Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 semaine
Stéphane Sahuc, rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche, Aude Lancelin, fondatrice de QG et Pouria Amirshahi, directeur de publication de Politis débattent sur le traitement médiatique du mouvement des Gilets jaunes. Des échanges animés par Caroline Constant, journaliste à l’Humanité, depuis l'Agora de la Fête de l’Humanité.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Nous avons invité sur ce plateau des responsables de trois médias qui ont essayé de comprendre ce mouvement.
00:06Donc Stéphane Sahuc, qui est rédacteur en chef de l'Humanité Dimanche.
00:13Pour Yann Amir Chahi, qui est directeur de l'hebdomadaire Politis.
00:20Et Aude Lancelin, qui a créé en juin dernier une web télé qui s'appelle QG.
00:26Merci. Donc déjà, dans la première question, je vais m'adresser à vous pour y aller peut-être en premier.
00:35Dans les premiers jours de ce conflit social, comment avez-vous décidé de le traiter à Politis ?
00:42Et avez-vous eu un sentiment d'une dichotomie entre ce qui remontait du terrain de vos journalistes et ce
00:49que vous entendiez à la radio, à la télévision et dans les médias ?
00:55Bonsoir à toutes et tous. Alors je vais répondre directement à la question. En fait, c'est trop fort ?
01:04Ah, je sais pas. Vous entendez ? Vous entendez là ? Vous entendez bien ? D'accord.
01:11Bien. Alors je recommence. Bonjour à tout le monde.
01:15Alors en fait, on a eu pour tout dire, je sais pas si c'est comme tout le monde, mais
01:20comme beaucoup en tout cas, dans la rédaction du journal, une sorte de curiosité face à un objet non identifié
01:30dès le départ.
01:31Et il faut dire les choses comme elles sont. Si ça a commencé sur une révolte fiscale contre l'augmentation
01:41du carburant, qui ne donnait pas à cette étape les contours précis d'un enjeu de lutte plus large,
01:47ce que sont devenus les gilets jaunes, il nous a fallu par analogie venir chercher ce qui corroborait les entretiens
01:57que nous avions avec quelques gilets jaunes et que les journalistes rapportaient.
02:01C'est-à-dire monsieur et madame tout le monde souvent invisibilisés dans les médias qui, pour la première fois,
02:06et on a vu que ça, c'était une constante du mouvement des gilets jaunes, avait la lumière en tout
02:12cas, avait pour la première fois le micro et la possibilité de dire tout un ras-le-bol, une exaspération
02:21pour rester simple.
02:27Mais l'appréhension que nous avions, je parlais de l'analogie historique, c'était que ça faisait penser au départ.
02:33D'ailleurs, c'était un article de Michel Soudet, La Plume, qui au départ avait, dans Politis, analysé la chose.
02:41Il avait tout de suite fait le parallèle avec l'émergence du mouvement des gilets jaunes. Ce papier date de
02:46novembre. On se rappelle que c'est fin octobre que commence la pétition.
02:52Et il fait l'analogie entre ce que sont les gilets jaunes au départ et le mouvement poujadiste. On a
02:58souvent confondu le poujadisme avec sa fin, c'est-à-dire l'extrême droite qui entraîne dans ses bagages, évidemment...
03:06Enfin, un mouvement qui entraîne dans ses bagages l'extrême droite. Et on a souvent oublié le début, ces 2
03:14-3 années de 1953 à 1955, qui ont été d'une autre nature.
03:21On se souvient y compris des prises d'opposition du Parti communiste français, qui était tout à fait en soutien
03:26de ce mouvement-là et des actions, des manifestations et des mouvements de protestation engagés.
03:30C'était qu'à partir de 1955 que la rupture a lieu. Donc la question que nous nous sommes posées
03:35dès le début, c'est de savoir de quel côté va basculer ce mouvement-là qui était en train d
03:42'émerger.
03:42Et nous n'en savions strictement rien. La seule chose que nous avions de sûr, et c'est le parti
03:48pris que nous avions pris, c'était qu'il fallait s'immerger dans ce mouvement,
03:52c'est-à-dire faire le travail d'un journal avec des journalistes qui sont allés tout simplement à la
03:58rencontre des individus. Et là, il y a eu effectivement des éléments très frappants.
04:05Le premier élément, c'est que personne, à quelques exceptions près, ne voulait s'autoproclamer représentant du mouvement. C'était
04:13presque la phrase d'introduction de chaque personne, gilet jaune, qui était sollicitée.
04:19Le deuxième, c'est qu'il y avait évidemment quand même une méfiance quand on allait poser une question, puisque
04:22c'est le thème du débat, comment les gilets jaunes ont bousculé les médias.
04:26Je finirai ma première réponse là. Quand vous aviez un micro, vous n'étiez pas forcément bien accueilli. Quand vous
04:35aviez une caméra, c'était encore pire.
04:37Quand vous aviez par contre un bloc-notes et un silo, ça passait plus facilement. Et donc on voyait à
04:43travers la symbolique de ces trois outils de travail du journaliste,
04:45qu'évidemment, la perception qu'en avait le mouvement des gilets jaunes était très différente.
04:49Ce dont vous étiez identifié aux grands médias qui véhiculent l'essentiel des modèles du système dominant ou au contraire,
04:58un reporter journaliste d'une condition relativement précaire,
05:01ça se voit en général, et qui s'intéressait beaucoup plus à la préoccupation des gens qu'à leur paraître,
05:07souvent d'ailleurs négligé, en tout cas moqué, je veux dire, par l'image.
05:13Voilà comment on l'a appréhendé. Et le choix qui a été fait ensuite a été tout simplement de le
05:18suivre au quotidien, parce que ce n'était pas que les samedis sur les ronds-points.
05:23Et ce qui était un défi exceptionnellement intéressant, c'est qu'il fallait épouser un principe des gilets jaunes, c
05:30'est qu'il n'y avait pas de chef autoproclamé,
05:32quoi qu'en aie dix, quelques-uns, Éric Drouet et d'autres, qui ont eu leur figure et leur place,
05:37mais que c'était une extraordinaire motivation pour des journalistes,
05:41c'est eux qui le racontent, qui m'en parlaient à chaque fois, d'aller justement chercher les femmes et
05:52les hommes, en général invisibilisés,
05:54et d'inventer à chaque fois une façon d'écrire, une façon de raconter. Bref, pour reprendre l'expression d
06:01'un des journalistes avec qui je discutais tout à l'heure,
06:03en lui parlant de cette table ronde-là, il nous a dit que c'était une école contre la fainéantise
06:08pour nos journalistes.
06:12École contre la fainéantise pour les journalistes. Stéphane Sahuc, à l'Humanité, comment ça s'est passé, ces débats,
06:23et le fait d'envoyer en reportage aussi, effectivement, beaucoup des journalistes un peu tous azimuts sur ce mouvement
06:31qui avait quand même un côté justement très éclaté et avec des revendications très éclatées.
06:38Mais comme le disait Pourria, je pense qu'à la rédaction de l'Humanité, l'Humanité Dimanche, on a des
06:43questions de nature similaire qui sont posées.
06:45Le début de ce mouvement nous interroge sur qu'est-ce qu'il porte. Est-ce qu'il porte une
06:51simple révolte fiscale de nature poujadiste,
06:53ou est-ce que c'est plus profond ? Et en fait, ce qui va faire la différence au bout
06:58du bout, c'est le travail journalistique
07:00qu'on va être en capacité de mettre en oeuvre. Et pour ça, je tiens à le dire publiquement.
07:06Le travail que fait Marc Blacher, qui est donc un journaliste de l'Humanité, qui va aller sur les ronds
07:12-points dans la Sarthe,
07:13qui pendant plusieurs semaines va être quotidiennement avec les Gilets jaunes du ronds-points de Montabon,
07:20va nous aider à comprendre, je pense, de manière plus fine, les contradictions que porte ce mouvement.
