- il y a 3 heures
Une héroïne s’en est allée. Son legs : tout un siècle de combats. Madeleine Riffaud, poétesse, résistante, ancienne journaliste à l’Humanité, est décédée à l’âge de 100 ans ce mercredi 6 novembre. Elle était un personnage de roman, à l’existence tramée par la lutte, l’écriture, trois guerres et un amour. Une vie d’une folle intensité, après l’enfance dans les décombres de la Grande guerre, depuis ses premiers pas dans la résistance jusqu’aux maquis du Sud-Vietnam.
Entretien avec Jean-David Morvan, co-auteur de la bande dessinée "Madeleine, résistante", sur la vie de Madeleine Riffaud.
ABONNEZ-VOUS à la chaîne de l'Humanité https://www.youtube.com/channel/UCar0yo-PpeMk51m116826pQ/
📰 Vous avez aimé cette vidéo ? Pour une info 100% libre et engagée, ABONNEZ-VOUS : https://abo.humanite.fr/2243
✊ Nous ne sommes financés par AUCUN MILLIARDAIRE. Et nous en sommes fiers ! Pour nous accompagner face à des défis financiers constants, SOUTENEZ-NOUS : https://www.humanite.fr/donner-a-lhumanite
📣 L'HUMANITÉ C'EST AUSSI :
Un site : https://www.humanite.fr/
Une application : https://app.humanite.fr
Twitch : https://twitch.tv/lhumanitefr
Instagram : https://instagram.com/lhumanitefr
Threads : https://www.threads.net/@lhumanitefr
Twitter : https://x.com/humanite_fr
TikTok : https://tiktok.com/@lhumanitefr
Entretien avec Jean-David Morvan, co-auteur de la bande dessinée "Madeleine, résistante", sur la vie de Madeleine Riffaud.
ABONNEZ-VOUS à la chaîne de l'Humanité https://www.youtube.com/channel/UCar0yo-PpeMk51m116826pQ/
📰 Vous avez aimé cette vidéo ? Pour une info 100% libre et engagée, ABONNEZ-VOUS : https://abo.humanite.fr/2243
✊ Nous ne sommes financés par AUCUN MILLIARDAIRE. Et nous en sommes fiers ! Pour nous accompagner face à des défis financiers constants, SOUTENEZ-NOUS : https://www.humanite.fr/donner-a-lhumanite
📣 L'HUMANITÉ C'EST AUSSI :
Un site : https://www.humanite.fr/
Une application : https://app.humanite.fr
Twitch : https://twitch.tv/lhumanitefr
Instagram : https://instagram.com/lhumanitefr
Threads : https://www.threads.net/@lhumanitefr
Twitter : https://x.com/humanite_fr
TikTok : https://tiktok.com/@lhumanitefr
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Cathy 202, rédactrice en chef de l'Humanité.
00:02Salut !
00:03Ça va bien ?
00:03Ça va très bien.
00:04Ouais, et Jean-David Morvan, scénariste de bande dessinée.
00:08Exactement.
00:09Comment tu vas ?
00:10Ça va moyen, mais ça va.
00:12Ouais, ça va moyen.
00:13Bon, et bah Cathy, je te laisse les rênes.
00:16Mais on fait ça ensemble.
00:17On fait ça ensemble, bien sûr. Je suis toujours au taquet.
00:20On est très fiers.
00:21Par contre, je pense...
00:22Il faut que je me rapproche, c'est simple.
00:23Un peu, ouais.
00:24Je voulais d'abord te dire qu'on est très fiers de t'accueillir dans nos locaux.
00:28Moi aussi.
00:29Jean-David Morvan.
00:30Nos locaux, nos murs de l'humanité.
00:32Où Madeleine a été une grande plume reconnue, une grande reporter qui a couvert les terribles guerres coloniales
00:38et surtout qui a suivi avec fougue le courage des mouvements de libération.
00:43C'est vrai en Algérie et c'est vrai aussi au Vietnam.
00:46C'est le sens de l'hommage qu'on lui a rendu, bien sûr, dans nos colonnes et dont parlait
00:50tout à l'heure.
00:50On a lu deux des papiers qu'on a republiés.
00:53Un sur la Calde d'Algérie, un sur la garde du Vietnam.
00:55Donc voilà, on a...
00:55Elle écrivait pas mal, hein ?
00:56Elle écrivait beaucoup, ouais.
00:58On a lu un témoignage d'une...
01:00Il est encore là sous vos yeux.
01:01D'une petite vietnamienne où c'est...
01:03Là ?
01:04Oui, voilà.
01:05C'est fort, c'est dur, mais c'est fort.
01:08Jean-David Morvan, tu es scénariste de BD.
01:11Tu es l'auteur avec Madeleine Riffaut, mais aussi ton complice dessinateur Dominique Berthaille.
01:17Pour l'instant, pour l'instant d'une trilogie consacrée à Madeleine, la résistante, on va revenir aussi sur tout
01:24ton parcours.
01:25On peut dire que tu es un scénariste sans doute un des plus féconds de ta génération.
01:29Ouais, on dit Prolix en général, mais c'est bien que ça change un peu parce que j'ai l
01:32'impression que c'est mon deuxième prénom, Prolix.
01:34Donc j'aime bien quand on ne l'entend pas.
01:36Cela dit, c'est moi qui l'ai dit.
01:37Tu as collaboré avec les grands noms de la BD.
01:43En 2009, tu as remporté avec Wang Jiawei, un Silver Award au prix international du manga pour Zaya,
01:52le prix des collèges en 2023 et le célèbre prix René Goscinny pour brosser très très vite ton parcours.
01:59Oui, on ne va pas faire le compte de tout ça.
02:01Donc depuis 2022, tu publies aux éditions Dupuis.
02:0521 même, 2021.
02:062021, la trilogie consacrée à Madeleine la Résistante.
02:10Ça c'est le tome 3.
02:11Ça c'est le tome 3.
02:11Celui qui est sorti il y a un mois à peu près, c'est ça ?
02:13Il est sorti le 23 août pour le jour de son anniversaire de ses 100 ans.
02:16D'accord.
02:17Donc La Rose des Goupillés, Les Dredons Rouges et le dernier tome qui revient sur sa détention,
02:22sur les tortures qu'elle a endurées par la police française et la Gestapo,
02:26et puis sa participation à la libération de Paris.
02:31Ces trois BD, on le dit parce qu'on va inviter bien évidemment à les lire,
02:34elles sont très très fortes, à la fois intimistes, mais d'une grande portée historique et politique.
02:42On découvre une femme intrépide, déterminée, engagée, un caractère bien trempé.
02:50Bien sûr.
02:50Un peu brisée aussi, mais je pense que ça fait partie du caractère aussi.
02:55Justement, je voudrais que tu nous dises un petit peu dans quelles circonstances tu as rencontré Madeleine Riffaut
03:00et pourquoi finalement tu t'es, on peut dire, pris de passion pour cette femme.
03:04Oui, à tous les sens du terme, pas seulement au travail.
03:07En fait, je travaillais sur une BD qui s'appelle Iréna,
03:11qui est l'histoire d'Irénacène Lérova, une dame qui a sauvé 2500 enfants du ghetto de Varsovie,
03:15donc une résistante polonaise.
03:17Et moi, j'ai commencé la BD en 2014 et elle, elle était morte en 2008,
03:21donc je n'ai pas pu la rencontrer.
03:22J'étais vraiment fasciné par cette dame, mais frustré de ne pas pouvoir la rencontrer.
03:29Puis un jour, c'était un 8 mai 2017, ils ont repassé un documentaire qui s'appelle Résistante,
03:36dans lequel il y a Marie-Jo Chambard de Lauve, Cécile Roltanguy et Madeleine Riffaut.
03:41Et je suis tombé amoureux de Madeleine.
03:43Enfin, je me suis dit, il faut absolument que je rencontre cette dame.
03:45Je me suis dit très exactement, espèce de crétin,
03:47si tu ne saisis pas ta chance de rencontrer quelqu'un qui est encore vivant de cette période,
03:50tu vas le regretter toute ta vie.
03:52Et Madeleine m'a attiré irrésistiblement.
03:54Donc j'ai demandé à Renaud Saint-Cricq, un copain journaliste, de me trouver son numéro.
03:59Il n'a mis qu'un jour pour le faire.
04:00Il m'a dit, bon, je te le donne, mais je te préviens, il ne faut pas que tu appelles
04:02trop tôt.
04:03Puis bon, elle n'a pas une réputation de répondre très gentiment au téléphone,
04:08donc prépare-toi.
04:08Donc je l'ai appelé.
04:09En plus, je suis nul au téléphone.
04:10Et donc je lui ai dit, je suis un peu phobique du téléphone.
04:13Et donc je lui ai dit, bonjour, je m'appelle Jean-David Morvan, je fais de la bande dessinée.
04:17Elle a tout de suite compris ce que je voulais faire.
04:19Donc elle m'a dit, la bande dessinée, n'importe quoi.
04:21On m'aura mise à toutes les sauces.
04:22D'accord.
04:23Et puis, comment vous avez eu mon numéro ?
04:25J'ai demandé à un copain journaliste.
04:27Il me l'a donné, ça a mis 15 jours.
04:29Eh bien, vous êtes bien bête, je suis dans la mer.
04:31Donc maintenant, je suis occupé.
04:32Rappelez-moi la semaine prochaine, on verra ce qu'on peut faire.
04:34Donc voilà, j'ai attendu 15 jours et je l'ai rappelé.
04:38Elle ne veut pas entendre parler de rien du tout.
04:40Non, mais ça, c'est Madeleine.
04:42Maintenant, après, je l'ai connue.
04:43Donc je sais que c'est la première réponse.
04:45Je dis souvent que Madeleine, c'est comme quand on arrive sans doute, je ne l'ai jamais fait,
04:48mais dans un bar en Écosse ou en Irlande, il faut déjà se battre avec les gars pour être leur
04:51copain.
04:52Il faut prouver quelque chose, quoi.
04:54Donc voilà, j'ai attendu 15 jours quand même d'avoir moins mal aux fesses.
04:57Et puis je l'ai rappelé.
04:58Et là, elle m'a dit, tout a changé.
05:00J'ai mon copain, Rolleré Armat, qui est réalisateur, qui a fait des films sur moi, qui est un mec
05:04super.
05:04Il m'a dit, vraiment, Madeleine, en vieillissant, tu deviens conne.
05:06Je ne pensais pas que tu deviendrais conne comme ça.
05:08La BD, c'est vraiment super pour faire passer le message qu'Aubrac t'a demandé de passer.
05:12Je ne suis pas une victime, je suis un résistant.
05:14La BD, ça a changé depuis que tu en lisais quand tu étais jeune.
05:16Effectivement, quand elle était jeune, c'était il y a 90 ans.
05:18Donc la BD a changé.
05:20Et donc, elle m'a dit, ben, venez me voir.
05:23Aubrac, Lucie ou Raymond Aubrac, qui étaient aussi une grande figure de la résistance.
05:27Oui, oui, tout à fait.
05:27Les deux, mais là, pour le coup, c'était Raymond qui venait la voir.
05:32Et d'ailleurs, on voit souvent Babette qui venait voir Madeleine, Babette Aubrac, leur fille.
05:38Et la filleule de Ho Chi Minh, d'ailleurs.
05:40Et donc, voilà, c'est resté un peu en famille.
05:43Et comment va se passer cette première rencontre ?
05:45C'est une copain, c'est tout simple.
05:47Elle s'est passée hyper bien.
05:49Je suis rentré.
05:52Je dirais, elle m'a ouvert.
05:53Je ne savais pas du tout qu'elle était aveugle.
05:55Elle ne me l'a pas dit.
05:56Mais elle maîtrisait bien son environnement.
05:57Donc, ça ne se voyait pas.
05:58Elle était dans son appart.
05:59Et souvent, si on peut dire qu'elle s'est bien passée, elle me disait,
06:02j'aimerais bien mettre le blouson que j'avais la première fois que tu es venu.
06:05Tu sais, le blouson champagne, comme ça.
