- il y a 10 heures
Mouvements féministes, JO de Paris, progrès sociaux, pop culture, backlash... l'historien, médiéviste et professeur au Collège de France Patrick Boucheron pose son regard sur notre époque dans un entretien mené par Benjamin Patinaud de la chaine @bolchegeek et Mejdaline Mhiri.
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NewsTranscription
00:00:00Donc on est absolument ravis ce soir de recevoir Patrick Boucheron qui nous fait l'honneur de sa présence.
00:00:06Patrick, vous êtes historien, médiéviste comme on a l'habitude de dire, donc spécialiste du Moyen-Âge.
00:00:12Vous avez été aussi le monsieur histoire pour les Jeux Olympiques et la cérémonie d'ouverture.
00:00:17Vous avez fait tellement de livres, tellement de co-écritures, etc.
00:00:23qu'on s'est dit, oh là là, par quel bout on va l'interviewer, tellement on a des questions
00:00:27à vous poser.
00:00:28Mais ce qu'on peut dire pour résumer, c'est que vous avez une parole très très actuelle sur l
00:00:33'histoire
00:00:33et vous faites raisonner l'histoire du passé avec l'histoire actuelle.
00:00:37Ça vous va comme définition ?
00:00:37Ça me va très bien, ça me va très bien.
00:00:40Tout commence très bien.
00:00:41Eh bien c'est parfait.
00:00:42Oui, mais justement, ce sera la première question, elle sera un petit peu générale.
00:00:45Comme on l'a dit avant, vous prenez la parole dans le débat public, vous prenez la parole en tant
00:00:48qu'historien,
00:00:49dans le débat public, mais sur des enjeux qui sont entièrement d'actualité,
00:00:53et pas uniquement sous le prisme de vos spécialités en histoire.
00:00:57Donc la première question, ce sera ça.
00:00:58Pourquoi prendre la parole, vous, en tant qu'historien,
00:01:01et quelle est la place qu'ont pris ces enjeux-là dans le débat public actuellement ?
00:01:05Alors vous l'avez dit, je suis médiéviste, mais ça ne veut pas dire que je m'enferme dans le
00:01:09Moyen-Âge.
00:01:10J'ai l'habitude de dire que je suis un historien de problèmes qui se posent depuis le Moyen-Âge.
00:01:18Ça ne veut pas dire du Moyen-Âge à nos jours,
00:01:20ça veut dire depuis une période ancienne, on peut trouver au fond des ressources d'inventivité, d'intelligibilité,
00:01:28de courage aussi, pour penser l'aujourd'hui.
00:01:31Et on serait au fond bien en peine de penser l'actualité si on se rétrécissait à un présent étriqué.
00:01:40Mais voilà, on comprend très bien au fond que notre présent, il est fait de passer sédimenté,
00:01:48qui s'accumule et qui d'ailleurs ne s'étage pas sagement,
00:01:52parce que parfois il y a des choses archaïques qui reviennent, on le voit, aujourd'hui peut-être.
00:01:57Et donc par conséquent, voilà, je serais tenté de dire que je suis différemment contemporanéiste,
00:02:04comme tout le monde, je ne m'intéresse qu'à une chose,
00:02:06c'est à ce que nous allons devenir, à l'actualité.
00:02:09Voilà, c'est ça qui m'intéresse, c'est aujourd'hui.
00:02:11Mais pour ne pas être dupe, au fond, de ce qu'on appelle le présentisme,
00:02:16il faut parfois aller chercher ailleurs, et moi cet ailleurs, c'est le Moyen-Âge.
00:02:20Juste on rappelle, pour être sûr que tout le monde est bien à l'Édate,
00:02:22ma mère, prof d'histoire géo, qui nous regarde, c'est sûr, parce qu'elle est complètement fan de vous,
00:02:26serait très fière de moi, on est d'accord que le Moyen-Âge c'est…
00:02:29C'est 1000 ans.
00:02:30C'est 1000 ans, c'est 500 les invasions barbares, jusqu'à la découverte de…
00:02:33Voilà, sauf que moi le problème c'est que je travaille sur…
00:02:35Enfin le problème, ce n'est pas un problème en soi, mais je travaille sur l'Italie,
00:02:38sur l'Italie de la fin du Moyen-Âge, donc on serait plutôt tenté d'appeler ça la Renaissance.
00:02:42Le 15e siècle, j'ai travaillé sur Léonard de Vinci, Machiavel,
00:02:46donc là on est à mi-chemin entre le 15e et le 16e siècle,
00:02:50si bien que la période, ma période de travail, c'est plutôt du 13e,
00:02:55dans le temps des cathédrales, au 16e siècle.
00:02:58Ça ne m'autorise pas à dire n'importe quoi sur l'actualité.
00:03:03J'essaye de ne pas être simplement un commentateur,
00:03:06mais parfois depuis ce travail, et depuis effectivement un savoir,
00:03:13un savoir situé, oui, aujourd'hui il me semble que ça serait bien inconséquent
00:03:20de s'en contenter, et qu'il faut un peu entrer dans l'arène.
00:03:25C'est pour ça que vous m'accueillez ici.
00:03:28– Oui, bien sûr, et d'autant que dans l'arène,
00:03:30il n'y a pas que des historiens qui se permettent de parler d'histoire,
00:03:33et c'est normal, j'imagine que tout le monde peut s'emparer de cette chose-là,
00:03:37et y a compris la sphère politique, la sphère médiatique,
00:03:40et du coup on voit souvent beaucoup de débats,
00:03:43notamment sur le Moyen-Âge d'ailleurs,
00:03:45qui est souvent repris à des fins politiques par certaines personnes.
00:03:48Comment vous voyez évoluer ce paysage médiatique
00:03:52et ce discours sur l'histoire dans le moment qu'on vit ?
00:03:55– D'abord, vous l'avez dit, l'histoire savante,
00:03:58la discipline historique, celle qui s'enseigne, s'écrit, se recherche,
00:04:03ce n'est qu'une des mises en présence du passé possible.
00:04:07Elle est savante, elle a ses exigences,
00:04:11elle doit être défendue, surtout aujourd'hui,
00:04:14dans un contexte anti-science, et je la défends.
00:04:18Mais je la défends dans un contexte élargi
00:04:21de la diversité, de la pluralité des usages de l'histoire.
00:04:25Vous avez dit, les hommes et les femmes politiques, bien sûr,
00:04:30qu'ils articulent un discours sur la société depuis le passé.
00:04:36Donc en fait, ils parlent d'histoire.
00:04:38On a juste à les écouter, les discuter,
00:04:42et s'assurer que tout le monde comprend
00:04:44qu'un discours sur l'histoire,
00:04:46qu'il n'a pas tout à fait le même régime de vérité,
00:04:54on va dire, je ne dis pas la même valeur,
00:04:56mais le même régime de vérité que l'histoire savante.
00:05:02Mais cette histoire savante, elle peut être aussi populaire,
00:05:05elle peut être accessible.
00:05:08Moi, je fais des émissions de radio,
00:05:09je fais des émissions de télé,
00:05:11et puis le livre qui a peut-être un peu mis le feu aux poudres,
00:05:14ou en tout cas qui a eu le plus d'impact social et politique,
00:05:18l'histoire mondiale de la France, que j'ai dirigée en 2017,
00:05:21l'objectif, c'était de faire une histoire collective,
00:05:26polyphonique, ouverte, diverse, peuplée, entraînante,
00:05:30c'est-à-dire pas simplement un truc
00:05:33qui n'intéresserait que les spécialistes pour tout le monde,
00:05:37et de faire comprendre que, bien sûr qu'on a besoin,
00:05:40ce n'est pas à vous que je vais dire
00:05:43qu'on n'a pas besoin de passeurs,
00:05:45on n'a pas besoin de journalistes,
00:05:49il y a plein de gens, et c'est formidable,
00:05:53mais les historiennes et les historiens de métier,
00:05:56pas toutes, pas tous,
00:05:58mais ceux qui ont envie de le faire,
00:06:00ceux qui ont l'énergie de le faire,
00:06:02peuvent s'adresser directement,
00:06:03et c'est ce qu'on a fait, en fait.
00:06:04C'est une histoire pas figée.
00:06:06Bah oui.
00:06:06Ou pas.
00:06:07Oui, oui, c'est ça, en fait.
00:06:09Alors, c'est marrant, parce que,
00:06:10il y a beaucoup de gens que ça inquiète,
00:06:13quand on leur dit, mais vous savez, l'histoire, ça évolue,
00:06:15vous savez, s'il s'agissait que de réciter quelque chose
00:06:19qu'on sait depuis le début,
00:06:21et qui, de manière immeuable et éternelle,
00:06:24était dans les petits lavis,
00:06:25et encore aujourd'hui, on n'a pas besoin de nous.
00:06:28De fait, pourquoi on est tant à être fonctionnaire ?
00:06:33Parce que c'est ce qu'on est, quand même,
00:06:36dans l'enseignement supérieur.
00:06:38Pourquoi ?
00:06:39Si on ne cherche pas.
00:06:40Et si on cherche, c'est parce que c'est une discipline vivante.
00:06:43Et si elle est vivante, elle bouge, elle évolue.
00:06:46Et vous ne vous sentiriez pas très à l'aise
00:06:50si vous alliez chez un médecin qui vous soignait.
00:06:55Claude Bernard était un grand médecin,
00:06:58mais s'il vous soignait avec les techniques
00:07:00et les concepts de Claude Bernard,
00:07:02c'est-à-dire de la médecine il y a 100 ans,
00:07:05il y a 100 ans, vous ne seriez pas très à l'aise.
00:07:07Pareillement, l'histoire, c'est la même chose.
00:07:09C'est, comme vous le dites, un savoir vivant.
00:07:11Alors justement, cette vision de l'histoire,
00:07:13j'imagine qu'elle a éclairé un petit peu votre travail
00:07:16sur les Jeux Olympiques.
00:07:17On va vous passer un extrait de l'émission
00:07:19qu'on avait réalisée pour l'humanité,
00:07:21donc populaire tous les mois,
00:07:23qu'on avait consacrée aux JO.
00:07:24On a reçu Thomas Jolie ici même.
00:07:26Oui, j'essaie.
00:07:26À votre place.
00:07:28Et si le magnéto est prêt,
00:07:30on va passer ce petit bout-là pour en discuter un petit peu.
00:07:33Les médias étrangers sont dithyrambiques ce matin.
00:07:36Tour d'horizon de la presse internationale
00:07:37avec par exemple le Washington Post
00:07:39qui titre un spectacle joyeux
00:07:41enflamme la scène.
00:07:42On a eu le droit pendant une heure,
00:07:44alors là, à une cérémonie
00:07:45qui a sombré dans l'idéologie woke.
00:07:48La France, elle est magnifique !
00:07:50Le public, c'est ça notre trésor en fait !
00:07:53C'est génial !
00:07:54Un moment extrêmement irrespectueux
00:07:56pour les chrétiens, selon Elon Musk.
00:07:58Magnifique !
00:07:59Incroyable !
00:08:00Incroyable !
00:08:01Je suis heureux !
00:08:02J'avais trop envie de faire un truc,
00:08:03analyser toutes les séquences,
00:08:05toutes les petites références hyper précises et tout.
00:08:07Il y avait tellement de trucs,
00:08:08en fait, la vidéo, elle durerait trois heures.
00:08:09Et en plus, en vrai,
00:08:11moi, j'étais obligé d'aimer.
00:08:12En fait, il suffit juste de regarder
00:08:14toutes les émissions qu'on a faites
00:08:15pour l'humain avant.
00:08:17Parce qu'il y a eu les séquences
00:08:18qui ont tourné, etc.
00:08:19Mais ils ont tout mis !
00:08:20Ils ont mis Jules Verne,
00:08:22ils ont mis de la stop motion,
00:08:24ils ont mis le cinéma lumière,
00:08:26ils ont mis les mignons,
00:08:27ils ont mis Assassin's Creed,
00:08:28ils ont fait la fusée Ariane
00:08:30qui va faire le truc de Méliès
00:08:32dans la lune.
00:08:33Et après, tu vois la planète du Petit Prince,
00:08:35ils ont même mis la planète des singes.
00:08:39Alors voilà,
00:08:39on fait un petit peu de pub
00:08:40pour format populaire tous les mois.
00:08:42Mais moi, j'aimerais vous entendre,
00:08:43justement,
00:08:43j'en profite après avoir travaillé là-dessus.
00:08:46Si vous pouvez nous éclairer un petit peu
00:08:47sur comment vous avez travaillé
00:08:49cette responsabilité, quelque part,
00:08:50de donner une image.
00:08:52Et on sait que vous travaillez beaucoup
00:08:53sur l'image dans l'histoire
00:08:54et la représentation de l'histoire.
00:08:56Cette image de la France
00:08:57et de l'histoire de France
00:08:58pour une cérémonie
00:08:59qui devait être, justement,
00:09:01qui devait incarner la France
00:09:02à un moment précis.
00:09:04Et cruciale.
00:09:05Et qui aurait pu être même dramatique.
