00:00Aujourd'hui, on est là suite à l'appel du rassemblement du syndicat de police Alliance 93
00:04qui, il y a deux jours, a mis sur les réseaux sociaux un appel
00:08pour venir repeindre la fresque qui représente le visage de George Floyd
00:14et de mon frère Adama Traoré.
00:17J'ai fait une vidéo où on explique que c'est un geste infâme et injurieux,
00:25insultant, salissant.
00:28C'est bafoué en tout cas et profané la mémoire de nos morts.
00:33Dans un second temps, nous avons les syndicats de police Alliance qui ont reculé
00:37et qui ont changé leur poste, qui ont modifié leur poste mais qui n'assument pas la première version.
00:42Dans leur deuxième version, ils vont écrire qu'ils viennent juste pour repeindre la fresque qui avait été écrite.
00:49Mais ça veut dire que même ne serait-ce que repeindre, ne serait-ce qu'un mot de cette fresque,
00:54s'il faut on reviendra tous les jours.
00:56Aujourd'hui, on vient défendre la liberté d'expression, on vient défendre la liberté artistique,
01:01on vient défendre le respect des artistes qui sont là dans nos quartiers populaires.
01:05Je rappelle qu'il y a une fresque aussi qui a été faite par JR sur Paris.
01:08Ils n'ont pas fait d'appel à venir repeindre cette fresque sur le visage.
01:13Aujourd'hui, c'est dans nos quartiers populaires, on a le maire d'Asdine qui a fait un bel hommage,
01:18qui rend hommage à George Floyd, mort aux Etats-Unis, qui rend hommage à Adama Traoré, mort ici en France
01:24entre les mains des gendarmes.
01:26Et nous avons une police, une police en tout cas qui va venir, qui va faire un appel illégal, illégalement.
01:32Donc c'est aussi un appel à la violence.
01:34Il faut savoir que ce sont quand même des forces de l'ordre qui sont censées respecter les citoyens,
01:38qui sont censées respecter la sécurité des citoyens.
01:41Et aujourd'hui, suite à cet appel, on est là, on est très nombreux.
01:44Beaucoup de monde est là, on a tous répondu présent.
01:46C'est de continuer ainsi.
01:47A chaque fois qu'un mouvement des syndicats de police en France va venir bafouer,
01:52va venir salir la mémoire de nos morts, repeindre le visage d'un de nos morts, d'un de nos
01:58frères,
01:58on reviendra encore plus nombreux et ils ont reculé.
02:01Aujourd'hui, on peut appeler ça comme une victoire.
02:02C'est une victoire pour nous que le fait que l'Alliance ne vienne pas sur place pour repeindre ne
02:07serait-ce que même une lettre sur cette fresque,
02:10on s'y oppose.
02:11Et aujourd'hui, c'est surtout la liberté d'expression.
02:14La France a proclamé pendant plusieurs années cette liberté d'expression, liberté artistique.
02:19Et aujourd'hui, on voit que cette liberté n'existe pas pour nous, n'est pas pour nous.
02:23Aujourd'hui, on dit que non.
02:24Aujourd'hui, on est là, on les a attendus.
02:26Ils ne sont pas venus, malheureusement.
02:28Et on peut dire ça, en tout cas, on appelle ça pour nous une victoire face au syndicat de police
02:32Alliance.
02:33Et on exprime cette liberté, liberté d'artistique, liberté d'expression.
02:37Et on prévient en tout cas aussi aujourd'hui que si il y a une tâche de peinture, si cette
02:46fresque disparaît, si une lettre disparaît,
02:48on tiendra les seuls responsables, les seuls troubles à l'ordre public, les syndicats de police Alliance.
02:54Parce qu'il faut savoir qu'à partir du moment où ils lancent ça sur des réseaux sociaux,
02:57c'est un appel à la haine, c'est un appel à la violence, c'est un appel au non
03:01-respect de nos moeurs dans le quartier populaire.
03:04Et c'est surtout un appel à venir dégrader cette fresque.
03:08Donc si une personne, en tout cas, si on revient demain dans la nuit ou dans les autres jours qui
03:11viennent,
03:12et qu'il y a en tout cas cette fresque qui va disparaître ou cette fresque qui va être en
03:16tout cas entachée,
03:17les seuls responsables, en tout cas, ce sera le syndicat de police Alliance.
