00:00Parmi les messages qui arrivent ces jours-ci à l'humanité, on sait bien pourquoi,
00:05eh bien il y a celui-ci, ce matin, par un mail, depuis les États-Unis, d'un écrivain américain,
00:09Ian Levinson.
00:10Alors Ian Levinson, il est loin, mais il s'inquiète, je dirais, de la disparition d'un journal, dit-il,
00:16qui porte la voix des travailleurs, et il s'inquiète de l'éventuel étranglement d'une presse libre.
00:22Alors, libre, on peut en parler, justement, parce qu'on a eu à l'Assemblée, hier, le vote de cette
00:31loi anticasseur
00:32qui permet, au fond, au préfet de décider qui aura le droit de manifester.
00:37C'est une atteinte aux libertés majeures.
00:39Mais il y a aussi cette question, au-delà, il y a aussi la question, je dirais, d'une forme,
00:44non pas de censure,
00:45mais simplement, je dirais, d'une dérive des commentaires et des commentateurs qui entendent plier,
00:51je dirais, la réalité à leurs analyses.
00:55Je veux dire, par exemple, que la manifestation, les manifestations de mardi,
01:00qui rassemblaient pour la première fois des gilets jaunes avec la CGT, Solidaires, la FSU, etc.
01:07Bien sûr, les gilets jaunes n'étaient pas forcément présents en masse, mais il y en avait.
01:10On peut considérer que c'était un premier pas vers une forme, je dirais, de convergence,
01:15avec des revendications qui se ressemblent, se recoupent, etc.
01:18Mais bizarrement, finalement, ces manifestations qui ont, dans le pays, rassemblé environ 300 000 personnes,
01:2618 000 semble-t-il à Paris,
01:28eh bien, une part de la presse, une part des télés, des radios ne les ont pas vues ou simplement
01:33entrevues.
01:35Forcément, ça dérange, puisque la thèse est que les syndicats sont hors jeu,
01:40qu'il n'y a plus que les gilets jaunes et les violences,
01:43et que donc, tout ça, ce n'est pas possible que ça fasse un mouvement qui ait sa cohérence, etc.
01:49En fait, il s'agit, bien entendu, on l'a compris,
01:52d'adapter la réalité aux analyses qui ont été préalablement établies,
01:57et d'autant que, pour un certain nombre de commentateurs,
02:02eh bien, le grand débat étant enclenché, c'est la démocratie qui est en marche,
02:05il n'y a plus qu'à s'occuper de ça, et puis de répercuter largement, très, très largement,
02:11les discours sans fin d'Emmanuel Macron devant les maires, comme le font les chaînes d'info,
02:16en nous infligeant maintenant régulièrement 5 à 6 heures de Macron,
02:20peut-être pas tous les jours, mais tous les 3 jours.
02:22Alors, on voit bien que là, il y a une question démocratique de fond.
02:26Mais cette question à la fois de l'occultation de ce qui se passe au plan des manifestations,
02:31cette question des libertés, elle ne concerne pas que la France.
02:35C'est peut-être pour ça que cet écrivain américain nous a adressé ce message.
02:39C'est qu'en réalité, nous sommes aujourd'hui, dans le monde,
02:43dans un mouvement, je dirais, j'ose dire, de régression majeure.
02:47On le voit en Amérique du Sud.
02:49Ce qui se passe au Venezuela, quoi qu'on pense de la politique de Maduro, est inacceptable.
02:55C'est-à-dire un coup d'État intérieur, appuyé par des puissances extérieures,
02:59dont l'Europe, dont la France, c'est tout à fait scandaleux,
03:02du point de vue de l'indépendance d'un pays et de la maîtrise par une nation de son destin.
03:09Mais ce n'est pas seulement, évidemment, le Venezuela.
03:12C'est, bien sûr, le Brésil avec Bolsonaro.
03:15C'est les États-Unis avec Trump.
03:17C'est, en Europe, je dirais, les forces réactionnaires qui se font jour
03:22et qu'Emmanuel Macron ne fait que favoriser en les désignant comme ses principaux adversaires
03:27et donc en les mettant en lumière.
03:30Voilà, plutôt que de s'appuyer sur les vraies forces démocratiques.
03:34Alors, tout ça pour dire que...
03:36Enfin, non pas tout ça pour dire, mais pour attirer l'attention sur le fait que ce qui se passe
03:40avec l'humanité aujourd'hui,
03:42ce n'est pas seulement une affaire qui nous concerne, nous, à l'Huma,
03:46ce n'est pas une affaire qui ne concerne que les seules forces historiques attachées à l'humanité.
03:52C'est une affaire qui va bien au-delà.
03:55C'est la réalité, c'est que face à cette régression en France,
03:59ces atteintes aux libertés, cette occultation des manifestations,
04:03face à ce qui se passe dans le monde,
04:04l'humanité n'est pas une affaire de boutique, n'est pas une affaire de chapelle.
04:08C'est un enjeu majeur dans l'histoire d'aujourd'hui.
04:12Sous-titrage Société Radio-Canada