00:09:07Oui, vous dites responsabilité,
00:09:09c'est vraiment une des responsabilités
00:09:11qui était presque écrasante
00:09:12et qui avait, au fond,
00:09:15donné plein de raisons
00:09:17de refuser.
00:09:18Mais moi, je n'ai pas refusé.
00:09:20En fait, je n'ai pas...
00:09:20C'était Thomas Jolie
00:09:21qui est venu vous chercher ?
00:09:22Oui.
00:09:22Alors Thomas Jolie, au fond,
00:09:24ce qu'il faut comprendre,
00:09:24c'est que tout est quand même
00:09:28un peu révolutionnaire
00:09:29dans son attitude.
00:09:31D'abord, le fait de mêler
00:09:33dans une même cérémonie
00:09:34le protocole, la parade des athlètes
00:09:38et le spectacle.
00:09:39De penser les quatre cérémonies.
00:09:41Parce qu'en fait,
00:09:42on a travaillé sur les quatre.
00:09:43Ouverture, clôture
00:09:44des Olympiques et des Paralympiques.
00:09:46Et de demander à des autrices
00:09:49et des auteurs.
00:09:50En l'occurrence, c'était
00:09:51Leila Slimani, Fanny Herrero,
00:09:53Damien Gabriac et moi,
00:09:55de l'accompagner tout du long.
00:09:57Donc, en fait, c'était ça,
00:09:58notre projet.
00:10:00Ce n'était pas simplement...
00:10:00Je n'étais pas simplement
00:10:01l'historien de la bande.
00:10:02Je dis historien,
00:10:03mais on a été tous...
00:10:05Une vraie bande.
00:10:06Oui, une vraie bande.
00:10:07Co-autrices, co-auteurs.
00:10:09Bon, ce n'était pas facile.
00:10:12Ça ira.
00:10:13C'était notre cri de ralliement.
00:10:16Mais pour se motiver
00:10:18et puis pour se rassurer.
00:10:19C'est-à-dire que ça ne l'allait pas du tout.
00:10:22Donc, c'est bien pour ça
00:10:23qu'on disait...
00:10:23Non, non, mais ça ira, en fait.
00:10:24Non, mais ça ira.
00:10:25Alors, ça avait toute chance.
00:10:27Je vois, effectivement,
00:10:28ce que vous dites
00:10:29de la réception
00:10:29qui a été quand même
00:10:31globalement très favorable.
00:10:33Mais vous savez,
00:10:33ça ne se joue à rien.
00:10:35On aurait pu être ridicule.
00:10:37Ah oui, vous le pensez ?
00:10:38Ah oui.
00:10:39En fait, ma crainte,
00:10:41ce n'était pas de se faire attaquer.
00:10:43C'est d'être juste insignifiant.
00:10:47Bon, je pense qu'on n'a pas été insignifiant.
00:10:49Voilà.
00:10:49Mais du coup...
00:10:50On a dit quelque chose.
00:10:51Vous vous doutiez
00:10:51que vous lâchiez une petite bombe,
00:10:53entre guillemets,
00:10:54en tout cas une cérémonie qui est...
00:10:58Alors, je ne sais pas
00:10:58si elle a clivé tant que ça
00:10:59parce qu'en fait...
00:11:00Non, je ne crois pas.
00:11:01C'est une cérémonie d'extrême droite
00:11:01qui voudrait qu'on dise ça.
00:11:03Alors, elle a plu énormément
00:11:04à travers le monde
00:11:05et en France aussi.
00:11:07Mais est-ce que vous doutiez
00:11:08que ça allait autant
00:11:09faire parler, finalement ?
00:11:10Oui.
00:11:11Oui, oui.
00:11:12Quand on dit
00:11:15cérémonie controversée,
00:11:16non, elle a été attaquée.
00:11:18Elle a été attaquée.
00:11:20On en a entendu quelques-uns.
00:11:21Il y a un moment
00:11:21où, au bout de 24 heures,
00:11:25quand on dit
00:11:27Trump, Orban et Poutine
00:11:29vous attaquent,
00:11:30Ben, oui.
00:11:31Et Elon Musk.
00:11:32Elon Musk, tant mieux.
00:11:33Heureusement.
00:11:34On se serait sentis comment si...
00:11:36Si vous avez dit bravo ?
00:11:38Enfin, bravo,
00:11:39ça, on n'y pensait pas vraiment.
00:11:40Mais enfin, en tout cas,
00:11:42encore une fois,
00:11:43on a beaucoup travaillé.
00:11:45Donc, c'était pour faire quelque chose.
00:11:47Et dans un moment
00:11:48qui était un moment crucial.
00:11:50Ce n'est pas facile, quand même.
00:11:51Franchement, alors,
00:11:52comme historien, maintenant,
00:11:53bien sûr que vous m'interrogez
00:11:54comme historien.
00:11:55La question,
00:11:56vous me posez la question
00:11:57qu'est-ce qu'on va dire au monde ?
00:11:59On ne voulait pas faire
00:12:00la leçon au monde.
00:12:01On n'est pas autorisés,
00:12:03aujourd'hui, en France,
00:12:06à développer un discours sur quoi ?
00:12:08Sur le passé,
00:12:10sur notre manière
00:12:13de gérer le lègue colonial,
00:12:17sur la laïcité,
00:12:19sur la liberté.
00:12:20Il n'y a pas tant de choses que ça
00:12:22qu'on peut, effectivement...
00:12:24Bon, alors, il y avait Paris,
00:12:26il y avait le décor,
00:12:28il y avait la fête,
00:12:30la culture populaire.
00:12:32Je suis heureux,
00:12:33je suis heureux que vous insistiez là-dessus,
00:12:35parce que, d'une certaine manière,
00:12:37les polémiques, ok,
00:12:38mais au fond,
00:12:39notre réussite,
00:12:40ça sera quand ça sera intégré,
00:12:43métabolisé par la culture populaire,
00:12:45la bande-son mondiale.
00:12:47Voilà.
00:12:47À un moment,
00:12:48on s'est dit,
00:12:48il y a quelque chose
00:12:49qu'on peut faire passer,
00:12:50précisément parce que c'est
00:12:51ce qu'on appelle
00:12:52le signal global,
00:12:53c'est-à-dire que tout le monde
00:12:54allait voir la même chose
00:12:55au même moment.
00:12:56et ce que, quand même,
00:12:59on peut, aujourd'hui,
00:13:01afficher de Paris,
00:13:04c'est que c'est une ville
00:13:05où les femmes,
00:13:08les hommes,
00:13:09librement,
00:13:10peuvent boire des coups
00:13:11en terrasse
00:13:12et s'aimer comme ils le veulent.
00:13:15Voilà.
00:13:15Donc, la liberté des corps,
00:13:17la liberté d'aimer,
00:13:20la diversité,
00:13:22tout cela,
00:13:24la diversité des corps,
00:13:25des sexualités,
00:13:27oui, tout cela,
00:13:29ça pouvait se donner à voir.
00:13:32D'autant que ce n'est pas nouveau,
00:13:33j'ai l'impression,
00:13:34dans l'image de Paris,
00:13:36en fait,
00:13:36Paris, c'est une ville
00:13:37qui a une histoire,
00:13:37en fait, avec ça aussi.
00:13:39Oui, oui.
00:13:39Et ça a été perçu,
00:13:40j'ai l'impression,
00:13:40c'est une vision,
00:13:41justement,
00:13:42qu'ont certains,
00:13:43notamment certains commentateurs
00:13:46éditorialistes,
00:13:46de, en fait,
00:13:47ça serait nouveau.
00:13:48C'est-à-dire que,
00:13:48en fait,
00:13:49justement,
00:13:49cette liberté-là,
00:13:50cette diversité-là,
00:13:51elle n'aurait pas existé,
00:13:52alors que Paris,
00:13:53justement,
00:13:53est reconnue pour la fête
00:13:55et puis aussi pour un Paris
00:13:56comme ça,
00:13:57même dans l'image du monde
00:13:58qui est un peu plus libre,
00:14:00où il y a beaucoup de...
00:14:01où il y a des sexualités différentes,
00:14:02il y a des façons d'exprimer
00:14:03son genre différentes
00:14:03et qui ne datent pas de...
00:14:05il y a cinq ans, quoi.
00:14:07C'est pour ça que ça commençait
00:14:08par le French Cancan.
00:14:10Voilà, par exemple.
00:14:11C'est-à-dire que l'ensemble
00:14:12de l'arc narratif,
00:14:14la première scène
00:14:15de la première cérémonie,
00:14:16c'était le French Cancan,
00:14:18la dernière scène
00:14:19de la dernière cérémonie,
00:14:20c'était la French Touch,
00:14:22c'était effectivement
00:14:22un set géant,
00:14:23pas très loin d'ici,
00:14:24au Stade de France.
00:14:25C'était, au fond,
00:14:26les deux danses
00:14:27qui faisaient...
00:14:28qui faisaient,
00:14:29voilà,
00:14:31danse française
00:14:32qui mettait le monde
00:14:34à l'unisson.
00:14:35Entre-temps,
00:14:36il y avait eu
00:14:37douze heures de spectacle
00:14:38et puis surtout un mois et demi
00:14:39de Jeux olympiques et paralympiques.
00:14:41Donc, on commence par le French Cancan
00:14:44et puis il y a toute une histoire
00:14:46de la danse, par exemple,
00:14:47une histoire mondiale
00:14:48de la danse française
00:14:49qui se déploie
00:14:50jusqu'à la passerelle de Billi,
00:14:52là où il y a le 4-7, etc.
00:14:55Mais au-delà,
00:14:57de toute façon,
00:14:57l'idée,
00:14:58c'était juste Paris en scène.
00:15:00Donc, qu'est-ce qu'on a fait ?
00:15:01On a regardé les monuments.
00:15:03Ils parlent avec plus d'éloquence
00:15:05que nous.
00:15:06On ne va pas faire de décors.
00:15:08Donc, il y a la conciergerie,
00:15:09ben oui,
00:15:10donc ça ira.
00:15:10Donc, c'est la révolution.
00:15:12Il y a la Tour Eiffel,
00:15:14OK,
00:15:14il y a Notre-Dame aussi.
00:15:15Il y a Notre-Dame.
00:15:16On n'a pas escamoté Notre-Dame.
00:15:18Simplement, Notre-Dame
00:15:19n'est pas dans le parcours,
00:15:25n'était pas,
00:15:26était une cathédrale,
00:15:28mais une cathédrale au travail.
00:15:29Avec ce qu'elle était d'ailleurs,
00:15:32des échafaudages
00:15:33et des travailleurs
00:15:36sur cet échafaudage.
00:15:37Et c'était un tableau vivant
00:15:41sur ceux qui ont fait Paris.
00:15:44Bon, voilà.
00:15:45Mais tout ça,
00:15:46ça nous était,
00:15:47comme vous le dites justement,
00:15:48inspirés par les lieux
00:15:49et leur histoire.
00:15:52Donc,
00:15:53ça s'est bien passé, en fait.
00:15:56– Globalement, ça s'est bien passé.
00:15:57– Sauf la pluie, bon, pas…
00:15:58– Non, mais ça s'est bien placé.
00:15:59On disait, ça ira,
00:16:00ben ça a été, en fait.
00:16:01Ça a été.
00:16:01Et les gens ont très bien compris,
00:16:03en fait.
00:16:03Les gens ont très bien compris.
00:16:05Voilà.
00:16:08Pour moi,
00:16:09c'est une expérience
00:16:12assez bouleversante, en fait.
00:16:14Et très politique, bien entendu,
00:16:16parce que ce qui n'était absolument pas prévu,
00:16:21c'est qu'elle intervienne dans un moment…
00:16:23– Contexte de dissolution.
00:16:24– Oui, dans un moment de bascule
00:16:26où, à un moment donné,
00:16:28après les européennes,
00:16:30jusqu'au 26 juillet,
00:16:31on a pu penser que cette même cérémonie,
00:16:34dans un autre contexte politique,
00:16:35aurait donné un sens tout à fait différent.
00:16:38et elle a donné la manière
00:16:40dont on, effectivement,
00:16:42dont on l'a vécu,
00:16:45après, effectivement,
00:16:46le second tour des élections
00:16:48législatives anticipées,
00:16:49après le 7 juillet,
00:16:51c'était aussi, sans doute,
00:16:52peut-être,
00:16:54oriente notre souvenir.
00:16:55Voilà.
00:16:56C'est-à-dire,
00:16:58on ne l'a pas rêvé,
00:16:59mais de même qu'on n'a pas rêvé,
00:17:01non plus,
00:17:03le résultat du second tour.
00:17:05Donc, d'une certaine manière,
00:17:07se donnait,
00:17:08alors de façon, sans doute,
00:17:09peut-être un peu idéaliste,
00:17:11mais se donnait à voir
00:17:13une France
00:17:14qui ne se donne pas encore
00:17:17au Rassemblement national.
00:17:18Pas encore.
00:17:20Voilà.
00:17:21Et donc, de cela,
00:17:22on fait quoi, aujourd'hui ?
00:17:23Maintenant, c'est ça qui est intéressant.
00:17:25On fait quoi ?
