00:00Toi, Julia, là, dans les faits qui t'ont choqué cette semaine et qui nous ont toutes choquées, je pense,
00:04c'est que Apple et Google, eux, pour le 8 mars, ils ont décidé de le supprimer, leur calendrier.
00:10C'est-à-dire qu'on ne voit plus journée internationale de lutte pour les droits des femmes sur les
00:13calendriers Apple et Google.
00:15Ouais, carrément. Comme un petit air de backlash, là.
00:19Effectivement, pour Google comme Apple, d'ailleurs, cette suppression qui s'accompagne de celle du mois de la fierté
00:25ou encore de celle du mois de l'histoire des Noirs.
00:29Par exemple, parce qu'il y en a plein d'autres, évidemment, ça ne doit rien au hasard.
00:33Alors, officiellement, il s'agit de simplification.
00:37C'est l'argument officiel qu'ils ont balancé.
00:39Pourquoi le jour de la marmotte n'a pas échappé, dans ce cas, à la purge ?
00:44Ça, c'est un peu mystère.
00:46Enfin, mystère.
00:46En réalité, c'est un mouvement de fond, puisque la multinationale tentaculaire Google
00:52a aussi annoncé la suppression de ces programmes de lutte contre les discriminations.
00:56Les fameux programmes DUI, vous en avez sans doute entendu parler.
01:00DUI, ça veut dire diversité, égalité, inclusion.
01:03Ces programmes-là, ils les ont supprimés dans la foulée de l'investiture de Donald Trump,
01:07à laquelle les patrons de Google comme d'Apple, d'ailleurs, ont assisté au premier rang.
01:13Et alors, puisqu'on parle du backlashiste en chef,
01:17on peut se rappeler que de ce côté de l'Atlantique, on n'y échappe pas non plus,
01:20malheureusement, puisqu'il a inspiré, cette fois-ci, les identitaires
01:23qui ont prétendu faire main basse ce week-end sur nos cortèges.
01:26Et oui, make feminism great again !
01:29Oui, c'est ça.
01:30Vous pardonnez l'accent.
01:32C'est le slogan qu'a choisi le collectif Nemesis pour ce week-end,
01:36celui de Donald Trump, qui se vante, rappelons-le,
01:39de pouvoir attraper les femmes par la chatte.
01:42Une méga classe.
01:44Très très classe.
01:45Et donc, au-delà de ça, au-delà de cette formule,
01:48il revendique ouvertement, évidemment, une société pensée par et pour les hommes,
01:52les hommes blancs, riches et réacs.
01:54Ça, ça va de pair pour lui.
01:56Non seulement, ces pseudo-féministes-là, elles ont tenté de s'incruster,
02:00mais au-delà, elles tentent de s'approprier la lutte pour l'égalité et l'émancipation,
02:05et tout ça pour la vider de sa substance, grosso modo,
02:08vendre leur soupe xénophobe et servir la cause du patriarcat.
02:13Pardon, j'ai même du mal à le commencer.
02:16Ça reste là.
02:21Elles font partie, ces pseudo-féministes du collectif Nemesis,
02:24de ce que la chercheuse Sarah Erfahis nomme les fémo-nationalistes.
02:30On en a déjà parlé la dernière fois, je ne sais pas si vous vous souvenez,
02:32mais en gros, leur truc, c'est de prétendre que le problème des femmes,
02:36ce sont les étrangers, surtout s'ils sont musulmans d'ailleurs.
02:39Et ça, à grand renfort de fake news, comme avec le concept zémouriste de francocide.
02:45D'ailleurs, Sarah Knafow était parmi elles ce week-end à la manif.
02:49Ou encore, quand elles prétendent dénoncer toutes les violences faites aux femmes,
02:53mais instrumentalisent à fond les affaires qui impliquent des étrangers.
02:57Or, souvenez-vous, ce sont les chiffres du ministère de l'Intérieur,
03:0191% des viols, par exemple, sont commis par des hommes connus de leurs victimes.
03:06Bref, face à la haine, la sororité.
