- il y a 10 minutes
Le ministère de l’Intérieur recense, selon des chiffres communiqués à 13 h 15, 295 interpellations depuis le lancement des mobilisations, plus tôt dans la matinée. Rien qu’à Paris, les autorités ont arrêté 171 manifestants. Le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC) estime, de son côté, à 105 le nombre d’incendies déclenchés sur la voie publique.
Selon le premier recensement de l’Union Étudiante à 15 heures, 80 000 jeunes étaient dans la rue aujourd’hui. « De La Réunion à Lille, de Brest à Strasbourg, les étudiant·es ont quitté leurs facs pour rejoindre les travailleur·euses et renforcer les blocages partout en France », peut-on lire dans le communiqué du syndicat.
Cyprien Boganda, chef adjoint de la rubrique « Capital/Travail » et Cyprien Caddeo, journaliste, chef de service adjoint de la rubrique politique, font le point sur cette journée de mobilisation.
0:00 Un mouvement réussi ?
6:23 La place des syndicats
12:58 Les origines du mouvement
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NewsTranscription
00:00La première question, toujours un peu compliquée, est-ce qu'on peut se dire à ce stade de la journée
00:03du 10 septembre que ça a marché, pris, je sais pas le mot que tu veux ?
00:08Alors c'est compliqué de répondre. En fait ça dépend de ce qu'on regarde. Le mot d'ordre de
00:12départ c'était de tout bloquer.
00:14Donc à cet égard on peut considérer que ça n'a pas marché, que ça ne fonctionne pas, le pays
00:17n'est pas bloqué, le pays n'est pas complètement à l'arrêt.
00:20En même temps il faut dire à la décharge des gens qui se mobilisent que quand tu regardes l'histoire
00:23du pays en 60 ans,
00:25il n'y a eu que deux occasions au cours desquelles on a paralysé le pays ou en tout cas
00:29paralysé durablement l'activité économique.
00:31C'était en mai 68 où tu avais 7 millions de grévistes et en décembre, enfin à l'hiver 95
00:37tu sais, contre le plan néolibéral d'Alain Juppé.
00:42Donc ça n'arrive pas souvent quand même qu'on bloque le pays. Donc là la barre a été placée
00:44quand même très très haut.
00:46Donc il n'y a évidemment pas de blocage généralisé. En revanche ce qu'on voit et ce qui je
00:49trouve est assez spectaculaire,
00:51c'est qu'il y a une prolifération de petites actions de blocage un peu partout sur le territoire, plusieurs
00:56centaines a priori.
00:58Mais que le problème c'est que les gens qui bloquent ne sont pas très nombreux en réalité, même s
01:03'ils sont très motivés,
01:04ils ne sont quand même pas très nombreux, en tout cas moins nombreux que ce qu'ils espéraient.
01:07Et face à eux, ils ont un véritable mur de gendarmes et de policiers.
01:11Mais 80 000.
01:12Oui c'est ça, 80 000.
01:13Tu as peut-être déjà rappelé le chiffre, c'est Bruno le ministre, enfin je ne sais pas comment est
01:16-ce qu'il faut dire,
01:17ministre démissionnaire Bruno Retailleau.
01:18Il y a une mise à l'intérieur des missionnaires mais qui sera probablement reconduit.
01:21Donc d'autres futurs de nouveaux ministres qui expliquaient quelques jours qu'ils s'attendaient à ce qu'il y
01:26ait 100 000 participants dans la journée d'aujourd'hui
01:28et 80 000 policiers et gendarmes.
01:31Donc c'est quasiment un ratio d'un policier pour un participant, ce qui est un truc complètement dingue.
01:35C'est vrai qu'il y a plusieurs endroits où on a vu que les gens avaient tenté de bloquer,
01:39finalement ils s'étaient rendu compte qu'ils n'étaient pas assez nombreux et qu'ils avaient du coup changé
01:41de braquet.
01:43Tu as une espèce de jeu du chat et de la souris qu'on voit un peu partout en France
01:46où tu as effectivement des gens qui débarquent le matin pour bloquer un axe routier
01:50qui se rendent compte que tu as déjà 200 CRS qui les attendent et donc qui vont essayer de bloquer
01:54ailleurs.
01:54Mais c'est compliqué de bloquer un pays.
01:57Dans le chat, il y a Loulouch qui demande, mais c'est qu'un début de toute façon.
02:02Oui, oui, alors après c'est assez compliqué de...
02:04Mais en tout cas, l'idée de cet appel au 10 septembre, c'était pas évidemment de s'en tenir
02:09à cette journée.
02:10C'est ce qu'on voit d'ailleurs sur les boucles Telegram et puis quand on discute avec les gens.
02:13Ils considèrent qu'aujourd'hui c'est un hors d'oeuvre, qu'ils vont se réunir tous ensemble dès ce
02:18soir pour essayer de réfléchir aux actions amenées dans les jours à venir.
02:21Donc c'est pas fini, mais en tout cas à l'heure actuelle, il faut constater que le pays n
02:25'est pas à l'arrêt.