00:17:26On ne l'a pas rêvé,
00:17:27on ne l'a pas halluciné.
00:17:28Ça a eu lieu.
00:17:29Pas simplement la cérémonie,
00:17:33mais les jeux.
00:17:34Pas simplement les jeux,
00:17:34mais les paralympiques,
00:17:38la puissance publique
00:17:39dans la rue
00:17:40de manière relativement pacifiée,
00:17:43les services publics,
00:17:44on l'a vu.
00:17:45Quand il y a plus de gens
00:17:46dans les...
00:17:48de volontaires
00:17:49dans les gares,
00:17:50ça marche mieux.
00:17:52Bon.
00:17:53Lorsque la police a des...
00:17:56– Et sympathique.
00:17:57– Et sympathique.
00:17:58Et elle n'est pas sympathique
00:17:59parce qu'elle a décidé de l'être.
00:18:00Elle est sympathique
00:18:01parce qu'elle a des ordres.
00:18:02Parce qu'on dit,
00:18:03voilà, vous allez...
00:18:04Ça va mieux.
00:18:04Ça marche mieux.
00:18:05On fait quoi de ça, aujourd'hui ?
00:18:06– Alors, justement,
00:18:07c'est une...
00:18:08Pas toujours une critique,
00:18:09mais parfois une critique aussi
00:18:10qui a été faite
00:18:11de dire, en fait,
00:18:12le problème,
00:18:13c'est que, justement,
00:18:15ça reste presque un mirage.
00:18:16C'est-à-dire que ce n'est pas...
00:18:17C'est peut-être presque une France
00:18:19qu'on voudrait
00:18:19et qui n'est pas exactement
00:18:20la France qu'on veut.
00:18:21Et notamment,
00:18:22je sais que j'ai entendu
00:18:23des critiques qui disaient,
00:18:24oui, mais en fait,
00:18:25moi, effectivement,
00:18:26ça me fait plaisir
00:18:27de voir, je ne sais pas,
00:18:28la garde républicaine
00:18:29ou voilà,
00:18:30tout le côté défilé
00:18:31de cette France-là.
00:18:32Mais dire,
00:18:33oui, mais le problème,
00:18:33c'est que dans la France,
00:18:35actuellement,
00:18:35en fait,
00:18:36la police tire sur des gens
00:18:37et c'est ça la réalité.
00:18:39Et les JO,
00:18:39il y a aussi une réalité
00:18:40derrière de comment ça a été fait,
00:18:43comment ça a été imposé.
00:18:44Et est-ce que c'est une critique
00:18:45que vous entendez aussi ?
00:18:47– Bien sûr.
00:18:47Vous disiez déjà
00:18:48que c'est une vision idéaliste.
00:18:50– Bien sûr.
00:18:51D'ailleurs,
00:18:51pour dire le vrai,
00:18:54nous nous attendions
00:18:55à des critiques symétriques.
00:18:59On peut s'interroger légitimement
00:19:02sur le sens
00:19:05d'exalter la liberté d'une ville
00:19:09qui, à ce moment-là,
00:19:10et pour qu'on puisse faire ce spectacle,
00:19:12est nassée.
00:19:14On peut se poser la question
00:19:16de...
00:19:17On y va franchement.
00:19:21Thomas Joly,
00:19:22à un moment,
00:19:23il arrive,
00:19:24il dit,
00:19:25bon,
00:19:25les copains,
00:19:27il va y avoir une séquence
00:19:29LVMH.
00:19:30Ils nous ont donné
00:19:32tant.
00:19:33C'est-à-dire
00:19:33beaucoup.
00:19:34Beaucoup,
00:19:35beaucoup.
00:19:36Lui,
00:19:36il dit,
00:19:37moi,
00:19:37je suis...
00:19:39Je fais du théâtre.
00:19:41Le théâtre,
00:19:42c'est une création
00:19:44sous contrainte.
00:19:45Donc,
00:19:45la contrainte,
00:19:46c'est ça.
00:19:46Donc là,
00:19:47maintenant,
00:19:47c'est comme ça.
00:19:48On ne va pas nous demander
00:19:49notre avis.
00:19:50On peut se retirer,
00:19:51on peut dire non,
00:19:52mais ça aura lieu
00:19:53de toute façon.
00:19:55Voilà.
00:19:58Sur le moment,
00:20:00nous,
00:20:01on s'attendait à bien pire
00:20:02comme critique,
00:20:03disons,
00:20:04de gauche.
00:20:05Elle n'a pas eu lieu
00:20:07tant que ça,
00:20:07parce que,
00:20:09finalement...
00:20:09le reste prenait
00:20:10le part.
00:20:11Je veux bien savoir
00:20:12un truc,
00:20:13tant qu'on est là-dessus,
00:20:14parce que,
00:20:14justement,
00:20:14cette séquence,
00:20:15moi,
00:20:15j'ai l'impression
00:20:16que j'ai eue,
00:20:17je me suis dit,
00:20:18OK,
00:20:18là,
00:20:18ils ont fait un compromis
00:20:19avec ce grand placement
00:20:21de produits LVMH,
00:20:22mais j'ai l'impression
00:20:23que,
00:20:23je ne sais pas si c'est
00:20:24volontaire,
00:20:25mais du coup,
00:20:25il a été tourné en,
00:20:26d'accord,
00:20:27on fait les sacs,
00:20:27mais on va montrer
00:20:28les travailleurs
00:20:28et les travailleuses
00:20:29qui font les sacs.
00:20:30C'était volontaire,
00:20:31ça ?
00:20:31Oui.
00:20:31Parce que je pense
00:20:31que ça a pu être...
00:20:32Moi,
00:20:32je l'ai perdu comme ça,
00:20:33je me suis dit,
00:20:34ah, bon,
00:20:35il y a ça,
00:20:35ils ont fait un compromis
00:20:36avec ça,
00:20:37mais je vois comment
00:20:38vous l'avez tourné
00:20:39un petit peu,
00:20:40d'une autre façon.
00:20:40Il y a deux choses,
00:20:41c'est-à-dire que l'ensemble
00:20:42dure quatre heures,
00:20:43s'il y a une coupure pub
00:20:45de...
00:20:45ça durait deux minutes,
00:20:48pourquoi pas ?
00:20:48Mais cette coupure pub
00:20:50ne tombe pas
00:20:51totalement de manière,
00:20:53voilà,
00:20:54gratuite,
00:20:54elle est intégrée
00:20:55dans un récit
00:20:56où, effectivement,
00:20:57Paris est au travail.
00:20:58Bon,
00:20:58voilà,
00:20:59ça, c'est un compromis.
00:21:01Mais là,
00:21:01je veux aggraver mon cas.
00:21:04Là,
00:21:05on parle,
00:21:06voilà,
00:21:06bien après.
00:21:08Et c'est-à-dire,
00:21:09on parle à un moment
00:21:10où ça,
00:21:12ça a eu lieu
00:21:12et puis ensuite,
00:21:13le 8 décembre,
00:21:15de manière un peu
00:21:16plus pesante quand même,
00:21:17je veux dire,
00:21:17l'ouverture,
00:21:18la réouverture
00:21:19de Notre-Dame-de-Paris,
00:21:20LVMH à nouveau
00:21:21et puis à la fin,
00:21:22Bernard Arnault
00:21:23à l'investiture
00:21:25de Donald Trump
00:21:26en janvier.
00:21:27Donc,
00:21:27ça dessine
00:21:28aussi une...
00:21:31Une volonté de sa part
00:21:32d'être présent
00:21:32à certains moments.
00:21:33Oui,
00:21:34oui.
00:21:35Alors,
00:21:35c'est vrai que moi,
00:21:36c'était ma hantise en vérité.
00:21:38C'est-à-dire...
00:21:38De servir de caution ?
00:21:40Non, mais au fond,
00:21:42est-ce que les Jeux olympiques
00:21:45allaient ressembler
00:21:47à un roman
00:21:48d'Alain Damasio ?
00:21:51Dans les romans
00:21:52d'Alain Damasio,
00:21:53il y a les deux.
00:21:54Il y a effectivement
00:21:54cette volonté
00:21:58de privatiser
00:21:59l'espace public
00:22:00et puis,
00:22:01il y a la manière
00:22:09de...
00:22:10j'ai dit qu'on a fait
00:22:11ce qu'on pouvait
00:22:12dans un système
00:22:13de contraintes
00:22:14qui était très important.
00:22:16Voilà.
00:22:17Pour pouvoir quand même,
00:22:18malgré tout,
00:22:19dire quelque chose.
00:22:20Ce qui a été dit
00:22:21a été dit
00:22:22reste aujourd'hui
00:22:23à en faire
00:22:24quelque chose
00:22:24collectivement.
00:22:25Si on pense
00:22:26qu'il y a quelque chose
00:22:28à faire de ça,
00:22:30il faut le faire.
00:22:30Mais il faut le faire maintenant.
00:22:32Parce qu'à force
00:22:33de laisser traîner
00:22:34les trucs,
00:22:36de vivre
00:22:38des expériences,
00:22:40le Covid,
00:22:41par exemple,
00:22:42sans,
00:22:42d'une certaine manière,
00:22:43en tirer
00:22:44les conséquences politiques,
00:22:45on finit
00:22:46par en payer
00:22:47le prix.
00:22:49Et pour moi,
00:22:50la situation
00:22:52politique
00:22:53actuelle
00:22:54est aussi
00:22:57une...
00:22:58la conséquence
00:22:59de nos inconséquences.
00:23:01Le fait
00:23:01qu'on ne tire pas
00:23:03la conséquence
00:23:04politique
00:23:05de ce qu'on vit
00:23:07et de ce qu'on ressent.
00:23:09Si tout le monde
00:23:10est d'accord
00:23:10sur le fait
00:23:11qu'on vit mieux
00:23:12comme ça,
00:23:13je ne parle pas...
00:23:13Je ne veux pas
00:23:14faire la fête
00:23:15tout le temps.
00:23:16Mais
00:23:18cet état d'esprit,
00:23:20alors...
00:23:21– Faisons-le.
00:23:22– Faisons-le.
00:23:23– Alors, justement,
00:23:24je voudrais...
00:23:25Ça tombe bien
00:23:25parce que je voulais
00:23:26vous montrer
00:23:27un extrait
00:23:28d'une personne
00:23:28qui, je pense,
00:23:29d'ailleurs,
00:23:29travaille un peu
00:23:30sous certaines contraintes
00:23:32aussi,
00:23:32ça sera le sujet
00:23:33du prochain populaire.
00:23:35C'est une interview
00:23:36de Fabien Nury
00:23:36qui est le créateur
00:23:38de Paris Police 1900
00:23:39qui est une série
00:23:40sur Canal+,
00:23:41qui parle justement
00:23:42d'histoire
00:23:43et qui donne justement
00:23:44lui sa démarche
00:23:45sur sa façon
00:23:46de représenter
00:23:47l'histoire.
00:23:49– Il y a quelque chose
00:23:50qui, moi,
00:23:51me tient à cœur,
00:23:52c'est de rappeler
00:23:52que le progrès,
00:23:53ça existe
00:23:54et c'est nécessaire.
00:23:55Regardez le taux
00:23:56de mortalité infantile
00:23:57en 1900,
00:23:58revenez-moi
00:23:58et dites-moi
00:23:59s'il n'y a pas de progrès.
00:24:01Regardez le droit
00:24:01conjugal en 1900,
00:24:03venez me voir,
00:24:03dites-moi s'il n'y a pas
00:24:04de progrès.
00:24:05Et donc,
00:24:05c'est aussi ça,
00:24:06cette vision
00:24:07que j'ai envie de dire
00:24:08un petit peu
00:24:08anti-nostalgique,
00:24:10un peu brutale,
00:24:11qui permet de dire
00:24:12« Hé,
00:24:13tous ces gens
00:24:14qui nous racontent
00:24:14que c'était mieux avant
00:24:16nous disent juste
00:24:17des conneries,
00:24:18c'est révélateur
00:24:19de leur âge
00:24:20plus qu'autre chose
00:24:20et en plus,
00:24:21qu'est-ce que c'est
00:24:22que cette nostalgie
00:24:22d'une période
00:24:23que nous,
00:24:24contemporains,
00:24:24n'avons même pas vécue ? »
00:24:26C'est le comble
00:24:26de la nostalgie, ça.
00:24:27Regretter un temps
00:24:28qu'on n'a pas vécu.
00:24:29Et donc, non,
00:24:30je suis anti-nostalgique.
00:24:31Même s'il y a un look,
00:24:32même s'il y a une beauté
00:24:33de l'époque,
00:24:33non, ça doit rester dur
00:24:34et ça doit rendre honneur,
00:24:36en tout cas,
00:24:36à mon avis,
00:24:37à la lutte réelle,
00:24:40violente,
00:24:41qui a eu lieu
00:24:41dans ces années-là
00:24:42pour affronter
00:24:43les défis
00:24:44d'un nouveau siècle.
00:24:46Alors,
00:24:46on vous montre ça aussi
00:24:47parce qu'après,
00:24:48on voudrait vous faire réagir
00:24:49à,
00:24:49si on sait que vous aimez
00:24:50faire ça,
00:24:51des fictions,
00:24:52notamment de culture populaire,
00:24:54on vous montrera
00:24:55quelques images.