07:27Parce qu'il y a un bout, il ne faut pas nier, il y a un bout réactionnaire, un bout
07:32purement antifiscal,
07:34un bout poujadiste qui est présent chez les Gilets jaunes. Il y a un bout d'une possibilité de récupération
07:41par l'extrême droite qui existe.
07:44Et pour autant, la nature de l'évolution de ce mouvement va plutôt aller dans un sens qui n'est
07:49pas celui-là.
07:51Et d'ailleurs, nous, on a notre journaliste Marc, qui est sur le rond-point, qui nous raconte tout ça.
07:57Entre parenthèses, bien avant, Florence Obonas ou d'autres, mais qui nous raconte tout ça.
08:03Mais il y a un autre critère, un autre point de vue qui nous aide à mieux comprendre ce qui
08:10est en train de se passer aussi.
08:11C'est la manière dont on le traite, par exemple, BFM TV. L'évolution du traitement de BFM TV, de
08:18ce qui est en train de se passer sur le rond-point,
08:20est symptomatique du moment où ce mouvement, qui aurait pu n'être qu'une simple révolte fiscale,
08:27se traduit en fait à un mouvement qui porte une contestation plus générale de questions de fond sur la société
08:33dans laquelle on est en train de vivre,
08:35qui permet l'émergence et de revendications de personnes qu'on ne voit plus dans la société.
08:42Cette idée des invisibles qui reprennent la parole sur les ronds-points, pour nous, nous pète à la gueule, si
08:51je peux le dire,
08:52assez rapidement, quoi. Parce qu'on a du monde dessus et parce que Marc, notamment, nous raconte que les gens
08:59qui sont là
09:00sont des gens qui ont des revendications, qui sont celles qui sont partagées par une grande majorité des Français.
09:07Donc voilà, je pense que vraiment, pour le coup, la manière dont nous, on a appréhendé cette dimension-là,
09:12qui est une manière journalistique, nous a permis aussi politiquement de comprendre ce qui était en train de se passer.
09:18D'accord. Aude Lancelin, je vous pose aussi la question. Comment vous voyez le traitement qui a été fait par
09:26ces médias dominants, en vérité,
09:30sur les gilets jaunes ? Alors effectivement, avec une évolution dans le temps, à un moment donné, ils ont dû
09:35s'y intéresser
09:38et s'intéresser à leurs revendications, mais avec quand même un côté toujours très spectaculaire dans ce qu'ils ont
09:44choisi de montrer,
09:46dans les images très violentes qu'ils ont choisi de mettre en avant.
09:51Comment vous voyez le travail de ces rédactions ? Est-ce que vous pensez que c'est parfait néantise ?
09:57Est-ce que vous pensez que c'est une vision de la société qu'ils ont par le biais de
10:01formations qu'ils ont ?
10:03Enfin voilà, j'aimerais bien avoir votre point de vue sur le sujet, vous qui étiez aux médias à ce
10:07moment-là.
10:08C'est vrai que ce à quoi nous avons assisté à partir, pour ma part, du 24 novembre sur le
10:15terrain a été absolument fascinant.
10:17Parce que pour les gens qui étaient vraiment à Paris, sur les Champs-Elysées ce jour-là, en réalité, il
10:26était tout à fait possible en 2-3 heures
10:29de comprendre, en parlant aux gens, qui étaient ces gens et ce qui était en train d'arriver.
10:35Et ce que nous avons observé quand nous sommes rentrés chez nous le soir, c'est un discours médiatique dominant
10:41exactement inverse à ce que nous avions vu sur le terrain.
10:45Nous avions vu sur le terrain des primo-manifestants, des maires de famille, des retraités, des gens qui venaient de
10:54la France entière,
10:55absolument pas politisés, qui avaient parfois roulé toute la nuit de Bretagne ou du Jura pour être dans le 8e
11:03arrondissement de Paris ce jour-là.
11:05Et ces gens-là, on les a présentés très rapidement sur BFM, mais bon voilà, on prend BFM comme emblème,
11:15mais on pourrait citer beaucoup d'autres titres.
11:17On les a présentés comme des fascistes, comme des poujadistes, comme des lepénistes, comme des factieux, comme des gens finalement
11:29indésirables dans ces rues-là.
11:34Et j'ai eu la chance de faire partie d'une rédaction dans laquelle je m'occupais de la politique
11:42éditoriale.
11:44Il y a énormément de bruit et j'ai une petite voix, mais je vais quand même essayer de la
11:56forcer.
11:58Nous avons décidé de nous emparer de cet événement parce que nous avons eu la certitude précoce qu'il s
12:09'agissait d'un événement historique de première ampleur,
12:11de première grandeur qui marquerait l'histoire de France. Nous en avons eu la certitude dès les premiers samedis, le
12:201er décembre et le 8 décembre,
12:21n'ayant fait que confirmer bien sûr cette impression. Alors vous me demandez pourquoi est-ce que les journalistes qui
12:28étaient sur le terrain en même temps que nous,
12:30moi je me suis retrouvée nassée avec des journalistes de TF1, de LCI et de bien d'autres rédactions,
12:38pourquoi n'ont-ils pas eu le même regard sur ce mouvement que nous ? Alors là, vraiment, on entre
12:46dans le dur du sujet,
12:47c'est-à-dire la crise absolument historique que traversent les médias français qui, à un rythme accéléré depuis une
12:59quinzaine d'années,
13:01sont tous tombés dans l'escarcelle de grands groupes industriels qui, pour la plupart, sont tous en affaire avec l
13:09'État
13:10et n'ont donc pas la possibilité de mener une politique éditoriale indépendante.
13:17Alors il y a ça, bien sûr, qui est absolument fondamental, mais il y a aussi, je pense, la véritable
13:25destruction du métier de journaliste
13:28qui a été opérée, elle aussi, sur plusieurs décennies. Tout ça ne s'est pas fait en un jour.
13:36Il y a effectivement toute une idéologie qui est notamment véhiculée, mais pas seulement par les écoles de journalisme,
13:44selon laquelle le métier de journaliste, c'est celui de petites aiguilleurs du ciel des vérités factuelles.
13:53Et cette vision du métier revendique une neutralité absolue. Bien entendu, c'est un leurre, parce que, bien souvent,
14:02la neutralité en question ne fait qu'habiller les convictions des propriétaires des dix médias.
14:09Mais enfin, il y a quand même cette idée que le journalisme ne peut pas être engagé,
14:18que l'engagement, la vision affirmée, c'est du militantisme et que donc ça sort du cadre de notre métier.
14:28C'est une chose, moi, que j'ai souvent affrontée dans ma vie, dans ma carrière, ce reproche-là.
14:35Je l'ai une fois de plus affrontée au moment des Gilets jaunes, puisqu'on a pu nous reprocher,
14:42reprocher à certains journalistes, à moi et à certains proches, si vous voulez, d'être trop dans l'accompagnement du
14:52mouvement,
14:53d'être trop proche, peut-être, du mouvement. Alors là, moi, je vais vous le dire, franchement, les choses,
15:00c'est très clair dans ma tête. C'est une chose que je revendique.
15:06Oui, en effet, j'ai tout à fait sciemment, par la politique éditoriale menée, choisi d'accompagner un mouvement
15:15qui est un mouvement en faveur de la justice fiscale, qui est un mouvement en faveur de la redistribution des
15:21richesses,
15:22qui est un mouvement aussi en faveur de la révolution, d'une révolution citoyenne de grande ampleur,
15:30d'une redistribution de la souveraineté au peuple. Autant de combats qui étaient les miens depuis des années
15:41et que ce mouvement, par sa force, par sa puissance, par le courage des gens qui se sont redressés cet
15:51hiver,
15:51qui sont descendus dans la rue, qui ont occupé la rue maintenant depuis 44 semaines,
15:56et bien toutes ces questions-là que tout le monde disait enterrées, notamment à cause de la faiblesse des parties
16:05de gauche,
16:06pour des années, et bien toutes ces questions-là se sont revenues sur le devant de la scène, de nos
16:11préoccupations.