02:25Tout à fait. Il y a notamment une deuxième date importante à l'agenda social, c'est celle du 18
02:30septembre.
02:31Est-ce que tu peux nous rappeler ce que c'est et pourquoi celle-ci pourrait aussi être un peu
02:35plus organisée ?
02:36Oui, clairement plus organisée, c'est sûr.
02:39En fait, le 18 septembre, c'est donc une journée d'action qui a été appelée par l'intersyndicale.
02:43Donc c'est toutes les principales centrales syndicales du pays.
02:45Qui s'étaient pas formées depuis le mouvement d'erta de 2023.
02:49Donc ça remonte un peu.
02:50Et en fait, à l'époque, au moment où la journée d'action est lancée, c'est pour dénoncer le
02:54budget Bayrou, le budget austéritaire de François Bayrou.
02:59Voilà, donc ça rassemble toutes les organisations syndicales.
03:01Donc le 18 septembre, en fait, c'est plus large que le budget Bayrou.
03:04L'idée, c'est vraiment de lutter contre toutes les politiques austéritaires qui sont menées dans le pays.
03:08qui seront probablement menées demain par Sébastien Locornu comme par François Bayrou hier.
03:16Et effectivement, ce qu'on peut dire, c'est que c'est plus organisé, c'est sûr.
03:19Puisque je sais pas si tu l'as déjà rappelé, mais ce mouvement du 10 septembre,
03:23sa spécificité, c'est qu'il s'est construit complètement en dehors des organisations syndicales classiques.
03:27Il s'est vraiment construit sur les réseaux sociaux.
03:29Et plus spécifiquement, d'ailleurs, sur TikTok.
03:30Enfin, tout part de TikTok le 14 juillet.
03:35Il y a une première vidéo qui sort.
03:37Et en fait, ce qui est assez marrant, c'est qu'à l'époque, quand on regarde la vidéo,
03:40il n'est pas question de tout bloquer, il est question de s'autoconfiner.
03:42En fait, c'est une vidéo faite par quelqu'un que j'ai interviewé, d'ailleurs,
03:46qui n'est pas du tout une militante, qui est une petite, enfin, une vendeuse dans le sud de la
03:51France.
03:52Et elle, en fait, ce qu'elle demandait, c'était...
03:54Donc c'est vraiment venu de quelqu'un d'assez inconnu,
03:56qui n'avait pas vraiment d'existence médiatique, qui n'avait pas une influenceuse politique.
04:01Non, pas du tout, qui n'avait ni un agenda politique, ni...
04:03Enfin, voilà.
04:04Et elle, ce qu'elle voulait, c'était qu'on s'autoconfine.
04:07Ça veut dire que le 10 septembre, tout le monde reste chez soi.
04:09On arrête de participer, entre guillemets, au système.
04:10On reste chez soi, on ne va pas à l'école, on ne va pas au travail, on ne consomme
04:13pas.
04:16Et en fait, quand j'ai discuté avec cette femme-là,
04:19ce qu'elle m'a raconté, c'est que le 10 septembre, ça lui était venu un peu par hasard.
04:22Oui, j'allais vous poser la question de pourquoi cette date-là.
04:25Ben voilà, tout le monde a spéculé là-dessus.
04:26En fait, c'est très simple, c'est qu'elle a commencé à faire cette vidéo le 10 juillet.
04:30Elle s'est dit qu'il fallait bien laisser deux mois au pays pour s'organiser, pour s'autoconfiner.
04:36Donc voilà, 10 juillet plus deux mois, ça fait 10 septembre.
04:38C'était la rentrée en plus.
04:39C'était la rentrée, mais elle n'avait même pas vu que le 10 septembre, c'était un mercredi.
04:42Donc ça, ça commence le 14 juillet.
04:45Et là-dessus, évidemment, tu as les annonces de François Bayrou le 15,
04:48qui présente les grandes orientations budgétaires pour 2026,
04:51parmi lesquelles ça a super l'idée de peut-être de supprimer deux jours fériés,
04:57ce qui a énervé beaucoup de monde.
04:58Et c'est à partir du 15 que ce mot d'ordre du 10, en fait, il se répand vraiment
05:01comme un...
05:05comme une traité de poudre sur tous les réseaux sociaux,
05:07donc sur TikTok, sur X, etc.
05:10Et à l'époque, ça part un peu dans tous les sens.
05:11Et c'est un mot d'ordre qui se politise, mais un peu n'importe comment.
05:16C'est que tu as aussi bien d'anciens Gilets jaunes qui relaient ce mouvement, ce mot d'ordre.
05:21Tu as aussi pas mal de comptes d'extrême droite,
05:23au cas de dire qu'ils sont à l'époque très actifs.
05:26Et puis des comptes de gauche, etc.
05:28Et en fait, c'est vraiment à partir de mi-août que le mouvement,
05:34il y a une espèce de bascule politique qui s'opère sur les réseaux sociaux.
05:38Et que, en fait, tu vois décroître l'influence des mots d'ordre les plus à droite, on va dire.