00:24:55Qu'est-ce que vous pensez
00:24:56de cette démarche ?
00:24:57C'est un créateur
00:24:58qui fait de la fiction
00:24:59sur l'histoire.
00:25:00Est-ce que vous la trouvez juste ?
00:25:01Est-ce que vous aussi,
00:25:02vous êtes anti-nostalgique ?
00:25:04Alors, tout à fait.
00:25:05Là, je pense que,
00:25:06de ce point de vue-là,
00:25:08c'est ce qui nous rassemble.
00:25:11Il y a...
00:25:12L'extrême droite,
00:25:13c'est le parti de la défaite.
00:25:15Voilà.
00:25:15Donc,
00:25:16dès que quelque chose marche
00:25:17quelque part,
00:25:18elle n'a rien à en dire
00:25:19puisqu'elle prospère
00:25:21sur la certitude,
00:25:23au fond,
00:25:24que c'est déjà foutu.
00:25:26Bon, voilà.
00:25:27Donc,
00:25:28toute la difficulté
00:25:29pour,
00:25:31voilà,
00:25:31une pensée progressiste,
00:25:33c'est de sauver
00:25:34ce qui n'est pas compromis
00:25:35dans l'idée de progrès.
00:25:37Il le dit très bien.
00:25:38Il y a effectivement
00:25:39des progrès sociaux,
00:25:41il y a des progrès médicaux,
00:25:43bon, voilà.
00:25:44Mais tout cela risque
00:25:45d'être compromis
00:25:46par la catastrophe
00:25:48écologique ambiante
00:25:50qui met en cause,
00:25:52au fond,
00:25:53l'idée même
00:25:54scientifique,
00:25:55technique
00:25:56de progrès humain.
00:25:58Dès lors,
00:25:59il faut tenter de...
00:26:02Ce n'est pas si évident
00:26:03d'être progressiste,
00:26:04aujourd'hui.
00:26:06Je viens de dire progressiste.
00:26:07Ce n'est pas si évident.
00:26:09Où est le progrès ?
00:26:10Bon.
00:26:11Malgré tout,
00:26:14ce n'est pas facile
00:26:15de le dire aujourd'hui,
00:26:18mais moi,
00:26:19j'ai un optimisme
00:26:20de méthode.
00:26:21C'est-à-dire ?
00:26:22C'est-à-dire que,
00:26:24en fait,
00:26:25ça ne sert à rien
00:26:26d'être pessimiste.
00:26:27Non seulement ça ne sert
00:26:28à rien,
00:26:28mais si ça nous décourage,
00:26:30si ça nous démobilise,
00:26:32si ça nous désarme,
00:26:33ça profitera
00:26:34à des plus méchants
00:26:35que nous.
00:26:36Donc,
00:26:37par méthode,
00:26:38il vaut mieux penser
00:26:39que
00:26:42ce n'est pas foutu,
00:26:43qu'il nous reste du temps,
00:26:44pas tout le temps,
00:26:45mais encore un peu de temps.
00:26:47J'ai écrit un petit bouquin
00:26:48qui s'appelle
00:26:48Le temps qui reste.
00:26:50Il reste encore un peu de temps.
00:26:51Ou en tout cas,
00:26:52on doit,
00:26:53au fond,
00:26:55se rendre serviable
00:26:57au temps qui reste.
00:26:59Mais pour autant,
00:27:00moi,
00:27:00j'ai très envie
00:27:00de vous questionner
00:27:01sur la notion de progrès
00:27:02parce que je trouve
00:27:03que c'est quelque chose
00:27:04qu'on envoie beaucoup,
00:27:05notamment aux féministes,
00:27:06quand elles disent
00:27:07tout ce qu'il y a encore
00:27:08à gagner.
00:27:09Souvent,
00:27:10les questions qu'on vous pose,
00:27:11c'est
00:27:11mais ça va quand même
00:27:12mieux qu'avant
00:27:12et que le progrès
00:27:14irait de soi
00:27:16par lui-même
00:27:16un peu automatiquement
00:27:17et on renvoie presque ça
00:27:19aux militantes
00:27:19de ça ne sert à rien
00:27:20de lutter.
00:27:21Le progrès,
00:27:21il ne va pas de soi,
00:27:22on est d'accord ?
00:27:22On est bien d'accord.
00:27:23On est bien d'accord
00:27:24et du point de vue,
00:27:25effectivement,
00:27:26merci de choisir
00:27:28cet exemple
00:27:28parce qu'il est fondamental.
00:27:30C'est la question
00:27:31des luttes féministes
00:27:33et de la pensée,
00:27:34même des épistémologies
00:27:37féministes
00:27:37qui, pour moi,
00:27:38font penser
00:27:39toute la pensée.
00:27:41Qu'est-ce qu'il y a
00:27:42de profondément pernicieux
00:27:44dans l'idée
00:27:45de backlash
00:27:46qui est en train
00:27:47de gagner
00:27:49beaucoup de terrain,
00:27:50qui a une facilité
00:27:51de penser,
00:27:53de dire
00:27:53bon,
00:27:54c'est un retour
00:27:54du balancier,
00:27:55c'est normal,
00:27:56on a été très loin.
00:27:56Ah bon,
00:27:57on a été très loin ?
00:27:57Mais ça ne fait
00:27:58que commencer.
00:28:00On a été très loin
00:28:02en France,
00:28:04dans le mouvement
00:28:05MeToo,
00:28:06mais ça ne fait
00:28:06que commencer.
00:28:08Ça serait bien
00:28:09inconséquent,
00:28:09encore une fois,
00:28:10de dire bon,
00:28:11allez,
00:28:11maintenant,
00:28:11on retourne
00:28:13chacun à la maison,
00:28:15on retourne
00:28:15dans ses pénates
00:28:16parce qu'il faut bien
00:28:16reconnaître qu'il y a eu
00:28:17des excès,
00:28:17mais pas du tout.
00:28:19Voilà.
00:28:19Et ça,
00:28:20c'est évidemment
00:28:20quelque chose
00:28:21qui est très lié
00:28:22à la situation
00:28:24américaine
00:28:24où,
00:28:25si on n'y prend pas garde,
00:28:27va effectivement
00:28:28de manière insidieuse
00:28:31et lancinante
00:28:32s'imposer
00:28:32cette petite musique
00:28:33que,
00:28:34ben,
00:28:35finalement,
00:28:35quand même,
00:28:36Trump,
00:28:37OK,
00:28:38très bien,
00:28:39c'est bien regrettable,
00:28:40mais enfin,
00:28:40on a quand même été bien loin
00:28:41dans le wokisme.
00:28:42Mais c'est une plaisanterie.
00:28:44Biden,
00:28:46Kamala Harris
00:28:46a fait une campagne
00:28:49qui est tout à fait respectable,
00:28:51mais où il n'y avait pas
00:28:52un mot sur ces sujets.
00:28:53Et on a été trop loin
00:28:55aux États-Unis.
00:28:56Parce qu'on dit beaucoup,
00:28:56effectivement,
00:28:57que c'est la victoire de Trump,
00:28:58on dit assez peu
00:28:59que c'est la défaite
00:29:00de Kamala Harris,
00:29:01mais surtout du camp démocrate
00:29:02qui est vraiment...
00:29:02Ben,
00:29:02du camp démocrate
00:29:03qui, en fait,
00:29:04s'est pas défendu
00:29:05sur ses valeurs.
00:29:06Alors,
00:29:07bien sûr qu'il ne faut pas
00:29:08se dire,
00:29:08non, non,
00:29:09mais il y a des droits acquis,
00:29:10c'est bien,
00:29:10vous avez déjà obtenu
00:29:11beaucoup de choses.
00:29:12Non, non,
00:29:12pas du tout.
00:29:13Mais en même temps,
00:29:15j'ai eu la chance,
00:29:16il y a quelques semaines,
00:29:19d'interroger
00:29:22pour un projet
00:29:24qu'on a ensemble,
00:29:25Michelle Perrault,
00:29:26grande historienne
00:29:27du mouvement ouvrier
00:29:29et du féminisme,
00:29:32qui, à son âge,
00:29:3497 ans,
00:29:35dit,
00:29:36mais je ne dis pas
00:29:38que les droits acquis
00:29:38le sont pour toujours,
00:29:40je dis qu'on arrive
00:29:42toujours à rejoindre
00:29:44l'endroit de progrès
00:29:46qu'on a atteint
00:29:46à un moment donné.
00:29:47Voilà.
00:29:48C'est-à-dire qu'il y a
00:29:48effectivement des reflux,
00:29:49mais ce qui est gagné
00:29:51à un moment donné
00:29:52n'est pas gagné en vain.
00:29:54On le retrouvera.
00:29:56Voilà.
00:29:56Ça ne veut pas dire
00:29:57qu'on doit s'en contenter,
00:29:58mais ça veut dire que
00:29:59il y a,
00:30:00c'est ce que j'appelle
00:30:01l'optimisme de méthode.
00:30:02Mais vous avez raison
00:30:03de me reprendre là-dessus,
00:30:05ne surtout pas le brandir
00:30:09sur le mode
00:30:10« Allez, vous avez eu votre… »
00:30:13C'est suffisant,
00:30:13vous avez eu ce qu'il fallait.
00:30:15Non, non.
00:30:16Enfin, franchement,
00:30:17sur tous ces sujets-là,
00:30:18sur le problème
00:30:20des discriminations,
00:30:21sur le problème
00:30:21des inégalités,
00:30:22sur le problème
00:30:22des injustices,
00:30:24de genre,
00:30:25de race,
00:30:26mais ça ne fait que commencer.
00:30:27Et donc,
00:30:28ça serait tout à fait,
00:30:30voilà,
00:30:31je le répète,
00:30:35funeste
00:30:35de se laisser prendre
00:30:37par ce discours,
00:30:38cette facilité de discours
00:30:39du backlash.
00:30:41Alors,
00:30:41on avait très envie,
00:30:42effectivement,
00:30:42de vous faire commenter
00:30:43un certain nombre d'images.
00:30:45Benjamin,
00:30:45je te laisse la main.
00:30:47Oui,
00:30:47on va juste passer
00:30:47quelques extraits.
00:30:48En fond,
00:30:49a priori,
00:30:49je pense que vous les connaissez,
00:30:50en tout cas que ça va vous évoquer
00:30:51des choses.
00:30:52Si vous pouvez nous dire
00:30:53ce que ça vous évoque,
00:30:55ces œuvres-là.
00:30:57On a sélectionné
00:30:57des œuvres un petit peu,
00:30:58ah, ça ne marche pas trop,
00:30:59mais des œuvres
00:31:00en rapport avec l'histoire,
00:31:01mais pas toujours.
00:31:02Et je ne sais pas
00:31:03si on a la première.
00:31:05Alors ?
00:31:06Est-ce que ça marche ?
00:31:06Ah, normalement,
00:31:07ça devrait tourner.
00:31:08Bon, vous reconnaissez,
00:31:09et puis de toute façon,
00:31:10c'est marqué à...
00:31:12Voilà, très bien.
00:31:13Alors, on s'est dit,
00:31:14facile,
00:31:15commencez par Game of Thrones.
00:31:16On a pensé un petit peu aussi,
00:31:18avec Mejda,
00:31:19à votre cours
00:31:20au Collège de France
00:31:21que vous pouvez trouver en ligne.
00:31:22D'ailleurs,
00:31:22vous pouvez regarder
00:31:23ces cours-là entièrement,
00:31:25gratuitement en ligne
00:31:25sur Sexe et Pouvoir.
00:31:26Déjà,
00:31:27est-ce que vous avez vu
00:31:28cette série ?
00:31:31Ah, bah oui.
00:31:32autour du phénomène,
00:31:33autour de cette façon
00:31:34de représenter,
00:31:34alors non pas l'histoire,
00:31:35mais un Moyen-Âge
00:31:37fantastique.
00:31:37Oui, bah, d'une certaine manière,
00:31:39c'est mon ami
00:31:40Mathieu Pot-Bonneville,
00:31:43philosophe,
00:31:43qui a fait un livre
00:31:44sur Game of Thrones,
00:31:45expliquait bien que
00:31:46ça rejoint la question
00:31:48du progrès.
00:31:49C'est l'inverse
00:31:50du Seigneur des Anneaux.
00:31:51Le Seigneur des Anneaux,
00:31:52effectivement,
00:31:53il y a une épreuve,
00:31:53mais à la fin,
00:31:54tout le monde revient
00:31:54dans la comté.
00:31:55Là,
00:31:56l'histoire est poussée
00:31:58en avant.
00:31:59De toute façon,
00:32:00on ne revient jamais
00:32:01dans Game of Thrones,
00:32:02on ne revient jamais
00:32:04dans...
00:32:05En arrière.
00:32:05À l'endroit qu'on a quitté.
00:32:08Donc,
00:32:08il y a quelque chose
00:32:09qui peut paraître,
00:32:10effectivement,
00:32:11apparemment plus désespérant,
00:32:13mais qui est de bout en bout
00:32:14une leçon,
00:32:15disons,
00:32:16de philosophie politique.
