00:00Aujourd'hui, mardi 2 décembre, les syndicats, enfin les syndicats, la CGT, FSU et Solidaire, je crois, ont appelé à
00:06la mobilisation,
00:07puisque nous sommes le 2 décembre. C'est aussi le jour où le PLF, le projet de loi de finances,
00:13est examiné à l'Assemblée nationale.
00:14Ça va durer toute la semaine et sûrement un peu plus. Et donc on en parle assez souvent ici, on
00:19l'écrit assez souvent dans nos pages,
00:21mais c'est un budget globalement austéritaire avec beaucoup de mesures extrêmement indignes.
00:26Donc c'est pour ça que les syndicats se mobilisent aujourd'hui. Est-ce que tu peux nous rappeler un
00:31petit peu les revendications,
00:32les quelques points qu'ont mis en avant les syndicats pour appeler à la mobilisation, à la fois aux grèves
00:36et aux manifestations aujourd'hui ?
00:38Oui, comme tu l'as dit, le principal mot d'ordre de cette journée interprofessionnelle d'action, c'est vraiment
00:43se battre contre le budget austéritaire.
00:45Donc c'est un budget globalement, si on écoute la CGT, la FSU et Solidaire, qui a été taillé pour
00:51les patrons, pour les plus riches,
00:52et pas du tout pour les plus précaires, les plus jeunes et les travailleurs.
00:56Donc l'un des principaux mots d'ordre, c'est de réclamer la fin de ce budget austéritaire et au
01:02contraire de réclamer une vraie justice sociale et fiscale.
01:06Quand on regarde un petit peu les mesures qui ont été inscrites dans le budget, enfin qui sont encore à
01:11débattre en seconde lecture à l'Assemblée nationale,
01:13mais il y a pas mal de choses qui interpellent les syndicats et les travailleurs.
01:16Par exemple, le doublement des franchises médicales, ça veut dire que chacun et chacune va devoir payer plus pour se
01:21rendre chez le médecin.
01:22Donc ça, voilà, évidemment, les syndicats ne sont pas pour.
01:25On parle aussi du gel des minima sociaux, des pensions de retraite.
01:29On parle du gel de l'impôt sur le revenu.
01:31On parle du gel du point d'indice pour les fonctionnaires.
01:34Ça veut dire concrètement, si vous êtes agent de la fonction publique aujourd'hui, dans les années à venir, votre
01:38salaire ne va pas être revalorisé.
01:40Alors que l'inflation continue, quoi.
01:42C'est ça. Donc on parle de perte de pouvoir d'achat, puisque alors que l'inflation continue d'augmenter,
01:47les salaires minima sociaux et pensions de retraite, elles vont être gelées.
01:51Donc ça, c'est le gros des revendications des syndicats.
01:56Globalement, il y a un gros volet rémunération salaire qui est très présent.
02:02On le voit dans les manifestations.
02:03Quand on y va depuis septembre, donc le 10, le 18, le 2 octobre et aujourd'hui, un des gros
02:10mots d'ordre qui revient dans la bouche des gens qui viennent manifester,
02:14mais qui ne sont pas forcément des cadres syndicaux ou des spécialistes de la mobilisation.
02:18Il y a vraiment cette question de pouvoir d'achat, de salaire. Sophie Binet, donc la secrétaire générale de la
02:23CGT,
02:24elle interpelle assez régulièrement sur le fait que les NAO, donc ces négociations annuelles obligatoires,
02:29donnent rarement suite à des véritables augmentations de salaire collectif dans les entreprises.
02:33Donc ce qu'on dénonce dans la fonction publique avec le gel du point d'indice existe aussi dans les
02:38entreprises privées.
02:40Globalement, il y a peu d'augmentation de salaire. Le SMIC n'est revalorisé qu'à hauteur de ce qu
02:44'il est...
02:45Enfin de la réglementation. Donc il est indexé sur l'inflation, mais il n'y a pas de coup de
02:50pouce supplémentaire,
02:51ce qui veut dire globalement que les rémunérations stagnent, voire baissent si on les prend en relation avec l'inflation.
02:59En plus de ça, donc on a parlé des rémunérations, des salaires. Il y a donc l'aspect justice fiscale
03:06dont on parlait,
03:07puisqu'on en demande beaucoup aux travailleurs, aux précaires, aux jeunes et très peu aux patrons.
03:13Donc ce que demandent les centrales syndicales qui ont appelé à la manifestation, à la grève et au rassemblement aujourd
03:18'hui,
03:19c'est de faire un petit peu payer ceux qui aujourd'hui ne mettent pas la main à la poche.
03:23Donc on pense évidemment aux employeurs qui, aujourd'hui, si mes notes disent vrai,
03:29ont le droit à 80 milliards d'euros d'exonération de cotisation sociale.
03:33Donc ça veut dire sur un salaire qu'il verse à un salarié, ne verse pas toutes les cotisations sociales
03:39qui auraient dû être versées.
