- il y a 1 jour
Bilan des « pots de départ de Bayrou » lundi soir en France, premières remontées du terrain après les assemblées générales pour la préparation du 10 septembre, nouvelles organisations de masse, responsabilité de l'Union européenne dans les dérives libérales et les attaques contre les droits sociaux. À la veille du lancement du mouvement « Bloquons tout », le député européen Anthony Smith (La Gauche) et le militant CGT Christian Porta, de l'usine Neuhauser à Folschviller (Moselle), débattent du vaste mouvement populaire qui est en train de prendre forme en France, et des nouvelles perspectives inédites qu'il ouvre, dans un contexte de crise du régime.
0:00 Introduction
1:19 Le 8, vrai début du 10 septembre ?
6:33 « Bloquons tout » : le rôle de l'Europe
14:23 Comment imaginer la suite du 10 septembre ?
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NewsTranscription
00:00Bonjour et bienvenue sur le plateau de l'Humanité au Parlement européen de Strasbourg en compagnie d'Anthony Smith.
00:05Bonjour, député européen du groupe La Gauche et également depuis Metz, je ne me trompe pas, avec nous Christian Portat,
00:13militant syndical CGT.
00:16Bonjour à vous deux. Christian Portat qui est connu pour avoir fait plier la direction de la boulangerie Neuser à
00:22Fort-Juiler, en Moselle,
00:24qui l'avait licencié et qui a finalement été obligé de le réintégrer avec indemnité.
00:30Je le signale tout de suite parce qu'Anthony Smith est aussi un inspecteur du travail, ancien inspecteur du travail,
00:35militant CGT,
00:36et que le travail de l'inspection du travail a énormément compté dans l'affaire qui vous a concerné en
00:42Moselle.
00:43On en reste là, on en reparlera tout à l'heure.
00:46Si vous êtes sur le plateau, si je vous y réunis, c'est bien sûr pour que nous parlions des
00:50grandes mobilisations qui se préparent pour demain, 10 septembre,
00:55et les jours qui suivent, et pour parler aussi du contexte européen, puisqu'on est au Parlement européen, de ces
01:01mobilisations,
01:01puisque bien sûr, et vous allez nous en parler tout à l'heure, l'Europe n'est pas tout à
01:06fait neutre dans ce qui est en train de nous arriver,
01:08en ce qui se passe à l'heure actuelle.
01:11Mais d'abord, je le dis pour ceux qui nous regardent, on est le mardi 9 septembre, il est 15h
01:17un peu passé, je le précise.
01:18Hier soir, beaucoup de Français se sont descendus sur les places, devant les mairies, etc., pour fêter la chute du
01:26gouvernement Bayrou.
01:28C'est-à-dire, comment, tout simplement, est-ce que vous avez vécu ce moment et quelles leçons déjà vous
01:32en tirez ?
01:32Peut-être on commence avec vous, Christian Portat, vous étiez où hier ?
01:36Alors, moi hier, pour des raisons un peu personnelles, je n'ai pas pu aller péter la défaite de Bayrou,
01:43mais j'ai vu qu'il y a des gens qui sont rassemblés un peu partout, c'est un bon
01:47signe, déjà, ça montre que les gens se mobilisent et qu'ils sont contents de ça,
01:50mais c'est surtout que moi, je trouve que c'est la première fois que le gouvernement, en vrai, donne
01:56la tête de son Premier ministre avant même qu'un mouvement commence.
01:59Donc moi, je trouve que c'est quelque chose à souligner, c'est déjà une première victoire, même si elle
02:03est symbolique, du mouvement.
02:05On n'est même pas encore sortis dans la rue qu'on en fait tomber le Premier ministre.
02:10– Et vous, Antony Smith, comment vous l'avez vécu et quelles leçons, le débuts de leçons en tout cas,
02:16parce qu'évidemment, il est trop tôt pour dire ce qui va se passer les jours qui viennent, mais qu
02:19'est-ce que vous en avez tiré de cette mobilisation ?
02:21– Moi, j'étais justement hier soir dans l'hémicycle à parler du départ de François Bayrou de son poste.
02:29Moi, ce qui ressort et ce qui ressortait hier des apéros populaires qui ont pu se faire, c'est une
02:34grande joie, c'est un grand bonheur,
02:35c'est-à-dire que ce gouvernement était honi, tout comme est honi Emmanuel Macron, du fait des politiques qu
02:41'il mène.