00:32:17Voilà,
00:32:17moi,
00:32:18je suis un lecteur de Machiavel
00:32:20et vous avez remarqué
00:32:21que Machiavel
00:32:22est un des auteurs
00:32:23les plus constamment cités
00:32:25par les très érudits
00:32:27scénaristes
00:32:28de Game of Thrones.
00:32:29Il y a la question
00:32:30de la violence,
00:32:31il y a la question du sexe.
00:32:32Il y a la question,
00:32:33effectivement,
00:32:34de cette...
00:32:35Pourquoi est-ce que
00:32:36vous les avez liés autant ?
00:32:37Parce que vous avez organisé
00:32:39des cours là-dessus
00:32:39au Collège de France.
00:32:40Pourquoi est-ce que c'est
00:32:41autant lié pour vous
00:32:42sexe et pouvoir ?
00:32:43Alors,
00:32:44c'est assez marrant
00:32:44cette histoire
00:32:45parce que...
00:32:48J'ai fait des cours
00:32:49qui étaient justement...
00:32:52Comment dire ?
00:32:54Hantés par le présent,
00:32:56qui étaient fracassés
00:32:57ou en tout cas
00:32:59qui subissaient
00:33:00le fracas
00:33:02d'un aujourd'hui envahissant.
00:33:04par exemple,
00:33:04j'ai travaillé
00:33:05sur la peste noire
00:33:06au moment,
00:33:07je n'ai pas fait exprès,
00:33:07du Covid,
00:33:08mais c'est moi
00:33:09qui ai eu l'idée
00:33:09avant le Covid
00:33:10de travailler sur les...
00:33:12C'est vous qui avez provoqué.
00:33:13J'ai rien provoqué,
00:33:14mais bon,
00:33:14voilà.
00:33:15Et donc,
00:33:15ce n'est pas si facile
00:33:16que ça
00:33:17d'avoir des sujets
00:33:18du passé
00:33:20qu'on doit protéger
00:33:21de nos affects
00:33:23politiques
00:33:23et de nos émotions,
00:33:26mais qui se laissent
00:33:27d'une certaine manière
00:33:28toujours rejoindre
00:33:29par les hantises
00:33:29du présent.
00:33:30Alors,
00:33:31après la peste noire,
00:33:32j'ai dit,
00:33:32ben allez,
00:33:33on fait un peu
00:33:33de contre-programmation
00:33:34comme on dit
00:33:35à la télé,
00:33:36je vais parler
00:33:37des politiques de l'amour.
00:33:38C'est cool,
00:33:38les politiques de l'amour,
00:33:39on ne peut pas dire
00:33:40que c'est ce qui nous
00:33:41éclabousse d'évidence
00:33:42dans le monde actuel,
00:33:44c'est pas exactement
00:33:45ça qu'on dirait
00:33:46en premier.
00:33:47Et puis,
00:33:48après ce cours
00:33:48sur les politiques
00:33:49de l'amour,
00:33:50je me suis dit,
00:33:51ben je vais faire
00:33:51la version pour adultes,
00:33:53le sexe du pouvoir,
00:33:54après l'amour,
00:33:55le sexe,
00:33:55c'est pas méchant.
00:33:55Et sauf que là,
00:33:56badaboom,
00:33:57ça revenait,
00:33:59cette sorte de retour
00:34:00du refoulé,
00:34:01c'est-à-dire que,
00:34:02oui,
00:34:03une forme d'obscénité,
00:34:04une forme de masculinisme
00:34:09exacerbé avec Trump
00:34:10et les autres,
00:34:11le fait que,
00:34:12au fond,
00:34:13on l'avait déjà vu
00:34:14en France
00:34:15avec Zemmour,
00:34:17la mère de toutes
00:34:18les batailles,
00:34:19c'est la haine des femmes.
00:34:20Ça commence toujours
00:34:21comme ça.
00:34:22Et après,
00:34:23tout en découle.
00:34:24Il y a effectivement
00:34:25un antiféminisme
00:34:27matriciel
00:34:28dans les idéologies
00:34:30de la haine
00:34:31et de la séparation.
00:34:33Et donc,
00:34:34c'est sérieux.
00:34:36Et oui,
00:34:37moi,
00:34:38j'y peux rien.
00:34:38Je voulais parler
00:34:39du Moyen Âge.
00:34:41C'est pas moi
00:34:42qui ai choisi
00:34:44cet abominable
00:34:46slogan trumpiste
00:34:47« Your body,
00:34:48my choice »,
00:34:50qui retourne
00:34:51le slogan féministe
00:34:53qui, justement,
00:34:55revendique l'usage
00:34:56des corps
00:34:57pour les femmes
00:34:58qui,
00:34:59et vous vous rendez compte,
00:35:00en quatre mots,
00:35:02« Your body,
00:35:03my choice »,
00:35:04tout est justifié.
00:35:05Pour un homme
00:35:06qui, en plus,
00:35:06est accusé
00:35:06de violences sexuelles.
00:35:08Mais ça justifie
00:35:10l'esclavage.
00:35:11Ça justifie,
00:35:12vous en parliez,
00:35:13les violences policières.
00:35:15Ça justifie
00:35:16l'ensemble
00:35:18d'une politique
00:35:19agressive,
00:35:20extractive.
00:35:21ça justifie tout,
00:35:22en fait.
00:35:22Je précise juste
00:35:23un truc
00:35:24pour clarifier
00:35:25tout de même
00:35:26que c'est une chose
00:35:27qui a été dite,
00:35:28alors non pas par Trump
00:35:29lui-même,
00:35:30mais par Nick Fuentes,
00:35:31si je ne dis pas de bêtises,
00:35:32qui est un influenceur
00:35:33de l'alt-rive.
00:35:34Mais c'est,
00:35:35en fait,
00:35:36Nick Fuentes,
00:35:37qui est littéralement
00:35:38un néo-nazi,
00:35:38qui est un fervent soutien
00:35:40de Trump,
00:35:40et qui,
00:35:41qui, en fait,
00:35:42juste a presque
00:35:42le mérite
00:35:43de dire tout haut
00:35:45ce qu'une grande partie
00:35:46de ce mouvement
00:35:49pense un petit peu
00:35:50secrètement, quoi.
00:35:51The quiet part
00:35:53out loud,
00:35:54comme on dit
00:35:54avec mon super accent.
00:35:56Mais ça,
00:35:56si vous voulez,
00:35:57c'est lié.
00:35:57On n'est pas très loin
00:35:58de Game of Thrones.
00:35:59C'est-à-dire que,
00:36:01bien sûr,
00:36:01que ces mecs
00:36:02sont des dingues,
00:36:04voilà,
00:36:04les plus...
00:36:05mais il faut les lire,
00:36:07maintenant.
00:36:07Ça serait tout à fait
00:36:09inconséquent
00:36:10de ne pas les lire.
00:36:11C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
00:36:12c'est la différence
00:36:12entre Trump 1
00:36:13et Trump 2.
00:36:14C'est-à-dire qu'il ne faut pas
00:36:15les prendre au pied de la lettre,
00:36:18mais il faut les prendre
00:36:18au sérieux.
00:36:19C'est-à-dire que ce qu'il dit,
00:36:22Trump,
00:36:23va arriver.
00:36:24Peut-être pas exactement
00:36:25comme il le dit,
00:36:27mais ça dessine
00:36:30un devenir
00:36:30pour le monde.
00:36:32Et donc,
00:36:33il nous appartient
00:36:34de savoir si on veut
00:36:34y consentir ou pas.
00:36:36On passe à la suivante.
00:36:38Je te laisse mettre
00:36:39des chronos,
00:36:40mais...
00:36:40Je t'en prie,
00:36:41on est complètement en retard,
00:36:42mais c'est...
00:36:42Ah, je suis désolé,
00:36:43mais c'est que je ne suis pas
00:36:44pas...
00:36:44Non, non, non,
00:36:45mais c'est normal.
00:36:45Moi, je n'ai pas le chrono,
00:36:46donc moi, je peux partir
00:36:48trois heures.
00:36:50Donc là,
00:36:50on a mis...
00:36:51Je ne sais pas si vous l'avez vu,
00:36:51mais j'ai choisi
00:36:52la série The Walking Dead
00:36:54et cette séquence,
00:36:55notamment,
00:36:55où le personnage
00:36:56rentre dans Atlanta
00:36:57entièrement dévasté.
00:36:58Je ne l'ai pas choisi
00:36:59au hasard.
00:37:00C'est qu'en fait,
00:37:01le hasard a fait
00:37:02qu'en réalité,
00:37:03on a été sur une table ronde
00:37:04radio ensemble.
00:37:05Eh oui,
00:37:05sur le...
00:37:07Sur l'Apocalypse,
00:37:08où on a parlé
00:37:09de post-apo,
00:37:10de nos futurs.
00:37:11Et voilà,
00:37:11je voulais mettre
00:37:11une série apocalyptique
00:37:12parce que c'est
00:37:13un genre surdominant,
00:37:15hégémonique
00:37:16en science-fiction maintenant.
00:37:17Et bon,
00:37:18alors,
00:37:18ce n'est pas étonnant,
00:37:19vous avez fait le Moyen-Âge,
00:37:21la peste,
00:37:22etc.
00:37:22Donc,
00:37:22vous avez une petite idée
00:37:23sur ce que c'est
00:37:24que les imaginaires apocalyptiques
00:37:26et je trouvais
00:37:26que c'était intéressant
00:37:27de vous entendre là-dessus.
00:37:29Oui,
00:37:30c'est comme vous le dites,
00:37:32la culture dominante
00:37:33et pour une bonne partie
00:37:35de la jeunesse
00:37:37aujourd'hui.
00:37:38Moi,
00:37:38mon fils,
00:37:39qui a 28 ans maintenant,
00:37:41pour lui,
00:37:41son livre,
00:37:44peut-être pas de chevet,
00:37:46mais son livre fondamental,
00:37:48en fait,
00:37:48pour sa culture politique,
00:37:50c'est La route.
00:37:51C'est-à-dire...
00:37:54Et...
00:37:54Où il y a...
00:37:56Voilà.
00:37:57Et puis La route,
00:37:58c'est vraiment...
00:37:58Il n'y a plus rien.
00:37:59Là, il n'y a plus rien.
00:38:00Là, c'est vraiment...
00:38:01Donc,
00:38:02pour moi,
00:38:03c'est tout à fait...
00:38:04Mais vous en savez infiniment mieux
00:38:06que plus que moi
00:38:07sur ce sujet-là.
00:38:09Ce qui est assez intéressant,
00:38:10c'est de saisir...
00:38:12Enfin,
00:38:12comment dire ?
00:38:14De...
00:38:17de travailler à ce qu'il y a
00:38:20de plus vivant,
00:38:22vivace,
00:38:23énergique
00:38:24dans cette culture post-apocalyptique,
00:38:27ne nous anesthésie pas.
00:38:30C'est-à-dire,
00:38:31demeure effectivement
00:38:32un aiguillon pour l'action.
00:38:34Voilà.
00:38:35C'est-à-dire...
00:38:35Que ce soit pas écrasant.
00:38:36Que ça ne soit pas écrasant.
00:38:38Que ça ne...
00:38:40Que ça n'impose pas
00:38:43une certitude
00:38:44de la fin inéluctable
00:38:46qui nous amènerait
00:38:48à poser les armes,
00:38:50baisser les bras.
00:38:51Voilà.
00:38:52Je pense qu'il y a évidemment
00:38:53dans toute...
00:38:55Voilà.
00:38:56Toute pensée apocalyptique
00:38:59le désir ardent
00:39:01de se donner les moyens
00:39:03de contrarier cet avenir.
00:39:05Mais encore faut-il effectivement
00:39:07qu'on ait la règle du jeu
00:39:08bien en tête.
00:39:09La règle du jeu,
00:39:10c'est que les prophètes de malheur
00:39:12disent le désastre
00:39:14pour pouvoir l'éviter.
00:39:15Et ne souhaitent qu'une chose,
00:39:17c'est d'être démentis par l'avenir.
00:39:19Voilà.
00:39:20Que ça n'arrive pas.
00:39:21Mais pour que ça...
00:39:21Mais d'une certaine manière,
00:39:24toute la difficulté
00:39:26au fond de l'écologie politique,
00:39:28elle est là.
00:39:29C'est-à-dire,
00:39:30comment alerter
00:39:32sur un devenir
00:39:35potentiellement catastrophique
00:39:36sans démobiliser
00:39:38et sans, au fond,
00:39:40produire l'effet inverse.
00:39:42Ce qui n'a pas fonctionné
00:39:43vraiment pour l'instant
00:39:44parce que je ne suis pas sûr
00:39:45qu'il n'y ait aucun pays
00:39:46où le principal parti écologiste
00:39:50soit au pouvoir.
00:39:50Voilà.
00:39:50Je ne suis pas sûr que...
00:39:52Ce qui est quand même
00:39:53très très curieux
00:39:54parce que, par ailleurs,
00:39:55lorsqu'on demande aux gens
00:39:57que ça arrive maintenant
00:40:00en tête de leur préoccupation.
