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  • il y a 8 minutes
Ce 2 décembre, la CGT, Solidaires et FSU appellent à battre le pavé, alors que les discussions autour des lois de finances s’enlisent. Les perspectives austéritaires inquiètent les centrales, mais aussi le monde associatif. Le point avec Marie Toulgoat et Théo Bourrieau.

0:00 Introduction
0:29 Les revendications
6:24 L'ampleur de la mobilisation

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Transcription
00:00Aujourd'hui, mardi 2 décembre, les syndicats, enfin les syndicats, la CGT, FSU et Solidaire, je crois, ont appelé à
00:06la mobilisation,
00:07puisque nous sommes le 2 décembre. C'est aussi le jour où le PLF, le projet de loi de finances,
00:13est examiné à l'Assemblée nationale.
00:14Ça va durer toute la semaine et sûrement un peu plus. Et donc on en parle assez souvent ici, on
00:19l'écrit assez souvent dans nos pages,
00:21mais c'est un budget globalement austéritaire avec beaucoup de mesures extrêmement indignes.
00:26Donc c'est pour ça que les syndicats se mobilisent aujourd'hui. Est-ce que tu peux nous rappeler un
00:31petit peu les revendications,
00:32les quelques points qu'ont mis en avant les syndicats pour appeler à la mobilisation, à la fois aux grèves
00:36et aux manifestations aujourd'hui ?
00:38Oui, comme tu l'as dit, le principal mot d'ordre de cette journée interprofessionnelle d'action, c'est vraiment
00:43se battre contre le budget austéritaire.
00:45Donc c'est un budget globalement, si on écoute la CGT, la FSU et Solidaire, qui a été taillé pour
00:51les patrons, pour les plus riches,
00:52et pas du tout pour les plus précaires, les plus jeunes et les travailleurs.
00:56Donc l'un des principaux mots d'ordre, c'est de réclamer la fin de ce budget austéritaire et au
01:02contraire de réclamer une vraie justice sociale et fiscale.
01:06Quand on regarde un petit peu les mesures qui ont été inscrites dans le budget, enfin qui sont encore à
01:11débattre en seconde lecture à l'Assemblée nationale,
01:13mais il y a pas mal de choses qui interpellent les syndicats et les travailleurs.
01:16Par exemple, le doublement des franchises médicales, ça veut dire que chacun et chacune va devoir payer plus pour se
01:21rendre chez le médecin.
01:22Donc ça, voilà, évidemment, les syndicats ne sont pas pour.
01:25On parle aussi du gel des minima sociaux, des pensions de retraite.
01:29On parle du gel de l'impôt sur le revenu.
01:31On parle du gel du point d'indice pour les fonctionnaires.
01:34Ça veut dire concrètement, si vous êtes agent de la fonction publique aujourd'hui, dans les années à venir, votre
01:38salaire ne va pas être revalorisé.
01:40Alors que l'inflation continue, quoi.
01:42C'est ça. Donc on parle de perte de pouvoir d'achat, puisque alors que l'inflation continue d'augmenter,
01:47les salaires minima sociaux et pensions de retraite, elles vont être gelées.
01:51Donc ça, c'est le gros des revendications des syndicats.
01:56Globalement, il y a un gros volet rémunération salaire qui est très présent.
02:02On le voit dans les manifestations.
02:03Quand on y va depuis septembre, donc le 10, le 18, le 2 octobre et aujourd'hui, un des gros
02:10mots d'ordre qui revient dans la bouche des gens qui viennent manifester,
02:14mais qui ne sont pas forcément des cadres syndicaux ou des spécialistes de la mobilisation.
02:18Il y a vraiment cette question de pouvoir d'achat, de salaire. Sophie Binet, donc la secrétaire générale de la
02:23CGT,
02:24elle interpelle assez régulièrement sur le fait que les NAO, donc ces négociations annuelles obligatoires,
02:29donnent rarement suite à des véritables augmentations de salaire collectif dans les entreprises.
02:33Donc ce qu'on dénonce dans la fonction publique avec le gel du point d'indice existe aussi dans les
02:38entreprises privées.
02:40Globalement, il y a peu d'augmentation de salaire. Le SMIC n'est revalorisé qu'à hauteur de ce qu
02:44'il est...
02:45Enfin de la réglementation. Donc il est indexé sur l'inflation, mais il n'y a pas de coup de
02:50pouce supplémentaire,
02:51ce qui veut dire globalement que les rémunérations stagnent, voire baissent si on les prend en relation avec l'inflation.
02:59En plus de ça, donc on a parlé des rémunérations, des salaires. Il y a donc l'aspect justice fiscale
03:06dont on parlait,
03:07puisqu'on en demande beaucoup aux travailleurs, aux précaires, aux jeunes et très peu aux patrons.
03:13Donc ce que demandent les centrales syndicales qui ont appelé à la manifestation, à la grève et au rassemblement aujourd
03:18'hui,
03:19c'est de faire un petit peu payer ceux qui aujourd'hui ne mettent pas la main à la poche.
03:23Donc on pense évidemment aux employeurs qui, aujourd'hui, si mes notes disent vrai,
03:29ont le droit à 80 milliards d'euros d'exonération de cotisation sociale.