05:43C'est-à-dire à la fois tout ce qui était poujadisme fiscal, souverainisme réac, etc.
05:47Et au contraire, que tu vas monter en puissance des mots d'ordre de gauche radicale.
05:51Oui, les slogans type Nicolas qui paye ont disparu.
05:53Oui, complètement.
05:54En tout cas, ils ont été marginalisés à partir de mi-août.
05:56Bon, c'est pas hasard que ce soit mi-août.
05:57C'est les riches qui payent maintenant.
05:58C'est ce qu'il faut faire payer.
05:59Ce qui est mieux.
06:01Voilà, et ça c'est pas hasard, c'est aussi parce que tu as des partis politiques progressistes
06:05comme Alephi, mais aussi de PCF et d'autres qui ont rappelé clairement.
06:09Toutes les gauches ont embrayé de toute façon.
06:09Oui, clairement, on soutient le mouvement.
06:10Et là, on a vu dans les...
06:12On était donc à Paris, notamment avec Aliénor et Sarah.
06:16Et on voyait qu'il y avait des drapeaux CGT qui étaient aussi présents.
06:19Il y avait plusieurs orgas.
06:21Il y avait aussi la JC, le NPA, etc.
06:24Mais les syndicats sont là.
06:25Parce qu'on a souvent comparé ce mouvement en gilet jaune.
06:27En rappelant qu'à l'époque, les syndicats, notamment la CGT,
06:30avaient une délenteur au démarrage quand même.
06:32Ils avaient regardé ça un peu suspicieux.
06:34Quand même, la défiance envers le mouvement qui lui-même avait de la défiance envers les syndicats.
06:38Et là, on voit que les syndicats embrayent quand même.
06:41Même s'ils n'appellent surtout pour le 18.
06:43Mais qu'est-ce que ça change, cette mobilisation ?
06:46Est-ce que là, par exemple, il y a des piquets de grève ?
06:48Oui, alors après, c'est compliqué à mesurer.
06:50C'est sectoriel.
06:51Oui, c'est ça.
06:51Tu as raison de rappeler que la grosse différence avec 2018-2019,
06:54au moment où éclate le mouvement des gilets jaunes,
06:56c'est que la CGT, en tout cas la direction de la CGT,
06:59prend ses distances tout de suite avec le mouvement.
07:01Et tu as Philippe Martinez, qui à l'époque était le secrétaire général,
07:04qui disait qu'il est hors de question que nous, on aille manifester avec l'extrême droite.
07:07Donc, c'est entendu, il y a des éléments peu fréquentables,
07:09enfin très peu fréquentables dans le mouvement,
07:11mais leur présence suffit à disqualifier l'ensemble du mouvement.
07:13Là, on voit que ce n'est pas du tout ce qui s'est passé,
07:14que la CGT a suivi le truc depuis le départ.
07:17D'ailleurs, pour la petite histoire,
07:18le premier papier que j'ai écrit sur le sujet, c'était le 22 juillet, je crois,
07:21et c'est à la suite d'une conversation avec un représentant de la CGT.
07:24Qui avait déjà repéré...
07:25Moi, je revenais de vacances, je n'avais rien suivi,
07:27et lui qui me dit qu'il y a quelque chose qui monte sur les réseaux,
07:29regarde un peu autour du 10 septembre,
07:31enfin voilà, il se passe quelque chose.
07:33Donc, c'est dire si eux, en fait, dès le départ, ont suivi...
07:35Après, par contre, ils voulaient savoir un peu
07:37quel sens, enfin, quelle tournure ça allait prendre.
07:40Mais c'est vrai que la CGT a soutenu,
07:42Solidaires aussi, c'est les deux seuls syndicats qui soutiennent.
07:44La CFDT n'a pas voulu, les autres non plus,
07:46mais en tout cas, CGT et Solidaires soutiennent.
07:48Et on a vu aujourd'hui déjà des répercussions sur le terrain,
07:51c'est-à-dire qu'il y a quand même, moi je trouve,
07:53pas mal de militants syndicaux qui sont sur place,
07:57qui participent au blocage.
07:58On voit, tu vois, des drapeaux rouges, des drapeaux syndicaux.
08:01Là où c'est plus compliqué à mesurer,
08:02en revanche, c'est sur les grèves, tu sais.
08:04Je discutais hier avec quelqu'un de la CGT
08:07qui me disait qu'ils avaient recensé 850 appels à la grève
08:10sur tout le territoire, ce qui n'est pas rien.
08:13Effectivement pas dans tous les secteurs,
08:14c'est beaucoup dans le secteur de l'énergie,
08:16notamment les raffineries, dans les transports en commun,
08:19un peu dans le commerce, etc.
08:21Bon, à l'heure actuelle, ce qu'on peut dire,
08:22c'est qu'il n'y a pas énormément de grèves, en fait.
08:25Dans les raffineries, j'ai pas l'impression
08:27qu'il se passe grand-chose,
08:28sauf un moment que j'ai pas tout vu, mais je crois pas.
08:31Dans les transports, il y a un peu, mais c'est pas non plus massif.