00:40:03C'est-à-dire plus que l'immigration.
00:40:05Donc, d'une certaine manière,
00:40:08la bataille idéologique,
00:40:10elle a été gagnée.
00:40:12Mais, au fond,
00:40:13la traduction politique
00:40:15est encore très déficiente.
00:40:17Pourquoi ?
00:40:18Parce que, je pense que...
00:40:20Voilà.
00:40:22On ne convainc pas
00:40:23que par des données chiffrées,
00:40:27mais aussi par des récits.
00:40:28Bien sûr.
00:40:29Et dans ces récits-là,
00:40:30justement, ça rejoint
00:40:31sur l'appropriation
00:40:32de ces récits
00:40:33parce qu'en fait,
00:40:33eux-mêmes,
00:40:34ils sont tributaires
00:40:34des imaginaires précédents.
00:40:37Et en fait,
00:40:37je ne vais pas partir
00:40:38sur le post-apo au Milan,
00:40:39mais il y a autant
00:40:40des imaginaires
00:40:41pour caricaturer
00:40:43survivalistes américains
00:40:44où, en fait,
00:40:45c'est presque un fantasme
00:40:46même de dire
00:40:46« Ah, tout va s'effondrer,
00:40:47on aura des flingues
00:40:48et ça sera chacun pour soi. »
00:40:50D'ailleurs,
00:40:50je vais vous parler après,
00:40:51mais la lutte
00:40:52du tous contre tous,
00:40:52etc.
00:40:53Avec aussi cette peur de l'autre
00:40:55qu'il y a beaucoup
00:40:55dans le truc du zombie.
00:40:56On a des masses comme ça
00:40:58qui vont nous arriver dessus.
00:41:00Ça touche des trucs
00:41:01très très limites.
00:41:01Autant que dans le post-apo,
00:41:03en réalité,
00:41:03il y a des récits
00:41:04qui montrent des gens
00:41:05qui s'organisent,
00:41:06qui reconstruisent un monde
00:41:07sur d'autres bases,
00:41:08qui dépassent leurs choses.
00:41:09Donc, en fait,
00:41:09ça peut être investi
00:41:10effectivement
00:41:11de différentes manières.
00:41:12Mais ça va justement
00:41:12avec l'extrait d'après.
00:41:14Exactement.
00:41:15Ah bah oui.
00:41:16Évidemment.
00:41:16Je le vois venir,
00:41:17l'extrait d'après.
00:41:18Forcément,
00:41:18vous avez deviné.
00:41:19Ah oui.
00:41:21Mais alors là,
00:41:22je pense qu'il faut
00:41:23que tu le lances
00:41:23un petit peu plus tard.
00:41:24Ah oui, pardon.
00:41:24Oui, pour la régie,
00:41:25c'est pas clair.
00:41:26C'est que nous,
00:41:27on le voit derrière,
00:41:27en fait,
00:41:28on le voyait déjà derrière
00:41:29l'extrait.
00:41:30Donc, pareil,
00:41:31autre,
00:41:32pas série,
00:41:32mais film,
00:41:33pour ce cas-là,
00:41:34pour ce cas-là,
00:41:35Donc, le cop,
00:41:35vous l'avez vu un petit peu ?
00:41:36Oui, bien sûr.
00:41:37Oui, bien sûr.
00:41:37Bien sûr.
00:41:38Très bien.
00:41:38Et là,
00:41:38on pensait plutôt,
00:41:39justement,
00:41:41en tant que chercheur,
00:41:43qu'universitaire,
00:41:44vous parliez de,
00:41:45comment vous avez dit
00:41:45tout à l'heure,
00:41:46d'attaque contre,
00:41:49vous n'avez pas parlé
00:41:49de l'université,
00:41:50mais je ne sais plus,
00:41:51enfin,
00:41:51d'un moment
00:41:51d'anti-intellectualisme.
00:41:52Oui, oui,
00:41:53contre la science,
00:41:53contre les libertés académiques.
00:41:55Ça tombe bien,
00:41:56on a pensé à ça.
00:41:58Je ne sais pas si,
00:41:59sur l'aspect,
00:41:59justement,
00:42:01universitaire,
00:42:01chercheur...
00:42:01D'une certaine manière,
00:42:03on peut aussi,
00:42:03d'abord,
00:42:04rappeler qu'il y avait,
00:42:07il y a dans ce look-up
00:42:09une dimension à la fois
00:42:11très rusée,
00:42:11peut-être cynique aussi,
00:42:12c'est Netflix.
00:42:13Donc,
00:42:14ce sont les scénaristes
00:42:16qui, au fond,
00:42:17sont les plus implacables
00:42:19critiques d'un système
00:42:21qui les nourrit,
00:42:22quand même,
00:42:23et qui décrit précisément,
00:42:25parce qu'eux-mêmes
00:42:26sont dans une situation
00:42:27totalement ambiguë,
00:42:29l'ambiguïté de la situation.
00:42:30C'est Bruno Latour
00:42:33qui avait dit,
00:42:33effectivement,
00:42:34en regardant
00:42:36notre look-up,
00:42:37que,
00:42:37voilà,
00:42:38ça disait le dilemme
00:42:39d'une écologie politique
00:42:40qui pouvait,
00:42:41en même temps,
00:42:42nous faire bailler d'ennuis
00:42:43et nous effrayer.
00:42:46Voilà.
00:42:46Comment on pouvait être,
00:42:47à ce point,
00:42:50apocalyptique
00:42:50et ennuyeux ?
00:42:51Bon,
00:42:51voilà.
00:42:52Donc,
00:42:52il y a quelque chose
00:42:53d'extraordinaire aussi,
00:42:54là-dedans,
00:42:55quand on le revoit.
00:42:57Moi,
00:42:57depuis,
00:42:58je l'ai revu.
00:42:58C'est que,
00:42:59quand même,
00:42:59la scène,
00:43:00celle que vous avez donnée
00:43:01à voir la scène essentielle,
00:43:04c'est la scène
00:43:05que,
00:43:06d'une certaine manière,
00:43:08voilà,
00:43:09mon collègue au Collège de France,
00:43:11Antoine Lilty,
00:43:12qui travaille sur
00:43:13l'Europe des Lumières,
00:43:15il avait montré
00:43:15qu'on fait grand cas
00:43:17des salons,
00:43:18des salons aristocratiques,
00:43:20des salons du XVIIIe siècle,
00:43:22mais dans les salons,
00:43:23on invitait
00:43:24les philosophes,
00:43:26les intellectuels,
00:43:27essentiellement,
00:43:28pour se moquer d'eux.
00:43:29Et c'est le cas,
00:43:30évidemment,
00:43:32sur la plupart
00:43:33des plateaux télé,
00:43:33pas ici,
00:43:34mais sur la plupart
00:43:35des plateaux télé.
00:43:36Et en tout cas,
00:43:37il y a un piège à un moment.
00:43:38Là, ouais.
00:43:39En Régis,
00:43:40on parle trop de ça.
00:43:40On voit bien
00:43:41que c'est une sorte
00:43:43de mise à mort symbolique
00:43:45du langage
00:43:47d'expertise.
00:43:47De l'intellectuel.
00:43:48Ah oui.
00:43:49Qui a l'air
00:43:50totalement ridicule.
00:43:52Et d'une certaine manière,
00:43:53le revoir aujourd'hui
00:43:54à la lueur,
00:43:55effectivement,
00:43:56de la situation trumpiste,
00:43:58dont on serait là encore
00:43:59bien mal inspiré
00:44:00de croire
00:44:01qu'elle ne concerne
00:44:02que les États-Unis,
00:44:03c'est-à-dire
00:44:03une déconsidération générale
00:44:05de la science
00:44:06et de l'autonomie
00:44:08des savoirs
00:44:09que porte l'université,
00:44:11ça fait froid dans le dos.
00:44:13Alors, le suivant,
00:44:14je sais que vous le connaissez,
00:44:15que vous l'avez vu,
00:44:16et pourtant,
00:44:16ce n'est pas grand monde,
00:44:17très honnêtement.
00:44:18Ah oui.
00:44:19Mais moi, je le sais.
00:44:20J'avoue que c'est un petit plaisir.
00:44:22Personnel.
00:44:23C'est un plaisir personnel.
00:44:24Très bien,
00:44:24parce que moi,
00:44:26je vous connais,
00:44:27notamment parce que
00:44:28vous avez participé
00:44:29au Blu-ray
00:44:30de Flesh and Blood,
00:44:31qui est un film
00:44:31de Paul Verhoeven,
00:44:32La chair et le sang,
00:44:32en français.
00:44:33Et mine de rien,
00:44:34je vais vous laisser commenter
00:44:36parce que je sais
00:44:36que c'est un film
00:44:37que vous avez déjà
00:44:38très bien commenté.
00:44:40Et là, il y a tout.
00:44:40Il y a la transition
00:44:41entre les époques,
00:44:42il y a la peste,
00:44:43donc c'est en plus
00:44:44du Moyen-Âge
00:44:45à la Renaissance.
00:44:47À la Renaissance.
00:44:47Voilà, il y a la violence,
00:44:49il y a le pouvoir,
00:44:50il y a le sexe,
00:44:50il y a le progrès.
00:44:52Oui, oui.
00:44:53Depuis, d'ailleurs,
00:44:53il y a eu le dernier duel
00:44:55aussi qui était
00:44:57dans cette même logique.
00:44:58C'est-à-dire que,
00:44:59bon, le Moyen-Âge,
00:44:59il faut quand même que...
00:45:01C'est quand même là
00:45:01le gros Moyen-Âge
00:45:02qui tâche, quoi.
00:45:03C'est un peu crado,
00:45:04mais c'est inévitable.
00:45:05C'est souvent l'image
00:45:05qu'il y a de toute façon
00:45:07du Moyen-Âge
00:45:07où tout le monde
00:45:07était très sale.
00:45:08Voilà, c'est quand même
00:45:10inévitable et d'une certaine
00:45:11manière, ça donne...
00:45:13Enfin, je veux dire,
00:45:13de toute façon,
00:45:13cette imaginaire cinématographie
00:45:15qui nous précède
00:45:16et on n'aura jamais
00:45:18raison contre lui.
00:45:19Ça, c'est vraiment
00:45:21pour moi des films
00:45:23importants parce que,
00:45:25parce que là encore,
00:45:27on parle de ça,
00:45:28on parle de culture populaire.
00:45:30Je veux dire,
00:45:30à quoi ça sert
00:45:31de se rédire
00:45:32et de dire
00:45:33« Ah non, non, non,
00:45:33ça ne s'est pas passé
00:45:34comme ça, machin ».
00:45:35Il faut quand même
00:45:36faire un peu du judo.
00:45:37C'est-à-dire,
00:45:37notre Moyen-Âge,
00:45:39notre Moyen-Âge imaginaire,
00:45:41c'est celui-là.
00:45:42Pourquoi ?
00:45:43On en a besoin.
00:45:44On en a besoin,
00:45:45pourquoi ?
00:45:45Pour dire quelque chose
00:45:46de nous.
00:45:47De nous en tant que...
00:45:50Comme vous le dites,
00:45:51on n'est plus très sûr
00:45:53d'être ferme
00:45:55sur nos appuis
00:45:55d'une société de progrès.
00:45:57Donc, tout cela,
00:45:59effectivement,
00:45:59nous intéresse.
00:46:00Mais bon,
00:46:02voilà,
00:46:02on pourrait faire
00:46:03la même chose
00:46:04avec des samouraïs japonais
00:46:06ou avec ce que Tarantino
00:46:08en fait.
00:46:08C'est-à-dire que,
00:46:09fondamentalement,
00:46:10il y a quand même
00:46:11dans,
00:46:13disons,
00:46:14cet imaginaire
00:46:15de la culture populaire,
00:46:17une ressource
00:46:17d'intelligibilité
00:46:19pour aujourd'hui.
00:46:20Et la dernière image
00:46:21qu'on avait envie
00:46:22de vous montrer,
00:46:23c'est une série
00:46:25en trois épisodes
00:46:26qui est sortie
00:46:27il y a quelques jours
00:46:29sur Netflix
00:46:29mais qui a beaucoup fait parler,
00:46:31je ne sais pas
00:46:31si vous l'avez vue,
00:46:32la série sur Bertrand Quanta
00:46:34et sur l'art père Quanta.
00:46:35Vous l'avez vue.
00:46:36Je me demandais
00:46:37si vous l'aviez déjà consultée
00:46:39ou pas parce que...
00:46:41Alors,
00:46:41avant de vous poser ma question,
00:46:43j'ai peut-être envie
00:46:43de vous demander d'abord
00:46:44qu'est-ce que vous,
00:46:45vous en avez pensé
00:46:47de manière un petit peu générale
00:46:50et notamment,
00:46:51j'oriente quand même
00:46:52un petit peu votre question,
00:46:53sur les images inédites
00:46:55de Bertrand Quanta
00:46:56parce que c'est aussi ça,
00:46:57cette histoire,
00:46:58elle est vieille,
00:46:58mais les images
00:46:59de Bertrand Quanta
00:47:00qui se fait auditionner
00:47:01par la police
00:47:03sur place à Vilnius,
00:47:04c'est des images
00:47:05qui n'avaient jamais été vues
00:47:06auparavant
00:47:06et qui, je crois,
00:47:08ont un impact
00:47:10vraiment important
00:47:11sur le téléspectateur,
00:47:12la téléspectatrice.