03:20Aujourd'hui, on le redit, on le redit tous fièrement, toutes les personnes qui sont là.
03:24Aujourd'hui, c'est une victoire pour nous, c'est de continuer à s'organiser ainsi,
03:27c'est de continuer à dire non, stop à cette police, à cette police qui est raciste, à cette police
03:34qui est violente.
03:35En tout cas, il faut l'assumer.
03:36Le comportement de Alliance aujourd'hui représente ce qu'on dénonce depuis plusieurs années,
03:42représente ce qu'on dénonce depuis plusieurs semaines.
03:45Et dans les rues de Paris, ce que le peuple français dénonce,
03:48on est sortis dans la rue, on était plus de 80 000, on était plus de 130 000,
03:51et on dénonce la violence sociale, et on dénonce la violence raciale, et on dénonce la violence policière.
03:56Aujourd'hui, ils ont revendiqué l'impunité policière, mais ils ne toucheront pas à cette fresque, on est là.
04:01Donc voilà, en tout cas, ce qu'on peut dire sur notre déclaration.
04:04On ne va pas les rejoindre à Bobigny.
04:08On ne voit pas l'intérêt d'aller, en tout cas, se rassembler.
04:10On ne voit pas leur intérêt pour eux d'aller se rassembler à Bobigny.
04:13S'ils auraient dû vraiment aller au bout de leur démarche,
04:16et comme ils l'ont annoncé fièrement et dignement sur les réseaux sociaux,
04:20en venant dire qu'ils vont venir effacer le visage de mon petit frère Adama Traoré de George Floyd,
04:25aujourd'hui, on ne laissera pas faire.
04:26On ne laissera pas, en tout cas, la vie de nos frères,
04:29et de n'importe quelle personne morte entre les mains des forces de l'ordre,
04:32se laisser bafouer, se laisser salir par les forces de l'ordre,
04:36et surtout par le syndicat de police Alliance.
04:51Est-ce que vous auriez souhaité qu'Alliance 93 vienne quand même, aujourd'hui, vous parler ?
04:58Je pense que si on n'avait pas fait cette vidéo, cet appel à la mobilisation,
05:02pour le respect de nos morts, pour le respect de la liberté d'artistique et d'expression,
05:07ils seraient venus.
05:08Ils seraient venus, on les aurait filmés, on les aurait regardés,
05:10on aurait montré au monde entier comment la police française se comporte,
05:14en tout cas face à une œuvre artistique et face à la liberté d'expression.
05:18Donc ils ne sont pas venus aujourd'hui, pour nous, c'est une victoire.
05:21Madame Traoré, si jamais les policiers avançaient dans leur démarche pour modifier la presse,
05:26qu'est-ce que vous pourriez faire justement pour contrer ça ?
05:30Qu'ils fassent un appel, qu'ils l'assument clairement comme ils l'ont fait.
05:32Donc ils l'ont fait sur les réseaux sociaux, avec un appel où ils appellent à tous les policiers à
05:37venir.
05:38On reviendra encore plus nombreux.
05:39Aujourd'hui, on défend la mémoire de nos morts.
05:42Ils ne peuvent pas venir profaner nos morts.
05:44Ils ne peuvent pas venir dans nos quartiers populaires, sur une œuvre artistique,
05:49repeindre leur visage.
05:50C'est nier leur existence.
05:52Ils sont là.
05:52Aujourd'hui, nous sommes les victimes.
05:54Il ne faut pas que les policiers, il ne faut pas que les syndicats de police se mettent en position
05:56de victime.
05:57Aujourd'hui, quand ils font cet appel, quand ils veulent venir ici, se mettre en position et en situation de
06:01victime,
06:02ce ne sont pas des victimes qu'ils arrêtent de se conforter dans ce rôle de victimaire.
06:06Nous sommes les victimes.
06:07Je suis la famille de victimes.
06:09Les morts que nous avons, nous sommes les victimes.
06:12Aujourd'hui, c'est nous qui devons poser les questions.
06:14C'est nous qui devons exiger les questions.