06:06Donc, il y avait quand même ce lien, là, voilà, entre nous, de cette première fois,
06:10qui avait vraiment cliqué.
06:11Et puis, moi, j'avais un train.
06:12Je rentrais à Reims.
06:13J'habite à Reims.
06:13Et elle habitait dans le Marais.
06:14Donc, heureusement, ce n'est pas très loin de la gare de l'Est.
06:16Et il fallait quand même que j'aille au train.
06:18Donc, je n'arrêtais pas de lui dire, en voyant tourner l'heure, Madeleine, il faut que j'y aille.
06:22Ah oui, mais attends, j'ai encore un truc à te dire.
06:23Non, elle me bouvoyait à l'époque.
06:25Attendez.
06:25Donc, c'est tout.
06:26Je cours jusqu'au train.
06:27J'ai finalement réussi à l'avoir d'extrême limite.
06:29Et puis, en arrivant à la gare, on le raconte à la fin de la BD, en arrivant à la
06:33gare, je me dis, je vais quand même l'appeler parce que je suis parti en vitesse.
06:36Moi, ça ressemblait quand même à un rendez-vous à mot, si on y regarde bien.
06:39Et donc, je vais quand même la rappeler.
06:40Donc, je la rappelle.
06:41Et puis, j'ai passé le moment où j'ai marché jusque chez moi, qui m'était 20 minutes.
06:46Et puis, après, je suis passé 4 heures dans la rue parce qu'elle avait plein de choses à me
06:50dire.
06:51Voilà, Héloïse, qui travaille avec nous sur la BD, m'a amené un chargeur de téléphone, de l'eau aussi,
06:56parce que je faisais.
06:57Je marchais dans la rue parce que je savais que si je montais l'escalier, ça allait couper.
07:00Et je ne voulais pas que ça coupe.
07:01Donc, voilà, c'est parti comme ça.
07:03Et puis, après, c'était l'enchaînement des coups de téléphone jusqu'à 3 heures du matin pendant des heures
07:07pour travailler sur cette BD.
07:10Voilà, c'est parti comme ça.
07:11C'était assez extraordinaire.
07:12Je ne connaissais pas à l'époque un quart de la moitié de sa vie.
07:16J'ai découvert tout ça au fur et à mesure.
07:17Et à chaque fois, j'étais esbaudi.
07:20Je vous coupe pour deux choses.
07:22D'abord, on a eu un raid.
07:23Alors, est-ce que vous savez ce que c'est qu'un raid sur Twitch ?
07:25Non.
07:26Non, en fait, c'est quelqu'un d'autre qui stream sur sa chaîne, qui nous a envoyé toutes les
07:29personnes qui le regardaient.
07:30Donc, j'imagine que c'est quelqu'un qui s'intéresse à ton travail.
07:33Donc, c'est très sympa.
07:34C'est pour ça que je me permets de vous interrompre pour le remercier.
07:36Merci beaucoup, la cantine et à tous les gens qui viennent nous écouter et nous regarder.
07:41Et ma deuxième intervention, c'était une question.
07:44Tu parlais un peu de cette rencontre, de ces premiers coups de téléphone.
07:46Et c'est des choses que tu dessines et que tu racontes aussi dans la BD, dans le premier tome.
07:50Pourquoi ça te semblait important ?
07:51Je vais le montrer.
07:52Hop.
07:52Pourquoi ça te semblait important de raconter aux gens qui lisent la BD, de raconter aussi cette rencontre ?
07:58En fait, dans l'album, dans la série, on n'a pas voulu se mettre en scène avec Dominique, le
08:03dessinateur, ni Héloïse.
08:05On trouvait que c'est raconter l'histoire de Madeleine et que nos vies à côté sont bien piètres par
08:10rapport à la vie de Madeleine.
08:11Mais on a fait quelque chose d'extraordinaire qui était dû à notre éditeur, José-Louis Boquet, à l'époque,
08:16qui a commencé à éditer cette BD.
08:18Et il s'est dit, si vous faites un gros livre, Madeleine, elle avait 93 ans à l'époque, on
08:24ne sait pas combien de temps elle va vivre, il faut être franc.
08:26Et donc, plutôt que d'attendre le gros livre, on va lui faire, on va lui couper en trois et
08:30on sortira ce qu'on appelle un cahier à chaque fois.
08:32Et donc, dans ces cahiers, pour que ça aille plus vite et qu'elle puisse relire.
08:34Et donc, dans ces cahiers, on a mis des bonus et dans ces cahiers, on a raconté cette histoire-là.
08:39L'histoire de la rencontre, c'était un bonus un peu à part.
08:42Et puis, ça a semblé tellement super à tout le monde qu'on s'est dit qu'on le mettrait
08:46dans l'album parce que ça raconte aussi autre chose de Madeleine.
08:49D'un côté, il y a son histoire et puis d'un autre côté, il y a notre rencontre.
08:52Et je dirais que presque tout ce qu'on a vécu ensemble, ça pourra prendre un album peut-être supplémentaire
08:56qu'on ne fera pas parce qu'on ne sera pas dans le sujet, parce que ce serait un peu
09:01mégalo peut-être.
09:03Mais en fait, en mettant des petites touches comme ça, je pense que c'est intéressant de voir quelle relation
09:06on avait avec elle.
09:07et que c'était plus qu'une bande dessinée, finalement.
09:11Justement, on sent, à travers ce premier tome, mais de manière générale, ces trois tomes où Madeleine, finalement, est partie
09:18prenante.
09:18C'est sa voix. C'est aussi elle qui parle.
09:21Une extraordinaire complicité.
09:24Comment ça se travaille ? Comment ça se creuse ? Comment ça se solidifie ?
09:28C'est dur à dire. On a discuté.
09:30Tout de suite, elle m'a dit, tiens, assieds-toi dans le fauteuil d'Ado Braque.
09:33C'est là qu'il s'asseyait quand je venais.
09:34Moi, j'étais un peu flatté, quoi.
09:37Et puis, c'est venu vite, quoi.
09:38Je pense que c'est venu vite.
09:39Ça a cliqué tout de suite.
09:40Je pense qu'avec Madeleine, ça clique ou ça ne clique pas.
09:43Donc, j'ai eu de la chance.
09:44Ça s'est bien passé.
09:46C'est parti comme ça.
09:47Et après, on n'y a plus vraiment pensé.
09:49C'était devenu vraiment naturel.
09:52Il y a eu des moments un peu plus durs.
09:53Par exemple, à un moment, on attendait pour avoir les contrats.
09:57Donc, j'étais un peu déprimé parce que je voyais que ça n'avançait pas.
09:59J'étais un peu triste.
10:01Et donc, elle a pris les choses en main.
10:03Elle a appelé notre éditeur, ce fameux José Louis, qui est super.
10:06Et elle lui a dit, mais dis donc, moi, j'ai signé mon contrat, mais j'apprends que mes copains,
10:10ils ne l'ont pas signé.
10:11Donc, moi, je vous préviens, si vous ne voulez pas le faire, j'annule mes contrats.
10:14Et puis, on va chez quelqu'un d'autre parce que des éditeurs, ce n'est pas ça qui manque.
10:17Et donc, tu es là, mais oui, Madeleine, ne vous inquiétez pas, on va s'en occuper.
10:21Donc, évidemment, elle a fait de l'édition toute sa vie.
10:23C'était son métier d'écrire des livres et des articles.
10:27Donc, elle nous a beaucoup soutenus aussi pour ça.
10:31Et puis, c'est né comme ça.
10:32Je pense que c'est vraiment super difficile à dire.
10:35Ça s'est fait tellement naturellement et tellement vite, alors que je ne savais pas, la première fois que je
10:40suis allé la voir,
10:41si elle allait me dire, tiens, voilà un livre, travaille là-dessus, ciao, ou reviens me voir une fois tous
10:46les trois mois.
10:47Mais à ce point-là, je ne pensais pas que c'était possible.
10:50Et puis, un jour, comme je devais partir le soir et qu'elle, à l'époque, après, ça a changé,
10:55mais elle se levait tard,
10:55parce qu'elle se couchait tard, très tard.
10:58Et donc, un jour, elle m'a dit, ah, mais quand même, c'est dommage, parce que tu dois prendre
11:03le train,
11:03donc on ne se voit pas longtemps, mais en revanche, je dois te dire, j'ai un appartement en haut
11:07dont je ne me sers plus,
11:09qui est mon ancien appartement, mais il y a un lit dedans, donc si tu veux, tu peux dormir.
11:13Donc, j'ai dit oui une première fois.
11:14Et puis après, c'était l'engrenage, j'étais parti, c'est-à-dire, elle me disait, tu ne vas
11:18pas venir juste pour une journée,
11:19tu vas quand même dormir, tu vas rester deux jours.
11:21Donc, c'est à peu près ça que j'ai fait pendant des années, finalement, rester avec elle deux, deux
11:25jours et demi, trois jours par semaine.
11:28Donc, voilà, la complicité est née comme ça.
11:31Et puis après, je lui ai présenté Héloïse de la maison, ma compagne, avec qui elle a aimé tout de
11:36suite.
11:37Et puis, comme on a eu un petit bébé il y a six mois, elle est devenue la marraine du
11:43bébé.
11:43Donc, on a pu concrétiser ça, avoir 100 ans de différence d'âge, quand même, c'était quelque chose d
11:50'impressionnant.
11:50Donc, voilà, c'est Madeleine.
11:52Ah, Mathieu.
11:54Tu disais tout à l'heure, quand j'ai commencé à parler avec Madeleine, je me suis rendu compte qu
11:58'en fait, je ne connaissais pas grand-chose.
12:01Quel travail historique tu as dû faire pour finalement parvenir à bien contextualiser, pas tronquer,
12:08parce qu'on sait forcément que la mémoire, elle est sélective et celle de Madeleine pouvait, elle aussi, se lancher
12:13?
12:13Alors, la mémoire de Madeleine, elle est impressionnante.
12:15Je pense que personne ne peut le croire, parce que je pense que ça n'existe pas, un cerveau comme
12:20ça.
12:20Je pense que je n'en croiserai jamais un dans ma vie.
12:23Pour prendre un exemple différent, parce qu'effectivement, on peut se dire qu'elle a reconstitué des choses, et c
12:27'est quand même sans doute le cas.
12:29Mais il n'y a pas longtemps, on discutait et elle me dit, ah bah tiens, on parlait de vaccins
12:34ou je ne sais plus quoi.
12:35Elle me dit, ah bah tiens, moi, j'ai été modèle vaccins.
12:37Je lui ai dit, comment ça ?
12:38Quand j'étais jeune, j'avais 4 ans, il y avait une maladie qui s'appelait le crampe, qui sévissait,
12:42qui était une maladie pulmonaire.
12:43Il y avait des gens dans le village, des enfants qui étaient morts, dans la classe de ma mère.
12:47Mais les gens, ils ne voulaient pas se vacciner, ils avaient peur.
12:49Comme quoi, 100 ans de décalage, ça ne change rien.
12:52Et donc, elle me dit, en fait, le médecin, il a demandé à ma mère que je me mette sur
12:56une table.
12:57Et ils m'ont vacciné en direct devant tout le monde.
12:58Et les gens du village ont dit, si l'institutrice, elle fait vacciner sa fille, c'est que ce n
13:03'est pas dangereux.
13:04Et donc, elle a aidé à faire de la vaccination.
13:06Ce que je veux dire par là, c'est que ce n'est pas un souvenir historique en soi.
13:09Et c'est pourtant quelque chose qui ressort directement de sa mémoire.
13:13Et donc, c'était pareil pour toute sa mémoire.
13:16Et finalement, à chaque fois qu'on s'est dit, Madeleine se trompe, une fois qu'on a eu vérifié,
13:21on s'est rendu compte qu'il y avait un truc qu'on n'avait pas compris ou quelque chose
13:24qui avait été mal raconté quelque part.
13:26Et en fait, elle avait raison.
13:27Et donc, c'est ça qui est impressionnant.