00:47:13Est-ce que vous êtes d'accord
00:47:14avec moi ?
00:47:15Je suis tout à fait d'accord
00:47:16avec vous.
00:47:17Je ne pensais même pas
00:47:17que c'était possible
00:47:18en fait de voir
00:47:19des images comme ça.
00:47:20Alors en France,
00:47:20je crois que soit
00:47:21ce n'est pas filmé,
00:47:22soit on n'y a jamais accès.
00:47:23Voilà.
00:47:23C'est parce que
00:47:24ça n'était pas en France
00:47:25que Netflix y a eu accès,
00:47:27il me semble.
00:47:28Moi, je trouve que,
00:47:29alors, je l'ai vu,
00:47:32ce n'est pas un moment agréable.
00:47:35C'est le moins
00:47:35qu'on puisse dire.
00:47:36L'ensemble de la série,
00:47:37vous voulez dire
00:47:37où c'est passé ?
00:47:38Non, non,
00:47:38l'ensemble de la série,
00:47:40bon, je ne sais pas
00:47:41à moi de juger
00:47:42et ça n'a aucune importance,
00:47:43mais je trouve que
00:47:44sur le plan,
00:47:45disons,
00:47:46de la narration
00:47:48et de la rigueur,
00:47:49ce n'est pas totalement
00:47:51irréprochable,
00:47:52c'est-à-dire qu'il y a
00:47:52certains...
00:47:53Sur quoi, par exemple ?
00:47:58Il y a peut-être
00:47:58des images,
00:48:00pas celles-là,
00:48:01mais des images,
00:48:03voilà,
00:48:04de l'enterrement
00:48:05qu'on n'est pas obligé
00:48:07de voir aujourd'hui
00:48:08et ce n'est vraiment
00:48:10pas une question morale,
00:48:11c'est plutôt
00:48:11une question de décence.
00:48:13Voilà.
00:48:16mais l'essentiel,
00:48:17au fond,
00:48:18c'est de comprendre
00:48:19pour un historien
00:48:21comment,
00:48:22comme moi,
00:48:23comment,
00:48:25comment on est,
00:48:26comme le disait Marc Bloch,
00:48:28les fils de notre temps.
00:48:30Et ça ne veut pas dire
00:48:31simplement
00:48:31qu'on n'est plus
00:48:33au Moyen-Âge,
00:48:34c'est-à-dire qu'on n'est plus
00:48:35il y a 20 ans,
00:48:37on n'est plus
00:48:37il y a 20 ans.
00:48:38Et là,
00:48:39c'est un...
00:48:40c'est une série
00:48:41qu'on doit voir
00:48:42pour faire son examen
00:48:44de conscience.
00:48:45C'est ça,
00:48:45d'ailleurs,
00:48:46qui est absolument
00:48:47passionnant
00:48:47dans notre époque,
00:48:50inquiétante
00:48:51mais passionnante,
00:48:52c'est qu'au fond,
00:48:53ça nous amène
00:48:53à faire retour
00:48:54sur notre vie.
00:48:55Oui,
00:48:56parce que c'est
00:48:56il n'y a pas si longtemps.
00:48:57Mais non,
00:48:57quand on est un homme,
00:48:59en l'occurrence,
00:49:00ça vous parle,
00:49:01bien sûr,
00:49:02qu'on revisite notre vie.
00:49:04On se demande
00:49:04si tout a été
00:49:06aussi bien
00:49:07qu'on le pense.
00:49:07et on a été...
00:49:09Voilà,
00:49:09si on s'est conduit
00:49:11de manière convenable.
00:49:16Là,
00:49:18qu'est-ce que raconte
00:49:20cette série ?
00:49:21On voit très bien
00:49:22qu'il y a un système.
00:49:28Malheureusement,
00:49:29pour Quanta,
00:49:30ceux qui le défendent
00:49:31dans le film
00:49:32ne le défendent pas très bien.
00:49:34Ou alors,
00:49:35on comprend
00:49:36un peu trop
00:49:37de quoi il s'agit.
00:49:39C'est-à-dire,
00:49:39effectivement,
00:49:40de défendre...
00:49:42Du boy's club.
00:49:43Voilà.
00:49:43À la fois ça,
00:49:44à la fois le boy's band
00:49:46et puis l'industrie
00:49:48de la musique.
00:49:49Voilà.
00:49:49C'est quand même
00:49:50quelqu'un qui vendait
00:49:51plus d'albums
00:49:52que Johnny Hallyday.
00:49:53Bon.
00:49:53Donc ça,
00:49:54on le comprend très bien.
00:49:55Et on comprend
00:49:56un certain état
00:49:57de la presse.
00:50:00Mais on aurait tort
00:50:01de s'exonérer
00:50:03de cette prise de conscience.
00:50:05Voilà.
00:50:06c'est-à-dire que,
00:50:08voilà,
00:50:08là,
00:50:12voir ce film,
00:50:14se souvenir
00:50:15de ce qu'on en pensait,
00:50:19chacun faisant son examen
00:50:21de conscience
00:50:21de son côté,
00:50:22moi,
00:50:22je ne donne pas
00:50:23de leçons
00:50:23à quiconque,
00:50:25c'est quand même
00:50:26éprouver
00:50:27le passage du temps.
00:50:28Voilà.
00:50:30ça ne veut pas dire
00:50:31que certains
00:50:32ne sont pas plus
00:50:34responsables
00:50:34que d'autres.
00:50:35Mais quand même,
00:50:37il y a eu du bouger,
00:50:38quoi.
00:50:40Ne serait-ce que
00:50:40pour une raison simple.
00:50:42c'est extraordinaire.
00:50:43C'est qu'il y avait
00:50:44un mot qui n'existait pas,
00:50:46c'était féminicide.
00:50:47Bien sûr.
00:50:47Voilà.
00:50:48Et donc,
00:50:48ça nous paraît fou.
00:50:50Mais ce mot
00:50:51n'existait pas.
00:50:55il y avait
00:50:56des crimes passionnels.
00:50:57Vous savez
00:50:58ce que je trouve
00:50:58très intéressant
00:50:59aussi avec cette série ?
00:51:01Alors,
00:51:01évidemment,
00:51:02moi,
00:51:02j'ai l'âge que j'ai
00:51:03et le parcours que j'ai,
00:51:04mais j'avais
00:51:06un peu moins de 15 ans
00:51:07quand Marie Tratignan
00:51:09est assassinée.
00:51:10Mes parents
00:51:10n'écoutent pas spécialement
00:51:12Noir Désir
00:51:13et j'apprends
00:51:14et je comprends
00:51:15au fur et à mesure
00:51:16que je grandis
00:51:17et puis que mon parcours
00:51:18féministe se fait
00:51:19qu'effectivement,
00:51:20elle a été assassinée.
00:51:21Je n'avais jamais
00:51:22entendu parler
00:51:23de Christina Raddy.
00:51:25Et en fait,
00:51:25c'est avec ce documentaire-là
00:51:26que j'accède
00:51:27à cette seconde partie
00:51:28de l'histoire
00:51:29qui est absolument cruciale
00:51:30et je suis sûre
00:51:30que je ne suis pas la seule.
00:51:31Non, non.
00:51:32Et donc...
00:51:33Elle veut préciser peut-être...
00:51:35Oui, Christina Raddy,
00:51:35du coup,
00:51:36c'est la femme
00:51:37initialement
00:51:38de Bertrand Cantat
00:51:39que Bertrand Cantat quitte
00:51:40quand elle est encore enceinte
00:51:42ou qu'elle vient d'accoucher
00:51:43pour Marie Tratignan
00:51:45qui vient témoigner
00:51:46à son procès
00:51:47qu'il n'est pas violent.
00:51:49Ça,
00:51:49on le comprend bien
00:51:50dans le film
00:51:50qui a joué un vrai rôle
00:51:51dans le fait
00:51:52qu'il prenne aussi peu
00:51:53d'années de prison
00:51:53et qui, en fait,
00:51:54se suicide
00:51:55quelques années
00:51:56après sa sortie de prison
00:51:57et on comprend
00:51:58qu'il faisait
00:51:58des tas de violences
00:51:59avec elle aussi
00:52:02et du coup,
00:52:03qu'il n'y ait pas
00:52:04qu'une femme qui meurt
00:52:06mais finalement deux,
00:52:08qu'on voit la mise en place
00:52:10vraiment d'une violence
00:52:12très large,
00:52:13très installée
00:52:14du coup,
00:52:14dans la vie de Cantat.
00:52:16Je me dis,
00:52:17mais ça,
00:52:17c'est vraiment
00:52:18le pouvoir d'une série
00:52:19et le pouvoir de Netflix
00:52:21parce que c'est des choses
00:52:22que beaucoup savaient
00:52:23mais qui n'étaient pas populaires
00:52:25au point
00:52:26que la série
00:52:27est en train de...
00:52:27Avec tous ses défauts
00:52:28parce que j'entends
00:52:29le côté sensationnaliste
00:52:30et tout
00:52:30que vous avez pu dire.
00:52:31Et en plus,
00:52:32comme vous le dites justement,
00:52:33c'est vrai que les vrais,
00:52:34outre les images
00:52:39du juge à Vilnius,
00:52:42la série,
00:52:43elle,
00:52:44éclaire très crûment,
00:52:45très cruellement
00:52:46l'après
00:52:47mais aussi l'avant.
00:52:50C'est-à-dire que maintenant,
00:52:51on a effectivement,
00:52:53on a malheureusement
00:52:54l'histoire en entier
00:52:56et elle est terrible
00:52:57et elle est aussi terrible
00:52:59pour nous collectivement.
00:53:01Voilà.
00:53:02Moi, je suis bien plus vieux
00:53:03que vous
00:53:04donc j'étais en âge
00:53:05d'être,
00:53:06voilà,
00:53:07d'aimer incroyablement
00:53:10ce que Marie Trintignant
00:53:12représentait
00:53:13mais Bertrand Quentin,
00:53:15c'était une idole.
00:53:18Oui, une idole de gauche.
00:53:19Oui.
00:53:20En plus.
00:53:21Donc,
00:53:25je ne veux pas dire
00:53:26que c'est tragique
00:53:27parce que le tragique,
00:53:29dans le tragique,
00:53:30on me dit
00:53:32Giraudoux,
00:53:33Antigone a raison
00:53:34et Créon n'a pas tort.
00:53:35Donc,
00:53:35ça veut dire
00:53:36que le tragique
00:53:37ne rend pas possible
00:53:40l'assignation
00:53:41d'une responsabilité.
00:53:42Mais,
00:53:43c'est le tragique
00:53:44de l'histoire.
00:53:44Pour moi,
00:53:45c'est le tragique
00:53:46de l'histoire.
00:53:46Ça ne veut pas dire
00:53:46qu'il n'y a pas
00:53:47des responsables
00:53:47très lourdement
00:53:48mais c'est le tragique
00:53:49de l'histoire
00:53:50et d'une histoire
00:53:51qui effectivement
00:53:51nous change,
00:53:52nous change
00:53:54tragiquement.
00:53:56après,
00:53:57vous parlez de progrès,
00:53:59l'idée que,
00:54:00aujourd'hui,
00:54:02ça,
00:54:03je pense que,
00:54:04vraiment,
00:54:06ça choque
00:54:07beaucoup de monde.
00:54:09Oui,
00:54:09elle a beaucoup tourné,
00:54:10cette série.
00:54:10C'est pour ça
00:54:11qu'on voulait la montrer.
00:54:11l'idée qu'aujourd'hui,
00:54:14vous m'interrogiez
00:54:15sur le sexe
00:54:16et l'amour
00:54:18et du pouvoir,
00:54:19donc la question
00:54:20de la domination,
00:54:21enfin,
00:54:21aujourd'hui,
00:54:23dire,
00:54:23oui,
00:54:23il l'a tué
00:54:24parce qu'il l'a trop aimé,
00:54:25non,
00:54:26ça,
00:54:26c'est pas possible.
00:54:26Ça,
00:54:27c'est vraiment pas possible.
00:54:29Oui,
00:54:29puis même,
00:54:30je pense que ça va se voir
00:54:31aussi sur,
00:54:32le fait que ça arrive maintenant,
00:54:33du coup,
00:54:34il y a longtemps,
00:54:34moi,
00:54:34j'étais ado à ce moment-là,
00:54:36je pense que quelqu'un
00:54:37qui est ado maintenant
00:54:38et qui voit ça
00:54:40doit se dire,
00:54:41mais vous étiez fous,
00:54:42quoi,
00:54:43enfin,
00:54:43c'est pas possible de,
00:54:45enfin,
00:54:45j'imagine,
00:54:46quand je repense à cette affaire,
00:54:48comment la réaction médiatique
00:54:50et tout le déroulé autour
00:54:52peut être choquant à voir
00:54:55et tant mieux
00:54:55pour des nouvelles générations
00:54:58et ça,
00:54:58effectivement,
00:54:59c'est que quelque chose
00:55:00a évolué,
00:55:01a évolué dans le bon sens.
