00:00C'est une sorte de déclaration de guerre au centre d'hébergement et plus largement aux associations de lutte contre
00:06l'exclusion
00:07que cette volonté du ministère de l'Intérieur, soutenue d'ailleurs par le ministre du Logement,
00:14que de vouloir contrôler la situation administrative des personnes qui sont dans les centres d'hébergement en France.
00:22C'est une déclaration de guerre, pourquoi ? Parce que d'abord l'action sociale en France,
00:26en faveur des personnes en situation d'exclusion, se fait à partir du principe d'accueil inconditionnel.
00:32Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, et c'est d'ailleurs le code de l'action sociale
00:35et des familles, c'est-à-dire la loi qui dit
00:38qu'en France, toute personne en situation de détresse, détresse sociale, détresse sanitaire, a droit à un hébergement et à
00:46un accompagnement.
00:47Ça veut dire quoi dans les faits ? Ça veut dire qu'une personne qui est sans abri, on l
00:52'accueille, on l'héberge, on l'accompagne parce qu'elle est sans abri.
00:55Et on ne va pas lui demander ses papiers, on ne va pas lui demander sa situation administrative.
00:59C'est d'abord la réponse à une urgence sociale, à un besoin humanitaire aussi, qui prime sur toute autre
01:06considération, je dirais,
01:08liée à la régularité du séjour et aux droits des étrangers en France.
01:12Ça veut dire aussi pour nous qu'une personne sans abri, je dirais, elle est d'abord sans abri et
01:17en grande difficulté avant d'être migrante.
01:19Et nous, on a un devoir d'intervention sociale.
01:23Et nous avons clairement dit au ministre de l'Intérieur, qui nous a réunis il y a quelques jours pour
01:29nous annoncer qu'il souhaitait organiser
01:31de manière généralisée des contrôles des personnes dans les centres d'hébergement,
01:35que nous refuserons de nous plier à cette injonction, à la fois parce que, je l'ai dit, il y
01:42a le principe d'accueil inconditionnel
01:44et qu'on ne veut pas y déroger, aussi parce qu'on considère que ce n'est pas le rôle
01:49des associations d'action sociale
01:51que de développer des missions de contrôle de personnes, de personnes qui, d'ailleurs, nous ont fait confiance,
01:59c'est-à-dire à qui on a proposé un hébergement, un accompagnement,
02:02qui ont accepté de venir dans nos structures, qui pensent être protégés dans nos structures
02:08et qui, finalement, se retrouveraient, si ces contrôles étaient faits, dans des sortes de pièges à migrants
02:14organisés par le secteur associatif, pour nous, c'est quelque chose de totalement inacceptable,
02:23inenvisageable, complètement contraire, je dirais même à ce qu'est l'histoire des associations d'action sociale dans le pays.
02:31Je veux dire, nous, notre ADN, c'est l'accueil inconditionnel, notre ADN, c'est de refuser de trier les
02:36publics
02:37en fonction de leur nationalité, de leur titre de séjour, etc.
02:41Nous, on est dans un, je dirais, dans une action de protection immédiate.
02:45On a, d'ailleurs, du mal à le faire, parce que le problème, à la base, c'est bien qu
02:50'il manque des places d'hébergement,
02:52il en manque des dizaines de milliers dans le pays, et c'est aussi pour ça que l'État nous
02:55demande de trier,
02:56c'est parce que comme il n'y a pas de place pour tout le monde, il faudrait qu'on
02:59puisse sélectionner, finalement,
03:00les bons pauvres, qui seraient des personnes dont la situation serait régulière.
03:06D'où la nécessité, compte tenu, je dirais, de cette déclaration de guerre,
03:09et du fait que le gouvernement s'attaque au socle de la protection sociale des plus démunis,
03:15la nécessité de nous réunir, et la nécessité pour la fédération d'enclencher une action collective des associations.
03:24C'est pour ça que, collectivement, on a claqué la porte à cette réunion organisée par le ministre de l
03:31'Intérieur
03:32et le ministre du Logement, et que nous avons refusé de rentrer dans des petites négociations techniques
03:39de la manière dont des fonctionnaires pourraient rentrer dans les centres d'hébergement,
03:45contacter les personnes, pourraient avoir accès à des listes nominatives, etc.
03:50Nous, on refuse le principe.
03:51Non, le principe. Est-ce que ce principe, c'est la première fois qu'il est attaqué ?
03:55En tout cas, c'est la première fois qu'un gouvernement nous dit
03:59« Nous voulons organiser des contrôles dans les centres d'hébergement sur l'ensemble du territoire national ».
04:05Il y a eu des petites tentatives expérimentales, c'est notamment le cas en Ile-de-France,
04:10sur quelques établissements qui sont spécialisés sur l'hébergement des migrants
04:14et pour lesquels l'État essaye d'obtenir des informations sur le statut des personnes,
04:19en vue notamment, puisque le but de tout ça, c'est de transférer ou de reconduire
04:27vers leur pays d'origine les personnes qui sont déboutées du droit d'asile
04:31ou vers le pays de l'Union européenne par lequel ils sont passés,
04:36pour ce qui concerne les personnes qui sont sous statut Dublin.
04:38Ce sont les deux catégories qui sont effectivement présentes dans nos centres d'hébergement.
04:43et qui sont visées par cette nouvelle orientation.