13:29Donc après, notre parti pris, c'est bon, ça paraît improbable, mais sans doute, Madeleine a raison.
13:32Et finalement, on s'est rendu compte à chaque fois que c'était vrai.
13:34Donc, il y avait dans sa raison à la fois sa mémoire et en même temps, 50 ou 60 ans,
13:39peut-être même plus, 80 ans de géopolitique mondiale,
13:42de connaissances parfaites du terrain, de connaissances des gens aussi sur place et des hommes politiques et de tous les
13:48partis.
13:49Donc, tout ça fait qu'on était bien petits à côté d'elle.
13:54Il y a un an, à peu près, au moment de la publication d'une BD, on aura peut-être
13:58l'occasion de revenir sur l'ensemble de ce qu'on travaille.
14:01J'aime bien l'idée de parler de Madeleine.
14:03Mais tu vas voir pourquoi.
14:04C'est la bande dessinée qui est consacrée au groupe Manouchian.
14:09Oui.
14:09Et il y a Missak Manouchian à sa pantalonisation avec Méliné et le groupe D23.
14:15Missak Manouchian va occuper une classe très singulière dans la vie de Madeleine.
14:19C'est peut-être un des personnages clés qui va finalement la pousser à entrer en résistance.
14:25En résistance, elle y était déjà parce qu'elle était au Front National de Libération.
14:28Ah, très bien.
14:29Mais dans le FTP, bien sûr, dans les francs-tireux partisans.
14:34Alors, elle n'est pas dans le MOI, donc la main d'œuvre immigrée, parce qu'elle est française.
14:38Donc, elle est rentrée dans le FTP après avoir vu la fiche rouge.
14:41Et ça se dit, mais si ça se trouve, tout le mouvement FTP-MOI, qui sont les grands héros de
14:49cette époque-là de Paris,
14:50puisque c'est des tueurs de nazis étrangers, sont décapités.
14:55Alors, il n'y en a qu'une qui a été décapitée, c'est Golda Olga ou Golda Bantic.
15:00Les autres ont été fusillés, mais évidemment, c'était une image.
15:04Et donc, il faut que je fasse quelque chose.
15:06Et donc, elle est rentrée dans le groupe à la suite.
15:08On lui a dit, mais tu sais que si tu rentres dans le FTP, tu as une moyenne de survie
15:12de trois mois.
15:13Elle a dit, je m'en fous.
15:14Je sais tirerai, mon père m'a appelé, il m'a appris.
15:16Je sais conduire une voiture s'il y a besoin, donc faites-moi rentrer.
15:19Et je pense que c'était en mars, donc elle s'est faite arrêter en juillet.
15:23Donc, voilà, elle a un peu dépassé les trois mois, mais pas de beaucoup.
15:27Je me permets juste, je vous lis un petit message du chat, parce que je le trouvais assez sympa.
15:31J'ai vraiment beaucoup apprécié Missac, Méliné et le groupe Manouchian de Jean-David Morvan.
15:35C'était un bel éclairage sur ses parcours de vie si formidables et cruellement d'engagement.
15:39J'ai hâte de me plonger dans l'histoire de Madeleine, résistante.
15:42On voit, entre Madeleine et le Manouchian, il y a un crossover.
15:46C'est-à-dire, il y a une scène qui est la même, qui est une attaque du FTP à
15:50l'Odéon.
15:51Et l'album de Missac, vous ne le voyez pas, mais en couleur, il n'est que comme l'affiche
15:55rouge.
15:56Donc, il est rouge, gris et jaune.
15:58Mais la seule personne, la seule petite touche de bleu de l'album, c'est la petite Madeleine qui est
16:02dans la foule et qu'on ne voit pas beaucoup.
16:04Donc, voilà.
16:05C'est l'occasion de montrer quelques planches de la bande dessinée.
16:08Parce que c'est vrai que tu parles du bleu.
16:09Les gens qui n'ont pas lu la BD, ils ne savent pas forcément pourquoi tu parles du bleu.
16:13C'est en fait la couleur qui est omniprésente.
16:15Exactement.
16:16C'est Dominique Berthaille, le dessinateur, qui a choisi de le faire en bleu.
16:20Et en fait, c'est un marqueur formidable de cette BD.
16:22Parce qu'aujourd'hui, on n'imagine plus la vie de Madeleine autrement qu'en bleu.
16:25Ce qui est vraiment un effet de la bande dessinée.
16:27Avant, ça n'existait pas.
16:28Et c'est génial.
16:29Moi, je repasse souvent les photos de famille en bleu avant de les poster.
16:33Voilà, c'est devenu sa couleur.
16:34Alors après, elle dit souvent à Dominique,
16:36« Mais moi, j'étais contente quand tu m'as dit que ça allait être en bleu. »
16:38Parce que j'ai eu un bon copain dessinateur un peu connu qui s'appelait Pablo Picasso.
16:41Et donc, sa période bleue, moi, j'adorais quand je voyais Claire.
16:45Donc, je suis content et je l'imagine comme ça.
16:47Donc, elle dit, « Je suis vraiment désolé.
16:49J'aurais bien aimé de faire rencontrer Picasso. »
16:51Dominique répondait à chaque fois, « Oui, moi aussi, j'aurais bien aimé le rencontrer. »
16:55Donc voilà.
16:55Mais le bleu, c'est devenu la marque de Fabric.
16:57Sa couleur ?
16:58Oui, finalement.
17:00Alors que ce qui est marrant, c'est que je me suis rendu compte,
17:01je n'avais pas fait exprès, mais les trois titres sont rouges.
17:05C'est-à-dire « La rose dégoupillée », « Les dredons rouges »
17:08et « Les nouilles à la tomate ».
17:09Tout ça, c'est rouge.
17:10Ce n'est pas voulu.
17:11Non, pas du tout.
17:12C'est quelqu'un qui me l'a dit à l'éclair.
17:16Dans ces trois tomes de BD,
17:18il y a bien évidemment des épisodes historiques, politiques, très forts.
17:22L'engagement de Madeleine est politique.
17:24Madeleine est communiste.
17:25Bien sûr.
17:26Peut-être mieux de le dire.
17:27Mais il y a aussi des passages très intimistes.
17:29Et je voudrais savoir comment on parvient à mettre en scène,
17:33quand je pense intimiste, plutôt intime.
17:36Je pense notamment qu'elle a subi un viol,
17:38qui a été un véritable traumatisme.
17:40C'est pour ça qu'on disait brisée sans doute tout à l'heure.
17:42Oui, une femme brisée.
17:44Comment on mêle à la fois ce récit historique
17:48et ces moments très intimes, douloureux ?
17:53Parce qu'elle n'en parlait pas beaucoup.
17:55À nous, elle nous en a parlé.
17:56Alors, ça voulait dire qu'on avait le droit de le faire.
17:57Comme je lui ai relu tout, ce n'est pas passé par hasard.
18:00Elle a validé tout ça.
18:03Elle a eu envie d'en parler à ce moment-là.
18:05Elle a eu besoin d'en parler.
18:06Je pense qu'on peut dire qu'avec Dominique, on faisait presque...
18:09On continue, on va continuer, mais on fait presque l'autobiographie de Madeleine.
18:12C'est-à-dire qu'on est deux humains, mais on est presque les outils de Madeleine
18:16qu'elle ne peut pas utiliser, puisqu'elle ne pouvait plus lire à cause de ses yeux
18:19et puis dessiner.
18:19J'ai vu quelques dessins d'elle qu'on a encouragé à faire,
18:23qu'Abideine, un peintre, l'avait encouragé à faire.
18:26Bon, je pense qu'elle a bien fait d'écrire.
18:29Mais c'était une des bonnes tentatives quand même.
18:32Et donc, je pense que c'est le livre, cette bande dessinée,
18:35qui est le plus proche finalement d'elle par rapport aux autres livres qui existent.
18:41C'est pas pour nous prendre pour des malins, mais je pense que c'est vraiment le plus proche.
18:46C'est-à-dire qu'effectivement, le tome 2, comme il est très compliqué,
18:49par exemple, c'est le quotidien de la Résistance dans Paris.
18:52Elle disait « Mon maquis, c'est Paris ».
18:54En fait, c'est plein de détails, plein de choses qu'on n'a jamais lues.
18:57Et donc, je lui ai relu peut-être, je ne sais pas, 17 fois pour réussir à le faire.
19:02Donc, elle était vraiment impliquée dans ce process.
19:05Ce n'était pas juste...
19:06Elle n'avait pas juste son nom sur la couverture pour faire beau.
19:09Donc, c'était vraiment...
19:11J'étais plutôt son co-scénariste, très exactement.
19:13Et c'est vrai que tu parlais tout à l'heure du text-off de Madeleine qui nous parle.
19:18Et en fait, j'ai eu cette intuition-là, comme elle me tutoyait.
19:23Je me suis dit...
19:24Je n'ai jamais lu ou très peu de BD dans lesquelles le text-off, la voix, tutoie le lecteur.
19:31Je me suis dit « Ce serait pas mal de le faire ».
19:33Donc, j'ai fait des tentatives, ça marchait bien.
19:34Alors, j'ai beaucoup bossé pour récupérer la voix de Madeleine en écriture,
19:38mais ce n'est pas dur. Elle a une manière de parler et d'écrire qui est bien à elle.
19:42Et puis, j'ai commencé à dire « Tu ».
19:45Et les gens, en fait, ils commencent, j'imagine, à lire l'album en disant
19:50« Elle parle à Jean-David, elle parle au scénariste. »
19:52Mais en fait, au bout de cinq pages, on a oublié que j'existe.
19:54Et tant mieux.
19:54Moi, c'est justement pour ça qu'on n'est pas non plus dans l'album et qu'on est
19:57après.
19:58On oublie que j'existe.
19:59Et en fait, elle parle au lecteur.
20:01Et c'est ça que je voulais.
20:02Et c'est ça qui marche très bien.
20:03Et c'est fabuleux.
20:05Parle-nous des faits d'armes un petit peu de Madeleine pour quiconque.
20:08Je pense à Clibaro qui dit « Tiens, je connais la BD de Manoufiant, mais pas celle de Madeleine. »
20:15En fait, si j'élargis la question, je dirais que la raison pour laquelle on a fait cette série comme
20:25ça,
20:26c'est que Madeleine est amenée à 20 ans, à 19 ans, très exactement, 19 ans et 11 mois,
20:31à tuer un soldat allemand sur le pont de Solferino, deux balles dans la tête.
20:34C'est les ordres de Roll qui dit « Il faut montrer… »
20:37Roll Tanguy.
20:37Roll Tanguy.
20:38Roll à l'époque, mais oui, pardon.
20:39Roll Tanguy.
20:40À l'époque, c'était juste Roll.
20:41Votre grande figure de la Réunion.
20:42Voilà.
20:43Et qu'elle ne connaissait pas à l'époque.
20:44Elle a très bien connu après.
20:46Et en fait, qui disait « Il faut montrer aux Parisiens que les Allemands ne sont pas invincibles.
20:49Donc, tuer des Allemands dans la rue, montrer que quand on va lancer l'insurrection parisienne,
20:54qui mènera à la libération de Paris le 25 août 1944, on peut se battre contre les Allemands.
20:59Et il faut tuer des officiers allemands si possible, parce qu'ils n'aimaient pas tuer des soldats.
21:04Et ils trouvaient que les officiers, c'était plus important, dans la rue pour montrer aux gens.
21:08Donc, elle en est arrivée à faire ça.
21:10Mais, et Madeleine était assez intelligente pour ça, elle dit « Je sais bien que mon acte,
21:17en fait, aujourd'hui, se comprend peu.
21:21On a plutôt de l'empathie, finalement, pour le soldat allemand, avec 80 ans après,
21:26en se disant « Mais si ça se trouve, le gars, il était sympa.
21:29Si ça se trouve, il était là par hasard. »
21:31On ne pense pas une seule seconde que « Si ça se trouve, il n'était vraiment pas sympa
21:34et qu'il venait de faire déporter des enfants. »
21:35On a une sorte d'empathie immédiate.