16:13Toutes ces questions-là occupent les... Il y a une manifestation à côté de nous, on aura tout eu.
16:23Et nous ne remercierons jamais assez les gilets jaunes pour tout ça.
16:33D'accord. Alors sur le coup, il y a... C'est aussi une notion qui...
16:36Oui, on n'est pas la fête des humains.
16:37Une notion qui m'intéresse aussi. Dans un de vos éditeaux, dans cette période-là,
16:46vous avez écrit qu'une des obligations des journalistes, une des obligations,
16:51c'est l'indépendance qui commence déjà à l'égard du pouvoir, en fait.
16:55Et là, pour le coup, on avait un pouvoir avec des violences policières,
16:59avec un discours extrêmement... À la fois très violent dans les mots, en fait, sur ce truc-là.
17:09Comment on fait pour résister quand on est justement un petit journal,
17:13comme nous on l'est, comme vous l'êtes,
17:16à ce déferlement d'images qu'on peut avoir et de propagande aussi, en fait, quelque part.
17:25Donc voilà.
17:27Alors c'est vrai qu'il y a eu une criminalisation quasi immédiate du mouvement des gilets jaunes
17:34par le gouvernement, par l'exécutif,
17:36avec en plus une excuse a priori et totale et absolue
17:41de toute violence policière justifiée désormais par avance.
17:46C'est-à-dire qu'on était plus seulement dans une tentative d'explication a posteriori
17:51de ce qu'on appelle publiquement des bavures,
17:53qui ne sont ni plus moins que des violences policières délibérées,
17:56et non pas des bavures,
17:58mais dans une justification a priori.
18:01C'était, rappelez-vous, les déclarations de Castaner très rapidement
18:04qui, au nom de l'ordre, a couvert la police.
18:11En tout cas, les policiers auteurs de ces violences policières-là.
18:17Il y a eu, de ce point de vue-là, une réflexion très intéressante
18:21dans la rédaction du journal, c'est que toute la violence policière
18:26qui était dénoncée par Politis depuis très longtemps,
18:29mais ciblée notamment, en particulier, dans les quartiers populaires,
18:32et depuis très longtemps,
18:34commençait, hélas, à faire tâche d'huile,
18:36mais à la faveur de cette tâche d'huile,
18:39faisait jonction entre différentes fractions de la population
18:41qui, jusque-là, ne se parlaient peu.
18:44Et on a vu à quel point les violences policières sont devenues,
18:46d'une certaine façon, ont une grande visibilité
18:50qui a beaucoup plus affaibli le pouvoir qu'ils ne le croient.
18:54Alors, il fallait continuer, de ce point de vue-là, le travail engagé par le journal
19:01depuis très longtemps, à partir du moment où c'est le pouvoir lui-même qui donnait à voir
19:05et assumait pleinement cette violence policière,
19:09eh bien, il fallait jouer notre rôle,
19:10qui consistait à essayer, avec notre petite taille,
19:13d'en alimenter chaque jour la chronique malheureuse,
19:17mais qui venait montrer expressément
19:19que, pour le coup, on n'était pas simplement dans un parti pris démocratique
19:23et un parti pris de l'État de droit
19:25et un parti pris de la cause des gens de peu face à la matraque,
19:28mais que la réalité de cette répression-là
19:31s'était étendue et faisait système.
19:34Et c'est là que les choses devenaient très, très inquiétantes.
19:38La deuxième chose qui était intéressante,
19:40c'est que la méfiance des Gilets jaunes à l'égard des médias en général,
19:44et je dirais même de presque tous les médias, y compris les nôtres,
19:46parce qu'une fois qu'on explique qui on est,
19:50pour ceux qui ne nous connaissent pas, ça va.
19:54Mais il faut passer quand même...
19:56La vérité, c'est que tous les journalistes disaient
19:58qu'il fallait quand même discuter un peu.
20:00Bon, qu'est-ce que vous allez dire ?
20:01Qu'est-ce que vous allez raconter ?
20:03Bon, après, il y a ceux qui vous reconnaissaient,
20:05donc ça passait assez vite.
20:07Mais quel était le...
20:09Comment dire ?
20:09Le système immunitaire des Gilets jaunes à l'égard de la presse,
20:12c'est qu'ils ont créé eux-mêmes leur système de communication.
20:16J'ai parlé tout à l'heure de cette façon très basiste,
20:19mais en fait très disciplinée,
20:22de ne jamais vouloir revendiquer et parler au nom des autres.
20:25Mais vous avez aussi des sites d'information,
20:29Toulouse-Gilets jaunes, je crois, si vous connaissez ce site,
20:31qui est très engagé, évidemment, de partie pris totalement pour les Gilets jaunes,
20:35mais qui est une mine d'informations,
20:37parce qu'ils se sont aperçus d'une certaine façon
20:40que le combat, pour reprendre les termes d'une confrontation avec le pouvoir,
20:46étant tellement inégal,
20:48et la propagande faite autour des casseurs, entre guillemets,
20:53plutôt que des violences policières, était telle,
20:55qu'il fallait quand même étayer par eux-mêmes
20:57l'épreuve de cette violence policière.
20:59Et c'est là que vous avez eu un autre débat intéressant
21:01qui est un débat de proto-journalisme,
21:04je ne sais pas s'il a investi les rédactions,
21:06mais qui est de savoir quelle est l'utilisation de ces images.
21:10Car vous avez le parti pris qui consiste à dire
21:12montrer, donner à voir ces violences,
21:16ce sont des preuves et autant d'éléments de démonstration
21:19de la violence de l'État.
21:21D'autres disaient, mais attention,
21:22parce que ces images vont être utilisées contre nous
21:25et contre les manifestants,
21:26dans un moment où il y a de plus en plus
21:29d'identification, de fichage
21:31et d'arrestation de quelques meneurs.
21:34Et on a vu qu'elle était le dispositif
21:36à l'entrée même des manifestations à Paris
21:38sur les Champs-Elysées,
21:38où on arrêtait non seulement les gens
21:40au prétexte d'une bouteille d'eau,
21:41mais parfois aussi tout simplement
21:42parce qu'ils avaient été expressément identifiés.
21:45Et donc là, il y a eu besoin de relayer
21:48et de faire remonter les sources d'informations
21:52qu'avaient les journalistes,
21:53mais aussi, après, il fallait trier le bon grain de l'ivret,
21:56parce que dans le mouvement des Gilets jaunes,
21:58je crois qu'il n'y a que des belles personnes,
22:02humainement, je veux dire.
22:05Ça ne signifie pas que politiquement,
22:06ils étaient tous de notre bord, loin de là.
22:09Mais il y a des façons de parler des gens,
22:12quel que soit leur parti pris,
22:14qui consiste à partir de leur humanité.
22:16Et c'est ça que nous avons voulu faire.
22:18C'est d'ailleurs ce qu'a fait François Ruffin
22:21dans son film, comme il est journaliste de formation
22:23et de parcours, je le cite.
22:25C'est ce qu'a fait Vincent Jarousseau
22:26dans son excellent livre,
22:27vous l'avez vu, de photo-reporter,
22:31qui annonçait les Gilets jaunes avant l'heure
22:33et qui, nonobstant le point de vue parfois détestable,
22:38c'est comme ça,
22:39d'une partie, d'une fraction de la population,
22:41mais d'une partie seulement des Gilets jaunes,
22:44n'en partait pas moins de leur humanité première,
22:46qui était un sentiment d'humiliation, de désarroi.
22:50Et dans le rapport aux médias,
22:52je finirai là-dessus,
22:52il s'est passé tout simplement
22:53que les médias ont fait irruption
22:55dans le monde des Gilets jaunes.
22:56Parce que quand vous partez en manifestation
22:59et que le soir, on parle de vous à la télé,
23:01alors vous devenez quelqu'un.