02:41Et ces politiques, qu'elles portent le nom de Bayrou, de Barnier ou de qui que ce soit, ce sont
02:46des politiques réactionnaires,
02:47ce sont des politiques qui font mal au peuple. Et aujourd'hui, le peuple le dit, le dit clairement.
02:52Et je pense qu'il faut le saluer, qu'il faut l'encourager, qu'il faut être à ses côtés,
02:55qu'il faut avoir la censure ou le non-soutien au gouvernement Bayrou heureux,
02:59parce que ça dit de notre démocratie sociale. Et moi, je trouve que ça, c'est positif.
03:03Le 10 a déjà gagné une grande victoire en ayant obtenu avant même sa date le départ de François Bayrou.
03:11Et ça, c'est effectivement quelque chose à souligner.
03:13On l'entendait beaucoup, par exemple, ici à Strasbourg, où effectivement, un rassemblement a eu lieu en centre-ville,
03:18sur la place Clébert, où ce lien était clairement d'emblée établi.
03:22Vous avez senti ça les uns les autres et également qu'hier, c'était un peu le début déjà du
03:2610 et de ce qui suit.
03:27Parce que les gens ne font pas vraiment non plus la différence entre les deux.
03:30Oui, oui, complètement. Je pense que le mois de septembre qui est en train de se présenter,
03:35c'est un mois un peu, moi je le disais hier, dans l'hémicycle d'un printemps des peuples.
03:40Et c'est important que nous le disions ici au Parlement européen.
03:43Parce que oui, le 10, le 18, ce qui va se passer entre le départ hier de Bayrou,
03:48tout ça participe du même mouvement, qui est un mouvement d'ampleur,
03:52où le peuple reprend la rue, reprend la voie.
03:55Et il faut s'en féliciter, pas s'en inquiéter, ni inquiéter les gens.
03:59Je veux dire, quand M. Rotaillot annonce que 80 000 policiers sont prêts à réprimer dans la rue,
04:04eh bien c'est un vrai problème démocratique.
04:06Le peuple, les manifestants ont le droit de s'exprimer,
04:09on a le droit effectivement d'occuper les places de son village,
04:12les places des communes, et de manifester évidemment pacifiquement.
04:17C'est ce que nous prenons nous, en tout cas à la France insoumise et à la gauche.
04:20Mais c'est essentiel que cette réappropriation se fasse,
04:24parce qu'on en a assez.
04:25Huit ans de macronisme ont abîmé comme jamais le pays,
04:29ont abîmé comme jamais, Christian le dira mieux que moi,
04:31même si c'est évidemment quelque chose auquel je suis très attaché,
04:33mais je ne suis plus sur le terrain de la lutte de classe au quotidien.
04:37Mais ont attaqué comme jamais les droits sociaux des travailleuses et des travailleurs dans les entreprises.
04:41Et il y a besoin de ce moment, c'est fondateur.
04:43Donc oui, allons-y, descendons massivement, tous ensemble se réfère d'humanité.
04:48Ce sera un beau moment demain et après.
04:50Christian Pantin, comment vous ressentez ça ?
04:51Comment vous se prépare concrètement, j'allais dire, ce mouvement du bloc en tout, dans votre région ?
04:58Comment vous sentez les choses en ce moment ?
05:02C'est un mouvement qu'on n'a pas l'habitude.
05:05C'est-à-dire que ça rappelle un peu le mouvement des Gilets jaunes,
05:09mais sans être le mouvement des Gilets jaunes.
05:10C'est intéressant, mais nous, dès qu'on a eu cette date qui est venue,
05:17on a vu que par exemple dans mon usine, mais partout où on discutait,
05:21tout le monde discutait en vrai de cette colère et de la date du digne.
05:24Donc nous, on a trouvé que c'était important d'aller se lier avec ça.
05:27Et même s'il y en a qui me disaient que ça allait être l'extrême droite, etc.,
05:31nous, on allait contacter les personnes qui étaient en train d'organiser localement ça.
05:34On s'est lié à eux, notamment avec la CGT.
05:36On s'est dit comment nous, la CGT, notre union locale par exemple,
05:40elle peut être un outil pour préparer la lutte.
05:44Et très vite, on s'est rendu compte que, d'ailleurs, dans ceux qui préparaient,
05:47il y avait des syndiqués CGT, à l'usine ça parlait.
05:50Donc du coup, très vite, on s'est réunis, on a discuté.
05:52Et encore samedi dernier, on s'est rassemblés dans une assemblée générale
05:55avec plus de 70 personnes à Saint-Avol.