08:34Bon, voilà, on est loin d'une grève générale.
08:35Mais en tout cas, ce qui est clair, c'est que les syndicats,
08:37en tout cas deux syndicats, ont décidé de suivre le mouvement.
08:40On rejoint ce que tu disais au début
08:41sur la question un peu épineuse
08:43du flou des modes d'action.
08:46C'est-à-dire que tu parlais effectivement
08:47du fait de la question de l'auto-confinement,
08:50mais même après,
08:51il me semble qu'il y a eu des appels aussi à faire
08:53la grève de la consommation, c'est-à-dire juste à
08:56décaler le jour des courses,
08:58à ne payer qu'en argent liquide
09:00et ne retirer pas l'argent des moques.
09:02Tout ça, on sent que ça part un peu dans tous les sens
09:03et qu'il y a un manque
09:05de répertoire de lutte,
09:08en fait, chez des gens qui sont pas
09:11précisément syndiqués ou politisés.
09:12C'est ça. C'est vrai que quand tu faisais
09:14la liste de tous les modes d'action, t'avais les gens qui parlaient
09:16effectivement de la grève de la carte bleue,
09:18et puis t'avais des mots d'ordre qui relevait plus
09:19de l'action directe, tu vois, où sur les boucles,
09:21les recensés, les data centers
09:23qu'il allait falloir cibler, les axes autoroutiers,
09:25les entreprises stratégiques, etc.
09:27Mais c'est vrai que ce qui est notable,
09:30c'est qu'il y a une forme, à mon avis,
09:32si ce n'est de défiance, en tout cas,
09:33de lassitude ou de ras-le-bol
09:35à l'égard, tu sais, des organisations syndicales
09:37et surtout du répertoire d'actions classiques,
09:40c'est-à-dire en gros,
09:42tu sais, la journée
09:44de mobilisation traditionnelle,
09:45c'est-à-dire où tous les syndicats appellent
09:47les gens à descendre dans les rues,
09:49et puis on essaie d'être très nombreux,
09:50on marche entre république et nation,
09:53et puis la fois d'après,
09:54on essaie d'être encore plus nombreux,
09:55et puis on espère que le gouvernement
09:57finisse par reculer devant la masse.
10:01Bon, ça, c'est vrai que c'est un mode d'action
10:02qui est majoritairement rejeté
10:04par les gens qui ont appelé aujourd'hui.
10:06Moi, je voyais dans les boucles Telegram
10:07où les gens essayaient de s'organiser,
10:09passer des phrases du genre
10:10« les manifs, ça ne sert à rien,
10:12il faut arrêter,
10:12de toute façon, le gouvernement
10:13se rend contrefiche. »
10:15Donc, on bloque tout,
10:15tout ce mot d'ordre de tout bloquer.
10:17Oui, c'est ça,
10:18parce que tu as le rappel de...
10:20Tu parlais du mouvement des retraites,
10:21tout à l'heure,
10:21c'était un mouvement
10:22qui était majoritaire dans le pays,
10:23c'est-à-dire qu'une majorité
10:24de gens qui étaient contre,
10:25tout le monde n'était pas dans la rue,
10:26mais en tout cas,
10:27une majorité des Français
10:28soutenaient les mobilisations,
10:30l'intersyndical parlait d'une seule voix,
10:32et pourtant, malgré ça,
10:33malgré 70%, je crois,
10:35des Français qui étaient...
10:36Ça a fluctué entre 65 et 75%
10:38des Français qui étaient contre,
10:39et bien Macron a quand même
10:40passé sa réforme.
10:42Donc, ça a créé une déception.
10:43Ça a créé une déception.
10:45Clairement, et c'est vrai
10:46que ce qui a manqué en 2023,
10:47mais y compris de la vie même
10:49des gens qui ont organisé
10:50le mouvement social à l'époque,
10:51il y avait énormément de gens
10:52dans les rues,
10:52il y a eu plusieurs millions
10:53de personnes qui sont descendues,
10:54mais on ne sait pas si facile
10:55que ça quand même
10:55de faire descendre
10:56deux millions de personnes
10:56dans les rues.
10:57Ça veut dire faire grève ?
10:58Ça veut dire faire grève ?
11:00Ça veut dire effectivement faire grève
11:01ou poser une journée du RTT.
11:04Donc, évidemment,
11:06à cet égard-là,
11:06c'était réussi.
11:07Après, ce qui a manqué,
11:08c'est la grève, en fait.
11:11Si tu veux,
11:11l'ingrédient qui a manqué
11:12en 2023,
11:13et encore une fois,
11:14de la vie même
11:14de ceux qui l'ont organisé,
11:16c'est qu'ils n'ont pas réussi
11:16à créer vraiment
11:18des mouvements de grève massifs.
11:20En gros, cette idée
11:21que pour faire reculer
11:23un gouvernement,
11:23il faut bloquer l'économie
11:25et donc, pour parler
11:25comme un vieux marxiste
11:27frapper le capital au portefeuille...