03:33Donc ça veut dire sur un salaire qu'il verse à un salarié, ne verse pas toutes les cotisations sociales
03:39qui auraient dû être versées.
03:42Donc ça, c'est quelque chose de tout à fait légal. C'est le gouvernement qui le décide.
03:45Mais tout ça, c'est une manne qui pourrait... Enfin c'est des économies proposées aux patrons sur le dos
03:51des personnes
03:52qui jouissent à la fin de ce à quoi servent les cotisations sociales, c'est-à-dire le financement des
03:57services publics, le financement du...
04:00Enfin voilà. Et enfin, dernier mot d'ordre qui est très fréquent, qui revient souvent dans toutes les mobilisations, pardon,
04:10c'est celui de l'abrogation de la réforme des retraites, puisque Sébastien Lecornu, Premier ministre, a annoncé la suspension
04:16de la réforme de 2023.
04:18Ce qui est très différent, une suspension d'abrogation. Ce qui est très très différent, ce qui n'est pas
04:22du tout une victoire,
04:23puisque ce qui va se passer concrètement, c'est qu'une génération va avoir un petit peu de répit,
04:29mais la génération d'après va devoir travailler jusqu'à 64 ans. En gros, ce qui se passe, c'est
04:33juste un report...
04:34Une petite pause. Une petite pause, un petit sursis avant que ça reparte de plus belle, comme c'était prévu
04:40par la réforme de 2023.
04:41Donc ce que demandent CGT, FSU Solidaires, c'est évidemment d'abroger tout simplement cette réforme des retraites,
04:49qui est jugée injuste par l'ensemble des syndicats, y compris ceux qui n'appellent pas la mobilisation aujourd'hui.
04:55Tu parlais de justice fiscale, justice sociale. Est-ce qu'il n'y a pas aussi un point sur la
05:00taxe du Cman, par exemple,
05:00qui a été aussi un peu érigée en mot d'ordre depuis quelques mois ? La gauche a un peu
05:05réussi à imposer ce thème
05:07et cette bataille dans l'agenda médiatique et donc politique. Est-ce que ça fait aussi partie des mots d
05:13'ordre d'aujourd'hui ?
05:14La taxe du Cman, qui pour l'instant n'est pas présente, si je ne m'abuse, dans le texte,
05:19dans le PLF ?
05:20Oui. Alors c'est pour sûr quelque chose qu'ont en tête les militants syndicaux qui se mobilisent.
05:26Je ne suis pas sûre que ce soit formulé tel quel dans la liste des reivindications des syndicats.
05:31Toutefois, quand on écoute les gens en manif parler, c'est sûr qu'il y a cette idée fortement en
05:38tête.
05:38Et ce qu'on peut entendre de la part des manifestants, c'est cette incompréhension.
05:44Ça semble être un effort si faible demandé aux plus riches. Cette taxe du Cman, pour rappel,
05:48c'est que 2% d'imposition à partir de... Je ne sais plus quel est le niveau de patrimoine
05:56seuil,
05:56mais ça va concerner vraiment une fraction des plus riches.
06:00On quémande pour des miettes et même ça, on ne peut pas nous la donner.
06:03C'est ça. Donc il y a un fort sentiment d'injustice fiscale, sociale.
06:08Et c'est vrai que cette taxe Zuckman, c'est un petit peu l'exemple parfait du fait que le
06:14gouvernement
06:14préfère laisser les plus riches de côté et plutôt d'en demander toujours plus aux travailleurs et aux précaires.
06:24Maintenant qu'on a fait un petit peu le point sur les revendications et les mots d'ordre de la
06:28mobilisation d'aujourd'hui,
06:29est-ce que tu peux nous faire un petit état des lieux ? Il est 14h28. Est-ce qu'on
06:33sait déjà le taux de grévistes,
06:36le nombre de manifestants, dans quelle ville, etc. ? Comment dire ? On n'anticipait pas un énorme mouvement.
06:43Est-ce que ça se confirme ou pas ?
06:44Oui. Alors c'est vrai que la mobilisation aujourd'hui, elle est assez faible, surtout si on la compare à
06:49celle du 18 septembre.
06:50Donc c'était une autre mobilisation qui avait pour mot d'ordre l'abandon du budget austéritaire.
06:56Il y avait eu plus de 1 million de personnes dans les rues. Aujourd'hui, on est très, très, très
07:00loin de ces niveaux.
07:01Alors c'est un peu tôt pour faire le bilan encore complet de la journée de mobilisation.
07:06Mais par exemple, si on prend l'éducation nationale, qui est un secteur qui se mobilise assez facilement,
07:12et surtout là, puisque la FSU appelait à la grève et que c'est le syndicat majoritaire parmi les enseignants,
07:18on s'attendait à ce qu'il soit un des secteurs les plus mobilisés.
07:22Bon, ça a eu du mal à prendre. Selon les chiffres de l'éducation nationale, on a en moyenne 4
07:26,6% de grévistes,
07:28tous établissements confondus. Alors quand on regarde un peu plus précisément, par exemple,
07:31les effectifs de vie scolaire sont grévistes à hauteur de 13%. C'est un peu mieux.
