00:00Retour au plateau direct de cette fête de l'humanité autrement.
00:04Nous recevons Assa Traoré.
00:07Merci d'être avec nous, Assa Traoré,
00:09parce que vous sortez déjà d'un débat consacré à l'émergence
00:13d'une génération anti-violence policière.
00:17Vous avez d'ailleurs souligné dans le débat que j'ai pu un peu écouter
00:22le besoin, au-delà d'obtenir justice pour Adama et pour d'autres,
00:26d'agréger aussi toutes ces luttes contre les violences policières,
00:30contre les discriminations.
00:31Avec moi, pour vous interroger, Latifah Madani,
00:34qui est journaliste à l'humanité et qui va peut-être vous poser la première question.
00:39Bonjour Lionel Venturini, bonjour Assa Traoré, bonjour à toutes et à tous.
00:43Alors, première question, où en est la procédure concernant la mort
00:47de votre frère Adama ?
00:51Une question...
00:52Oui, là, aujourd'hui, après, justement, cette fameuse expertise,
00:57en faveur des gendarmes, etc., notamment depuis juin.
01:00Donc, vous en êtes où, là ?
01:02Alors, depuis les mobilisations historiques de la marche du 2 juin et du 13 juin,
01:06nous avons pour la première fois le président de la République
01:09qui va demander à ce qu'on se penche sur l'affaire Adama Traoré.
01:12Nous avons la ministre de la Justice, Mme Belloubet,
01:16qui va demander à nous recevoir.
01:17On va gentiment refuser parce qu'on lui explique qu'on n'est pas là pour converser,
01:23mais on veut des actes judiciaires, dont la mise en examen des gendarmes.
01:29Suite à ces marches-là, nous avons eu 17 investigations qui ont été faites,
01:3217 investigations que notre avocat demande depuis 4 ans.
01:36Et là, ces 17 investigations ont été autorisées, en tout cas, par la justice.
01:42Et aujourd'hui, nous avons aussi... Nous sommes dans une guerre d'expertise.
01:45Nous sommes dans une guerre d'expertise où nous sommes à plus d'une dizaine d'expertises.
01:48Et aujourd'hui, la France est dans une incompétence totale de faire une expertise dans l'affaire Adama Traoré.
01:55À chaque fois que la justice a nommé une expertise, c'est une expertise qui était bidon,
02:01une expertise qui était défaillante, une expertise qui était raciste.
02:05Et aujourd'hui, la justice décide d'envoyer cette expertise de la donnée à des experts belges,
02:10à des étrangers.
02:12C'est une expertise dont on aura un retour au mois de janvier.
02:15Et nous avons aussi, lors de la marche du 18 juillet, pour les 4 ans de la mort de mon
02:20petit frère,
02:21nous avons demandé la réclusion des juges.
02:25Et que si ce n'était pas le cas, en septembre, nous réorganiserons un autre rassemblement devant ce tribunal.
02:31Hier, la nouvelle est tombée.
02:32Les 4 juges sont dessaisis, en tout cas, ne sont plus en instruction dans l'affaire Adama Traoré.
02:38Donc c'est une bonne nouvelle pour nous, parce que ça fait 4 ans qu'elle ralentisse l'affaire,
02:43qu'on est dans un déni de justice total.
02:46Donc aujourd'hui, l'affaire commence depuis, en tout cas, cette forte mobilisation,
02:53depuis la sortie du peuple.
02:55On a quelques éléments, quelques actes judiciaires qui arrivent.
03:00Et alors, chaque année tombe un terrible, terrible bilan des morts entre les mains de la police,
03:06des décès qui sont via des violences, qui restent impunies à ce jour, toujours pas de justice.
03:12Comment expliquez-vous à Sa Traoré cette impunité ?
03:15Aujourd'hui, on est dans un système qui est systémique, un système qui est racial.
03:20Il faut le rappeler aussi, quand on parle des violences policières,
03:22la violence policière, elle ne commence pas du jour au lendemain.