21:37Et elle disait, à juste titre, on a sans doute plus d'empathie pour les malgré nous,
21:42qui ont été embarqués en Alsace ou en Lorraine,
21:45qui sont allés se battre avec les Allemands, dont certains ont fait le massacre de Radour-sur-Glane,
21:49qu'elle connaissait bien.
21:51Et moins d'empathie pour moi qu'est-ce que tu as un soldat allemand
21:53parce que je passe pour une tueuse alors qu'eux, ils passent pour des victimes.
21:56Terroristes, d'ailleurs, c'est ce qu'on dit.
21:57Oui, oui, terroristes.
21:59Et donc, c'était une ambivalence intéressante.
22:03On a discuté avec elle, ça c'est une formule de moi, mais elle me l'avait validée.
22:06C'est dire, les malgré nous, on a menacé leur famille, on a menacé leur vie.
22:12Donc, ils ont dit oui, ils sont partis avec l'armée allemande faire des massacres en Estonie, par là,
22:17et puis revenus en France.
22:18Ils ont dit oui.
22:19Et nous, moi, on a menacé ma famille, on a menacé ma vie.
22:22J'ai dit non.
22:23Donc, je ne peux pas me mettre sur le même plan qu'eux.
22:25Voilà.
22:26Et donc, finalement, tout le premier tome, il sert à expliquer comment une petite fille comme ça
22:31va devenir une tueuse qu'on voit à la fin du tome 2, une tueuse de soldats allemands.
22:34Qu'est-ce qui emmène ?
22:35Qu'est-ce qui fait que la résistance nous emmène à faire des actes comme ça ?
22:39Et elle l'a fait, et elle le regrette.
22:40C'est-à-dire, elle ne regrette pas d'avoir tué le symbole parce que c'est un geste politique.
22:44Elle dit évidemment, tuer ce gars, ça ne changera rien à la guerre.
22:46Sauf que, psychologiquement, en fait, ça a changé l'esprit des Français.
22:50Et c'est ce qu'ont fait aussi Manouchian et ses gars, en tout cas le FTP et le FTP
22:55Meuil.
22:56C'est-à-dire, Paris, en 1941, c'était la ville où tous les Allemands voulaient venir en résidence,
23:04en permission, pardon, parce que c'était cool.
23:06Il y avait du champagne, il y avait des petites putes partout.
23:08C'était super cool, c'était la ville lumière, bravo Paris, quoi.
23:11Et au fur et à mesure, ils ont changé l'esprit des Allemands.
23:13Et Paris est devenue la ville la plus dangereuse pour les soldats allemands.
23:15Et la peur a changé de camp.
23:17Et comme ça, ils ont pu libérer la ville.
23:18Et elle a participé à ça vraiment en plein.
23:21Et c'est ça qu'il fallait expliquer.
23:22C'est-à-dire, c'est un contexte aujourd'hui, 80 ans après, qui est beaucoup plus compliqué à comprendre.
23:28Et il faut le ramener au départ et faire suivre les gens la vie de Madeleine.
23:33Et donc, l'intime devient très important dans tout ça, parce qu'en fait, c'est que des ressorts intimes,
23:38justement, de l'humiliation.
23:39Quand elle prend un coup de pied au cul en arrivant à la gare d'Amiens de retour de l
23:45'Exode.
23:47Et elle dit, c'est l'humiliation qui fait qu'on rentre dans la résistance.
23:50Beaucoup plus que des idées politiques où, voilà, on se sent humilié et on se dit, il faut que je
23:56me batte contre ces gens.
23:57Même si Madeleine, comme Missac Manouchian, comme Rôles, comme tous ceux que tu cites, avaient des idées politiques affirmées.
24:04Oui, oui, aucun doute là-dessus. Et après, des idées politiques pour Madeleine aussi, qui ont été évidemment complexifiées quand
24:14ils ont découvert qu'il était vraiment Joël F. Staline.
24:18Donc, tout ça était très complexe, finalement, et intéressant historiquement, vraiment intéressant.
24:24Madeleine insistait beaucoup sur un aspect, on a dit, Missac Manouchian, ce héros, et elle le considérait comme un héros,
24:30notamment via la fameuse et célèbre affiche rouge, dont d'ailleurs la couverture de ta BD...
24:37Oui, on a fait une allégorie de l'affiche rouge, exactement.
24:40Je la remontre.
24:41En fait, on a rajouté deux filles, mais on a remis...
24:47On a rajouté ici, ça c'est... Non, mais ça ne marche pas.
24:49Il y a Méliné et puis il y a Olga, enfin Golda,
24:57mais on a remis les visages, effectivement, au même endroit que sur les petits ronds.
25:00Je ne sais pas si vous voyez la fiche rouge, mais il y a des petits ronds.
25:02Et donc, on a remis les visages exactement au même endroit.
25:05C'est un triangle, donc on a mis les jambes pour faire le triangle.
25:07Donc voilà, on a fait une métaphore, en quelque sorte.
25:10Elle disait, c'est un héros, mais elle, elle refusait absolument d'être considérée comme une héroïne.
25:16Comme une héroïne, bien sûr.
25:17Mais je crois que s'il avait survécu, il aurait refusé d'être aussi un héros, et les autres aussi.
25:21C'est-à-dire que c'est des gens, ils n'avaient, je pense, jamais demandé à en tuer d
25:25'autres.
25:26Enfin, ils ne voulaient pas, en fait, ce n'était pas leur but.
25:29Dans la vie, c'était des littéraires, Madeleine particulièrement,
25:31c'était des gens qui ont été cassés par la guerre dans tous les cas.
25:34Et ils n'avaient jamais demandé à tuer des gens, ils ont été forcés à le faire.
25:37Et je pense qu'ils avaient ce côté-là en se disant, je ne suis pas un héros,
25:40mais par contre, j'ai fait ce que je devais faire.
25:42Et finalement, c'est peut-être ça la définition du héros.
25:46Il y a un an, je t'avais interviewé à l'occasion de la sortie de cette BD,
25:50et je t'avais posé cette question, quand même, qui me brûlait les lèvres.
25:53Tu as fait de la BD sur des serial killers.
25:57Et là, tu fais une trilogie, il y aura d'autres tomes,
26:01mais je propose que ce soit des petites questions qu'on te pose après sur Madeleine,
26:05sur Miss Akman Mouchan, mais aussi sur Ginette Kolinka,
26:08cette fillette juive qui a été déportée à Auschwitz,
26:11qui est une survivante de la Shoah et qui, aujourd'hui, va dans les écoles,
26:15transmet cette mémoire comment, qui est aussi un destin et une histoire absolument extraordinaire,
26:23pleine de générosité.
26:25Tu, on va la montrer, on en profite.
26:27On va se préparer.
26:30Comment on passe, donc, de BD sur des serial killers à, quasiment, des personnages de cette trempe-là ?
26:38Non, pas que les serial killers ne soient pas des personnages.
26:40Mais ils méritent des trempes, en tout cas.
26:42On n'est pas du tout, du tout, du tout dans le même univers et dans le même registre.
26:46En fait, pour moi, on est exactement dans le même univers,
26:48c'est-à-dire que mon idée, mais c'est à mon niveau,
26:51c'est de comprendre ce qui se passe dans la putain de tête des humains.
26:54Et donc, c'est ça qui m'intéresse, en fait.
26:56Et essayer de comprendre comment les humains fonctionnent.
26:58Et donc, c'est intéressant de voir comment ils fonctionnent dans divers cas de leur vie, quoi.
27:03Et des personnages totalement différents.
27:05En fait, j'ai fait un Jaurès aussi, qui était bien intéressant,
27:09un Mao Zedong, qui était bien compliqué aussi.
27:12Mais essayer de comprendre comment les humains fonctionnent,
27:14c'est ça qui me plaît le plus.
27:16Et essayer de le retranscrire en bande dessinée,
27:18comme c'est mon métier et c'est ma passion,
27:20voilà, c'est ça qui est intéressant.
27:22Avant, moi, j'étais surtout connu pour être un scénariste de science-fiction,
27:25avec des séries comme Scillage et d'autres.
27:29Mais je faisais déjà ce boulot,
27:31c'est-à-dire que je prenais l'histoire, je prenais l'actualité.
27:33Et avec Philippe Boucher, on faisait des BD de science-fiction,
27:36mais qui parlaient de ces thématiques-là,
27:38de la démocratie, du terrorisme.
27:40On a parlé de tout ça, et juste, on le camouflait
27:42à travers le prisme de la SF.
27:45Mais je me suis rendu compte que finalement,
27:46j'avais toujours fait des BD sur la résistance
27:49et que ça me paraissait...
27:50Je n'avais pas vu, mais que c'était un chemin logique
27:53d'en arriver finalement à Madeleine.
27:56Et c'est intéressant de se rendre compte de soi-même
27:59au fur et à mesure des années, peut-être 20 ans après.
28:01Et de la même manière,
28:02quand j'ai rencontré Madeleine,
28:06je ne savais pas, je vous ai dit tout à l'heure
28:07pourquoi je l'avais contactée.
28:09Vraiment, à part cette envie-là,
28:10mais j'ai vu des milliers de documentaires
28:12et je n'ai jamais contacté les gens.
28:14C'est que mon héroïne de sillage,
28:16qui s'appelle Névis, en fait,
28:17je me suis rendu compte à vrai que c'était Madeleine Riffaut,
28:19c'est-à-dire anticolonialiste,
28:21avec le même caractère,
28:22avec ce même besoin d'aider les gens,
28:24d'être idéologue par moments,
28:25mais d'être capable de voir qu'elle s'était trompée
28:27et de revenir en arrière,
28:28d'essayer de comprendre.
28:29Donc, quelqu'un de très intelligent.
28:30Et finalement, j'étais en manque
28:33pour des raisons éditoriales qu'on va passer ici
28:34de mon personnage que j'avais inventé
28:3720 ans avant, Névis.
28:39Et j'ai replaqué tout sur Madeleine.
28:41Mais vraiment, je vous jure que ça fait bizarre
28:43de rencontrer en vrai quelqu'un
28:45qu'on a eu l'impression d'inventer.
28:46C'était magnifique, quoi.
28:48C'est vraiment un grand moment.
28:50Je parlais avec Névis, quoi.
28:51C'était dingue.
28:53C'est marrant parce qu'en fait,
28:54moi, pour tout avouer,
28:55quand j'ai vu ton nom,
28:56je me suis dit,
28:57ça me dit quelque chose.
28:58C'est pas possible.
28:58J'ai déjà lu des trucs à lui et tout.
28:59Et en fait, j'ai découvert
29:01que c'était effectivement aussi toi
29:02qui avais écrit Sillage,
29:02des BD que je disais
29:03quand j'avais 12 ans, quoi.
29:05Moi aussi, j'avais 15 ans
29:06quand j'ai commencé.
29:08Mais donc, ça m'a fait...
29:09Enfin, ce lien effectivement
29:10dont tu parles
29:11entre l'écriture du personnage de Névis
29:13et ensuite le récit que tu as fait
29:16de Madeleine, pardon.
29:17C'est vrai que ça m'a aussi
29:18beaucoup touché.
29:19Et ce rapprochement,
29:20j'ai trouvé ça assez incroyable.
29:21Donc, pour tous les gens
29:22qui ont lu Sillage comme moi
29:23et qui ont beaucoup aimé,
29:24je vous invite à continuer
29:26de lire tout ce que tu as écrit
29:27parce que c'est plein de choses.
29:28On retrouve plein d'éléments, finalement.
29:30Oui, je pense qu'il y en a plein.
29:30Mais je pense que quand on lit mes BD,
29:32c'est peut-être le seul intérêt
29:34que je peux avoir.
29:36On me retrouve.
29:37C'est-à-dire que je suis quand même,
29:39que je le veuille ou non,
29:41l'auteur de ces BD
29:42en ce sens que je ne fais
29:43que ce que je sais faire.
29:45Et donc, moi, je vois tellement de choses
29:47quand je relis les Sillages,
29:48les premiers,
29:48et je me dis,
29:48mais ça, je l'ai utilisé en Madeleine.