00:55:03Est-ce que ça te va
00:55:04si on s'en arrête là,
00:55:05Benjamin ?
00:55:06Oui,
00:55:07oui,
00:55:07ok.
00:55:07C'est bon pour toi
00:55:08parce que,
00:55:09comme on a déjà parlé
00:55:10des États-Unis
00:55:11et des...
00:55:11Oui,
00:55:12très bien.
00:55:13Tout à l'heure,
00:55:14si ça te va,
00:55:14mais par contre,
00:55:15on vous avait,
00:55:16alors je ne sais pas
00:55:16à quel point
00:55:16on vous avait transmis
00:55:17l'information ou pas,
00:55:18de faire une recommandation.
00:55:19Est-ce que,
00:55:20une recommandation culturelle,
00:55:21mais ce qu'on va faire,
00:55:23c'est qu'on va d'abord
00:55:23faire les nôtres,
00:55:24comme ça,
00:55:24ça vous laisse le temps
00:55:25d'en trouver une.
00:55:26D'accord,
00:55:26mais je vais vous inspirer.
00:55:28Parce qu'on s'est dit
00:55:29qu'on avait absolument
00:55:30envie de vous entendre
00:55:31sur,
00:55:32voilà,
00:55:32d'avoir une recommandation
00:55:33culturelle de votre part.
00:55:34Donc je t'en prie,
00:55:35mon cher Jean,
00:55:36tu peux commencer.
00:55:37Alors pour une fois,
00:55:37en plus,
00:55:37je l'ai amené,
00:55:38je ne sais plus
00:55:38ce que c'est la caméra.
00:55:39Je viens de lire ce livre
00:55:41qui s'appelle en français
00:55:41Chacun pour soi,
00:55:42mais qui a un titre
00:55:43beaucoup plus drôle
00:55:44en version originale
00:55:45qui s'appelle
00:55:46Libertarian Walks into a Bear,
00:55:48donc un jeu de mots
00:55:48entre un libertarien
00:55:49rentre dans un bar,
00:55:50dans une blague,
00:55:51et tombe nez à nez
00:55:52avec un ours.
00:55:53Et c'est une histoire
00:55:54d'une communauté idéale
00:55:56de libertariens,
00:55:58donc ces ultra-libéraux,
00:56:00extrémistes
00:56:00qu'il y a beaucoup
00:56:01aux États-Unis
00:56:02et qui ont un courant
00:56:03de pensée
00:56:03et qui ne fait pas
00:56:05que des petites communautés,
00:56:06c'est-à-dire qu'il y a
00:56:07un flux dans la Silicon Valley
00:56:08chez Elon Musk,
00:56:09etc.,
00:56:09vont essayer de faire
00:56:10leur communauté idéale
00:56:11dans un petit village
00:56:12du New Hampshire
00:56:14en essayant comme ça
00:56:15de peser
00:56:16en débarquant tous là-bas
00:56:17et ça ne se passe pas
00:56:19très bien
00:56:19et notamment parce qu'il y a
00:56:21des histoires d'ours,
00:56:22mais je ne vais pas griller
00:56:24et ce n'est pas une fiction,
00:56:26c'est une enquête journalistique
00:56:28donc c'est hyper intéressant
00:56:29avec des ours,
00:56:30il y a énormément d'ours
00:56:31dans ce livre,
00:56:33il y a des galeries
00:56:33de personnages
00:56:34qui sont extraordinaires
00:56:35et ça se lit
00:56:37comme un roman.
00:56:38Le journaliste
00:56:38est hyper drôle,
00:56:40il y a des choses
00:56:41terrifiantes dedans,
00:56:42vraiment,
00:56:43mais en même temps
00:56:43c'est tellement grotesque,
00:56:45farceux, sinistre,
00:56:46j'aime bien ce truc-là
00:56:48et il y a des galeries
00:56:50de personnages
00:56:50tous plus zinzins
00:56:54ou originaux
00:56:56les uns que les autres
00:56:57et qui décrivent aussi
00:56:57une Amérique un peu rurale
00:56:59parce que ce qu'on comprend aussi
00:57:00c'est qu'ils vont parler
00:57:01n'importe où
00:57:01et qu'il y a une histoire
00:57:02justement de cet endroit
00:57:04et qui infuse quelque chose
00:57:06et c'est vraiment
00:57:07une enquête géniale
00:57:09et qui est vraiment
00:57:10ultra divertissante.
00:57:12Je sais que les enquêtes
00:57:13ne sont pas obligées
00:57:13d'être divertissantes
00:57:15notamment dans le journalisme
00:57:16mais moi j'aime bien
00:57:16quand il y a des personnages rigolos
00:57:18et qu'il y a des blagues
00:57:19donc je le conseille,
00:57:20c'est extrêmement bien écrit
00:57:21et c'est arrivé en français
00:57:23il n'y a pas très longtemps
00:57:23aux éditions Arto,
00:57:25que je ne connaissais pas
00:57:25mais ça faisait longtemps
00:57:26que je l'attendais en français.
00:57:28Moi j'ai envie de vous recommander
00:57:29deux choses.
00:57:30La première, le film
00:57:31Lee Miller
00:57:32qui est sorti il y a quelque temps
00:57:33déjà au cinéma
00:57:34mais qui est désormais disponible
00:57:35sur Canal+,
00:57:36si jamais vous l'avez manqué
00:57:37avec Kent Winslet
00:57:39dans le rôle principal
00:57:41qui revient en fait
00:57:42sur la vie d'une femme
00:57:43qui est totalement méconnue
00:57:44en France
00:57:45mais qui est assez extraordinaire.
00:57:46Une femme vraiment
00:57:47une affranchie
00:57:48qui naît au début
00:57:51du siècle dernier
00:57:52et qui est mannequin,
00:57:55qui est photographe
00:57:55et qui fait partie
00:57:56des premières photographes
00:57:57à vouloir absolument
00:57:59aller sur le front
00:58:00pendant la libération
00:58:01et surtout
00:58:03quand la France
00:58:04n'est pas encore libérée d'ailleurs.
00:58:05Elle va à Saint-Malo
00:58:06et puis elle fait partie
00:58:07des premières
00:58:07à découvrir
00:58:08les camps de concentration
00:58:09et on revit avec elle
00:58:11la découverte
00:58:12d'un camp de concentration.
00:58:14C'est particulièrement dur
00:58:15ce moment-là dans le film
00:58:16mais franchement
00:58:16l'histoire est incroyable
00:58:18et c'est génial
00:58:19de pouvoir avoir accès
00:58:20à ce genre de profil-là maintenant.
00:58:22Et un autre livre
00:58:24que je viens de lire
00:58:25donc celui de Anouk Grimbert
00:58:26qui est tout juste sorti
00:58:28qui s'appelle Respect
00:58:29qui est particulièrement dur
00:58:31si vous n'êtes pas
00:58:31dans une très bonne forme.
00:58:33Franchement passez-vous
00:58:34de ce livre-là.
00:58:35Lisez-le à un moment
00:58:36où vous allez bien
00:58:36parce qu'elle raconte
00:58:37notamment le viol
00:58:39et l'inceste
00:58:40qu'elle a pu subir
00:58:41et puis la relation toxique
00:58:44avec Bertrand Blier
00:58:45et la grande violence
00:58:47surtout de Bertrand Blier.
00:58:49mais en même temps
00:58:50elle raconte ça
00:58:50avec une plume
00:58:51qui est vraiment
00:58:54de qualité.
00:58:55C'est un faible mot
00:58:56et quand on voit
00:58:57la parole
00:58:57et la place
00:58:58qu'est en train de prendre
00:58:59Anouk Grimbert
00:59:00dans le mouvement
00:59:01de libération de la parole
00:59:02et notamment
00:59:03dans le milieu
00:59:03de la culture
00:59:03et du cinéma
00:59:05franchement
00:59:05c'est très très fort
00:59:07comme livre
00:59:08et c'est très touchant
00:59:09donc je vous invite
00:59:10vraiment à découvrir
00:59:12donc Respect.
00:59:14Patrick Beaucheron
00:59:14est-ce que vous avez
00:59:16des recommandations
00:59:16à vous faire ?
00:59:17Vous avez le droit aussi
00:59:17que ce soit un film
00:59:19une série
00:59:19vous avez le droit à tout ?
00:59:20Oui pourquoi pas
00:59:21parce que
00:59:24je suis un garçon influençable
00:59:26donc c'est ce que j'ai vu
00:59:27hier soir
00:59:29mais je l'ai vu d'ailleurs
00:59:30parce que je devais faire
00:59:31une émission dessus
00:59:32mais ça m'a ébloui
00:59:33c'est le film de Chris Marker
00:59:35alors vous allez me dire
00:59:36c'est un vieux truc
00:59:36oui Chris Marker
00:59:381962
00:59:38j'étais même pané
00:59:40ne me parlez pas de nostalgie
00:59:42j'étais carrément pané
00:59:43ça s'appelle
00:59:44le joli mai
00:59:46c'est sur mai 1962
00:59:48à Paris
00:59:49c'est une
00:59:50il ressort sur les écrans
00:59:53en version
00:59:55de cinéma
00:59:56en version restaurée
00:59:59en 1962
01:00:00en même temps
01:00:01il fait ce cinéma vérité
01:00:03où il va faire
01:00:04le portrait de Paris
01:00:06en son premier printemps de paix
01:00:09voilà
01:00:09c'est après les accords
01:00:10d'Evian
01:00:11et il va
01:00:12très longuement
01:00:13demander aux gens
01:00:15comment ils vont
01:00:16comment ils vivent
01:00:17et ces gens
01:00:18ce sont
01:00:18des ouvriers
01:00:20des boursicoteurs
01:00:22des algériens
01:00:23la première fois
01:00:24qu'on voit
01:00:24un ouvrier algérien
01:00:26la première fois
01:00:26qu'on voit
01:00:27un immigré du Dahomey
01:00:29le Bénin
01:00:29actuel
01:00:30et c'est
01:00:31Yves Montand
01:00:33qui en fait
01:00:34magnifiquement
01:00:35la voix off
01:00:36il y a quelque chose
01:00:37d'incroyable
01:00:37c'est la même chose
01:00:38la même année
01:00:39que La Jetée
01:00:40qui est un film culte
01:00:43mais une fiction
01:00:44là c'est du cinéma
01:00:46vérité
01:00:46et
01:00:48on se dit
01:00:49mais c'est pas possible
01:00:50ces gens là
01:00:50ne pensent qu'à eux
01:00:51en fait
01:00:52ils ne pensent
01:00:52qu'à leur bonheur individuel
01:00:55et quand on leur demande
01:00:56de parler politique
01:00:57il y a eu Charonne
01:00:58il y a l'OAS
01:01:00il y a la crise
01:01:02des fusées à Cuba
01:01:07ils ont l'air
01:01:08totalement dépolitisés
01:01:09ils ne veulent pas
01:01:11entendre parler
01:01:11d'engagement politique
01:01:12alors on se dit
01:01:13les mois de mai
01:01:16les autres mois
01:01:17on est en 1962
01:01:18c'est à venir
01:01:19plus tard
01:01:22Chris Marker
01:01:23va filmer
01:01:24le fond de l'air
01:01:26est rouge
01:01:26mais il y a autre chose
01:01:27il y a aussi le fait
01:01:28qu'à un moment donné
01:01:30on comprend
01:01:30que ce qu'on prend
01:01:31pour de l'indifférence
01:01:32est en fait
01:01:33de la pudeur
01:01:34c'est à dire que
01:01:38ces gens
01:01:39et en particulier
01:01:40quand ils sont humbles
01:01:41et on en voit
01:01:42dès qu'ils sont relogés
01:01:44des bidonvilles
01:01:45vers les grands ensembles
01:01:47de Sarcelles
01:01:47du point de vue urbain
01:01:48c'est absolument
01:01:49c'est un film
01:01:51magnifique
01:01:53ils n'ont pas envie
01:01:54de parler de politique
01:01:55devant une caméra
01:01:57on n'est pas
01:01:57autant des réseaux sociaux
01:01:59on est en 1962
01:02:01et quelque chose
01:02:03se trame
01:02:03à la fin
01:02:04on voit des visages
01:02:06on ne peut pas spoiler
01:02:06non non
01:02:07mais quelque chose
01:02:08se trame
01:02:09une inquiétude
01:02:11qui est la nôtre
01:02:12en fait
01:02:12aujourd'hui
01:02:13j'ai trouvé
01:02:14ce film saisissant
01:02:17très bien
01:02:18merci beaucoup
01:02:18merci
01:02:19merci beaucoup
01:02:20pour cette recommandation
01:02:21et merci d'avoir accepté
01:02:22notre invitation
01:02:23et de venir
01:02:25dans les locaux
01:02:26de l'humanité
01:02:27c'est parti
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