11:31On ne parle jamais
11:32comme des vieux marxistes.
11:33Ça ne nous arrive jamais.
11:34Non, je sais,
11:34ce n'est pas le style de la maison.
11:36C'est évidemment
11:37quelque chose qui est présent,
11:39tu vois,
11:39c'est présent dans l'imaginaire aussi
11:42syndical français
11:42depuis le 19ème siècle.
11:44L'idée de la grève générale,
11:45c'est quand même quelque chose
11:45qui est très présent.
11:46Mais en pratique,
11:47c'est très compliqué à réaliser.
11:48C'est encore plus compliqué
11:49à réaliser aujourd'hui
11:49qu'il y a 30 ans,
11:50puisque pour plein de raisons,
11:51parce que le salariat
11:52est plus éclaté,
11:53puisque les syndicats
11:53sont aussi en perte de vitesse
11:55dans ce qu'on appelait
11:55leur bastion.
11:57parce qu'il y a des gens
11:58qui considèrent
11:58que quand ils sont payés
11:591600 euros par mois,
12:00perdre une journée
12:01pour faire grève,
12:02c'est compliqué.
12:03En perdre deux ou trois,
12:04c'est encore plus dur.
12:05Donc voilà,
12:06il y a plein de raisons
12:06qui expliquent que c'est très compliqué
12:07de faire grève aujourd'hui.
12:08Mais en tout cas,
12:08c'est vrai qu'en 2023,
12:10il y avait beaucoup de gens
12:11dans les rues,
12:12mais en fait,
12:13un niveau de conflictualité
12:13dans les boîtes
12:14qui était assez faible.
12:15Ouais.
12:16OK.
12:17Je voulais conseiller au tchat
12:19en même temps
12:19cet entretien
12:20qui a été publié
12:21dans le journal de ce matin
12:22et sur le web aussi
12:23avec Laurent Frajerman,
12:25Frajerman,
12:26je ne sais pas
12:26comment ça se passe.
12:26Frajerman.
12:27Frajerman.
12:28Donc socio-historien
12:29qui nous parle justement
12:32des limites
12:33et de son analyse
12:33du mouvement
12:34du bloc en tout
12:35et de ce qu'on se disait
12:37tout à l'heure
12:37sur les modes d'action
12:39un peu,
12:41on va dire,
12:43hétéroclite,
12:43dirons-nous.
12:45Voilà.
12:47Mais qui témoigne,
12:48enfin encore une fois,
12:48moi je trouve que ça témoigne
12:49d'une...
12:51En fait,
12:52souvent on a dit,
12:54on va vous mettre
12:54le retien dans le chat,
12:56je pense,
12:57à la modération,
12:57mais on a souvent dit
12:59que le mouvement
12:59des Gilets jaunes
12:59était le miroir
13:01de la politique
13:01d'Emmanuel Macron,
13:02c'est-à-dire
13:02Emmanuel Macron
13:03a voulu se passer
13:04des corps intermédiaires,
13:05mépriser les partis politiques
13:06en construisant un parti
13:07qui est une coquille vide
13:08à son nom
13:09et il récolte un mouvement
13:11qui lui-même méprise
13:12des partis
13:12et des corps intermédiaires
13:14et qui est aussi confus
13:15finalement que,
13:16même si c'est un peu
13:17clarifié,
13:18structuré ensuite,
13:18mais qui partait aussi confus
13:20que le confusionnisme
13:21que lui-même engendrait.
13:23Et est-ce que là,
13:25qu'est-ce qu'on pourrait
13:25conclure de ce mouvement-là
13:26qui aussi témoigne
13:27d'un sentiment d'injustice énorme
13:30et en même temps
13:30d'un...
13:31Qu'est-ce qu'on fait quoi ?
13:32C'est exactement ça.
13:33Non mais t'as tout dit,
13:34c'est vraiment ça,
13:35c'est vraiment ça,
13:35c'est-à-dire que la colère,
13:35elle est là,
13:36je veux dire,
13:36la colère sur laquelle
13:37s'est enraciné ce mouvement,
13:38elle est là,
13:39on la mesure encore,
13:40on fait un peu de top pub,
13:41mais il y a un sondage
13:42qui va sortir demain,
13:43demain jeudi,
13:44dans l'Humanity Magazine,
13:46qui a essayé de dresser
13:47un peu un portrait robot
13:47de cette France en colère
13:49et qui te montre
13:49que t'as 51% des...
13:51Quand tu demandes aux gens
13:53leur regard sur la situation
13:54économique et sociale,
13:55t'as 51% des gens
13:56qui te disent
13:56on est en colère.
13:57Donc c'est vraiment
13:58l'indignation qui domine
13:59et la résignation arrive
14:00très très loin derrière,
14:01je crois qu'on est
14:01autour de 32%
14:02et 51% c'est les plus hauts niveaux
14:05qu'on enregistre
14:06depuis l'arrivée au pouvoir
14:07de Macron en 2017,
14:08donc c'est quand même pas rien.