29:50Mais même juste le fond de Sillage,
29:52on s'était dit avec Philippe Boucher,
29:53on va raconter la vie entière
29:54d'une humaine
29:55qui est la seule humaine
29:56dans un convoi d'extraterrestres.
29:57Voilà, c'est ça le pitch.
29:58C'est qu'elle essaye de se définir,
29:59de se comprendre qui elle est
30:01à travers des extraterrestres.
30:02Donc, elle n'a pas d'altérité, en fait.
30:04Donc, elle est obligée d'imaginer
30:05ce qu'étaient les humains.
30:06Et on va raconter toute sa vie.
30:07Et finalement, c'est aussi
30:08ce qu'on fait avec Madeleine.
30:09C'est-à-dire qu'on va raconter toute sa vie.
30:10Et donc, les deux séries sont tellement proches.
30:13C'est presque décevant pour moi
30:15de me rendre compte
30:15que je ne sais faire qu'un truc.
30:16Mais bon, j'essaye de le faire bien.
30:18Tu fais très, très bien, ça.
30:19C'est gentil.
30:19Peut-être que ça se soulera.
30:20C'est gentil.
30:21Dans tes envies,
30:22il y a aussi l'envie de transmettre.
30:25Tu disais ça dans un entretien.
30:27Il y a un an de transmettre
30:28aux jeunes générations.
30:29C'est important ?
30:29C'était aussi un peu la volonté de Madeleine ?
30:31Oui, bien sûr.
30:33Madeleine, c'est ça.
30:34C'est ce que lui a dit Rolre Amat.
30:36C'est tu ne peux plus aller
30:37dans les écoles maintenant.
30:38Tu es trop âgé.
30:39C'est trop compliqué.
30:39Tu es aveugle.
30:40La BD, c'est un bon moyen
30:41de continuer le témoignage.
30:43Et c'est hyper important.
30:44C'est vrai que du coup,
30:46j'ai fait beaucoup
30:49d'interventions scolaires,
30:51de choses comme ça,
30:52pour Madeleine,
30:52pour Ginette.
30:54Je n'ai jamais vu Madeleine
30:55en intervention scolaire,
30:56mais j'ai vu Ginette.
30:57Et donc, c'est toujours
30:59un moment extraordinaire.
31:00Et je ne doute pas
31:01qu'avec Madeleine,
31:01c'était pareil.
31:02Je l'ai vu une fois filmée,
31:03elle faisait frissonner les gens.
31:06Et c'est ça que j'essaye de rendre.
31:08Et dans les BD,
31:08et aussi quand je le fais.
31:09C'est-à-dire,
31:10j'essaye de rendre cette énergie-là
31:12qu'elles transmettent aux jeunes.
31:15Et puis, avec cette question essentielle
31:17de « elles ont 100 ans ».
31:18Donc, pour Madeleine,
31:19ça y est, c'est fini.
31:20Pour Ginette,
31:21je lui souhaite encore
31:22de nombreuses années.
31:23Elle est en forme,
31:24donc tout va bien.
31:25Je l'ai vu il n'y a pas longtemps.
31:28Mais c'est sûr
31:30que ça aura une fin.
31:30Et donc, il faut trouver
31:31comment on va témoigner autrement.
31:34Et la BD,
31:35si elles sont bien faites,
31:36c'est peut-être pas mal.
31:37Ça participe au travail de mémoire.
31:39Oui, ça va devenir,
31:40je pense,
31:41le travail de mémoire.
31:42Moi, je n'aime pas dire
31:42devoir de mémoire,
31:43parce qu'à l'école,
31:44je ne faisais pas mes devoirs.
31:45Je n'aimais pas ça.
31:46Donc, je n'aime toujours pas
31:47faire des devoirs.
31:48Si on me forçait à le faire,
31:49je ne le ferais pas.
31:49Mais en vie de mémoire,
31:50c'est sûr.
31:52T'as une question ?
31:53Non ?
31:53Non, je pensais effectivement,
31:55on a un peu commencé
31:56à en parler avec Margot
31:57de cet impératif de mémoire,
31:58en tout cas.
32:00Est-ce que tu trouves
32:00que c'est quelque chose
32:01dont on manque aujourd'hui
32:02dans les écoles,
32:03dans les collèges,
32:03dans les lycées ?
32:04Est-ce qu'on devrait plus voir
32:06des Jeunette Colinka,
32:07des Madeleine Riffaut
32:08venir témoigner de leur histoire
32:09et raconter leur histoire ?
32:11C'est une bonne idée,
32:12mais ce n'est plus trop possible
32:12parce qu'il n'y en a plus beaucoup.
32:14Après, des histoires,
32:15il y en a encore plein.
32:16Il y a des femmes du Liban,
32:18il y a des femmes afghanes,
32:19il y a plein de choses
32:20qu'on pourrait raconter.
32:22Mais c'est vrai que cette guerre-là,
32:25c'est la France.
32:26Donc, c'est aussi l'histoire de la France.
32:28Moi, je suis content
32:29sur le Manouchian, par exemple,
32:31d'avoir pu montrer ça aussi
32:32qu'à des gens aujourd'hui
32:35qui ne se sentent pas forcément français,
32:36toute une population
32:38qui se sent à l'écart,
32:40que ces petits Arméniens,
32:43ces petits Juifs de rien du tout,
32:44qui étaient aussi un peu mal vus
32:48par la société de l'époque,
32:49ont quand même aidé
32:50à sauver la France
32:50et ont donné une image formidable
32:52à la France
32:52et que c'est possible encore aujourd'hui.
32:54Ce n'est pas un message neutre.
32:56Je pense qu'il y a un message
32:56d'intégration dans tout ça.
32:58Madeleine, elle était là aussi
32:59pour le faire.
33:01Et on leur doit ça, je pense.
33:03On leur doit ça, vraiment.
33:04Mais c'est que Manouchian
33:05à qui on avait refusé
33:06par deux fois la nationalité française.
33:08La deuxième fois,
33:09c'était le début de la guerre.
33:10Donc, son dossier n'a pas été traité.
33:12La première fois,
33:12il n'a pas eu le droit d'être français.
33:15Et c'est en ça
33:16que la panthéonisation était magnifique.
33:18C'est-à-dire, c'était la première fois
33:19qu'on panthéonisait quelqu'un
33:20qui n'était pas français.
33:21Donc, c'est un message
33:23assez incroyable.
33:24Étranger communiste de la FTP Moït.
33:26Est-ce qu'on pourrait parler
33:28des prochains tomes, justement ?
33:29Oui, bien sûr.
33:30Oui, oui.
33:30Parce que ce qui est important,
33:31je trouve que depuis que tu es arrivée
33:32dans le studio,
33:33je pensais de voir Abattu.
33:35Non, je ne peux pas.
33:37C'est impossible.
33:38Tout plein de courage,
33:38tout plein d'entrain.
33:39Et finalement...
33:40Je ne sais pas combien de temps
33:40ça durera, mais pour l'instant,
33:42c'est comme ça.
33:42Il y a donc trois tomes
33:43qu'on a montrés ici à l'écran.
33:45Combien d'autres sont en préparation ?
33:47Est-ce que tu peux...
33:48On ne demande pas de tout nous livrer,
33:50mais nous pitcher un petit peu
33:51les prochains...
33:52C'est trop long.
33:53Il y en a vu avec Madeleine,
33:55si je devais tout vous raconter,
33:55il y en a pour sept ans,
33:56à peu près, si ça allait,
33:57parce qu'on a fait déjà
33:58quelques albums.
33:59Mais elle est morte à 100 ans.
34:01Là, elle vient d'avoir 20 ans
34:02à la fin du tome 3,
34:03donc il nous reste 80 ans
34:04à raconter.
34:04Donc on a beaucoup d'albums à faire.
34:06Je pense qu'on va arriver
34:08à 8, 9, 9, peut-être.
34:09Dominique, le dessinateur,
34:10dit 9 albums.
34:11Parce que le quatrième,
34:13qui sortira normalement
34:14à la fin de l'année prochaine,
34:162025,
34:17donc c'est la fin
34:19de la Libération de Paris.
34:20Donc on a encore beaucoup
34:21de choses à raconter
34:22sur la Libération de Paris.
34:23Chacun des albums, en fait,
34:24qu'on raconte
34:24se raccourcit au niveau du temps.
34:27Et donc le dernier,
34:28il va durer 3 jours.
34:29C'est un album qui dure
34:30sur 3 jours.
34:31Et qui sont quand même bien...
34:32C'est les jours
34:32qui ont été...
34:34Voilà, bien remplis.
34:36Donc c'est ça.
34:37Et puis après,
34:37on passera directement,
34:38je pense, au 11 novembre 1944.
34:41Donc la guerre n'est pas finie,
34:42mais Paris est libérée.
34:43Elle rencontre Paul-Éloire,
34:45qui va lui sauver la vie,
34:48psychologiquement,
34:48parce qu'elle est proche du suicide
34:49en choc post-traumatique
34:50après la guerre.
34:51Elle n'a pas pu partir
34:52avec ses copains
34:53qui ont poursuivi les Allemands
34:54parce qu'elle était
34:56femmes mineures
34:57et tuberculeuses.
34:58À l'époque,
34:59c'était 21 ans,
34:59la majorité.
35:01Donc elle reste à Paris.
35:02Elle ne peut pas dormir
35:03à cause des tortures
35:04et des chocs électriques
35:04qu'elle a pris
35:05qui l'empêchent de s'endormir.
35:06Donc elle voulait
35:06se jeter par la fenêtre.
35:08Et Éluard la prend en main.
35:09Il lit ses poésies.
35:10Il les trouve géniales.
35:11Il lui dira d'ailleurs...
35:12Tu sais, d'habitude,
35:13tout le monde me montre
35:14ses poésies
35:15et je suis obligé de dire
35:16assez bien, gentiment,
35:17alors que ce n'est pas terrible.
35:17Mais toi, c'est vraiment génial.
35:19Donc je vais éditer
35:19ton premier recueil.
35:25Fabien Pablo
35:25de faire ton portrait
35:26pour le francispice du livre
35:28qui s'appelle
35:29Le Point fermé
35:30et donc...
35:31Qui est magnifique.
35:32Et donc après,
35:34il lui dit
35:34mais tu sais, poète,
35:35ça ne gagne pas bien sa vie.
35:37Moi-même,
35:37je suis obligé
35:38de vendre des toiles
35:38de mes copains de temps en temps.
35:40Lui, il avait des bons copains.
35:41Donc quand il vendait une toile,
35:42c'était cher.
35:43Mais Madeleine,
35:44elle n'avait pas ça encore.
35:45Donc il lui dit
35:46deviens journaliste.
35:47Donc on va aller chez Aragon.
35:48Il a le journal ce soir.
35:49Tu vas rentrer chez ce soir
35:51et tu vas devenir journaliste.
35:52Et c'est comme ça
35:52qu'elle a commencé.
35:53Après, elle est passée
35:53à la vie ouvrière.
35:54Puis à l'Huma en 57
35:56pour couvrir la guerre d'Algérie.
35:58Et donc ça,
35:59c'est tout ça
36:00qu'on va raconter
36:00avec la rencontre
36:01avec Ho Chi Minh,
36:02avec la rencontre
36:04avec Vercors aussi,
36:06le grand écrivain
36:07qui a été,
36:08pour moi,
36:09je vais le dire comme ça,
36:10mais son amour,
36:13comment on va dire,
36:13le mot platonique
36:14pendant 40 ans
36:16avec des croisements
36:17comme ça
36:18où ils n'ont jamais osé
36:19se dire
36:19ce qu'ils pensaient
36:20l'un de l'autre.
36:20En tout cas,
36:22amoureusement.
36:23Donc c'est assez beau.
36:25Et puis tout son parcours
36:26en Algérie,
36:27au Vietnam,
36:28au Congo,
36:29où elle a chopé,
36:29où elle est revenue
36:30avec le choléra,
36:31où elle a failli mourir.