23:03Ce quelqu'un que vous n'avez jamais été.
23:04Et à partir de là,
23:06vous comprenez qu'il y a une importance fondamentale
23:09à exister médiatiquement.
23:11Et à partir du moment où il y a eu
23:13une caisse de résonance médiatique,
23:14je pense que dans la tête,
23:15dans les consciences collectives des Gilets jaunes,
23:18de cette fraction de la population,
23:19qui était en mouvement, les Gilets jaunes,
23:21il y a une prise de conscience
23:22de l'importance de communiquer.
23:24Après, ils ont choisi à qui on communique,
23:26comment on communique,
23:27et d'une certaine façon,
23:28c'est propre à l'organisation d'un mouvement
23:30que de se doter de ses propres outils de communication.
23:32Et moi, j'ai trouvé ça assez rafraîchissant.
23:34Je vais rebondir sur ce que vous dites,
23:37parce que vous, en janvier dernier,
23:39vous écriviez que les positions
23:42que l'on trouve dans les partis,
23:43les mouvements, les revues, les magazines,
23:45même les plus favorables
23:46aux revendications sociales et fiscales
23:48des Gilets jaunes,
23:49sont sans grande influence
23:50sur un mouvement qui ne les lit
23:52et ne les écoute guère.
23:53Est-ce que ce n'est pas aussi, justement,
23:55un obstacle, à la fois,
23:56quand on veut le raconter
23:57et le faire partager,
23:59d'être un média
24:03qui écoute, qu'on le lit
24:05et qu'on écoute guère,
24:06en vérité, comme les autres ?
24:09Alors, j'ai été long,
24:10je vais être court sur cette réponse.
24:11Oui, à la vérité.
24:16Nous savions que notre audience
24:18n'a pas explosé
24:19avec le mouvement des Gilets jaunes
24:21et bien que nous ayons pris le parti
24:24de la justice fiscale,
24:26de la contestation des violences policières
24:29et que nous avons fait beaucoup de portraits.
24:32Ce qui a joué, comme beaucoup de médias,
24:35c'est la viralité contemporaine
24:38via les réseaux sociaux
24:39de certaines vidéos,
24:40de certains articles.
24:43Mais il n'y a pas eu,
24:44en tout cas, je crois,
24:46il faut être honnête,
24:47sauf dans un petit monde de réseaux sociaux
24:49parce que ce n'est pas toute la France,
24:50Twitter, loin de là,
24:51et sûrement pas celui des Gilets jaunes,
24:54il n'y a pas eu, comment dire,
24:57une explosion, en tout cas,
25:00de nos abonnements.
25:00En revanche, il y a eu une reconnaissance
25:03de son titre.
25:03Ah oui, politiste,
25:05vous avez parlé des Gilets jaunes.
25:06Oui, on a vu le portrait.
25:08Oui, on a vu que vous aviez pris parti
25:10sur les violences policières.
25:11Et donc, il y avait cette reconnaissance.
25:12Et c'est vrai, de ce point de vue-là,
25:14j'imagine que vous direz la même chose.
25:15C'est-à-dire qu'il y a eu,
25:16à un moment donné,
25:17une sorte de reconnaissance aussi.
25:20Elle ne nous est pas due,
25:21mais enfin, c'est comme ça.
25:22De celle qui,
25:23dans ce grand mouvement écrasant de médias
25:25qui, encore une fois,
25:27ne donnait pas à voir de beaux visages,
25:29c'était les gueules cassées,
25:30c'était des sans-dans,
25:31pour reprendre une expression
25:33qui, maintenant, a fait florès.
25:35Mais une forme de reconnaissance
25:37à l'égard de celles et ceux
25:38qui, au moins, essayaient de partir
25:39de l'humanité première,
25:41de la condition humaine
25:41qui était la leur
25:42et qu'ils ont revendiqué,
25:44bien au-delà du débat
25:45sur la taxe de carburant
25:46et bien au-delà du débat
25:47de savoir si c'était un mouvement
25:50ontologiquement proto-fasciste ou pas,
25:52ce que je ne crois pas.
25:54Pour le coup, Stéphane,
25:57à l'Humanité Dimanche,
25:59comment vous avez envisagé
26:02cette question du rapport
26:04entre ce que pouvaient renvoyer
26:10les images de ce mouvement
26:13et ce qu'on pouvait en écrire, en fait ?
26:22En fait, un des bouts
26:24qui nous a permis
26:25de régler cette question-là,
26:26c'est la manière
26:28de faire notre travail,
26:30c'est-à-dire de faire un travail
26:31d'abord de journaliste,
26:32d'aller voir,
26:33d'aller vérifier
26:34sur le terrain
26:35ce qui est réellement porté
26:38avec tous les aspects contradictoires
26:40qui ont été évoqués
26:40dans le mouvement des Gilets jaunes.
26:42Et ce bout-là
26:44nous permet de comprendre
26:45assez rapidement
26:47que ce mouvement, en fait,
26:49porte des choses
26:50qui nous intéressent particulièrement.
26:52Et donc, nous,
26:52c'est ça qu'on va aller chercher,
26:53c'est ça qu'on va aller creuser.
26:57Et parce qu'en fait,
26:58au bout du bout,
26:59quand on regarde
26:59ce qui est en train de se passer
27:00sur ce mouvement,
27:01les Gilets jaunes
27:02ne sont jamais
27:03que la partie émergée
27:04d'une problématique
27:06qui a été posée
27:07depuis très longtemps
27:07sur la représentation
27:09des couches populaires,
27:10des mouvements populaires,
27:12des mouvements sociaux
27:12dans les médias.
27:14Là, ça nous pète à la gueule
27:15parce que tous les week-ends,
27:18ils descendent
27:19dans les rues de Paris,
27:20tous les week-ends,
27:20ils investissent des lieux
27:22qui ne sont pas des lieux,
27:24on va dire,
27:25habituels
27:25pour des manifestations,
27:26que tous les week-ends,
27:27ils posent des questions
27:29de manière un peu visible.
27:32Mais quand on prend
27:33d'autres mouvements sociaux
27:33qui ont lieu
27:34sur des années précédentes,
27:36qui étaient plus catégoriels,
27:38qui étaient plus
27:39sur des entreprises,
27:41la manière dont
27:42ils ont été traités
27:43par les médias
27:45ressemblait peu ou prou
27:46à la manière
27:46dont ont été traités
27:47les Gilets jaunes.
27:49Pour aller très vite,
27:52la, entre guillemets,
27:54criminalisation
27:55des Gilets jaunes
27:56sur l'évolution
27:57du mouvement
27:58des Gilets jaunes,
27:59qui au départ
28:01étaient plutôt bien vues,
28:02qui après sont devenus
28:03des casseurs,
28:04qui après sont devenus
28:05des antisémites,
28:08qui après sont devenus
28:09presque des terroristes,
28:11c'est quand même
28:11un process
28:13qu'on entend beaucoup
28:14dans d'autres mouvements sociaux
28:16plus classiques,
28:17entre guillemets.
28:20La rhétorique
28:21de la prise d'otage,
28:22la rhétorique
28:23de ces grévistes
28:26qui empêchent les gens
28:27d'aller travailler,
28:28comme je disais,
28:29qu'ils les prennent
28:29à l'otage
28:29n'est pas nouvelle.
28:30Donc là,
28:31en fait,
28:32les Gilets jaunes
28:33ne sont,
28:33on va dire,
28:34qu'une pointe,
28:36un moment
28:38de tension
28:39où ça
28:40explose à la gueule
28:41de toute la société,
28:42cette manière
28:42dont on traite
28:43les mouvements sociaux.
28:44Donc voilà,
28:44nous,
28:46cette dimension-là
28:47qu'on a l'habitude
28:48de traiter,
28:49puisque ça fait
28:50114 ans maintenant,
28:51114 ans que l'humanité existe,
28:53114 ans que l'humanité
28:55travaille
28:55cette question
28:56des mouvements sociaux,
28:57nous surprend peut-être
28:58moins que d'autres.