14:11Ce que les gens te disent
14:12c'est qu'ils n'en peuvent plus
14:12des fins de mois difficiles,
14:14de la crise des institutions
14:16comme l'école
14:17et l'hôpital public
14:19et de la russie fiscale.
14:20Je crois que ça avait russelé
14:21et que tout le monde allait mieux.
14:22Ouais mais ça s'est bloqué
14:23quelque part.
14:23Ah mince.
14:25Le russonnement c'est bloqué.
14:26Et donc du coup
14:27c'est vraiment
14:28sur des bases en plus
14:29très économiques
14:30et très sociales
14:30que cette colère prend.
14:33Mais après tout le problème
14:34effectivement c'est
14:35comment est-ce que tu t'exprimes,
14:36comment est-ce que tu l'organises.
14:37Et c'est vrai que je pense
14:38que chez plein de gens
14:39il y a une forme de...
14:40Oui il y a un mélange de colère
14:41et peut-être un sentiment
14:42d'impuissance aussi
14:44quand même des années et des années
14:45qu'on se mobilise.
14:46Il y a quand même eu
14:46beaucoup de mouvements sociaux
14:47depuis 95
14:51et qu'en réalité
14:52c'est des mouvements sociaux
14:53qui peinent à obtenir
14:54vraiment quelque chose.
14:56Bon c'est aussi parce qu'en face
14:57tu as un pouvoir
14:58qui est droit dans ses bottes
15:00et qui considère
15:01qu'il n'a plus envie de négocier.
15:04Clairement.
15:05C'est ça qui change aussi
15:07la donne.
15:07Là tu vois bien
15:08le gouvernement
15:10on n'imaginait pas
15:11deux secondes
15:12le gouvernement
15:13retirer le budget
15:14par exemple
15:14de son budget
15:15ça paraissait
15:16Oui ça c'est que je voulais échanger
15:18c'est-à-dire que
15:19croire que l'interlocuteur
15:20du dialogue social
15:21est capable de lâcher des choses
15:22ça n'existe plus maintenant
15:24C'est ça
15:24c'est-à-dire que
15:25le dialogue social
15:26tel qu'il s'est construit
15:27en France
15:27pendant des années
15:28aujourd'hui
15:29il est inopérant
15:30parce que tu n'as plus personne
15:30avec lesquels discuter
15:31tu peux toujours te mettre
15:33autour d'une table
15:33mais au final
15:34il ressortira malheureusement
15:35pas grand chose
15:36Est-ce que c'est vrai
15:37uniquement du gouvernement
15:38ou est-ce que
15:39le patronat
15:40le Medef
15:40est dans cette même optique-là
15:42ou est-ce que le Medef
15:43est quand même plus prompt
15:43à négocier
15:44que le gouvernement ?
15:45Non non non
15:45sur le plan
15:45enfin ils sont promptes
15:46à négocier des choses
15:48catégorielles
15:48tu vois
15:48ou à lâcher
15:49quelques broutilles
15:50mais sur le plan national
15:52tu vois qu'il y a quand même
15:53encore une fois
15:54pour reparler
15:54comme un vieux marxiste
15:55une bourgeoisie
15:56qui est extrêmement
15:56aujourd'hui
15:57rétive à la négociation
15:58ils considèrent
15:59qu'ils sont en position de force
16:01et qu'ils sont prêts
16:03à rien lâcher
16:04on a vu
16:04il y a eu des discussions
16:05il n'y a pas longtemps
16:06sur la réforme des retraites
16:06tu sais
16:07ce qu'on appelait
16:07le conclave des retraites
16:12de rallier à lui
16:13le parti socialiste d'ailleurs
16:14avec cette expression
16:15très papale
16:16effectivement
16:16très catholique
16:18de Saint François
16:21martyr de l'austérité
16:22qui consistait en gros
16:23à mettre tout le monde
16:23autour d'une table
16:24donc tu avais tous les syndicats
16:25tous les organisations patronales
16:26autour d'une table
16:27pour discuter aimablement
16:29de la réforme des retraites
16:29pour voir un peu
16:30comment est-ce qu'on pouvait
16:31sauver de cette réforme
16:32ça n'a débouché sur rien du tout
16:34et ce qui est assez frappant
16:35c'est que
16:36quand tu regardais un peu
16:37comment fonctionnait
16:37ce conclave
16:38la CGT et les forces ouvrières
16:40ont rapidement décidé
16:42d'être claqué la porte
16:42mais la CFDT
16:43et d'autres syndicats
16:44eux sont restés
16:45ils étaient vraiment prêts
16:46à négocier sur énormément de choses
16:48tu vois
16:49donc en fait les syndicats
16:49eux en tout cas
16:50ces syndicats là
16:51sont tout à fait disposés
16:52à discuter
16:52mais en face
16:53ils se sont heurtés à un mur
16:54et le MEDEF avait commencé
16:55les discussions en disant
16:56nous on lâchera sur rien du tout
16:57mais à la fin
16:58ils n'ont lâché sur rien
16:59donc ça rend les choses