36:32Enfin,
36:32toutes sortes d'histoires
36:33complètement dingues
36:33qui sont aussi folles
36:35que celles de la Résistance,
36:36même si elle n'est plus soldat,
36:37elle est journaliste.
36:39Mais en fait,
36:40on revient toujours
36:40à la Résistance
36:41parce qu'elle retrouve
36:42toujours des copains
36:43de la Résistance
36:44qui viennent lui parler,
36:45qu'elle retrouve par hasard
36:46comme un certain Fénestrelle.
36:48Finalement,
36:49qu'elle a retrouvé
36:5050 ans après
36:50puisque comme ils avaient
36:51chacun des noms de guerre
36:52et ils ne connaissaient pas
36:53leur renombre.
36:55Et lui pensait
36:56qu'elle avait été tuée
36:58sur sa barricade
37:00le 25 août de 1944
37:01derrière la République.
37:02Là où tout le monde,
37:04tous les parisiens,
37:05vous allez souvent,
37:05c'est-à-dire sur le canal
37:06Saint-Martin,
37:07mais à l'époque,
37:07on ne pouvait pas traverser
37:08le canal
37:09parce qu'il y avait
37:09des mitrailleuses allemandes
37:10qui tiraient dessus.
37:11Donc elle a réussi à le faire
37:12mais on a cru
37:13qu'elle était morte.
37:14ce Fénestrelle
37:14qui était le chef
37:15de la mairie insurrectionnelle
37:16du 18e,
37:17croyait qu'elle était morte.
37:19Et puis après,
37:20quand il est parti,
37:21il est parti lui
37:22à la poursuite des Allemands,
37:23elle est restée
37:23et son pote Max
37:24qu'on voit dans le tome 3,
37:25en revenant,
37:26ils sont partis à 45,
37:27ils sont revenus à 3,
37:28il y en a que 3
37:29qui ont survécu
37:29à cette période.
37:31Et quand il est revenu,
37:32il a dit
37:32« Mais Fénestrelle,
37:32il est mort,
37:33je l'ai vu,
37:33il a explosé
37:34avec un obus
37:35et j'ai vu ses jambes arrachées
37:36et il est mort. »
37:37Et en fait,
37:3950 ans après,
37:40elle fait une émission
37:41à la radio
37:41qui s'appelle
37:41« La mémoire sauve »,
37:43magnifique,
37:43sur France Culture
37:44qu'on peut écouter.
37:45Et elle dit
37:45« Je suis Madeleine Riffaut,
37:47on m'appelait Renner ».
37:48Et donc,
37:49la première émission passe
37:50et quelqu'un l'appelle
37:51en disant
37:51« Madeleine Riffaut,
37:52oui, oui,
37:53vous êtes Renner ?
37:54Bah oui, pourquoi ?
37:55Attendez,
37:55je vous passe mon père.
37:56Et donc,
37:58« Mais t'es qui ? »
38:00Et donc,
38:00au téléphone,
38:01« T'es Renner ? »
38:02« Bah oui, pourquoi ? »
38:03« Mais c'est pas possible,
38:04Renner,
38:04t'es morte. »
38:04« Mais toi, t'es qui ? »
38:05« Moi, je suis Fénestrelle. »
38:06« Fénestrelle,
38:07c'est pas possible,
38:08t'es mort. »
38:08Et donc,
38:09finalement,
38:09ils se sont retrouvés
38:10chez Madeleine,
38:10il avait les jambes en bois,
38:11effectivement,
38:12il avait les jambes arrachées,
38:13il s'appelait Charles Fertin
38:14et donc,
38:15elle a pu passer
38:17la fin de sa vie
38:18avec lui
38:19et lui rendre les hommages
38:20parce qu'il n'avait jamais
38:20voulu parler de la résistance
38:21tellement il était triste.
38:23Et donc,
38:24c'est plein d'histoires
38:25comme ça incroyables
38:26qu'on va raconter.
38:28Super.
38:28« Mille et une vies ? »
38:29Oui,
38:30un peu plus.
38:30« De Madeleine ? »
38:31Mais « Mille et une vies »,
38:32c'est bien vu
38:32parce que Dominique
38:33dit que c'est
38:33cher Azad,
38:34Madeleine,
38:35c'est-à-dire que
38:35pour qu'on s'en aille pas
38:36et qu'on n'aille pas
38:37se coucher
38:37ou qu'on n'aille pas
38:38au restaurant,
38:39il fallait qu'elle trouve
38:40des trucs à raconter
38:41et bon,
38:41elle en avait plein en stock.
38:44Oui,
38:44je repensais
38:45à sa vocation
38:46de journaliste
38:46ou qu'en fait,
38:47elle a trouvé après
38:48ou elle se demandait bien
38:48ce qu'elle allait pouvoir
38:49faire de sa vie.
38:51Et il y a une formule
38:52qui est très courte
38:52mais qui m'a un peu marquée.
38:53En fait,
38:54je devais juste trouver les mots.
38:55C'est comme ça
38:55qu'elle définit
38:56son nouveau travail.
38:57Comment tu comprends
38:58cette phrase
38:59qui est,
39:00je trouve,
39:00très forte ?
39:01Eh bien,
39:02je ne la connaissais pas
39:02mais elle est belle
39:03et je pense que
39:04ça colle avec son autre phrase
39:05qui disait
39:06« Moi,
39:06ce que je voulais,
39:06c'était aller à la recherche
39:08de la vérité
39:09pour la raconter.
39:11Et donc,
39:11pour raconter la vérité,
39:13il faut trouver les bons mots
39:13pour qu'on comprenne
39:14que c'est la vérité. »
39:16sa technique à Madeleine,
39:17c'était sans doute
39:18la plus simple
39:18entre guillemets
39:19mais aussi la plus dangereuse.
39:20C'est-à-dire,
39:21c'est aller chercher la vérité
39:22à la source des opprimés,
39:23des gens qui sont bombardés.
39:25C'est-à-dire,
39:25pas parler aux politiques
39:26qui soient d'un côté
39:28ou de l'autre
39:29de leur vérité,
39:30c'est-à-dire
39:30du manchance globalisé
39:31qui mène à des guerres,
39:32mais d'aller parler aux gens
39:34qui étaient sous les bombes
39:35et c'est ce qu'elle a fait
39:35tout le temps.
39:36Mais y aller,
39:37ça demande de risquer sa vie aussi.
39:39Donc,
39:40c'est pas pour rien
39:40qu'elle a été condamnée
39:41à mort par l'OAS,
39:42qu'elle a eu
39:42une organisation
39:43de l'armée secrète,
39:44donc le pire du pire,
39:46on va dire,
39:48des soldats français en Algérie,
39:50des généraux français en Algérie.
39:51Et donc,
39:53elle a pris ce risque
39:55permanent tout le temps.
39:56Mais elle ne pouvait pas
39:57faire autrement aussi.
39:58Si on réfléchit bien à ça,
39:59elle a rencontré un jour
40:00une journaliste
40:01qu'elle a rencontrée
40:03après la résistante,
40:03mais qui était aussi
40:04une grande résistante,
40:05qui s'appelait Brigitte Friang,
40:06qui était dans un réseau gaulliste
40:09et qui travaillait
40:09pour le Figaro.
40:10Elle,
40:11elle a carrément sauté
40:12sur Dian Bien Phu
40:13en parachute
40:14pour aller voir
40:15ce qui se passait sur place
40:16pendant la bataille
40:17de Dian Bien Phu.
40:18Elles se sont retrouvées
40:19toutes les deux au Vietnam,
40:19un peu par surprise,
40:20mais elles se sont dit
40:21qu'est-ce que tu veux
40:21qu'on fasse d'autre
40:22comme métier ?
40:23En fait,
40:24elle,
40:24Brigitte Friang,
40:25elle a été arrêtée
40:27par les Allemands
40:28qui lui ont tiré
40:29dans le ventre.
40:29Ensuite,
40:30ils l'ont torturée
40:30sur son lit d'hôpital.
40:32Elle a été balancée
40:33à Ravensbrück.
40:33Quand elle est revenue
40:34de Ravensbrück,
40:35elle s'est rendue compte
40:35que c'était son petit copain
40:36qui avait balancé le réseau,
40:37qui était lui-même
40:38dans le réseau,
40:39donc qu'elle vit.
40:40Et donc,
40:41en fait,
40:41après ça,
40:42elle ne pouvait rien faire d'autre
40:43qu'aller au-devant de la mort
40:43en permanence.
40:44La vie normale,
40:45elle a acheté du pain
40:46et tout ça,
40:46c'était trop fat pour elle.
40:47Elle ne pouvait pas vivre ça.
40:48Donc,
40:49elles étaient déformées
40:50par la guerre.
40:51C'est ce que dit Madeleine,
40:52d'ailleurs.
40:52Elle dit dans un super passage
40:54dans Aujourd'hui,
40:56Madame,
40:56qui a une vieille émission
40:56de 1972,
40:58qui est magnifique,
40:59qu'on voit en noir et blanc,
41:00qui est Alina,
41:02qu'on peut voir sur Internet.
41:03Elle dit
41:04quand un arbre a été brisé,
41:06en fait,
41:06il repousse dans une autre direction.
41:08Et en fait,
41:09voilà,
41:10moi,
41:10j'ai été brisé totalement,
41:12mais Eluard m'a permis
41:13de repousser dans une autre direction.
41:14On ne sait pas
41:15ce qu'elle serait devenue.
41:16C'était une intellectuelle brillante.
41:17Elle avait tous les prix
41:18à l'école et tout ça.
41:19Elle aurait peut-être été
41:20totalement différente
41:21s'il n'y a pas eu la guerre.
41:22Mais la guerre
41:22l'a fait prendre
41:25un autre chemin.
41:26Et ce chemin-là,
41:26c'est celui de Madeleine Riffaut,
41:28courageuse,
41:29incroyable,
41:30qu'elle aurait sans doute été.
41:33Mais c'est un chemin
41:35difficile de vie.
41:36Mais je pense qu'elle ne pouvait
41:37tout simplement pas
41:38en prendre un autre.
41:39Un trépide,
41:40au caractère bien trompé.
41:41Parce qu'elle n'avait pas peur
41:42de mourir.
41:42Et d'ailleurs,
41:43quand elle a fait
41:45une psychanalyse très longtemps
41:46avec des grands pontes
41:47de la psychanalyse,
41:49la questambert,
41:51etc.,
41:52un jour,
41:53elle était en Algérie
41:53et le train s'est fait
41:54tirer dessus
41:56par des...
41:56On ne sait pas par qui.
41:57Et donc,
41:57elle s'est mise sous les fauteuils.
41:59Elle est rentrée en France.
42:00Elle avait peur.
42:00Elle a dit,
42:01ah là là,
42:02il m'est arrivé un truc dingue.
42:03j'ai eu peur.
42:04Et le docteur lui a dit,
42:06je suis content
42:06parce que ça veut dire
42:07que tu commences à guérir.
42:09Elle n'avait pas peur,
42:09en fait.
42:10Elle n'avait pas peur.
42:11Et donc,
42:12c'est quand même un problème.
42:14C'est quand même un problème.
42:14Bien sûr,
42:15dans la presse de risque.
42:17Je reviens sur sa vocation
42:19dans la liste.
42:19On a beaucoup parlé
42:20de tout son travail
42:22sur la guerre,
42:22sur la résistance,
42:23sur la guerre d'Algérie,
42:24etc.
42:24Mais il me semble
42:24que le premier bouquin
42:25qu'elle a écrit,
42:26Les linges de la nuit,
42:27sur le travail...
42:28C'est son dernier bouquin.
42:28C'est son dernier bouquin, pardon.
42:30sur le travail des infirmières.
42:31Est-ce que tu l'as lu,
42:33ce livre ?
42:33J'imagine que oui.
42:35Qu'est-ce qui est différent
42:36dans ce qu'elle raconte ?
42:38Alors,
42:39on peut dire que
42:39les ressemblances
42:40et qu'elle parle encore
42:40de résistante,
42:42du travail des infirmières,
42:43des conditions de travail
42:44très dures.