28:59Et donc voilà,
29:02on essaye de,
29:03par le bout du reportage,
29:05par le bout de l'interview,
29:06par le bout de l'analyse,
29:07de voir comment,
29:08ce que portent
29:09les Gilets jaunes
29:10dans ces contradictions
29:11et de nature
29:12a changé ou pas
29:13le rapport de force
29:14et a changé ou pas
29:15les questions
29:17qui sont posées
29:17dans la société.
29:18Une dernière chose
29:18que je voulais dire,
29:19c'est sur ce que disait
29:22Aude sur la nature
29:25de la propriété
29:26de la presse
29:27qui,
29:28à mon avis,
29:30est plus insidieuse
29:32que ce qu'on le pense.
29:33C'est-à-dire,
29:33je ne pense pas
29:34que les patrons
29:36qui aujourd'hui
29:36dirigent la presse
29:37prennent leur téléphone
29:38pour dire aux journalistes
29:40ce qu'ils doivent écrire.
29:41Par contre,
29:41je pense qu'il y a une pression
29:42qui est mise
29:43sur les journalistes
29:44du fait de leur vie quotidienne,
29:47du fait de leur capacité
29:48ou pas de trouver un emploi,
29:49du fait de leur précarité,
29:51qui fait qu'ils vont avoir tendance
29:52à écrire ce qu'ils pensent
29:55qu'il faut qu'ils écrivent
29:56pour pouvoir continuer
29:57à garder leur emploi.
29:59Et je pense qu'aujourd'hui,
29:59cette pression-là
30:02peut-être se pose
30:04d'une manière inédite
30:05dans notre société.
30:07Et paradoxalement,
30:09c'est ennuyeux
30:11parce que ça veut dire
30:11que les gens
30:13comme les Gilets jaunes
30:14qui vont avoir
30:15un traitement
30:16de ce qui leur arrive
30:18dans les grands médias
30:20entre guillemets
30:21qui n'est pas conforme
30:22à ce qu'eux ressentent,
30:24ce qu'eux vivent
30:25à la réalité,
30:26vont se tourner
30:27vers des médias alternatifs
30:30où l'information
30:31ne sera pas vérifiée,
30:32où tout peut être porté
30:35en termes de fake news,
30:37en termes de fausses nouvelles.
30:41Donc je pense que paradoxalement,
30:43les Gilets jaunes
30:44concentrent presque tous les problèmes
30:47qui sont posés à la presse aujourd'hui
30:48parce que tous les problèmes
30:49auxquels on doit pouvoir...
30:51En tout cas,
30:52on doit répondre
30:53et des problèmes
30:55qui sont nouveaux
30:56compte tenu
30:56des médias
30:58qui existent aujourd'hui
30:59mais en même temps
31:00qui étaient déjà posés
31:01il y a bien des années
31:02puisque
31:03Vanian Couturier en 1937
31:05dans un discours célèbre
31:08qui s'appelait
31:09« Trust de journaux
31:11et journaux des trusts »
31:12montrait comment déjà
31:14la création de fausses nouvelles
31:16permettait
31:17à une partie du patronat
31:19d'orienter
31:20les salariés
31:21et le prolétariat
31:22dans des impasses
31:24et des chemins sans issue
31:26ce qui est la même chose d'ailleurs.
31:28Mais est-ce que du coup
31:29on n'est pas effectivement
31:30au lancelin
31:30dans une espèce
31:32de contradiction terrible ?
31:34Parce qu'effectivement
31:34il y a 49%
31:36des journalistes
31:37qui sont sous
31:38toute forme
31:38de contrat précaire
31:40qui vont du CDD
31:41à l'auto-entrepreneuriat
31:43qui se développe
31:44de façon massive
31:45dans la profession
31:47et on ne compte
31:47évidemment pas
31:48les stages
31:49de 6 mois
31:50ou 1 an
31:50qui prennent la place
31:53de vrais emplois
31:54est-ce qu'effectivement
31:55à un moment donné
31:56on n'est pas
31:56dans une contradiction
31:57avec des gens
31:58qui se retrouvent
31:58eux-mêmes
32:00massivement exploités
32:01dans la profession
32:02et qui de l'autre côté
32:03vont être contraints
32:05de parler
32:07de gens
32:07qui eux-mêmes
32:08sont en précarité
32:09comme ça
32:10c'est un peu
32:10le poisson
32:11qui se mord la queue
32:12oui oui
32:13des précaires
32:15contraints
32:15de parler
32:16au nom du pouvoir
32:17et de riches industriels
32:20parce que c'est vrai
32:20qu'on ne le sait pas forcément
32:21mais aujourd'hui
32:23en France
32:23compte tenu
32:24de la détérioration
32:25des conditions matérielles
32:26du métier
32:26on peut
32:28être titulaire
32:29d'une carte de presse
32:31pour 500 euros
32:32par mois
32:34donc ce n'est plus
32:35c'est un métier
32:36qui est en train
32:37de se déclasser
32:39ce n'est plus
32:39un métier
32:40de Nanty
32:41en dehors
32:41évidemment
32:42d'une fine pellicule
32:44d'éditorialistes
32:45surpayés
32:46et acharnés
32:47à défendre
32:48la cause des maîtres
32:50je pense que
32:51la séquence
32:51de l'hiver
32:52elle est extrêmement
32:53intéressante aussi
32:54pour le métier
32:55de journaliste
32:57parce que
32:58je vais essayer
32:58de voir quand même
32:59les côtés positifs
33:00de la situation
33:02beaucoup de mes confrères
33:03se sont retrouvés
33:04pour la première fois
33:05de leur vie
33:06pris entre le marteau
33:07et l'enclume
33:08c'est à dire que
33:09concrètement
33:10sur le terrain
33:11beaucoup se sont fait
33:12défoncer
33:13insulter
33:14et ont compris
33:15que finalement
33:16les conséquences
33:17de leur parole
33:19les conséquences
33:20des prises de position
33:21des organes
33:22qui les emploient
33:23ont des conséquences
33:25concrètes
33:26réelles
33:26sur la vie des gens
33:27parfois très lourdes
33:29très graves
33:30et de l'autre côté
33:31le pouvoir
33:32le pouvoir
33:33ne les a pas soutenus
33:34non plus
33:35il y a eu
33:35tout un discours
33:36du pouvoir
33:37contre les journalistes
33:39fouteurs de merde
33:40contre BFM TV
33:42même BFM TV
33:43même BFM TV
33:45qui passe
33:46parfois sur
33:47domaine télé
33:47Macron
33:47s'est vu accuser
33:48de favoriser
33:50les meutes
33:51en diffusant
33:52samedi
33:53après samedi
33:54les exploits
33:56des gilets jaunes
33:56sur les écrans
33:58toute la journée
33:59entre 11h
34:00et 20h
34:01le soir
34:03or
34:04cette situation là
34:05il est certain
34:06que beaucoup
34:06de journalistes
34:07l'ont extrêmement
34:08mal vécu
34:10on peut quand même
34:11le noter
34:12BFM TV
34:13a connu
34:13sa première AG
34:14en 13 ans
34:15d'existence
34:17en janvier
34:19il y a eu
34:19une mise en cause
34:20de la direction
34:22de BFM TV
34:22par la base
34:23par les journalistes
34:25une motion
34:26a été très largement votée
34:28et qu'est-ce que disaient
34:28ces gens
34:29c'est intéressant
34:30alors bien sûr
34:32il y a des choses
34:34qui ne sortiront pas
34:37notre profession
34:38de lornière
34:38ils disaient
34:39c'est dégueulasse
34:41vous nous envoyez
34:42sur le terrain
34:42avec des vigiles
34:44pas formés
34:45nous prenons
34:46des risques
34:48réels
34:48de sécurité
34:50il faut que ça change
34:52etc
34:52bon passons
34:53sur ce volet là
34:54mais en revanche
34:55la direction
34:56de BFM TV