06:16Nos questions, ils ne peuvent pas, en venant effacer cette fresque, effacer les questions, en tout cas,
06:22qu'on s'oppose suite à la mort de tous nos morts.
06:25Donc, aujourd'hui, les victimes, ce sont nous qui sortent de ce rôle de victimaire.
06:28Est-ce que vous vous dites que le combat va être encore long quand vous voyez qu'une simple fresque
06:33provoque des réactions pareilles ?
06:35Oui.
06:36On dit que le combat va être très long.
06:39Le combat qu'on mène depuis 4 ans, le combat que d'autres mènent depuis plusieurs années,
06:43et ceux qui ont rejoint le combat, on voit que ça va être très long.
06:45Mais quand on voit que cette mobilisation depuis le 2 juin, où on était plus de 80 000, plus de
06:50130 000,
06:51et qu'on est de plus en plus nombreux, on en dit, ce mouvement-là, on va le porter.
06:55Et cette discrimination sociale et impunité policière, parce qu'ils revendiquent,
07:01en fait, c'est un geste fort qu'Allianz fait aujourd'hui.
07:04C'est un geste fort qu'ils ont posé sur les réseaux sociaux.
07:06Ils revendiquent cette impunité policière.
07:08Ils assument ce comportement de ne pas respecter la loi, de ne pas respecter les règles,
07:14et revendiquer cette impunité policière.
07:15Donc oui, c'est un combat qui va être long, parce que nous n'avons même pas des policiers
07:19qui vont pointer du doigt les mauvais policiers, comme ils le disent.
07:22En tout cas, nous, c'est ce qu'on demande, c'est que les bons policiers, comme ils se disent,
07:26en tout cas, pointent ces brebis galeuses et les fassent sortir, et qu'on puisse avancer dans le combat.
07:31Aujourd'hui, ce comportement-là, c'est un comportement qu'on montre au monde entier,
07:35c'est un comportement de la police française, c'est un comportement qu'on trouve indigne,
07:38et bien évidemment, c'est un comportement qui va à l'encontre de la justice.
07:41Excusez-moi, la presse, qu'elle représente, en fait, George Floyd et Adama Traoré,
07:47aux États-Unis, on a vu qu'en ce moment, il y a une remise en cause de l'institution
07:51policière dans son ensemble.
07:53Comment vous, aujourd'hui, voyez l'institution policière en France ?
07:57Est-ce que c'est simplement le fait de brebis galeuses,
07:59ou est-ce que c'est l'ensemble de l'institution qui est aujourd'hui coupable de racisme d'Etat
08:05?
08:05Aujourd'hui, je pense que c'est systémique, ce qu'on vit aujourd'hui, encore en 2020,
08:12c'est systémique, ça remonte depuis des années, depuis le temps de la colonisation.
08:15Donc oui, il faut réformer la police française, il faut refaire un travail sur la police française,
08:20il faut la réformer complètement, l'IGN et le JPN aussi,
08:23qu'il faut aussi retirer et prendre des corps étrangers, des personnes étrangères,
08:28pour faire ce travail-là.
08:29Aujourd'hui, nous sommes dans une institution qui est systémique et qui est difficile.
08:32Moi, nous, on ne voit pas autre chose que de réformer cette police.
08:36Quel sud vous allez donner à la mobilisation ?
08:38La mobilisation, on ne la lâche pas, la mobilisation, on la continue.
08:41C'est une mobilisation qui continue à grandir, c'est une mobilisation qui est portée par le peuple.
08:45Donc on l'a bien vu, toute la sociale, aujourd'hui, tout le monde veut avoir une justice,
08:50tout le monde attend des réponses, tout le monde veut des réponses, nous attendons des réponses.
08:55Aujourd'hui, moi, ce que je veux savoir, je n'ai pas à venir ici, normalement,
08:58pour défendre un droit justique, une liberté d'expression,
09:02et contre une profanation sur nos morts.
09:06Aujourd'hui, moi, j'attends juste des réponses.
09:08Comment mon frère est mort ?
09:09Pourquoi les gendarmes ne sont pas mis en examen avec tous les éléments que nous avons ?
