00:00Qu'est-ce qu'il y a de profondément pernicieux dans l'idée de backlash,
00:05qui est en train de gagner beaucoup de terrain,
00:09qui a une facilité de penser, de dire « c'est un retour du balancier »,
00:13c'est normal, on a été très loin.
00:15Ah bon, on a été très loin ? Mais ça ne fait que commencer.
00:18On a été très loin en France, dans le mouvement MeToo,
00:24mais ça ne fait que commencer.
00:26Ça serait bien inconséquent, encore une fois, de dire
00:29« bon, allez, maintenant, on retourne chacun à la maison,
00:33on retourne dans ses pénates, parce qu'il faut bien reconnaître qu'il y a eu des excès,
00:36mais pas du tout. »
00:38Et ça, c'est évidemment quelque chose qui est très lié à la situation américaine,
00:43où, si on n'y prend pas garde, va effectivement,
00:47de manière insidieuse et lancinante, s'imposer cette petite musique,
00:52que finalement, quand même, Trump, ok, très bien, c'est bien regrettable,
00:58mais enfin, on a quand même été bien loin dans le wokisme.
01:01Mais c'est une plaisanterie.
01:03Alors, bien sûr qu'il ne faut pas se dire « non, non, mais il y a des droits acquis,
01:06c'est bien, vous avez déjà obtenu beaucoup de choses ».
01:08Non, non, pas du tout.
01:09En même temps, j'ai eu la chance, il y a quelques semaines,
01:14d'interroger Michel Perrault, grande historienne du mouvement ouvrier et du féminisme,
01:25qui, à son âge, 97 ans, dit « mais je ne dis pas que les droits acquis le sont pour
01:32toujours,
01:33je dis qu'on arrive toujours à rejoindre l'endroit de progrès qu'on a atteint à un moment donné
01:40».
01:40Voilà, c'est-à-dire qu'il y a effectivement des reflux, mais ce qui est gagné, à un moment
01:45donné,
01:45n'est pas gagné en vain.
01:47On le retrouvera.
01:49Voilà.
01:49Ça ne veut pas dire qu'on doit s'en contenter, mais ça veut dire que il y a,
01:53c'est ce que j'appelle l'optimisme de méthode,
01:55sur le problème des discriminations, sur le problème des inégalités,
01:59sur le problème des injustices, de genre, de race, mais ça ne fait que commencer.
02:04Et donc, ça serait tout à fait funeste de se laisser prendre par ce discours,
02:10cette facilité de discours du backlash.