05:56C'est énorme pour Saint-Avol, c'est une toute petite ville en Moselle-Est.
05:59Et à 70 personnes, on a discuté de quelle action on allait faire le 10, etc.
06:03Donc c'est vraiment, ça montre qu'il y a un engouement.
06:05Je ne pense pas que ce sera la révolution demain.
06:08Mais par contre, ça annonce quelque chose d'extrêmement important.
06:10Et en plus, on a déjà une perspective.
06:12C'est qu'on sait que le 18, il y aura déjà une nouvelle date.
06:14Et maintenant, il faut qu'on discute de comment ne pas répéter les erreurs
06:18qu'on a pu répéter dans les mouvements précédents.
06:19Et comment on va aller gagner.
06:21Parce que la démission de Bayrou, c'est déjà une bonne chose, mais ce n'est pas suffisant.
06:25On veut aller plus loin.
06:26Nous, c'est Macron, c'est le gouvernement, c'est ce système en vrai qu'on veut renverser.
06:30Et donc du coup, maintenant, il va falloir qu'on se prépare à ça.
06:32On parlait du Parlement européen tout à l'heure, où vous êtes effectivement intervenu,
06:36Anthony Smith, hier soir.
06:38On disait, l'Europe n'est pas tout à fait neutre là-dedans.
06:41C'est plus que ça.
06:42C'est un euphémisme de le dire comme ça, bien entendu.
06:44L'Europe, l'Union européenne, joue un rôle essentiel dans ces politiques libérales
06:51qui sont imposées aujourd'hui aussi bien en France qu'ailleurs, dans les autres pays européens.
06:55– Bien sûr, le budget austéritaire et récessionniste que proposait M. Bayrou
07:01n'est que la conséquence des logiques libérales et austéritaires
07:05que portent Ursula von der Leyen et sa commission au niveau européen.
07:07Et c'est d'ailleurs intéressant de voir que le mouvement de rejet de François Bayrou
07:12qui s'est traduit hier au Parlement, se retrouve aussi au sein du Parlement européen
07:17où nous essayons, la gauche, de construire une motion de censure de la commission von der Leyen.
07:22Et von der Leyen qui affronte des motions de censure, ce qui n'était pas dans l'histoire du Parlement
07:26européen
07:26une pratique politique.
07:28Et donc, vous le savez, vous qui êtes un fin observateur de la vie politique européenne,
07:33il y a dans ce mouvement des peuples européens quelque chose qui dit de ce rejet d'une Europe libérale
07:39qui est fixée sur des dogmes, du pacte de stabilité, de la concurrence libre et non faussée.
07:44Vous savez, je portais encore avec Marina Mesur, ma camarade, ce matin dans un texte d'emploi
07:50des mesures fortes pour exiger que les marchés publics soient interdits
07:53à celles et ceux employeurs qui ont connu des accidents du travail mortels
07:57dans leur entreprise ou qui n'ont pas formé les salariés.
07:59Pour l'instant, ces mesures-là sont évacuées, même si elles regroupent des centaines de députés.
08:03On doit avancer vers autre chose que ce qui est aujourd'hui proposé au niveau européen
08:08et qui est décrié, il y a plusieurs rapports récents, qui condamnent justement le cours libéral de l'Union,
08:15le cours toujours plus austéritaire de Van der Leyen
08:20et qui se traduit très concrètement pour les citoyens et les citoyennes en France
08:23dans les politiques publiques qui sont menées.
08:25Christian Porta, est-ce que vous, dans votre entreprise, Neuiauser, à Fulfiller, vous sentez...
08:32Alors, je rappelle que Neuiauser fait partie d'un très grand groupe,
08:35le plus grand groupe, en fait, d'agroalimentaires du monde,
08:38si je ne me trompe pas, en tous les cas, l'un des plus grands.
08:40Est-ce que vous sentez ce contexte européen, cette pression européenne
08:45qui s'exerce, y compris dans une plus petite entreprise comme la vôtre
08:49et qui vient justement de ce contexte de concurrence et de libéralisme international
08:54dont Antony Smith est en train de nous parler ?
08:59Je ne sais pas si on ressent concrètement la concurrence, etc.
09:04Mais oui, on voit qu'en tout cas, il y a une crise en vrai qui est globale
09:07et que notre patron, il veut lui faire payer cette crise.
09:09Et on voit que, bien sûr, toutes les mesures austéritaires qui viennent de l'Europe,
09:14elles ont un impact direct sur nous en tant que travailleurs et travailleurs.
