'est 72.
18:26Va-t'en, étrangers !
18:27Il m'a répondu
18:28J'en ai ras-le-bol.
18:29Ils sont montés
18:30sur un bateau.
18:32Ils ont été loin,
18:33au-delà des mers.
18:35Et depuis ce jour-là,
18:36dans notre village,
18:38on mange plus de pain.
18:42Il est ses boulangers !
18:44Alors attention,
18:45c'est pas juste
18:46pour faire du retournement
18:47de C'était mieux avant
18:48ou dire que les gens,
18:49à l'époque,
18:49ils étaient pas racistes.
18:50C'est même plutôt l'inverse
18:51si on suit les études
18:52sur les évolutions
18:53des mentalités.
18:54Une des choses
18:54qui a changé notamment,
18:55c'est qu'il y a
18:56beaucoup, beaucoup plus
18:57de diversité
18:58dans les humoristes
18:59eux-mêmes.
18:59On doit tous se bagarrer
19:01ce que j'appelle
19:01le syndrome Smaïne.
19:04Il y a eu Smaïne
19:05dans les années...
19:06Vous étiez peut-être
19:07dans les années 90.
19:09Et en fait,
19:09Djamal est arrivé.
19:11Et dans l'inconscient collectif,
19:13il ne peut en rester qu'un.
19:14Il ne pouvait pas...
19:15Il y en a deux,
19:16donc forcément,
19:17il fallait qu'il y en ait un qui...
19:18Et même,
19:19je me rappelle moi,
19:19d'Ardisson qui disait
19:21Djamal a volé la...
19:22En rigolant,
19:23comme une femme,
19:23a volé la place de Smaïne.
19:25Tu vois ?
19:25C'est terrible.
19:26Mais chez beaucoup
19:27des grands humoristes,
19:28même dans cet écosystème
19:29de l'époque,
19:30se moquer des réacs,
19:31c'était la base.
19:33Et ça,
19:33ils n'aiment vraiment pas.
19:35Parce que c'est redoutable
19:36et ils le savent.
19:37Ce que je dis souvent,
19:38c'est ce qui a fait Bolloré
19:40quand il est arrivé à Canal,
19:41c'est qu'il a dégagé
19:42l'investigation et l'humour.
19:43Ce sont les premiers trucs
19:43qu'il dégage.
19:45Ils ne supportent pas ça.
19:46Il y a un côté un peu épidermique
19:47de « Ah, ils ne se soumettent pas à nous,
19:49ils rient de nous... »
19:50Vous voyez pourquoi ?
19:51Débattre des blagues,
19:52certes, ça a son importance,
19:56qui change,
19:57de générations qui rigolent plus
19:58de ci ou de ça.
19:59Il y a un contexte,
20:00comme dirait l'autre.
20:01Par exemple,
20:01on a déjà développé ici,
20:02sur le contexte culturel,
20:04après des événements traumatiques,
20:05avec l'exemple du 11 septembre,
20:07qui explique pourquoi la société
20:08est plus sur les nerfs
20:09sur ces questions,
20:10en apparence frivole.
20:11Et aussi,
20:12comment elles peuvent être
20:12plus instrumentalisées,
20:14comme on en a parlé là,
20:14dans la précédente émission.
20:16Si pro,
20:16il peut exiger la mise au banc
20:18d'un humoriste le lundi,
20:19ce n'est pas simplement Meurice
20:21qui mérite d'être sorti de l'antenne,
20:23c'est peut-être aussi
20:24sa direction.
20:25Et se plaindre
20:25qu'ils ne peuvent plus rien dire
20:26le mardi.
20:27Je vois que les artistes,
20:28aujourd'hui,
20:28sont très prudents.
20:29Pourquoi ?
20:29Parce qu'il y a souvent
20:30des coups à prendre
20:31lorsqu'on donne son avis
20:32sur l'actualité.
20:32C'est vrai.
20:33C'est pour ça que je ne dirais
20:33pas grand-chose là-dessus.
20:35Est-ce que c'est simplement
20:35de la mauvaise foi,
20:37ou que,
20:37dans le premier cas,
20:38ce n'est pas vraiment
20:39la vanne qui lui posait problème ?
20:41Tu pouvais ne pas défendre
20:42les Palestiniens à l'antenne,
20:43ça serait bien.
20:44Pourquoi ?
20:44Je ne défends pas les Palestiniens ?
20:50Peut-être que si la direction
20:52de France Inter
20:53a agi comme elle l'a fait,
20:54ce n'est pas tant
20:54en réaction à la blague
20:55que ça concernait
20:57un des programmes
20:57qu'elle essayait depuis un moment
20:58de pousser vers la porte
21:00pour des raisons politiques.
21:01Désolé,
21:02je ne sais pas comment le dire
21:03sans que ça fasse
21:04truc méga pas drôle
21:05de marxiste chiant,
21:06donc bon,
21:07l'humour,
21:08comme tout le reste,
21:09dépend de ses conditions
21:10de production.
21:11C'était valable
21:12pour les vannes du bouffon
21:13payées par le roi
21:14comme ça l'est aujourd'hui.
21:15Alors, avant de se poser
21:16la question de
21:17est-ce qu'il n'y a pas
21:18un peu des rabats-joies
21:19qui s'offusquent de rien,
21:21ça serait peut-être prioritaire
21:22de se poser la question
21:23des conditions
21:23d'un humour grand public
21:24à un moment
21:25où les médias privés
21:26sont très largement
21:27aux mains d'industriels
21:28prosélites
21:29et les médias publics
21:30dans celles d'un état
21:31de plus en plus acquis
21:32à ces mêmes intérêts.
21:33Ça, ça a des effets
21:34très concrets,
21:35ça s'inscrit dans une problématique
21:36qui dépasse l'humour
21:38et ça n'a pas l'air
21:39d'être parti pour se calmer.
21:41C'est incroyable
21:42comme tant de parangons
21:43de la liberté d'expression
21:44pensent que des tweets méchants
21:46c'est de la censure
21:47mais des milliardaires
21:48qui possèdent les journaux
21:49c'est la presse libre.
21:50Un tweet grinçant
21:51qui te traite de réact
21:52devant 3000 personnes
21:53c'est la censure,
21:55la cancel culture,
21:56c'est littéralement Staline.
21:57Par contre,
21:58un appareil médiatique
21:59à plusieurs milliards
22:00où les personnes
22:01les plus riches au monde
22:02décident de ce qui passe
22:03à l'écran,
22:04ça c'est la liberté d'expression,
22:05des journalistes courageux,
22:07c'est le marché des idées.
22:13Sous-titrage Société Radio-Canada
22:14Merci.
22:15Merci.

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