42:44Qu'est-ce que tu peux nous dire
42:45de ce livre
42:46et qu'est-ce que ça raconte
42:47aussi de cette facette
42:48de la vie de Madeleine ?
42:49C'est un grand livre
42:50qui va être réédité en poche
42:51d'ailleurs par Point,
42:53je pense,
42:54et le Seuil bientôt.
42:56Et c'est un immense livre,
42:57en fait,
42:59qui, hélas,
43:00c'est encore totalement
43:01d'actualité,
43:02c'est bien triste.
43:03Et c'est,
43:04en fait,
43:05elle revient,
43:06c'est 73,
43:07elle revient du Vietnam.
43:08Les Américains se désengagent
43:09du Vietnam
43:10à partir de 73,
43:11même si la fin,
43:11c'est 75,
43:12la fin de la guerre du Vietnam,
43:13la prise de Saigon.
43:14Madeleine est la seule
43:15à dire d'ailleurs
43:16la libération de Saigon
43:16dans les personnes
43:17que je connaisse.
43:18Et tout le monde dit
43:19la prise de Saigon,
43:20sauf elle.
43:20Et donc,
43:22elle revient,
43:23elle ne sait pas quoi faire.
43:24Elle rencontre Paul,
43:25qui est son chef de résistance
43:27qu'on voit
43:27à la fin du premier tome
43:28et dans le deuxième
43:29et qui lui dit,
43:30en fait,
43:30comme elle était
43:31à l'école de médecine
43:32dans le groupe
43:33de résistance
43:34de l'école de médecine,
43:35ils sont tous devenus
43:36chefs de service
43:37et tous des grands docteurs,
43:39ses copains.
43:40Et donc,
43:41il dit,
43:42si tu veux retrouver la France,
43:43engage-toi dans un service,
43:45dans un hôpital
43:46et fais ce travail
43:47et tu vas voir
43:48qui sont les Français,
43:48etc.
43:49Donc,
43:49elle le fait
43:49pendant des vacances.
43:51Et en fait,
43:52elle se retrouve plongée là-dedans.
43:53Elle ne dit évidemment pas
43:54qu'elle est journaliste,
43:54donc c'est un vrai travail
43:55en infiltration.
43:56Et elle raconte
43:57la vie des gens,
43:58les conditions,
43:58etc.
43:59Le travail terrible.
44:00le travail terrible.
44:01Et les infirmières,
44:02après,
44:02ont d'ailleurs dit
44:04à leur chef de service
44:05que Madeleine,
44:06elle racontait leur vraie vie
44:07parce que ça fait longtemps
44:07que les chefs de service,
44:08eux,
44:09ils ne mettaient plus la main
44:10dans la merde
44:10et dans le sang
44:11des patients.
44:12Et donc,
44:12quand elle y changeait
44:13les pansements et tout
44:14et les couches.
44:15Et donc,
44:16elle a fait ça
44:16et en fait,
44:18est revenue sa vocation.
44:19Elle dit qu'elle était
44:19une femme en blanc ratée,
44:20Madeleine.
44:21La guerre l'a emmenée ailleurs,
44:23on en parlait tout à l'heure,
44:25mais qu'elle était faite pour ça
44:26et qu'à un moment,
44:26elle a failli
44:29rempiler,
44:29parce qu'on lui a proposé
44:30de continuer à bosser,
44:31de lui prendre une chambre
44:32dans l'hôpital
44:33pour qu'elle travaille là.
44:35Et elle dit,
44:35j'ai failli,
44:36mais il y avait une bonne sœur
44:37qui était une de mes amies,
44:39mais qui ne connaissait pas,
44:40qui a compris
44:40que je n'étais pas
44:41une vraie infirmière
44:43et qui m'a dit,
44:43mais vous,
44:44Madeleine,
44:45Marthe,
44:45parce que dans le livre,
44:47mais vous n'êtes pas
44:47une infirmière,
44:48votre vrai métier,
44:49c'est de raconter
44:50ce que vous avez vécu.
44:52Et si vous devenez
44:52une vraie infirmière,
44:53vous aiderez moins les gens
44:54qu'en racontant
44:55ce que vous avez vécu.
44:57Et donc,
44:58elle a fait ce livre.
44:59Au début,
44:59elle a fait des articles
44:59dans l'UMA,
45:00je pense.
45:01Et puis,
45:02pas mal d'éditeurs,
45:03trois,
45:03je crois,
45:03l'ont approché en disant
45:04c'est un sujet porteur,
45:06on veut l'éditer.
45:06Elle a travaillé
45:07avec Juillard
45:07qui était son éditeur
45:08d'avant
45:08en négociant
45:09le passage en poche
45:10d'Emma Kivietcong.
45:12Et ils l'ont édité,
45:13elle a vendu
45:13un million d'exemplaires.
45:15Et en fait,
45:16il a été vendu partout.
45:18Les infirmières,
45:19elles le vendaient
45:20carrément au comité
45:21d'entreprise.
45:22Et puis,
45:22un truc qui est assez
45:24la fierté quand même
45:24de Madeleine,
45:25c'est que dans le Figaro,
45:27c'était marqué
45:27augmenter les OS,
45:30les ouvriers en blanc,
45:32donc les infirmières.
45:33Et donc,
45:34même le Figaro
45:35était d'accord avec elle.
45:36Donc,
45:36elle avait réussi
45:37quand même un truc
45:38complètement dingue
45:39d'humanité finalement.
45:40C'est l'humanité,
45:41même en sortant du journal,
45:42mais d'humanité,
45:43c'est-à-dire se rendre compte
45:44à quel point ces gens-là
45:45ont besoin d'être aidés
45:45pour aussi aider les autres.
45:47De parler de ce qu'on ne parle pas
45:48et pourtant font tourner.
45:49C'est du parfait,
45:49ma chaîne.
45:50Voilà,
45:50100%.
45:50Et c'est très beau,
45:51elle dit,
45:52j'ai écrit un truc
45:52qui n'existe pas,
45:53personne ou très peu
45:54a écrit comme ça,
45:55c'est-à-dire que c'est à la fois,
45:57il y a de l'amour,
45:58il y a beaucoup d'émotions,
45:59on rencontre des gens incroyables,
46:01les gens se croisent
46:02dans les couloirs
46:02et en même temps,
46:03c'est un livre vendicatif,
46:05c'est tout en même temps,
46:05c'est un livre sublime.
46:06Qui dénonce donc
46:07que les conditions de travail
46:08sont très difficiles
46:09où elle se retrouve,
46:09elle aussi,
46:10à faire le ménage,
46:10à nettoyer le sang,
46:11etc.
46:12Tu avais pensé
46:13au texte qu'elle a écrit
46:14il y a de sa quelques années
46:16qui est tombée malade ?
46:16Oui, parce qu'elle s'est tombée
46:17de l'autre côté.
46:17Voilà.
46:18Et donc,
46:19elle est allée à l'hôpital malade,
46:20c'était juste après le Covid,
46:22mais c'est d'ailleurs
46:22des complications du Covid,
46:25où là,
46:25elle va rester,
46:26je crois,
46:26je ne sais pas,
46:2724 heures,
46:28c'est ça ?
46:28Mais oui,
46:29on l'a emmenée,
46:29on l'a emmenée,
46:30on a fait venir les ambulanciers,
46:32Héloïse de la Maison
46:33l'a emmenée aux urgences,
46:34mais à l'arrive,
46:35mais elle ne pouvait pas rentrer
46:36parce que c'était interdit,
46:39donc elle a fait les papiers
46:40et après,
46:40on n'a pas eu de nouvelles
46:41de Madeleine pendant 24 heures,
46:43alors qu'on était
46:43les numéros contacts,
46:44donc on était hyper inquiets,
46:46on restait chez elle,
46:46on se demandait
46:47ce qui se passait
46:48et finalement,
46:49on a réussi à avoir un docteur
46:52en faisant tous les numéros
46:53de l'hôpital,
46:53qui a dit,
46:54mais moi,
46:54je ne l'ai pas croisé,
46:55mais je vais regarder
46:55sur l'ordinateur.
46:56Elle vient d'être transférée
46:58à Saint-Louis,
47:00qui est dans le 11e,
47:01donc on a couru là-bas
47:02et on a pris l'ascenseur
47:04et quand je suis arrivé
47:05au 2e,
47:05je crois,
47:06et j'ai entendu
47:07au fond du couloir
47:07Madeleine gueuler,
47:09je me suis dit,
47:09c'est bon,
47:10elle est en forme,
47:11elle gueule
47:11et tout de suite,
47:12dès que je suis arrivée,
47:13elle m'a dit,
47:13prends un papier,
47:14prends un papier,
47:14je vais te dicter des trucs
47:15et elle a commencé
47:16à écrire le texte.
47:17Mais ce texte,
47:18il est absolument pour le test
47:19parce qu'elle,
47:20donc pendant 24 heures,
47:21elle n'a pas de soin,
47:22elle est sur un brancard,
47:22elle est dans un couloir,
47:23etc.
47:24Et tout son texte
47:26est un extraordinaire plaidoyer
47:29en faveur de droit
47:30et des conditions de travail
47:31des salariés,
47:32où elle dit,
47:33les infirmières en sont réduites
47:35à dire,
47:35j'arrive,
47:36j'arrive
47:36et personne finalement ne vient
47:38mais parce qu'elles ne sont plus
47:39en condition,
47:40parce que chaque année qui passe,
47:42on leur ôte les moyens
47:43de pouvoir travailler.
47:44Je trouve que c'est quand même
47:44extraordinaire,
47:45c'est-à-dire,
47:46elle passe du statut
47:47où elle est victime
47:47à un moment donné
47:48d'une situation
47:49qui est très difficile
47:51à un esprit
47:51totalement revendicatif
47:53de,
47:53on a délibérément
47:54abandonné l'hôpital public.
47:55Bien sûr,
47:56et c'est aussi pour ça
47:57qu'on n'avait personne au téléphone,
47:58c'est-à-dire que
47:58pour les infirmières
47:59qui étaient censées répondre au téléphone,
48:01elles n'ont plus le temps
48:01parce qu'elles doivent faire autre chose
48:02et qu'elles ne sont pas assez nombreuses
48:03et du coup,
48:04je pense qu'ils ont réfléchi
48:06en se disant
48:07mais tout le monde
48:07a un téléphone portable aujourd'hui
48:08mais Madeleine,
48:09elle n'en a pas.
48:09Elle est aveugle.
48:10Donc,
48:11il y a forcément des gens
48:11qui se retrouvent pris
48:12dans ces histoires-là.
48:14Et effectivement,
48:15on a écrit le texte,
48:15elle m'a dicté un truc,
48:17j'ai pris des morceaux,
48:19on l'a fait ensemble,
48:20je l'ai relu et relu
48:21avec Héloïse,
48:22à Madeleine,
48:22jusqu'à ce qu'on arrive
48:23à quelque chose de bien.
48:24Et puis voilà,
48:25je crois qu'on le dit à la fin,
48:27elle disait toujours Madeleine,
48:29mais moi,
48:29j'ai encore une voix,
48:30donc il faut que j'en profite
48:31parce que si ça m'arrive à moi,
48:32ça veut dire que ça arrive
48:33à plein de gens
48:33et moi,
48:34finalement,
48:34je m'en sors,
48:35j'ai vous pour m'aider,
48:37mais si moi,
48:38j'en parle pas,
48:39en fait,
48:40qui va en parler ?