09:18On le voit sur toutes les privatisations qu'il peut y avoir, etc.
09:22Les réformes du Code du Travail et tout, c'est quelque chose qui nous touche toutes et tous ensemble
09:26et qu'effectivement, même si on veut gagner, il faut qu'on pense nos luttes,
09:29non pas juste à l'échelle de nos boîtes, de nos usines, etc.
09:32ou même à l'échelle française, il faut qu'on arrive à les penser beaucoup plus larges
09:34et au niveau européen, même plus largement encore.
09:37C'est une constante, j'allais dire, vous, dans votre secteur,
09:40mais aussi des autres syndicalistes qu'on entend à l'heure actuelle dans tous les secteurs.
09:43Je pense par exemple au secteur automobile,
09:46qui deviennent tous et qui sont tous obligés de devenir des grands spécialistes de l'économie mondiale
09:51pour comprendre ce qui se passe dans leur entreprise.
09:54Oui, des grands spécialistes, mais aussi une Europe qui est impuissante et se rend impuissante.
10:00Moi, je siège dans la Commission de l'Industrie,
10:02qui est la plus grande commission du Parlement européen
10:04et qui est plus la commission des industriels que la commission des travailleurs de l'industrie.
10:07Tous les amendements que nous déposons sur la conditionnalité sociale et environnementale des aides,
10:12c'est-à-dire de dire, vous voulez des aides,
10:13l'Europe distribue des milliards d'aides à différents secteurs industriels
10:17sans exiger jamais aucune contrepartie en termes d'emploi, en termes de droits sociaux,
10:22en termes de respect du Code du travail dans les entreprises comme celle de Christian ou les autres.
10:27Et ça, quand même, c'est un levier sur lequel l'Europe de Van der Leyen s'est complètement effacée.
10:31C'est impossible.
10:32Dans ce premier quart du XXIe siècle, les peuples le disent,
10:34il faut contrôler les fonds publics qui sont distribués
10:37pour que le droit du travail, les garanties collectives soient améliorées dans les entreprises.
10:41Ce qui n'est pas le cas, le Comité européen des droits sociaux,
10:44qui est une instance du Conseil de l'Europe, qui est située ici, à côté du Parlement européen,
10:50vient de sortir dans son rapport annuel, qui vient de sortir il y a quelques jours, il y a deux
10:54jours,
10:56fait un constat très très précis.
10:58Alors je rappelle que le Conseil de l'Europe concerne 41 pays,
11:01dont il s'agit là d'enquêtes internationales, totalement indépendantes d'un organisme international.
11:07Je vous lis simplement une phrase de la conclusion de ce rapport.
11:11J'ouvre les guillemets. En 2023, les prix des denrées alimentaires ont augmenté plus de 7 fois plus vite que
11:19les salaires.
11:20Plus de 7 fois plus vite que les salaires dans 41 pays sur 41 pays européens.
11:26Touchant particulièrement, je continue la lecture, les familles à faible revenu,
11:31bien que l'inflation soit atténuée en 2024, le coût de la vie est resté élevé,
11:36mettant en évidence les lacunes persistantes en matière de protection sociale, de logement et d'aide sociale.
11:44C'est ce que conclut un rapport tout à fait objectif et tout à fait international et indépendant.
11:50Oui, exactement. Et cette paupérisation à l'échelle de l'Europe, malheureusement,
11:54elle est renforcée aujourd'hui au sein de ce Parlement par une alliance quasi permanente
11:58entre IPIPI, la droite parlementaire européenne, et les trois groupes d'extrême droite au Parlement européen
12:03qui abîment encore plus le peu de droits sociaux que nous avions pu gagner.
12:08Je pense à la directive sur le devoir de vigilance du précédent mandat, par exemple.
12:12Et effectivement, cette paupérisation que l'on retrouve en France est mise comparativement à l'enrichissement des plus riches.
12:18Parce que ce qui est posé dans la crise européenne, mais dans la crise française aussi,
12:21c'est que l'accaparement des richesses par les milliardaires en France et en Europe
12:27est aujourd'hui totalement visible et totalement inacceptable.
12:31Et donc, c'est cette redistribution qui est en panne parce que le modèle, en fait, est un modèle qui
12:35est vicié.
12:36Le modèle de l'Union européenne libérale, du libre marché, ne fonctionne pas pour garantir au peuple
12:42un niveau acceptable de vie et de niveau de vie.