03:09Exactement, c'est le message d'ailleurs envoyé par les syndicats, les collectifs,
03:13les associations à l'origine de la grève féministe,
03:16mais aussi par les 250 000 personnes, puisqu'on n'en a pas encore parlé,
03:20mais il y avait du monde, effectivement, qui ont dénoncé dans la rue cette instrumentalisation.
03:24Une instrumentalisation, par ailleurs défendue par le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau,
03:29qui a soutenu, alors ça commence à faire beaucoup, on commence à avoir l'habitude,
03:33la présence de groupuscules dans les cortèges.
03:35Un groupuscule, oui, parce que pour info, même quand on revendique 300 membres,
03:39on n'est pas une organe masse.
03:40Et je crois que tu voulais aussi nous parler d'une autre opération, une opération diversion.
03:45Oui, alors rien à voir, enfin, quoique.
03:48En tout cas, là, ça a tout à voir avec le patronat.
03:50Au-delà de la simple éternelle journée de la femme,
03:54qu'on entend encore, malheureusement, même si ça a tendance à reculer
03:57sous la lutte acharnée des féministes.
04:00Les roses le faire repasser.
04:03Pardon ?
04:03Les roses le faire repasser.
04:05Exactement, c'est là où je voulais en venir,
04:07parce que sauf si votre entreprise s'est mise au purple washing
04:11à grand renfort de goodies violets,
04:13vous avez peut-être encore eu le droit à la fameuse rose,
04:15effectivement, offerte par le patron.
04:17Eh bien, figurez-vous que cette histoire de...
04:20Allumant, on ne fait pas ça, hein ?
04:22Et pourtant, ceci dit, avec ce que je vais vous raconter,
04:26peut-être que ça pourrait se réfléchir,
04:27parce que cette histoire de roses,
04:29symbole de l'éternel féminin par excellence pour les chargées
04:32comme encore de trop nombreuses boîtes,
04:34eh bien, des femmes l'ont retournée il y a déjà plus d'un siècle.
04:37C'est ainsi que la grève des ouvrières de Lawrence aux États-Unis en 1912
04:42est restée dans la mémoire du mouvement ouvrier
04:44sous le nom de Bread and Roses, du pain et des roses.
04:48Du fait du slogan qu'elles ont martelé pendant des mois
04:51aux côtés des travailleurs immigrés, tiens, tiens.
04:54En fait, pour comprendre cette histoire,
04:57il faut remonter l'année précédente, donc en 1911,
05:00puisqu'à force de mobilisation, le Congrès aux États-Unis
05:03avait dû réduire le temps de travail de deux heures seulement
05:06pour les femmes et les enfants.
05:08Alors, c'était 54 heures tout de même.
05:09Et donc, cette réduction du temps de travail sans perte de salaire.
05:13Mais quand la mesure est entrée en vigueur,
05:16les ouvrières de Lawrence ont découvert leur fiche de paie amputée.
05:21Du coup, elles se sont mis en grève.
05:23Et alors, pourquoi est-ce qu'elles adoptent ce fameux slogan ?
05:27Parce que ce que la femme qui travaille veut,
05:31c'est le droit de vivre, pas seulement d'exister.
05:33C'est comme ça que l'a résumé la syndicaliste Rose Schneiderman
05:38après la victoire des ouvrières,
05:39qui a été conquise malgré une répression carrément atroce.
05:44Et oui, donc en fait, depuis plus d'un siècle,
05:46et même si on nous sert une soupe marketing,
05:48les roses sont un symbole féministe.
05:51Et d'ailleurs, ce slogan-là, il a fait des émules
05:53tout au long du siècle écoulé.
05:55Et j'en profite pour faire un petit aparté
05:58pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus
06:00sur cette lutte, sur cet objet et sur tout un tas d'autres.
06:05Il y a le livre Guns and Roses de Mathilde Arrère
06:08où j'ai trouvé plein d'infos et plein d'histoires intéressantes.
06:11D'ailleurs, du pain et des roses,
06:13c'est aussi ce qu'ont défendu toutes celles et ceux
06:15qui ont foulé le pavé le 8 mars.