34:57a aussi été mise en cause
34:58sur la manipulation
34:59des bandeaux
35:01c'est à dire
35:02par exemple
35:03vous voyez
35:04dans une scène
35:05qui est restée fameuse
35:07une grand-mère
35:08tout à fait calme
35:09parlait à une journaliste
35:11de BFM
35:11des revendications
35:12très sérieuses
35:14et cruciales
35:15du mouvement
35:17et vous avez
35:19des bandeaux
35:19terrifiants
35:20on se croirait
35:22à Alep
35:23ou sur je ne sais
35:24quelle scène
35:25de guerre
35:26voilà
35:26et ça
35:28ça a été mis en cause
35:29aussi
35:29par
35:31certains journalistes
35:32on a aussi
35:34cette rédaction
35:35a aussi mis en cause
35:36le traitement
35:39le traitement
35:40la suraccentuation
35:42mise sur les violences
35:43et l'absence
35:44de tout traitement
35:45au bout de quelques semaines
35:46sur les ronds-points
35:47dans les assemblées
35:49dans les territoires
35:51là où le mouvement
35:52se construit
35:54en réalité
35:54Paris n'étant
35:56qu'une vitrine
35:57assez superficielle
35:59du mouvement
35:59voilà donc
36:01c'est un métier
36:03évidemment
36:03c'est un métier
36:05qui connaît
36:06une très très grave crise
36:07une crise
36:08non seulement économique
36:09on en parlait
36:10mais morale
36:11intellectuelle
36:13mais
36:14là encore
36:15on peut dire
36:16que ce mouvement
36:17historique
36:17des gilets jaunes
36:18a permis
36:19de reposer
36:20des questions
36:21fondamentales
36:22radicales
36:24y compris
36:25pour les journalistes
36:27je ne sais pas
36:28ce qu'il en sortira
36:29ça prendra
36:30ça prendra
36:30des années
36:31la reconstruction
36:32prendra des années
36:34mais
36:35je dirais
36:36que les
36:37les fermants
36:37sont là
36:39chez de plus en plus
36:41de journalistes
36:42et de jeunes journalistes
36:43il y a la conscience
36:47que nous ne souhaitons plus
36:49nous ne souhaitons plus
36:50être les chiens de garde
36:53des dix plus grandes fortunes
36:55françaises
36:55dans leur bonne relation
36:57avec l'état
37:01mais alors
37:02je vais aller
37:04un peu plus loin
37:05même
37:05quand on a des journalistes
37:07qui sont envoyés
37:08sur le terrain
37:09dans ces chaînes
37:10et tout ça
37:11souvent ce sont
37:11des jeunes journalistes
37:12en fait
37:12qui effectivement
37:14sont
37:16des gens
37:17plus ou moins précaires
37:18en tout cas
37:18qui n'ont pas beaucoup
37:19de pouvoir à l'intérieur
37:20de la chaîne
37:20ce qui explique
37:21qu'à un moment donné
37:22aussi effectivement
37:23ils en viennent
37:23à faire une AG
37:24mais est-ce que
37:25tant que
37:27ce qui remonte
37:28des reportages
37:29et la réalité
37:30de ce qui remonte
37:31du reportage
37:31n'est pas entendu
37:32par ceux qui ont
37:33les manettes
37:34et ceux qui ont
37:34les éditoriaux
37:35de ces chaînes
37:36ça peut changer
37:37en fait
37:37y compris dans la profession
37:39parce que
37:39ceux qui ont le pouvoir
37:40dans la profession
37:41ce sont ces éditorialistes
37:43ce ne sont pas
37:45les reporters
37:46en fait
37:48ces médias là
37:49je parle
37:49pas dans les autres
37:50non non mais absolument
37:51il est certain
37:52que
37:53le nerf de la guerre
37:55c'est bien entendu
37:55le changement capitalistique
37:58le changement de propriété
37:59de ces médias là
38:00c'est bien sûr
38:01que des gouvernements
38:03arrivent au pouvoir
38:04qui soient ambitieux
38:06sur ces questions là
38:07qui notamment
38:08établissent
38:08des quotas
38:10qui interdisent
38:11à certains actionnaires
38:12en affaires avec l'état
38:14que ce soit
38:14ceux des télécoms
38:15ou l'armement
38:16de posséder des médias
38:17et d'en posséder
38:20plusieurs
38:20a fortiori
38:21et que tant que
38:23tant que ce système
38:24sera en place
38:26tant que ce système
38:27sera ainsi
38:28vérolé
38:29nous ne connaîtrons pas
38:31de véritable
38:32nous ne connaîtrons pas
38:34de véritable révolution
38:35démocratique
38:36c'est là où
38:36vous parliez
38:37de ce serpent
38:37qui se mord
38:38la queue
38:40le serpent
38:41se mord
38:42tellement la queue
38:43qu'effectivement
38:43pour apporter
38:44au pouvoir
38:45ce genre
38:46de gouvernement
38:46il faudrait
38:47d'autres
38:48presse
38:49d'autres
38:49politiques éditoriales
38:51que celles
38:51que nous voyons
38:52actuellement
38:52en place
38:53dans le pays
38:53donc
38:55la situation
38:56je le disais
38:58est loin
38:59d'être rose
39:00loin d'être
39:01encourageante
39:02néanmoins
39:03j'ai le sentiment
39:04que là encore
39:05les événements
39:06de l'hiver
39:08qui ne sont pas
39:09évidemment pas finis
39:10moi je n'en parlerai pas
39:11au passé
39:11parce que je pense
39:12que le gouvernement
39:14et le pays
39:15doivent se préparer
39:17à de grandes surprises
39:19à l'automne
39:20et alors que nous allons
39:22fêter
39:23les un an
39:24du mouvement
39:25mais
39:26nous ne
39:27il est certain
39:29que les médias
39:30qui sont censés
39:31dans l'imaginaire
39:34glorieux
39:35être les gardiens
39:36de la démocratie
39:37sont devenus
39:37le verrou
39:38de la démocratie
39:39en France
39:41et cette question là
39:43les événements
39:44actuels
39:45la posent
39:46avec une acuité
39:47tout à fait nouvelle
39:51alors du coup
39:52question que je vais
39:53vous poser
39:53à tous les trois
39:54parce que
39:56effectivement
39:56on s'est retrouvé
39:58dans des contradictions
39:59aussi avec ce mouvement
40:00par exemple
40:00les audiences
40:02de BFM TV
40:02n'ont jamais été
40:03aussi importantes
40:04qu'au moment
40:06de ce mouvement
40:07des gilets jaunes
40:08et en même temps
40:09il y a eu des manifestations
40:10devant
40:12BFM TV
40:13de gens
40:14mécontents
40:15de ce traitement
40:15moi la question
40:17que j'ai envie
40:17de vous poser
40:17c'est
40:18pour nous
40:19petits médias
40:21en vérité
40:21mais indépendants
40:24comment
40:25confronter
40:26à des difficultés
40:27économiques
40:28et structurelles
40:30dans la période
40:31qui sont
40:32sérieuses
40:32voilà
40:33comment on peut faire
40:35aussi
40:35pour un moment donné
40:36que nos voix
40:37soient
40:38davantage
40:39entendues
40:40et que le travail
40:41de terrain
40:41qu'on fait
40:42soit davantage
40:44de visibilité
40:45vu qu'on n'a pas
40:46évidemment
40:46les moyens
40:47de BFM
40:48et compagnie
40:48je reprends BFM
40:50mais je pourrais parler
40:51d'autres évidemment
40:52de TF1
40:53voilà quoi
40:54je vous le demande
40:55à vous déjà
40:55pour y'a
40:58dans la période
41:00qui a commencé
41:00à se durcir
41:02sous Sarkozy
41:03et ça s'est aggravé
41:05dans le quinquennat
41:06de François Hollande
41:07et ça s'aggrave