12:45Et les révoltes populaires viennent souvent de cela.
12:47Nos gouvernants feraient bien de s'en rappeler au moment où le peuple s'apprête à descendre dans la rue
12:51demain.
12:52Christian Portat, vous ressentez ça aussi, vous, cette attaque des droits sociaux.
12:58Vous en êtes un bon exemple, j'allais dire, si on peut dire.
13:01Et également cette paupérisation qui continue dans une région comme celle dans laquelle vous êtes,
13:07qui a été une région industriellement sinistrée, qui l'est toujours en partie.
13:10Comment vous ressentez les choses ?
13:12Nous, on le voit directement.
13:14Déjà, d'un côté, les entreprises qui ferment, je pense notamment à mes camarades de NovaSpo et d'ArcelorMittal
13:19qui sont sous vous de fermeture, etc.
13:21Donc, nous, on le voit directement.
13:23Mais au-delà de ça, même sur la question de la paupérisation, vous parlez des matières premières.
13:27Mon patron, par exemple, il a un rôle important dans l'augmentation des matières premières.
13:31Mon patron, il fait partie de ceux qui ont des silos sur les bords
13:34et qui stockent les matières premières et les vendent au moment où elles sont le cours le plus cher.
13:39Donc, nous, on a même, notre patron, il participe à augmenter même les coûts des matières premières, etc.
13:45Donc, oui, oui, nous, on le ressent.
13:47Et nos salaires, croyez-moi, ils ne nous ont pas augmenté.
13:49C'est-à-dire que mon patron, lui, s'en est mis plein les poches.
13:51Il a profité de toutes les crises, même des guerres, etc.
13:55Et pendant ce part-là, nous, on a des salaires qui, on a un pouvoir d'achat en vrai qui
13:59diminue de plus en plus.
14:00Et ça, on le ressent directement.
14:02Et donc, du coup, c'est pour ça qu'on est monté, qu'on a fait des grèves justement pour
14:05réclamer des augmentations de salaires.
14:06Mais en France, il y en a beaucoup et nous, la Moselle, on fait partie vraiment des bassins qui sont
14:10très sinistrés.
14:11Je le rappelle, on a des licenciements, des fermetures d'usines de plus en plus.
14:14Là, je vous ai cité Novasco et ArcelorMutal qui sont les plus connus.
14:16Mais on a énormément de fermetures d'usines et de plus en plus de précarisation en vrai Moselle.
14:22Alors, les questions que se posaient ceux qui sont descendus dans les rues hier, mais que vous posiez aussi tout
14:28à l'heure, c'est comment imaginer la suite de ce qui commence demain ?
14:32Quelle perspective ? Sachant qu'en France, vous le disiez tout à l'heure, Anthony Smith, ces mobilisations sociales s
14:39'inscrivent maintenant dans une crise institutionnelle qu'on violonce,
14:42qui est quand même extrêmement rare. D'abord, la crise elle-même institutionnelle est rare et cette conjonction des deux
14:47est rare.
14:47Alors, comment est-ce qu'aujourd'hui, mardi encore après-midi, on peut imaginer la suite ?
14:54Et qu'est-ce qui serait intéressant pour vous de mettre en avant pour que cette suite se développe, avance
15:00?
15:00D'abord, il faut entendre ce que diront les gens demain. Il faut écouter la colère populaire plutôt que d
15:07'appeler à la répression et de prévenir que la répression va subir.
15:11Il faut écouter ce que les gens à dire. Le gouvernement et Emmanuel Macron ne tirent aucun enseignement des révoltes
15:17populaires, notamment celle des Gilets jaunes.
15:19Mais ce qui est dans le viseur, ce n'est pas de savoir qui de Barnier, de Bayrou ou de
15:22Machin ou de Bidule sera Premier ministre demain.
15:25Ce qui est dans le viseur, c'est Emmanuel Macron. Il est en première ligne demain et les jours qui
15:29vont suivre parce qu'il est l'auteur de huit années de régression sociale
15:32qui vont abîmer, fracturer le pays comme jamais. Il en est le premier responsable. Il doit partir. Nous déposons avec
15:38le groupe à l'Assemblée nationale, le groupe Insoumis, une motion de destitution.
15:41On va continuer évidemment cette bataille. Mais il est hors de question que les 18 prochains mois se déroulent selon
15:47des plans, des ententes, des maguistas.
15:50Le peuple a fait irruption. Il l'entend faire irruption sous des formes diverses et variées. Le 10, le 18,
15:55entre les deux, après, avant déjà.