06:18Parce que comme à Lawrence, en matière de salaire, par exemple,
06:21c'est un exemple parmi tant d'autres,
06:22il y a des progrès à faire.
06:24Vite et pas qu'un peu, parce qu'en France, au 21e siècle,
06:27il y a toujours 22,2 % de différence
06:30entre le salaire moyen des femmes et des hommes.
06:33Alors la source de cette info, c'est une note de l'INSEE
06:35parue pas plus tard que la semaine dernière.
06:37C'était pas il y a 10 ans.
06:39Et ça, non seulement parce que les femmes sont davantage
06:42à temps partiel ou au chômage,
06:44mais aussi parce que les secteurs où on trouve un max de femmes,
06:48comme l'aide à la personne par exemple,
06:50ils sont carrément dévalorisés dans notre société.
06:52Sans compter qu'il reste un écart, d'ailleurs,
06:54même à poste équivalent.
06:57Et à temps de travail équivalent.
06:58Et puisqu'on parle de revenus,
07:00il y a un autre chiffre à connaître.
07:02Et ce chiffre-là, c'est 38 %.
07:03Ça, c'est l'écart des niveaux de pension,
07:06de retraite entre les femmes et les hommes.
07:08Et je ne sais pas si vous vous souvenez,
07:10mais au moment du report de l'âge légal à 64 ans,
07:13le gouvernement avait prétendu...
07:15Ah oui, ils avaient dit qu'ils s'en occuperaient, tout ça.
07:18Exactement, de réduire cet écart.
07:20Oui, oui.
07:21Effectivement, ils l'ont dit.
07:23Mais bon, en 2023, c'est vrai, il faut dire,
07:26ils galéraient pas mal.
07:27Je ne sais pas si vous vous souvenez,
07:28tandis que des millions de personnes étaient dans la rue,
07:30on a par exemple entendu Elisabeth Borne,
07:33qui était alors la première ministre,
07:35vanter une réforme équilibrée.
07:37Pour mémoire, c'est elle qui dégainera un tout petit peu plus tard
07:40le 49.3 sur ce texte,
07:41et qui verra son gouvernement échapper à la censure
07:44à neuf voix près cette fois-là.
07:46Et d'ailleurs, du coup, tu as raison,
07:47ils ont même retenté de vendre l'idée
07:49d'une réforme favorable aux femmes,
07:51comme l'avait fait un tout petit peu avant Edouard Philippe,
07:53en 2019, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose.
07:55Ça pique quoi je fort au gouvernement.
07:57Exactement.
07:58Et ils ont effectivement eu du mal
08:00sur la fameuse revalorisation des pensions.
08:03Et d'ailleurs, quand ils étaient vraiment, vraiment acculés,
08:06ils lâchaient carrément tout.
08:08Là, c'était en direct,
08:10comme Gabriel Attal, à l'époque ministre des comptes publics,
08:13sur France 5, un jour de janvier 2023,
08:17où il a dit ça,
08:17« Je pense que les femmes savent bien qu'aujourd'hui,
08:20au moment de la retraite, elles sont déjà désavantagées. »
08:22Bon, ben voilà.
08:23Du coup, autant en rajouter une louche.
08:26Résultat, deux ans après,
08:28avec la réforme,
08:29on a doublé le nombre de femmes
08:31qui doivent partir avec une décote.
08:33Et deux ans plus tard,
08:34bon, c'est toujours non.
08:36Exactement.
08:36Et d'ailleurs, avec le conclave
08:38qu'a dû concéder le Premier ministre François Bayrou,
08:43avec lequel ils essaient quand même
08:44de nous la faire à l'envers à nouveau,
08:46c'est le moment de faire savoir que c'est toujours non.
08:49C'est pour ça que des syndicats,
08:51comme la CGT et bien d'autres,
08:52ont voulu faire aussi du 8 mars
08:54une rampe de lancement de la mobilisation
08:56pour l'abrogation de la réforme.
08:58En plus, mettre fin aux inégalités salariales
09:02dont on parlait juste à l'instant,
09:03ça rapporterait 6 milliards d'euros de cotisations
09:06dans les caisses de la Sécu
09:07qui financent les retraites.