03:25Ce n'est pas quelque chose qui naît d'hommes policiers.
03:28C'est systémique, ça a été construit.
03:30C'est construit sur...
03:31Aujourd'hui, ça découle de l'esclavage, ça découle du colonialisme.
03:35Je vais prendre l'exemple concret, qui est celle de l'affaire de mon petit frère.
03:40Adama Traoré va mourir.
03:41Ce jour-là, il part parce qu'il n'a pas sa pièce d'identité.
03:44Elsa Dornin écrit une partie dans son livre sur ce papier officiel,
03:47cette pièce d'identité qui a été faite pour l'esclave noir.
03:50Et quand un esclave noir sortait dans la rue et qu'il n'avait pas ce document officiel,
03:53on avait le droit de l'abattre.
03:54Aujourd'hui, on se trouve dans les années 80, dans les années 90 et dans les années 2000,
03:58on continue à abattre des hommes noirs, des hommes arabes, des hommes non-blancs,
04:02pour des contrôles au faciès.
04:03Et c'est important de rappeler à chaque fois ces faits historiques
04:06et comment la police française a été construite.
04:09Elle a été construite sur un processus raciste, sur un processus systémique
04:14qui découle du colonialisme, de cette colonisation, des non-dits.
04:19Et ces non-dits-là, on les prend en plein fouet.
04:23On les prend avec des armes, on les prend avec des morts dans nos quartiers.
04:27Et aujourd'hui, c'est important de rétablir cette histoire-là,
04:29de rétablir cette vérité-là et de réformer cette police.
04:32Nous, on peut continuer à manifester dans les rues,
04:35on peut continuer à sortir dans la rue,
04:37mais il faut que de l'intérieur, la police soit réformée.
04:40C'est ce que je disais tout à l'heure, c'est important,
04:42qu'il y ait le peuple, que le peuple prenne conscience,
04:45que le peuple ne peut pas rester spectateur de ces violences policières-là,
04:49et que le peuple se dise, je ne peux pas être spectateur d'un acte raciste sans réagir.
04:53Et aujourd'hui, le peuple l'a compris, le peuple sort dans la rue,
04:56la preuve le 2 juin, le 13 juin, à l'appel du comité Adama.
04:59Et ça, c'est important, donc c'est une avancée énorme.
05:01Les familles de victimes sont là, sont mobilisées.
05:03Aujourd'hui, le gros travail qu'il nous reste à faire,
05:05c'est de réformer cette police et de la casser,
05:07de recréer une nouvelle police et de partir sur une nouvelle base
05:10et casser ce système racial,
05:14et de dire déjà que l'IGGN, l'IGPN ne soient plus là,
05:19des policiers jugés par des policiers.
05:21Donc il y a une très grosse défaillance dans le système policier français.
05:25Nous avons aussi un très gros problème au niveau des politiciens.
05:27Si les politiciens avaient fait les violences policières un sujet principal,
05:32peut-être qu'Adama Traoré ou d'autres,
05:33Lamine Dieng ou Babacar Gaye ne seraient pas morts.
05:37Et ça, c'est une très grosse défaillance.
05:38Aujourd'hui, si les violences policières, on en parle,
05:41on en parle parce que les familles de victimes,
05:43parce que des personnes, le MIB,
05:45on a fait un gros travail pour en arriver là.
05:47On parle beaucoup de la marche, on parle beaucoup des gilets jaunes.
05:51Mais c'est important, quand je parle de l'histoire,
05:53c'est important de rappeler le fait historique.
05:56Oui, il y a les violences policières.
05:57En novembre 2018, le comité Adama va faire appel.
06:00Mais c'est important, quand on parle des violences policières des gilets jaunes,
06:03les violences policières ne commencent pas à ce moment-là.
06:05C'est important de rappeler le fait historique.
06:09Et c'est comme ça qu'on peut l'éradiquer le plus facilement.