17:01un peu compliquées
17:02et pour rester sur la question
17:03des syndicats
17:03est-ce que tu penses
17:04que la jonction
17:05entre le 10 et le 18
17:06est jouable
17:07c'est à dire qu'on voit bien
17:08qu'il y a des syndicats
17:08qui sont déjà présents au 10
17:09donc ils seront toujours là le 18
17:10ça il n'y a pas trop de doute
17:11mais est-ce que chez les gens
17:12qui ont précisément
17:14partent avec un a priori négatif
17:16vis-à-vis des syndicats
17:17qui ont peut-être croisé
17:18des syndicalistes
17:18dans leurs actions
17:19est-ce qu'il y a une fonction possible
17:21et le constat peut-être aussi
17:22d'échec relatif
17:23du fait qu'on ne peut pas bloquer le pays
17:25spontanément comme ça
17:26en partant dans tous les sens
17:28et qu'il faut quelqu'un
17:29pour l'organiser
17:29et des modes d'action
17:30un peu plus clairs
17:31est-ce que ça peut être
17:32une force pour le 18
17:33c'est une bonne question
17:35à laquelle évidemment
17:36je ne sais pas répondre
17:37en revanche ce qui est sûr
17:38c'est que je pense que
17:39si la CGT et Solidaires
17:40ne s'étaient pas mobilisés
17:41aujourd'hui
17:41je pense que cette jonction
17:42elle aurait été encore plus compliquée
17:44clairement
17:44c'est-à-dire que
17:45c'est-à-dire qu'il y a
17:45un espèce de dialogue de sourds
17:46c'est-à-dire qu'ils se regardaient
17:48en chaîne de faïence
17:50et la jonction
17:51était totalement impossible
17:53là de ce que j'ai pu constater
17:54un peu
17:55enfin je regarde ça de loin
17:56sur le terrain
17:56et puis avec
17:58ce que nous remontent
17:58les journalistes de l'Huma
18:01c'est qu'il y a quand même
18:01une jonction qui s'opère aujourd'hui
18:03après c'est pas très massif
18:04mais voilà
18:05il se passe quelque chose
18:07et on verra ce que ça va donner
18:08le 18 septembre
18:09il faut rappeler quand même
18:10que
18:11d'oquer le pays
18:12comme tu le disais
18:12de toute façon
18:13ça reste très compliqué
18:14y compris s'il y a l'intérêt syndical
18:16et c'est ça
18:16c'est-à-dire qu'en 2023
18:17tu sais
18:17t'as eu un énorme mouvement social
18:19contre la réforme des retraites
18:21avec des millions de personnes
18:22dans les rues
18:22et le 7 mars 2023
18:23c'est une date particulière
18:26où là toute l'intersyndicale
18:28au grand complet
18:28avait décidé de mettre
18:29le pays à l'arrêt
18:30pour essayer de faire
18:31tu sais
18:31entrer la mobilisation
18:32dans autre chose
18:34bon
18:35et le 7 mars 2023
18:36il y a eu
18:38des manifestations monstres
18:39je crois que t'avais
18:392 millions de personnes
18:40selon la CGT
18:42même le ministère de l'Intérieur
18:44avait été obligé
18:44de reconnaître
18:45qu'il y avait au moins
18:45un million de personnes
18:46dans les rues
18:47mais
18:48le pays n'a pas été bloqué
18:49pour autant
18:50tu vois
18:50il y a eu des perturbations
18:51dans les transports en commun
18:51un peu dans l'énergie
18:52mais on était quand même
18:53très très loin d'appuyer à l'arrêt
18:54donc tu te vois que même
18:55quand toute l'intersyndicale
18:56au complet
18:58ce sont quand même des gens
18:58qui ont l'habitude
18:59d'organiser les mouvements sociaux
19:01échouent à bloquer le pays
19:02on comprend que
19:03c'est pas évidemment
19:04le mouvement du 10 septembre
19:05qui pouvait y arriver
19:07oui c'est sûr
19:07d'ailleurs c'est quelque chose
19:08dont je remets l'entretien
19:09c'est ce que nous disait
19:11Laurent Fragerman
19:12il disait
19:13donc le fameux date du 7 mars
19:14là
19:14ça n'a pas pris
19:15l'incantation
19:16la grève générale
19:16est une chimère
19:17il nous dit
19:17les organisations syndicales
19:18devront trouver un équilibre
19:19entre une journée par semaine
19:21et le mythe de la grève
19:22reconductible
19:22donc la grève reconductible
19:23c'est on arrête un jour
19:24et puis
19:25on relonge
19:26ça c'est 68 quoi
19:27ça c'est exactement
19:28c'est mai 68
19:29oui et en même temps
19:32mais non mais c'est
19:32ce qui est très compliqué
19:33en même temps
19:33pour ça que
19:34moi je trouvais intéressant
19:35enfin cette journée d'aujourd'hui
19:36qu'il ne faut pas condamner
19:37puisqu'on n'est que 14h et quelques
19:38donc
19:39oui oui bien sûr
19:39on va pas décréter
19:40aujourd'hui c'est un échec