41:07encore maintenant
41:09il y a d'abord
41:12une
41:15comment dire
41:15un axe
41:16qui s'ordonne
41:16autour de
41:18de ce principe suivant
41:19c'est que le libéralisme
41:20ne peut tenir
41:20de plus en plus
41:21que par l'ordre
41:24et par un durcissement
41:25de l'état
41:26dans sa relation
41:27aux mouvements sociaux
41:29d'où le débat
41:29sur les violences policières
41:30mais pas uniquement
41:31c'est aussi la violence
41:33politique
41:33qui fait qu'on passe
41:34au 49-3
41:35c'est aussi la violence
41:35politique
41:36qui fait qu'on se passe
41:36d'un débat parlementaire
41:37c'est aussi la violence
41:38politique
41:38qui fait qu'on contourne
41:39les syndicats
41:40donc
41:42cette
41:44cette volonté
41:45d'assigner la société
41:46à résidence
41:47est à chaque fois
41:48contestée
41:49par justement
41:50celles-là
41:51et ceux
41:51qui sont en situation
41:52où on le prétexte
41:54de sortir le nez
41:55dans la rue
41:56et de se confronter
41:58au pouvoir
42:00de ce point de vue-là
42:01ça pose quand même
42:01une question
42:02sur la fin
42:03entre guillemets
42:04relative
42:04parce que
42:05Aude a raison
42:05de dire que ce n'est pas fini
42:06mais enfin
42:07les gilets jaunes
42:08doivent aussi s'interroger
42:10sur
42:10sur leur
42:12leur limite
42:14qu'est-ce qui a fait
42:15qu'un mouvement
42:17qui a
42:17plus de 70%
42:19d'opinion favorable
42:20dans l'opinion
42:21dans l'opinion
42:22ne franchit pas le cap
42:23on ne peut pas dire
42:23simplement
42:24c'est le matraquage
42:25des grands médias
42:26dominants
42:26ou c'est le matraquage
42:28de la police
42:29il y a toujours eu
42:30dans les périodes
42:32agitées
42:32alors on peut lui donner
42:33dans l'arc-en-ciel
42:34toutes les définitions
42:35que l'on veut
42:36pré-révolutionnaire
42:37de révolte
42:37etc
42:39des tentatives
42:39et des réflexions
42:40stratégiques
42:41sur la façon
42:42dont on met en mouvement
42:43ou la société
42:44se met en mouvement
42:46justement
42:46dans un rapport
42:47de confrontation
42:49démocratique
42:49là il y a des questions
42:50à poser
42:51ça servira y compris
42:52pour le mouvement
42:53qui s'annonce
42:53sur les retraites
42:54parce que ça fait longtemps
42:55que le mouvement social français
42:56bien que celui-ci
42:58sortait des classiques
42:59et c'est ça
42:59qui était intéressant
43:01il était disruptif
43:02comme on dit
43:04comment faire
43:04pour y arriver
43:05je ne sais pas
43:06est-ce que c'était
43:06la répétition
43:07des Champs-Elysées
43:08absolument
43:08est-ce que c'était
43:10le refus
43:10de vouloir structurer
43:11par territoire
43:13hormis les ronds-points
43:15moi je n'ai pas
43:15la réponse à tout ça
43:16mais je pense que
43:16ça vaudrait le coup
43:18de s'interroger
43:20ne serait-ce que
43:20pour ne pas
43:21se contenter
43:22j'irais par paresse
43:23intellectuelle
43:24de mettre tout
43:24sur le compte
43:24de tous les autres
43:26sinon je pense
43:26qu'on s'en sortira
43:27difficilement
43:28pour la presse
43:30alors d'abord
43:31si ce débat là
43:31avait lieu
43:32nous on est preneur
43:33parce que ça
43:34c'est une réflexion
43:35prospective
43:35stratégique
43:36qui nous concerne
43:37parce que
43:38nous sommes des médias
43:39engagés
43:39et nous l'assumons
43:41et nous sommes
43:42des médias indépendants
43:43nous sommes
43:44nous dirigeons
43:46ou animons
43:47des journaux
43:48qui sont composés
43:50de vrais journalistes
43:52qui ont leurs opinions
43:53avec un périmètre éditorial
43:54défini
43:55des opinions diverses
43:57mais un parti pris
43:57le parti pris
43:58de la société en mouvement
43:59mais nous sommes aussi
44:01beaucoup à être petits
44:02donc la question
44:03qui se pose à nous
44:04c'est de savoir
44:05si dans les mois
44:06qui viennent
44:07nous ne voulons pas
44:08atteindre aussi
44:09une taille critique
44:11si on considère
44:12que BFMTV
44:14ou d'autres
44:14ont atteint
44:16un seuil
44:17une capacité
44:18de frappe
44:18qui
44:20effectivement
44:21pose problème
44:21dans la bataille culturelle
44:23pour aller vite
44:24alors il faut qu'on s'interroge
44:25sur la façon de faire
44:26mais la façon de faire
44:27on en a
44:28la trame
44:28ici même
44:29avec l'humanité
44:30dans l'histoire
44:31faire du Jaurès
44:33c'était son premier éditorial
44:35à Jean Jaurès
44:38faire du Jaurès
44:39c'est à dire
44:40faire en sorte
44:41que nous soyons
44:43nous cette presse là
44:44le creuset
44:45le sillon
44:47le point de rencontre
44:48le carrefour
44:49de toutes celles et ceux
44:50dont nous voulons représenter
44:52la cause juste
44:53la représenter factuellement
44:54la représenter dans ses combats
44:56en être le haut parleur
44:58mais lui donner cet espace là
45:00je pense que donc
45:01pour le faire
45:02il faut penser sérieusement
45:04à des rapprochements
45:05de grande taille
45:07parce que si on veut
45:08s'adresser à 65 millions
45:09de français
45:10il faut se donner
45:11les moyens
45:12de franchir un niveau
45:13pour le moment
45:13nous sommes petits
45:16nous considérons souvent
45:17avoir
45:18la ligne éditoriale
45:19la plus juste
45:20par rapport à celle
45:20du voisin
45:21ou de la voisine
45:22et
45:23on a des difficultés
45:25à franchir
45:26un cap
45:27un cap significatif
45:29donc il faudrait faire en sorte
45:30que celles et ceux
45:31qui ont
45:31des capacités éditoriales écrites
45:33une stratégie de presse
45:34en kiosque
45:35celles et ceux
45:36qui sont plus en librairie
45:37celles et ceux
45:38qui ont une capacité virale
45:39sur les réseaux sociaux
45:40plus importants
45:41réfléchissent intelligemment
45:42à leur complémentarité
45:43ça ne fera que renforcer
45:45à mon avis
45:45l'indépendance
45:46d'une telle démarche éditoriale
45:47j'en suis persuadé
45:48mais il faudrait pour ça
45:49passer des inimitiés
45:51passer des passés
45:52des passifs
45:53entre titres
45:54qui ont besoin
45:56de justifier
45:57leur singularité
45:58je le comprends tout à fait
46:00je le fais tous les jours
46:01mais
46:01on est bien obligé aussi
46:03de s'interroger nous-mêmes
46:04sur le fait
46:05que nous devons grandir
46:06parce que
46:07je vais le dire
46:08n'y voyez pas de démagogie
46:09mais parce que le peuple
46:10mérite aussi
46:11une presse à son niveau
46:12c'est-à-dire plus grande
46:13plus forte
46:14et plus engagée
46:20Aude
46:21je vous repose
46:21la même question
46:23c'est un appel
46:24l'unité
46:26vous qui venez
46:27justement
46:28de créer
46:28un média
46:29tout neuf
46:30en fait
46:31une web télé
46:32en plus
46:33qui n'est pas
46:34la question