03:42Donc ça, c'est quelque chose de tout à fait légal. C'est le gouvernement qui le décide.
03:45Mais tout ça, c'est une manne qui pourrait... Enfin c'est des économies proposées aux patrons sur le dos
03:51des personnes
03:52qui jouissent à la fin de ce à quoi servent les cotisations sociales, c'est-à-dire le financement des
03:57services publics, le financement du...
04:00Enfin voilà. Et enfin, dernier mot d'ordre qui est très fréquent, qui revient souvent dans toutes les mobilisations, pardon,
04:10c'est celui de l'abrogation de la réforme des retraites, puisque Sébastien Lecornu, Premier ministre, a annoncé la suspension
04:16de la réforme de 2023.
04:18Ce qui est très différent, une suspension d'abrogation. Ce qui est très très différent, ce qui n'est pas
04:22du tout une victoire,
04:23puisque ce qui va se passer concrètement, c'est qu'une génération va avoir un petit peu de répit,
04:29mais la génération d'après va devoir travailler jusqu'à 64 ans. En gros, ce qui se passe, c'est
04:33juste un report...
04:34Une petite pause. Une petite pause, un petit sursis avant que ça reparte de plus belle, comme c'était prévu
04:40par la réforme de 2023.
04:41Donc ce que demandent CGT, FSU Solidaires, c'est évidemment d'abroger tout simplement cette réforme des retraites,
04:49qui est jugée injuste par l'ensemble des syndicats, y compris ceux qui n'appellent pas la mobilisation aujourd'hui.
04:55Tu parlais de justice fiscale, justice sociale. Est-ce qu'il n'y a pas aussi un point sur la
05:00taxe du Cman, par exemple,
05:00qui a été aussi un peu érigée en mot d'ordre depuis quelques mois ? La gauche a un peu
05:05réussi à imposer ce thème
05:07et cette bataille dans l'agenda médiatique et donc politique. Est-ce que ça fait aussi partie des mots d
05:13'ordre d'aujourd'hui ?
05:14La taxe du Cman, qui pour l'instant n'est pas présente, si je ne m'abuse, dans le texte,
05:19dans le PLF ?
05:20Oui. Alors c'est pour sûr quelque chose qu'ont en tête les militants syndicaux qui se mobilisent.
05:26Je ne suis pas sûre que ce soit formulé tel quel dans la liste des reivindications des syndicats.
05:31Toutefois, quand on écoute les gens en manif parler, c'est sûr qu'il y a cette idée fortement en
05:38tête.
05:38Et ce qu'on peut entendre de la part des manifestants, c'est cette incompréhension.
05:44Ça semble être un effort si faible demandé aux plus riches. Cette taxe du Cman, pour rappel,
05:48c'est que 2% d'imposition à partir de... Je ne sais plus quel est le niveau de patrimoine
05:56seuil,
05:56mais ça va concerner vraiment une fraction des plus riches.
06:00On quémande pour des miettes et même ça, on ne peut pas nous la donner.
06:03C'est ça. Donc il y a un fort sentiment d'injustice fiscale, sociale.
06:08Et c'est vrai que cette taxe Zuckman, c'est un petit peu l'exemple parfait du fait que le
06:14gouvernement
06:14préfère laisser les plus riches de côté et plutôt d'en demander toujours plus aux travailleurs et aux précaires.
06:24Maintenant qu'on a fait un petit peu le point sur les revendications et les mots d'ordre de la
06:28mobilisation d'aujourd'hui,
06:29est-ce que tu peux nous faire un petit état des lieux ? Il est 14h28. Est-ce qu'on
06:33sait déjà le taux de grévistes,
06:36le nombre de manifestants, dans quelle ville, etc. ? Comment dire ? On n'anticipait pas un énorme mouvement.
06:43Est-ce que ça se confirme ou pas ?
06:44Oui. Alors c'est vrai que la mobilisation aujourd'hui, elle est assez faible, surtout si on la compare à
06:49celle du 18 septembre.
06:50Donc c'était une autre mobilisation qui avait pour mot d'ordre l'abandon du budget austéritaire.
06:56Il y avait eu plus de 1 million de personnes dans les rues. Aujourd'hui, on est très, très, très
07:00loin de ces niveaux.
07:01Alors c'est un peu tôt pour faire le bilan encore complet de la journée de mobilisation.
07:06Mais par exemple, si on prend l'éducation nationale, qui est un secteur qui se mobilise assez facilement,
07:12et surtout là, puisque la FSU appelait à la grève et que c'est le syndicat majoritaire parmi les enseignants,
07:18on s'attendait à ce qu'il soit un des secteurs les plus mobilisés.
07:22Bon, ça a eu du mal à prendre. Selon les chiffres de l'éducation nationale, on a en moyenne 4
07:26,6% de grévistes,
07:28tous établissements confondus. Alors quand on regarde un peu plus précisément, par exemple,
07:31les effectifs de vie scolaire sont grévistes à hauteur de 13%. C'est un peu mieux.