19:41voilà déjà il s'est passé quelque chose
19:42il se passe quelque chose
19:43il y a des gens dans les rues
19:44puis ce mot d'ordre du bloc au tout
19:45il est quand même intéressant
19:46parce qu'il y a quand même cette idée
19:47qu'il faut d'une façon ou d'une autre
19:49arrêter les flux quoi
19:50arrêter les flux de l'économie
19:51pour obtenir une réponse en face
19:54donc c'est déjà ça tu vois
19:55et j'imagine quand même
19:58que toute l'effervescence
19:58qui s'est créée
19:59toutes les discussions
20:00qui ont eu lieu
20:02je veux dire
20:03un mouvement quel qu'il soit
20:03c'est toujours un lieu de politisation
20:05donc ça veut dire que
20:06quelle que soit l'issue
20:07de la journée d'aujourd'hui
20:08je pense qu'il y a des gens
20:08qui ont participé
20:10qui ont recommencé
20:10à discuter ensemble
20:11à réfléchir à ce qu'on pouvait faire
20:12et donc ça c'est pas perdu
20:14donc
20:14il y a des gens qui montrent
20:15que l'appel à s'autoconfinir
20:19du départ
20:19ça ça aurait été chacun chez soi
20:21absolument aucun dialogue
20:22c'est la version atomisée
20:24du mouvement
20:25c'est exactement
20:27peut-être aussi rappeler
20:28bon parce que
20:28on sait pas forcément très joyeux
20:30mais il faut quand même rappeler
20:30que le taux de syndicalisation
20:32en France
20:32c'est aussi une limite
20:34rappelons-nous les chiffres
20:35c'est moins de 10%
20:36mais j'ai peur de dire une bêtise
20:37c'est un peu plus dans le public
20:38c'est quand même plus dans le public
20:40que dans le privé
20:41mais c'est vrai qu'il y a un taux
20:41de syndicalisation
20:43oui de mémoire
20:43en dessous de 10%
20:44qui est très faible
20:46et comparé à des pays voisins
20:48aussi comme l'Allemagne
20:48ou la Suisse
20:49ouais effectivement
20:50alors après il y a des pays
20:51tu sais on compare toujours
20:52avec les pays du nord
20:53où c'est compliqué
20:54parce que là t'es vraiment
20:55dans une forme de ce qu'on appelle
20:56le syndicalisme de service
20:57où en gros le fait
20:58d'adhérer à un syndicat
20:59permet d'accéder
21:00bah toute une série de services
21:02t'as intérêt à être
21:02t'as intérêt à être
21:05même pour des raisons financières
21:06bon ce qui est pas du tout le cas
21:07enfin ce qui est différent
21:08enfin ce qui est pas tout à fait
21:09le cas en France
21:10mais c'est vrai qu'il y a
21:11plein d'obstacles
21:11à une mobilisation de masse
21:13l'éclatement des collectifs
21:14de travail
21:14enfin tu vois
21:16tu regardes mai 68
21:17à l'époque t'avais encore
21:17ce qu'on appelait
21:18des citadelles ouvrières
21:19tu vois t'avais des usines
21:20qui employaient 5-6 000 personnes
21:22et donc quand tu sais
21:23que dans ces usines là
21:24t'avais quand même
21:25un taux de syndicalisation
21:26qui est très important
21:27les gens qui étaient adhérents
21:28à la CGT souvent
21:29militaient aussi au sein
21:30du parti communiste
21:30ou d'autres partis de gauche
21:32donc t'avais quand même
21:33une classe ouvrière
21:34qui était extrêmement organisée
21:36même géographiquement
21:37tu vois
21:37bon aujourd'hui
21:38on est plus du tout
21:38dans cette configuration là
21:39donc c'est d'autant plus compliqué
21:40de rassembler les gens
21:42et de bloquer l'activité économique
21:45il y a quelqu'un qui me reprend
21:45qui me dit
21:46version atomisée de la lutte
21:47internet a été coupé
21:48alors évidemment
21:49évidemment qu'il y a des lieux
21:50de discussion
21:50et de politisation sur internet
21:51on est bien d'accord
21:52mais c'est pas tout à fait
21:53la même chose
21:54que de se retrouver en direct
21:56sur un piqué de grève
21:57ouais c'est ça
21:58ouais ouais
21:58c'est on est quand même
21:59sur un rapport humain différent
22:02et ben merci Cyprien
22:03pour tes éclairages
22:05sur le mouvement
22:05de toute façon
22:06on va dire quand tu vas suivre ça
22:07et on aura un de tes collègues
22:09Naïm en direct
22:09depuis Nantes
22:10tout à l'heure
22:11puisqu'il a couvert
22:13ce matin
22:13ça chauffait
22:14ça chauffait pas mal
22:14de ce que j'ai compris
22:15sur Nantes
22:16il a pris quelques gaz
22:17d'acrymogène
22:18ouais c'est ça
22:18des gazos ont fonctionné
22:20ouais tout à fait
22:20c'est ça
22:20c'est donc
22:20ça fait
22:20c'est ça