46:36c'était justement
46:36face
46:37au rouleau compresseur
46:39qui est en face
46:39quel avenir
46:40pour nous
46:41petits médias
46:43en fait
46:43et médias indépendants
46:46je reste décidément
46:47d'un optimiste
46:49inébranlable
46:50parce que
46:50ils ont
46:52la force
46:53de l'argent
46:54c'est
46:55c'est vraiment ça
46:56il faut savoir
46:57que la plupart
46:57des médias
46:58mainstream en France
46:59perdent des millions
47:01d'euros
47:01par an
47:02et ne vivent
47:04que parce qu'ils sont
47:07perpétuellement
47:07renfloués
47:08par des
47:10grandes fortunes
47:12Bernard Arnault
47:13Xavier Héniel
47:13Patrick Drahi
47:14qui ont un intérêt
47:15direct
47:15à entretenir
47:17de bonnes relations
47:17avec l'état français
47:20nous n'avons pas
47:21nous n'avons pas
47:23cette force là
47:25la force du pognon
47:26mais nous avons
47:27nous pouvons compter
47:28sur les gens
47:31personnellement
47:32nous
47:32notre défi
47:34à QG
47:35le média audiovisuel
47:36en ligne
47:37que nous venons
47:37de lancer
47:38c'est précisément
47:39d'être un média
47:41populaire
47:42c'est précisément
47:43de ne plus
47:44nous cantonner
47:46de ne plus
47:47nous cantonner
47:48à un petit public
47:49typé
47:51des niches
47:51de gauche
47:53c'est d'arriver
47:56justement
47:56à pousser
47:58ces murs là
47:59d'arriver
48:00à parler
48:00bien au-delà
48:01d'un public
48:02acquis
48:04d'arriver
48:05à parler
48:05bien au-delà
48:06d'un public
48:07politisé
48:09il y a un an
48:11je n'aurais peut-être
48:12pas fait la même réponse
48:13mais
48:15depuis neuf mois
48:16maintenant
48:16j'ai acquis
48:18la certitude
48:19que c'était possible
48:20c'est une des grandes
48:21leçons de l'hiver
48:22dernier
48:24le public populaire
48:25qu'on disait
48:28devant sa télé
48:30complètement
48:33dégoûté
48:34complètement
48:35renonçant
48:37complètement
48:38résigné
48:39s'est redressé
48:41il s'est intéressé
48:42à toutes sortes
48:43de problématiques
48:45sociales
48:46politiques
48:47fondamentales
48:49il a
48:50il a prouvé
48:51sa capacité
48:51à revenir
48:53dans l'échange
48:54d'idées
48:55dans l'échange
48:55politique
48:56c'est cet espoir-là
48:58que nous avons
48:58nous
48:59le souhait
49:00et la fierté
49:02d'accompagner
49:03aujourd'hui
49:05Stéphane
49:06Sahuc
49:06pour clore
49:07ce débat
49:08puisqu'il y a
49:09la soirée
49:09climat
49:10qui nous attend
49:10derrière
49:12après l'année
49:13très difficile
49:13qu'a vécu
49:15l'humanité
49:16enfin le groupe
49:16l'humanité
49:17et donc
49:17nos deux titres
49:19l'humanité
49:19l'humanité
49:19dimanche
49:21comment vous voyez
49:22l'avenir
49:23dans ce contexte-là
49:24avec aussi
49:25ce que propose
49:26Porya Mirchaï
49:27pour le coup
49:29je pense que
49:30l'année qui vient
49:31de s'écouler
49:31montre qu'on est
49:32dans un moment
49:33où on a
49:33un aiguisement
49:35de l'affrontement
49:36de classe
49:36et d'un côté
49:39on va dire
49:40une richesse
49:42insolente
49:42et de l'autre
49:43ces inégalités
49:45qui sont de plus
49:46en plus mal vécues
49:47de plus en plus
49:48en plus mal perçues
49:49de plus en plus
49:50refusées
49:50par une grande
49:52partie de la population
49:52que soit
49:53à l'échelle
49:55française
49:56ou à l'échelle
49:56européenne
49:57et mondiale
49:57donc nous
49:59cette contradiction
50:00c'est quelque chose
50:01qu'on doit contribuer
50:03à faire émerger
50:06à montrer
50:06et à travailler
50:07pour permettre
50:08qu'il y ait
50:09des choses
50:10qui en sortent
50:12pour permettre
50:13que les gens
50:15se sentent
50:16moins seuls
50:16dans ce qu'ils
50:18proposent
50:18dans ce qu'ils
50:19ont envie
50:19de faire
50:20donc voilà
50:21moi sur
50:22l'avenir
50:23sur la suite
50:24en ce qui concerne
50:25l'humanité
50:26je voudrais
50:26je l'ai cité tout à l'heure
50:27mais reprendre
50:28une citation
50:29de Vaillant Couturier
50:32Vaillant Couturier
50:33qui disait
50:34en 1926
50:35que pour pouvoir
50:36changer les choses
50:38en tout cas
50:39en ce qui nous
50:39concerne
50:40nous
50:40médias d'information
50:42nous journalistes
50:43il faut aller battre
50:44la presse bourgeoise
50:45sur son propre terrain
50:46et ce terrain
50:48c'est celui
50:48de l'information
50:50merci
50:51il faut qu'on déclare
50:53la guerre des faits
50:55la guerre des phrases
50:57à l'idée
50:59au verbalisme
51:00donc voilà
51:01il faut qu'on ait
51:02une humanité
51:02qui soit
51:03bien informée
51:04bien effusée
51:05bien rédichée
51:06qui soit en lien
51:07avec ce qu'entend
51:09et ce qui se fait
51:10aujourd'hui
51:11dans ce pays
51:12je pense que
51:14un de nos enjeux
51:15aujourd'hui
51:15c'est vraiment
51:16d'arriver
51:17à faire
51:18de notre média
51:19affaire de l'humanité
51:21un journal
51:21qui soit
51:22entre guillemets
51:22dans toutes les mains
51:23pour reprendre la chanson
51:25et je vais dire
51:26à Caroline
51:27qui a quelque chose
51:28qu'elle dit
51:29sur lequel je ne suis pas
51:29tout à fait d'accord
51:30c'est que je ne pense pas
51:31qu'on soit des petits médias
51:33on est des médias
51:34qui ne sont peut-être
51:34pas assez diffusés
51:35mais on n'est pas
51:36des petits médias
51:36on est des médias
51:38qui portent des choses
51:40que d'autres
51:40ne portent pas
51:41et qu'on est les seuls
51:42à porter
51:42et en ce qui concerne
51:43l'humanité
51:43on est le seul média
51:44qui est en capacité
51:45de faire
51:45la fête de l'humanité
51:47on est le seul média
51:48qui est en capacité
51:49aujourd'hui
51:49de rassembler
51:50des dizaines
51:51des centaines
51:51de milliers de personnes
51:52à un même endroit
51:53pour porter
51:54un discours
51:55qui est un petit peu
51:57à contre-courant
51:58de tout ce qui se fait
51:59dans la société
52:00et je pense que
52:01cette fête de l'humanité
52:03peut être un point de départ
52:05en cette rentrée
52:06pour essayer de créer
52:07des nouvelles
52:09dynamiques
52:10des nouveaux chemins
52:11d'humanité
52:11qui nous permettent
52:12d'ouvrir des portes
52:14et de converger
52:16pour créer
52:17et en tout cas
52:17pour faire grandir
52:18des idées
52:19qui soient un petit peu
52:20en opposition
52:21à ce qu'on nous
52:23abreuve
52:24tous les jours
52:25dans les médias
52:26dominants
52:27et non pas les grands médias
52:29petits médias
52:30mais grands par l'esprit
52:31et par l'ambition
52:31mon cher Stéphane
52:35pour le coup
52:36le débat
52:37va s'arrêter là
52:38et puis je vais laisser
52:39la place
52:40à l'arénal
52:41pour la soirée climat
52:42non voilà
52:43à l'arénal
52:45à l'arénal
52:49Merci.

Recommandations