09:13Et aujourd'hui, nous attendons juste un procès public, comme toutes les personnes.
09:17Mais aujourd'hui, ce qu'ils nous annoncent là, c'est que la police française,
09:20en tout cas, le comportement qu'ils ont pu avoir, c'est un comportement qui est choquant,
09:23c'est un comportement qui est honteux,
09:25et c'est un comportement, en tout cas, qui est insultant à la République
09:28et qui bafoue les règles de la justice et du droit.
09:34À ça, une question. Est-ce que vous avez l'impression, finalement, aujourd'hui,
09:37que c'est un aveu d'échec, le fait que les forces de l'ordre, les policiers,
09:39ne s'entraînent pas un peu de rassemblement ici ?
09:41Ils ne sont pas là. Donc, pour nous, c'est une victoire.
09:52Vous pouvez en tout cas admirer la fresque, elle est là, elle ne bougera pas.
09:56Et on remercie tous les artistes qui ont participé,
09:59parce que c'est aussi un respect des artistes de nos quartiers populaires sur cette œuvre.
10:03Donc, voilà, c'est un respect de leur travail, c'est un respect de la liberté d'expression.
10:06Et aujourd'hui, en France, il faut respecter cette liberté artistique
10:09qui est profondément en danger à chaque fois que l'institution est mise en cause
10:13parce qu'ils n'assument pas leur comportement.
10:16Et aujourd'hui, des fresques pour Adama, justice pour Adama, il y en aura partout.
10:19Et comme pour tout le monde, aujourd'hui, il y a le frère de Ibrahim Abba,
10:22qui est, pour moi, mort à Villiers-le-Bel.
10:25Des fresques et des visages, il y en aura partout.
10:27Ils ne vont pas profaner nos morts, ils ne pourront pas nier l'existence de nos morts.
10:31Il faut assumer, il faut qu'ils assument et qu'ils répondent à nos questions.
10:34Et aujourd'hui, on veut juste la justice et la vérité
10:37et aller sur un procès public.
10:38et la mise en examen des gendarmes.
10:41Donc, nous, on a le prochain rassemblement qui sera le 18 juillet à Beaumont-sur-Oise,
10:46le festival Adama.
10:47Et on a une date importante, c'est le 2 juillet, quand les témoins seront entendus.
10:51Donc, c'est une date très importante dans le dossier.
10:53C'est la date, en tout cas, des gendarmes, des témoins qui seront entendus
10:58dans l'affaire Adama Traoré.
11:00Ibo, Ibrahima, excuse-moi.
11:02Djané, je ne sais pas si tu veux rajouter quelque chose par rapport à tout ça.
11:05Moi, je veux rajouter que cette fresque, elle représente toutes les victimes
11:07qui sont tuées par les forces de l'ordre.
11:11On voit sur ses visages Floyd, on voit sur ses visages Adama Traoré.
11:16Mais moi, je sais que le combat d'Assa, je sais que le combat de tout le comité,
11:20il est pour toutes les familles.
11:21Et qu'on est tous derrière eux et on doit tous être derrière eux.
11:24Et en fait, aujourd'hui, la police ne s'en prend pas forcément à elle uniquement aujourd'hui.
11:29Mais les vraies victimes, les vrais cibles, ce sont toutes les autres familles.
11:33La famille comme la Mingiang, la famille comme Sabri, la famille comme je disais la mienne,
11:37Ibo, Ibrahima, ainsi que toutes les autres familles.
11:40Donc, toucher à cette fresque, c'est toucher à toutes les autres familles de victimes.
11:43Donc, on ne devrait pas être là.
11:45C'est l'État qui devrait être là, qui devrait dire à ses forces de l'ordre
11:47de ne pas se rassembler comme ils l'ont fait de manière inopportune et illégale.
11:51Donc, aujourd'hui, ils ne sont pas là.
11:53C'est parce qu'en effet, c'est un aveu d'échec.
11:55Un aveu d'échec.
11:55Et encore une fois, ils nous ont donné l'occasion de montrer qu'on est dans notre bon droit
11:59et qu'on fait des gestes vraiment uniquement pour le bien commun.
12:03Voilà.
12:05En tout cas, merci.
12:07Merci.