09:096 milliards d'euros, grosso modo,
09:11c'est le montant du déficit
09:13par lequel le gouvernement justifie sa réforme.
09:16Du coup, la boucle est bouclée.
09:18Mais alors bien sûr,
09:19pour ce combat, pour la retraite,
09:21comme pour tous les autres
09:22qui ont été portés dans la rue le 8 mars,
09:25la lutte continue.
09:26Et pour la retraite,
09:28ça passe par la rue à nouveau
09:30dès le 20 mars prochain.
09:31Merci beaucoup, Julia.
09:33Et donc, vous avez compris,
09:34le tchat, le rendez-vous est pris
09:3520 mars prochain dans la rue.
09:38On a Mitaboula,
09:38qui pendant ta chronique,
09:39nous a posé une question sur Némessis.
09:41Comment on désamorce leur propagande
09:43par le fait complètement biaisé ?
09:45Parce que c'est exactement le procédé
09:46qu'elles utilisent,
09:46c'est les biais.
09:48S'incruster dans les cortèges
09:49en s'appropriant un vrai féminisme,
09:51parce que je ne sais pas si vous avez vu,
09:52mais c'est leur nouveau grand argument.
09:54On est les vrais féministes,
09:55contre les méchantes hystéro-féministes
09:58que nous sommes apparemment.
09:59Est-ce que vous,
10:00vous avez des billes sur ce truc-là,
10:02très vite fait ?
10:03C'est vrai qu'elles ont un truc
10:05tellement simpliste,
10:07des arguments tellement
10:10étrangers égale violeurs égale avions,
10:12pour la faire courte.
10:14Comment, nous, on peut arriver ?
10:16Est-ce qu'on a un fait,
10:17un truc qu'on peut sortir ?
10:18Moi, je sais que j'aime bien
10:19sortir aussi la statistique
10:21pour montrer que c'est plus systémique,
10:22que d'après le HCE,
10:24en France,
10:24un viol sur deux
10:25est un viol conjugal.
10:27Et dans 9 cas sur 10,
10:29une femme violée
10:30connaît son agresseur.
10:31Donc, effectivement,
10:32on encourt plus de risques
10:33d'être violées dans la rue
10:35que d'être violées...
10:36d'être violées, pardon,
10:38par un proche que dans la rue.
10:39Et justement, en fait,
10:40elles veulent faire croire
10:41qu'on a plus de risques dans la rue
10:42que chez soi, finalement.
10:44Alors qu'en réalité,
10:44les violences faites aux femmes,
10:45dans l'immense majorité,
10:46sont perpétrées par un proche.
10:48Et d'ailleurs, j'ajouterais,
10:49il y a quand même quelque chose
10:49qui est consultable directement
10:50sur leur page
10:51et qui est assez intéressant.
10:52Si vous regardez une vidéo
10:55qu'elles ont postée récemment
10:57sur la page de Némésis,
10:59elles reconnaissent elles-mêmes
11:00qu'elles n'ont pas de position
11:01tranchée sur l'avortement
11:03parce que leurs militantes
11:04ne sont pas d'accord en interne.
11:06Donc, comment peut-on dire
11:07qu'on est féministe
11:09quand on admet soi-même
11:10sur sa page officielle
11:11qu'on ne sait pas ce qu'on pense
11:12du droit à disposer de son corps
11:14en tant que femme ?
11:15Voilà.
11:15Je pense que c'est un élément...
11:16Ouais, donc vraiment
11:17des vrais féministes purjus.
11:19Oui, voilà.
11:20J'ignorais ce truc
11:21sur l'avortement
11:22qu'il n'y avait pas consensus
11:23entre elles.
11:24Bon, c'est très étonnant
11:25vu d'où viennent
11:26leurs militantes à la base,
11:27mais on y reviendra
11:28tout à l'heure
11:28avec toi, Yuli.
11:30Merci beaucoup, Julia.
11:31Merci à vous.
11:32Maintenant, on va accueillir
11:33Karine,
11:34parce qu'après les roses,
11:35on va parler des roses.
11:36et puis on va accueillir
11:36les roses.
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