15:57Eh bien, nous, notre rôle, moi, mon rôle en tant que militant politique et représentant au Parlement, c'est d
16:02'être aux côtés des luttes.
16:03Je serai demain à 14h, place Clébert à Strasbourg, dans la manifestation évidemment populaire.
16:08Et ensuite, écoutons. J'y vais pour écouter ce que les gens ont à nous dire sur les salaires, sur
16:13le pouvoir d'achat, sur la retraite, sur la vie, en fait, au quotidien.
16:16Parce que c'est bien de cela dont il est question et c'est bien de cela dont devrait s
16:20'occuper un gouvernement.
16:21Christian Porta, de nouvelles formes, de nouveaux modes d'organisation peuvent naître, en tous les cas, sont indispensables dans la
16:29conjoncture actuelle
16:30pour que les choses avancent de manière différente de ce qu'on a pu connaître, j'allais dire, au cours
16:34des années précédentes.
16:36Je ne sais pas si c'est des nouvelles formes. La meilleure forme, moi, je pense que c'est celle
16:41des travailleurs et c'est celle de la grève.
16:43Je pense que c'est une forme très importante d'organisation, c'est ce qui nous permet de toujours gagner.
16:48Mais je pense que ce mouvement du 10, il a pour importance, moi, quand j'étais à l'Assemblée générale,
16:55par exemple, c'est qu'on discutait de tirer les bilans de nos anciennes mobilisations.
16:59Ça veut dire, d'un côté, de tirer les bilans des Gilets jaunes et d'essayer de discuter, de penser
17:03pourquoi ça n'a pas marché le mouvement des Gilets jaunes,
17:05mais aussi même de discuter pourquoi, en 2023, alors qu'on était des millions dans la rue, pourquoi ça n
17:10'a pas marché, pourquoi on n'a pas gagné.
17:11Et je trouve que c'est ça, moi, qui est intéressant, qui ramène ce chéditisme, parce qu'en plus, ça
17:16mélange la deux choses.
17:17Il y a une chose, le Corée qui a été dit en plus, c'est qu'il y a une
17:19crise par le haut, on a une crise du gouvernement qui est énorme pendant le mouvement des Gilets jaunes.
17:22Ce n'est pas le cas. Macron était beaucoup plus fort, beaucoup plus serein sur ses appuis, entre guillemets.
17:26Là, aujourd'hui, il y a une énorme crise, donc voir un mouvement, ça avait peur.
17:29Et d'ailleurs, c'est pour ça qu'il nous a donné la tête de Bayrou, entre guillemets.
17:32Mais au-delà de ça, je pense que, moi, les âgés, les discussions qu'on a pu avoir, même dans
17:37l'usine,
17:37moi, j'ai des collègues, par exemple, qui m'ont dit « Demain, je vais faire grève contre le gouvernement
17:41».
17:41Ils affirment faire une grève purement politique.
17:45Et ça, c'est extrêmement intéressant, extrêmement impressionnant.
17:50Et même voir les revendications se mêlées, c'est-à-dire qu'il y en a qui vont demander des
17:53augmentations de salaire,
17:54de pouvoir vivre plus dignement.
17:55Et au-delà de ça, il y a des collègues qui ont des revendications purement politiques.
17:58Moi, j'ai des collègues qui ont exprimé le fait de dire « Maintenant, il faut en finir avec la
18:02Vème République,
18:03il faut en finir avec ces députés qui ne rendent aucun compte aux travailleurs, qui ne rendent pas de compte.
18:10Il y en a qui parlaient d'avoir des élus révocables, payés au salaire d'ouvrier. »
18:13Donc, c'était vraiment intéressant de voir à quel point, maintenant, le niveau des revendications peut aller.
18:18Et moi, j'espère que ce mouvement, il a eu comme vous.
18:21Voilà, on entendait ça aussi hier dans les mouvements de rue.
18:24On entendait exactement cette logique que vous êtes en train de définir là.
18:28suite à l'expérience de l'Assemblée Générale d'hier.
18:31Merci à vous deux. Merci Anthony Smith. Merci Christian Portat.
18:34On continue bien sûr à l'humanité à suivre ce qui se passe.
18:37Vous le savez, vous vous en doutez.
18:39Merci à vous et à bientôt. Au revoir.
18:42Au revoir à ceux qui nous ont suivis aussi.
18:44A bientôt. Au revoir.
18:48Merci.