06:12Et aujourd'hui, on a une génération qui n'a plus peur.
06:13C'est ça.
06:14Et justement, Assa Traoré, avec le comité Adama,
06:17même la génération Adama, comme on dit maintenant,
06:20vous êtes en quelque sorte le porte-voix du mouvement contre les violences policières,
06:26du mouvement antiraciste, surtout depuis le succès de la marche de juin.
06:31Alors, comment allez-vous poursuivre vos mobilisations ?
06:35Et comment allez-vous les poursuivre de façon rassemblée ?
06:39On va continuer à faire le travail qu'on fait depuis 4 ans.
06:43Vous savez, quand on arrive ce 2 juin, le 13 juin,
06:45on nous dit, tout le monde nous pose cette question,
06:47mais comment vous avez fait ?
06:48Mais j'ai envie de dire, c'est 4 ans de travail de la part du comité Adama.
06:50C'est 4 ans où on s'est retrouvés dans des villages les plus reculés de France,
06:54où on faisait des 6 heures de route,
06:56en aller-retour, dans des tout petits villages.
06:59Je prends cet exemple concret,
07:00parce que même les petits villages au fin fond de la France portaient le combat Adama.
07:04Je me suis retrouvée dans un village de moins de 1000 habitants,
07:06où la seule personne noire, c'était la mère qui avait été...
07:08qui avait été adoptée une fille au Mali.
07:11Et quand j'arrive, une deuxième personne noire dans ce village,
07:15et en même temps, ce village qui porte le combat Adama,
07:18on a sillonné la France.
07:20On a tourné dans plusieurs quartiers populaires.
07:23Aujourd'hui, alors que je vous parle,
07:24le comité Adama est sur 3 quartiers de l'île de France.
07:30C'est 4 ans de travail,
07:31c'est 4 ans où on est avec les femmes de ménage,
07:33les sans-papiers, les gilets jaunes,
07:34les associations, les étudiants,
07:36et la communauté LGBT.
07:38Et c'est 4 ans de travail qui fait qu'on arrive là.
07:41Donc on va continuer dans le même sens,
07:43on va continuer à créer des solidarités.
07:45Il faut créer des solidarités.
07:47Des solidarités, même si ce combat n'est pas le mien,
07:50à partir du moment où c'est une injustice,
07:52on doit aller dénoncer cette injustice-là.
07:55Et la rue, aujourd'hui, nous appartient.
07:56Aujourd'hui, cette rue-là,
07:57on n'occupera plus l'espace public comme eux le veulent.
08:00L'espace public, on l'occupera comme on aura envie,
08:03tant que l'injustice ne sera pas réparée.
08:05Un pays sans justice, c'est un pays qui appelle à la révolte.
08:08La révolte est un sentiment légitime,
08:09la révolte est un sentiment normal.
08:11Aujourd'hui, le peuple français est révolté
08:13et nous continuerons à aller dans la rue.
08:17Il faut surtout, il y a plein de familles
08:18qui vont faire d'autres événements,
08:21d'autres marches,
08:21dont ça brille à la prochaine en date,
08:24le 19 septembre, à Argenteuil,
08:26ou Gueye Kamara,
08:28le 6, devant le tribunal de Paris,
08:30la cour d'appel,
08:31ou Ibrahim Abba, à Sarcelles, le 10 octobre.
08:34Donc, il faut continuer.
08:35Et la rue, on continuera à aller dans la rue.
08:37C'est la seule façon
08:39où on ne lâchera pas le combat.
08:41Merci, à Saint-Traoré.
08:43Pardon, excusez-moi.
08:44J'avais une dernière question pour vous,
08:46à Saint-Traoré,
08:47parce qu'on sait qu'on doit vous libérer.
08:49Vous êtes éducatrice spécialisée.
08:51Et j'ai envie de vous demander
08:53comment,
08:54qu'est-ce qu'on peut dire à des enfants,
08:56à des adolescents,
08:57pour qu'ils ne désespèrent pas,
08:59finalement,
09:02aussi jeunes,
09:02et qu'ils ne se sentent pas discriminés d'avance.