07:37La vie scolaire, généralement, c'est souvent des travailleurs très précaires qui sont en contrat temps partiel.
07:44C'est souvent des étudiants qui font ça, qui font autre chose à côté.
07:47C'est ça. Donc peut-être que ça laisse penser qu'il y a un ras-le-bol parmi les
07:51plus précaires.
07:52Toutefois, c'est vrai que c'est des taux très, très faibles. On n'est pas du tout à la
07:56même hauteur
07:57que ce qu'on a vu au mois de septembre, où je n'ai plus les chiffres en tête,
08:00mais je pense qu'on dépassait les 30% de mobilisation.
08:03Donc c'est plutôt le symptôme que la grève a eu du mal à prendre aujourd'hui.
08:07Concernant les rassemblements, il y en a à peu près 150 en France,
08:11y compris dans pas mal de préfectures, sous-préfectures.
08:15De ce que j'ai pu voir en écumant un peu la presse locale,
08:19pareil, ça a du mal à mobiliser à des degrés aussi importants qu'en septembre.
08:24Par exemple, je prends un exemple comme ça.
08:27À Dijon, on est à peu près à un tiers du nombre de personnes présentes dans la rue en septembre.
08:32On en a le tiers aujourd'hui.
08:34Donc ça, voilà.
08:35Il semblerait que ce soit plutôt les militants syndicaux habituels qui aient pris la rue,
08:42plutôt qu'une base populaire.
08:45Ce qui peut s'expliquer par le timing,
08:47ce qui peut s'expliquer par le fait que c'est dur à monter une grève.
08:50Le timing, c'est-à-dire que ce n'est pas le bon moment, c'est trop tôt, trop tard.
08:54Ça veut dire quoi, pas le bon timing ?
08:58Disons qu'en septembre, alors que venaient sur la table les premiers questionnements autour du budget,
09:04il y avait une forte colère, une forte incompréhension de la part de la population, tout simplement.
09:10Là, on est deux mois après.
09:12Peut-être qu'il y a une forme d'incompréhension d'où on est, de ce qui se passe.
09:16Puis il faut dire que ce n'est pas facile à monter une grève comme ça.
09:20Il faut mobiliser des bases populaires, il faut déposer des prix à vie.
09:24Ça ne se fait pas en un claquement de doigts.
09:26Il n'y a pas de gros boutons rouges grève.
09:27C'est ce que beaucoup de gens pensent des fois.
09:29Mais non, ça ne fonctionne pas comme ça.
09:31Ça ne marche pas comme ça.
09:32Et quelque chose que j'ai remarqué en allant en manif, en parlant avec les gens qui se mobilisaient,
09:37c'est qu'il y a aussi un coût économique de la grève.
09:40C'est-à-dire que pour les personnes les plus précaires, faire grève, c'est renoncer à une journée de
09:44salaire.
09:45Ce qui est difficile pour beaucoup de personnes, en fait, le 18 septembre, j'ai rencontré des gens
09:51qui se mobilisaient une fois de temps en temps.
09:54Et là, c'était une de ces fois-ci, mais qui disaient « Je ne peux pas faire ça tout
09:57le temps.
09:57Vraiment, je ne peux pas renoncer à une journée de salaire. »
10:00Voilà, il y a pas mal de facteurs qui expliquent pourquoi c'est une plus faible mobilisation.
10:05Parce que c'est vrai que c'est un coût économique.
10:07Peut-être que certains en chat vont dire « Oui, mais des fois, il y a des caisses de grève,
10:09etc. »
10:09Donc c'est vrai que ça existe.
10:11Mais d'abord, même les caisses de grève qui fonctionnent bien ne parviennent jamais à rembourser la totalité d'une
10:16journée de travail perdue.
10:17Ça peut compenser la moitié dans le meilleur des cas, un petit peu, mais ça ne compense jamais une journée
10:22totale perdue.
10:23Et puis surtout, ça fonctionne dans les mouvements un peu d'ampleur.
10:27Par exemple, dans les réformes des retraites, il y avait des caisses de grève qui s'étaient organisées,
10:30qui s'étaient structurées, où les gens avaient l'habitude de donner, etc.
10:32Là, dans des moments un peu plus épisodiques comme ça, c'est plus difficile de mobiliser des gens pour une
10:37journée, etc.
10:39Les grévistes ont toujours perdu leur salaire.
10:41Oui, bien sûr, bien sûr, bien sûr. On n'a rien dit. Non, mais j'anticipe les potentiels critiques.
10:46Bon, ben voilà. Merci beaucoup, Marie.
10:49Effectivement, ce n'était pas très long, mais ça nous semblait important de revenir un petit peu sur cette journée.
10:53De toute façon, il y aura, j'imagine, un papier dans le journal et sur le site Internet d'ici
10:58la fin de journée pour faire un peu le point sur la mobilisation.
11:00Peut-être qu'on en saurait un petit peu plus sur est-ce que c'était un échec ou est
11:04-ce que ça n'a pas marché.
11:06On verra ce soir.