07:37La vie scolaire, généralement, c'est souvent des travailleurs très précaires qui sont en contrat temps partiel.
07:44C'est souvent des étudiants qui font ça, qui font autre chose à côté.
07:47C'est ça. Donc peut-être que ça laisse penser qu'il y a un ras-le-bol parmi les
07:51plus précaires.
07:52Toutefois, c'est vrai que c'est des taux très, très faibles. On n'est pas du tout à la
07:56même hauteur
07:57que ce qu'on a vu au mois de septembre, où je n'ai plus les chiffres en tête,
08:00mais je pense qu'on dépassait les 30% de mobilisation.
08:03Donc c'est plutôt le symptôme que la grève a eu du mal à prendre aujourd'hui.
08:07Concernant les rassemblements, il y en a à peu près 150 en France,
08:11y compris dans pas mal de préfectures, sous-préfectures.
08:15De ce que j'ai pu voir en écumant un peu la presse locale,
08:19pareil, ça a du mal à mobiliser à des degrés aussi importants qu'en septembre.
08:24Par exemple, je prends un exemple comme ça.
08:27À Dijon, on est à peu près à un tiers du nombre de personnes présentes dans la rue en septembre.
08:32On en a le tiers aujourd'hui.
08:34Donc ça, voilà.
08:35Il semblerait que ce soit plutôt les militants syndicaux habituels qui aient pris la rue,
08:42plutôt qu'une base populaire.
08:45Ce qui peut s'expliquer par le timing,
08:47ce qui peut s'expliquer par le fait que c'est dur à monter une grève.
08:50Le timing, c'est-à-dire que ce n'est pas le bon moment, c'est trop tôt, trop tard.
08:54Ça veut dire quoi, pas le bon timing ?
08:58Disons qu'en septembre, alors que venaient sur la table les premiers questionnements autour du budget,
09:04il y avait une forte colère, une forte incompréhension de la part de la population, tout simplement.
09:10Là, on est deux mois après.
09:12Peut-être qu'il y a une forme d'incompréhension d'où on est, de ce qui se passe.
09:16Puis il faut dire que ce n'est pas facile à monter une grève comme ça.
09:20Il faut mobiliser des bases populaires, il faut déposer des prix à vie.
09:24Ça ne se fait pas en un claquement de doigts.
09:26Il n'y a pas de gros boutons rouges grève.
09:27C'est ce que beaucoup de gens pensent des fois.
09:29Mais non, ça ne fonctionne pas comme ça.
09:31Ça ne marche pas comme ça.
09:32Et quelque chose que j'ai remarqué en allant en manif, en parlant avec les gens qui se mobilisaient,
09:37c'est qu'il y a aussi un coût économique de la grève.
09:40C'est-à-dire que pour les personnes les plus précaires, faire grève, c'est renoncer à une journée de
09:44salaire.
09:45Ce qui est difficile pour beaucoup de personnes, en fait, le 18 septembre, j'ai rencontré des gens
09:51qui se mobilisaient une fois de temps en temps.
09:54Et là, c'était une de ces fois-ci, mais qui disaient « Je ne peux pas faire ça tout
09:57le temps.
09:57Vraiment, je ne peux pas renoncer à une journée de salaire. »
10:00Voilà, il y a pas mal de facteurs qui expliquent pourquoi c'est une plus faible mobilisation.
10:05Parce que c'est vrai que c'est un coût économique.
10:07Peut-être que certains en chat vont dire « Oui, mais des fois, il y a des caisses de grève,
10:09etc. »
10:09Donc c'est vrai que ça existe.
10:11Mais d'abord, même les caisses de grève qui fonctionnent bien ne parviennent jamais à rembourser la totalité d'une
10:16journée de travail perdue.
10:17Ça peut compenser la moitié dans le meilleur des cas, un petit peu, mais ça ne compense jamais une journée
10:22totale perdue.
10:23Et puis surtout, ça fonctionne dans les mouvements un peu d'ampleur.
10:27Par exemple, dans les réformes des retraites, il y avait des caisses de grève qui s'étaient organisées,
10:30qui s'étaient structurées, où les gens avaient l'habitude de donner, etc.
10:32Là, dans des moments un peu plus épisodiques comme ça, c'est plus difficile de mobiliser des gens pour une
10:37journée, etc.
10:39Les grévistes ont toujours perdu leur salaire.
10:41Oui, bien sûr, bien sûr, bien sûr. On n'a rien dit. Non, mais j'anticipe les potentiels critiques.
10:46Bon, ben voilà. Merci beaucoup, Marie.
10:49Effectivement, ce n'était pas très long, mais ça nous semblait important de revenir un petit peu sur cette journée.
10:53De toute façon, il y aura, j'imagine, un papier dans le journal et sur le site Internet d'ici
10:58la fin de journée pour faire un peu le point sur la mobilisation.
11:00Peut-être qu'on en saurait un petit peu plus sur est-ce que c'était un échec ou est
11:04-ce que ça n'a pas marché.
11:06On verra ce soir.

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