09:07Je suis enseignement éducatrice,
09:08depuis la mort de mon petit frère,
09:09j'ai arrêté.
09:10Mais en fait,
09:10avant de dire quelque chose,
09:12il faut juste poser un regard humain.
09:14C'est important.
09:15Nos frères ont trop été longtemps déshumanisés.
09:17Et en fait,
09:18si on n'avait pas déshumanisé mon frère,
09:19si on avait regardé mon frère
09:21comme un être humain,
09:22si on avait regardé
09:22ces jeunes hommes noirs,
09:23arabes,
09:24comme des êtres humains,
09:25peut-être que mon frère
09:26ne serait pas mort.
09:26Ces autres hommes-là
09:27ne seraient pas morts.
09:28Déjà,
09:29il faut leur dire
09:29que vous avez le droit
09:30de participer à la construction
09:32de ce monde.
09:33C'est important de leur dire.
09:34De dire que votre voix compte,
09:38vos actes comptent.
09:39Vous avez le droit
09:40de participer à la construction
09:41de cette France.
09:42C'est important.
09:43Et c'est important
09:44de dire à cette génération-là,
09:46à cette jeunesse-là,
09:47de leur rappeler
09:47leur propre histoire,
09:49les faits historiques,
09:50et leur dire
09:51pourquoi vous êtes là,
09:52comment vous en êtes arrivés là.
09:53L'histoire de vos familles,
09:54c'est important
09:54de rappeler et surtout
09:57de leur dire
09:57que vous avez le droit
09:58de participer
09:59à la construction
10:00de votre propre vie.
10:01Le regard que je pose sur toi,
10:03c'est un regard humain.
10:04C'est un regard d'une personne.
10:06Et en fait,
10:06il faut sortir
10:07de cette déshumanisation-là
10:08et de leur dire
10:09que vous avez le droit
10:10et que vous avez le droit.
10:11Tu peux.
10:11Cet espace-là,
10:13il t'appartient.
10:14Et personne n'a le droit
10:15de t'invisibiliser.
10:16Si vous voulez dire quelque chose,
10:18vous le direz
10:18et on t'aidera à le dire.
10:19Et on le fait
10:20à travers cette nouvelle génération.
10:22C'est pour ça
10:22que quand on dit
10:23à Satrahori Porte-parole,
10:24je leur dis
10:24je ne suis pas
10:25une porte-parole.
10:26Moi, je suis la sœur
10:28d'Adama Traoré
10:29et on créera
10:29des porte-paroles,
10:30des porte-voix partout.
10:31Et quand on ira
10:32dans ces quartiers,
10:32je leur dirai
10:33ta voix,
10:33elle est aussi importante
10:34que n'importe qui.
10:35Et quand on aura changé
10:36ce regard-là,
10:37déjà sur eux,
10:38on va changer
10:39beaucoup de choses.
10:40Merci beaucoup
10:41à Satrahori
10:42de nous avoir accordé
10:43ces quelques minutes
10:44après ce débat.
10:45Une génération
10:46qui n'a plus peur.
10:47Voilà,
10:47c'est un peu la phrase
10:48qu'il faudra retenir
10:49de votre intervention.
10:51Sans transition
10:52et alors qu'elle est
10:53un peu plus difficile
10:54évidemment.
10:55Le programme
10:56de cette chaîne
10:57internet
10:58de la fête de Lima
10:59Autrement va se poursuivre
11:01et ça va se poursuivre
11:02réellement Autrement
11:03puisqu'à suivre
11:04dans quelques minutes
11:05le concert
11:06de HK
11:07et les salles
11:08Timbanque
11:08donc sur la scène
11:10du Kilowatt
11:11à Vitry-sur-Seine.
11:12de la scène
11:12de la scène
11:12de la scène
11:12de la scène
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