48:41Et donc,
48:41c'était ça pour l'hôpital,
48:43c'était ça pour quand
48:44elle a été arnaquée
48:45par la directrice
48:47de son agence de maintien
48:48à domicile,
48:50elle s'est dit,
48:52au début,
48:52elle ne voulait pas en parler
48:53parce qu'elle aimait bien
48:53cette dame finalement,
48:55donc elle ne voulait pas en parler,
48:56mais elle s'est dit,
48:56si moi,
48:57je n'en parle pas,
48:58dans les médias,
48:59on dit tout le temps,
49:00enfin,
49:00le gouvernement,
49:01où les gens disent,
49:02il faut privilégier
49:02le maintien à domicile
49:03parce qu'il y a des scandales
49:05dans les EHPAD,
49:06mais personne ne dit
49:07les scandales qu'il y a
49:08dans le maintien à domicile
49:09et il va quand même
49:10falloir le dire,
49:10moi,
49:10quand j'avais,
49:11après,
49:11il y a beaucoup de gens
49:12qui nous ont aidés,
49:13il faut avouer,
49:14de tous les niveaux,
49:16de tous les partis politiques,
49:18j'ai,
49:18enfin,
49:19presque tous,
49:20vous voyez ce que je veux dire,
49:22il y en a quand même
49:23au moins un qui nous a pas aidés,
49:24mais tous les autres
49:26nous a aidés,
49:26j'ai eu vraiment
49:27plein de gens au téléphone
49:28et tout ça,
49:28et je leur disais,
49:29mais regardez,
49:32Madeleine,
49:32elle a besoin de gens
49:33pour être là la nuit
49:34et tout ça,
49:34ça lui coûte très cher
49:36et en plus,
49:37l'URSSAF lui prend
49:383 800 euros par mois
49:41parce qu'elle est considérée
49:42comme un grand patron
49:42qui emploie des gens.
49:46Alors,
49:46en fait,
49:46je pense que
49:46quand on emploie des gens
49:47et qui nous font gagner
49:48de l'argent,
49:49ok,
49:49l'URSSAF,
49:50c'est normal,
49:51mais peut-être qu'il faudrait réfléchir
49:52pour tous ces gens-là
49:52qui payent autant d'URSSAF
49:54qu'un grand patron,
49:55ce n'est pas des gens
49:56qui rapportent de l'argent
49:56et donc peut-être
49:57qu'on peut trouver aussi
49:58des choses comme ça
49:58et quand je disais,
49:59par exemple,
50:00j'ai eu le cabinet
50:00de Madame Borne
50:02qui m'a appelé,
50:03j'ai eu plein de gens,
50:05Monsieur Roussel,
50:06plein de gens,
50:06mais quand je leur disais,
50:08mais vous savez
50:09combien elle paye du RSAF,
50:10c'est 3 800 euros par mois
50:11et tout le monde était là,
50:12mais ce n'est pas possible.
50:14En fait,
50:14ça veut dire que
50:14tous ces gens aussi formidables
50:16et voulant aider,
50:16ils ne savent pas
50:17ce qui se passe
50:18dans la réalité
50:19de ce putain de pays
50:20quand on est en maintien
50:21à domicile,
50:21personne ne sait
50:22et en fait,
50:23ils étaient surpris
50:23de ce que je leur disais,
50:24mais c'est la stricte vérité.
50:26Alors d'un autre côté,
50:26on avait l'ONAC VG
50:27qui sont les anciens combattants
50:29qui sont formidables
50:29avec Madeleine
50:30qui l'ont aidé,
50:30Monsieur Rakoto,
50:31Madame Hassani,
50:32vraiment à mort,
50:33vraiment,
50:34et qui réussissaient
50:34à lui donner
50:37des suppléments.
50:37Je crois qu'elle avait,
50:38à un moment,
50:39ils lui ont donné
50:39une prime spéciale
50:40de 3 500 euros par mois,
50:42mais elle a été tout de suite
50:43bouffée par l'URSSAF.
50:44Ça n'a pas de sens,
50:45en fait,
50:45ça n'a aucun sens.
50:47Il faudrait le dire
50:47et puis essayer
50:48de faire quelque chose.
50:49De changer les choses.
50:52Qu'est-ce qu'on dit ?
50:53Est-ce qu'il y a
50:54une question
50:55qu'on ne t'a pas posée,
50:56une anecdote
50:56que tu as envie de raconter ?
50:58C'est le moment.
50:59S'il y a quelque chose
51:00dont tu as envie de parler,
51:01tu peux.
51:03Je ne sais pas
51:04parce qu'on parle
51:05de beaucoup de choses
51:05et puis j'en ai encore
51:06tellement à dire,
51:07mais peut-être
51:08que ce que je peux dire
51:08d'avoir rencontré Madeleine
51:09et je souhaite à tout le monde
51:10de rencontrer des gens comme ça,
51:11c'est que je ne pensais pas
51:12dans ma vie
51:14en arriver à parler
51:16du maintien à domicile,
51:18de tout ça
51:18et tout ça,
51:19je l'ai découvert avec Madeleine
51:20et on s'est battus ensemble.
51:21Je disais,
51:21je suis un peu ton porte-flingue.
51:23J'ai fait pour Madeleine
51:24des trucs
51:24que je n'aurais jamais osé faire
51:25pour moi.
51:26Donc aujourd'hui,
51:26je le fais un peu mieux.
51:27Si je vous casse les oreilles
51:28avec ma voix,
51:29c'est parce qu'en 7 ans
51:30de Madeleine,
51:31j'ai appris à parler fort
51:32parce qu'elle entendait
51:32de moins en moins bien.
51:33Donc je parle hyper fort,
51:34je ne réussis plus
51:35à parler doucement.
51:36C'est horrible.
51:36Quand je suis au restaurant
51:37et tout,
51:37tout le monde m'entend,
51:38c'est terrible.
51:38Alors des fois,
51:39en dédicace,
51:40c'est pas mal
51:40parce que quand je raconte
51:41la vie de Madeleine
51:42en dédicace,
51:42les gens défilent d'à côté,
51:43ils m'entendent
51:44et ils viennent acheter l'album.
51:44Donc ça, c'est bon.
51:46Ça, c'est un bon truc.
51:48Mais voilà,
51:49c'est vraiment des rencontres
51:51pour arrêter de dire
51:52les vieux cons
51:53et les jeunes cons.
51:54Voilà,
51:54Madeleine,
51:54elle était vieille,
51:55mais elle n'était pas vieille.
51:57Donc elle est morte
51:58de vieillesse,
51:58mais avec un esprit
51:59totalement jeune.
52:02Donc c'est très intéressant.
52:03J'entends beaucoup de choses
52:04dire,
52:04c'est générationnel.
52:06Les vieux,
52:07ils sont racistes.
52:07Les jeunes,
52:08ils ne sont pas racistes.
52:09C'est des mensonges.
52:10Il y a des jeunes racistes
52:10et des vieux paracistes.
52:12Je pense qu'on doit sortir
52:13de toutes ces visions-là
52:15un peu simples,
52:16qu'on soit jeune
52:17ou qu'on soit vieux.
52:18D'ailleurs,
52:18dans tous les cas,
52:19arrêtez de penser
52:19que la génération d'avant,
52:20c'est des fachos
52:21et la génération d'après,
52:22pour les plus vieux,
52:23c'est des idiots
52:24qui n'ont pas d'éducation.
52:25Je pense qu'il y a
52:26dans cette communauté humaine
52:28plein de gens formidables.
52:29Voilà,
52:29il faut aller les voir,
52:30leur parler.
52:31Ça fait du bien.
52:36C'est un très beau message
52:38d'espoir
52:39pour terminer ce stream.
52:41Avant,
52:41Cathy,
52:41il me semble qu'il y a
52:42une date importante.
52:44Pour les plus jeunes,
52:45pour les moins jeunes,
52:47pour tout le monde,
52:48une cérémonie d'hommage
52:50à Madeleine Riffaut
52:51aura lieu le 20 novembre
52:53à 14h30
52:55au cimetière parisien
52:57de Montparnasse.
52:58Au petit cimetière
52:58du Montparnasse
52:59dans l'allée 29,
53:01la section 29.
53:02Elle sera près de Vercors,
53:03elle sera près d'André Violis,
53:04une immense journaliste aussi,
53:05et pas loin des fédérés.
53:07Bon, bref,
53:08c'est là qu'elle voulait être.
53:09Là, pour le coup,
53:10on peut remercier
53:10la mairie de Paris
53:11et Mme Hidalgo
53:12qui avait promis
53:13de lui trouver
53:13une tombe sur place.
53:15Elle l'a fait.
53:16Donc, voilà,
53:16ce sera le 20 à 14h30
53:19et tout le monde est accepté.
53:21Venez comme vous êtes,
53:22habillés.
53:23Il n'y a pas de dress code,
53:24mais c'est pour rendre hommage
53:26à Madeleine
53:26et je crois qu'elle le mérite vraiment.
53:29Je ne sais pas
53:29si elle aura droit
53:32à un hommage national.
53:33Ça, c'est M. le Président
53:35qui décide de ça.
53:36Je ne sais pas
53:36s'il décidera, oui.
53:37Moi, je crois qu'elle le mérite,
53:38mais bon.
53:39Voilà, je pense.
53:42Mais parce qu'elle représente
53:43quelque chose,
53:44à mon avis,
53:44de très fort.
53:45Et je me rends compte
53:45à travers les journaux
53:46qu'on parlait d'elle,
53:48l'Huma, évidemment,
53:49mais même la Croix
53:49et même le Monde
53:50et même l'Ibé
53:51et tout le monde, en fait.
53:52Donc, ça veut dire
53:52qu'elle dépasse
53:53ce clivage-là.
53:54Elle est humaniste, vraiment.
53:56Et moi, je serais content
53:57de voir autant de monde,
53:58vraiment beaucoup de monde
53:59autour d'elle,
54:00puisqu'elle a vécu,
54:01en plus,
54:01ces quelques dernières années
54:03isolées chez elle
54:04avec juste la venue de nous
54:06et d'autres gens, évidemment.
54:07Mais voir vraiment
54:08beaucoup de monde
54:09autour d'elle,
54:09pour de vrai,
54:10ça me ferait vraiment plaisir.
54:11Donc, n'hésitez pas.
54:12Je serai là.
54:14Mais il y aura aussi
54:15d'autres gens.
54:15Je crois que ça vaut le coup.
54:16Ce sera beau, oui.
54:17Et après, il y aura
54:18un petit pot
54:19à la mairie du 15e
54:20qui gentiment nous prête une salle.
54:22Donc, voilà.
54:23Je ne dis pas
54:23que c'est le dernier hommage
54:24à Madeleine.
54:25À mon avis,
54:25il y en aura d'autres.
54:26Mais en tout cas,
54:27celui-là, il sera puissant.
54:28Et puis, on n'aura
54:29qu'une seule prise de parole.
54:30Donc, vous n'allez pas
54:31vous ennuyer.
54:31Et la prise de parole,
54:32ce sera Babette au braque.
54:34Donc, je pense que ce sera
54:35très beau et très énergique aussi.
54:37Super.
54:37Merci beaucoup.
54:39Vous avez retenu le message
54:40si vous avez envie
54:41de rendre un dernier hommage
54:42à Madeleine Riffaud.
54:43Donc, le 20 novembre
54:43à 14h30
54:44au cimetière Montparnasse.
54:46Merci beaucoup à tous les deux.
54:48Merci beaucoup, Cathy,
54:48d'avoir mené cet entretien avec moi.
54:50Merci, merci.
54:51Merci beaucoup.
54:52C'est mon premier tweet.
54:53C'est vrai.
54:54Et bien, ça nous fait très plaisir
54:55que tu le fasses ici.
54:56Je pense que les gens
54:57étaient très attentifs
54:58et très contents
55:00de t'entendre parler
55:01de la vie de Madeleine.
55:02J'aurais bien aimé
55:02que ce soit elle qui parle,
55:03mais là, c'est plus possible maintenant.
55:05On vous encourage évidemment
55:06à aller lire
55:07et à aller acheter
55:08toutes les BD
55:08que tu as réalisées.
55:09Celles sur le Madeleine,
55:10mais sur les autres aussi,
55:11à redécouvrir sillage,
55:12pourquoi pas.
55:13C'est l'occasion.
55:15Donc, il y a trois tomes
55:16pour l'instant.
55:16Il y en a un quatrième
55:17qui sortait fin 2025.
55:19Oui, c'est ça.
55:19Voilà.
55:20Et bien, encore merci
55:21à tous les deux.
55:22Et bien, encore merci à tous les deux.
55:22Sous-titrage Société Radio-Canada