00:00Emmanuel Macron s'est exprimé à l'instant. Est-ce que les annonces du président de la République correspondent, selon
00:07vous, à l'urgence et à la situation sanitaire aujourd'hui dans le pays ?
00:12Je ne sais pas bien. En tout cas, il y a quelque chose qui se passe. Parce qu'il était
00:18urgent de freiner plus encore la propagation du virus.
00:22Et ça, on est à peu près tous d'accord pour le dire. Quand on décrète un confinement, c'est
00:28toujours le constat d'échec. Il faut bien mesurer.
00:30C'est qu'on n'est plus capable de prendre en charge correctement une épidémie dans la population. C'est
00:35-à-dire que le système de santé est inadapté et ne peut plus répondre.
00:39Et c'est ça qu'on est en train de vivre. J'ai vu, comme beaucoup d'entre nous, les
00:43projections qui ont été faites sur l'assistance publique,
00:46sur les cas de réanimation à venir, si on part de la décontamination actuelle, que va-t-il se passer
00:53dans les semaines à venir ?
00:54On a plusieurs scénarios qui avaient été définis. Mais si le confinement était maintenant, on était sur 2500 cas potentiels
01:04de contamination.
01:06Il faut se rappeler qu'il y a, même en utilisant toutes les ressources pour l'instant, 1500 lits et
01:121500 lits mobilisables
01:14de réanimation de soins critiques sur l'APHP. Donc voilà, extrêmement inquiétant.
01:19Et si on ne faisait pas de mesures supplémentaires, on était sur 3500.
01:22Donc là, des capacités totalement débordées et donc des patients qu'on ne peut pas traiter parce que ça, on
01:29parle de tri, machin.
01:30C'est surtout ça, la réalité. C'est des patients qu'on ne peut pas prendre.
01:33Voilà. Donc, on est sur un moment où on sent tous qu'il faut qu'il y ait des mesures
01:40supplémentaires de freinage.
01:41Est-ce que ce sont les bonnes mesures ? Ce sont déjà des mesures. Il était temps.
01:46On pourrait dire qu'il aurait fallu le faire avant. Après, je ne vais pas refaire l'histoire.
01:50La décision est compliquée. Je ne suis pas suspect d'adorer Emmanuel Macron, mais je conçois que la décision soit
01:58compliquée.
02:00Après, ce que je n'aime pas, c'est les décisions solitaires, comme je pense qu'elles l'ont beaucoup
02:04été,
02:05plutôt que de s'adresser à l'ensemble de la représentation nationale, des élus territoriaux, des professionnels, des syndicalistes,
02:11des forces vives de la nation, de mettre tout le monde dans le bain.
02:14Voilà. Mais surtout, est-ce que c'est maintenant la bonne décision ?
02:19Moi, j'ai quand même le sentiment qu'on est un peu en dessous. C'est mon sentiment.
02:23Après, je ne suis pas fanat de l'enfermement. Moi aussi, je n'aime pas être enfermé.
02:28Et je partage, comme tout le monde, l'inquiétude des semaines à venir.
02:33Encore que, moi, je le suis déjà. Je suis habitant des Hauts-de-France. Nous sommes déjà confinés.
02:39Et est-ce que ce confinement est efficace ? Je ne sais pas bien.
02:43Alors, il faut faire attention parce que j'entends des gens, des amis qui disent « oui, mais il y
02:47a des gens dehors ».
02:49Oui, mais ça, ce n'est pas très grave, finalement, parce que ce n'est pas dehors qu'on se
02:52contamine.
02:53La question, c'est les gens dedans. Et on va fermer les écoles pour quelques semaines.
03:00C'est sûrement un moyen de limiter la contamination, même si ce n'est pas sans effet secondaire.
03:07On entend bien tout ce que les pédiatres, les pédopsychiatres nous ont dit.
03:11Donc, ce n'est pas une décision petite de sens. Mais je pense qu'à un moment donné, on en
03:18est là.
03:18avec ce qui se passe partout et des fermetures de classes qui, de toute façon, désorganisent complètement le système scolaire.
03:24Il y a un point aveugle très net dans ce que dit Emmanuel Macron, c'est le travail.
03:30Il nous dit « il faut télétravailler ». Il a raison. Mais il n'y a aucune mesure coercitive.
03:34C'est au bon vouloir des uns et des autres. Et on sait ce que ça vaut face à l
03:40'appétit de gagner beaucoup d'argent pour des entreprises.
03:43Voilà. Je ne parle pas de mon petit commerçant du coin. Je parle plutôt des grosses entreprises.
03:50On n'a pas éclairé cette question-là parce qu'aujourd'hui, ne pas finalement limiter ou contraindre le travail,
03:59c'est continuer à avoir des gens qui vont travailler, qu'en prennent des transports en commun.
04:04Et vous habitez en région parisienne, le RURB. Voilà. On explique qu'on y fait de la distanciation sociale.
04:11Bon, quand même, il ne faut pas pousser. On a tous vu les images de ces trains bombés.
04:15Mais on a les mêmes problématiques un petit peu partout en France. Donc, on n'a pas résolu ça.
04:21Donc, ça, c'est le point aveugle. Depuis après, je pense qu'à un moment donné, il faudra quand même
04:26en discuter.
04:27Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Et puis ensuite, il dit une chose qui est très juste.
04:34La solution, c'est l'arme qui va nous permettre de nous en sortir, c'est la vaccination.
04:39Mais là encore, je suis d'accord, y compris sur la stratégie vaccinale qui consistait à vacciner les plus fragiles,
04:46je partage entièrement la chose. Là où je trouve qu'il y a une petite omission, c'est le moins
04:51qu'on puisse dire,
04:52c'est quand il ne parle pas du tout de la levée de la propriété des brevets pour en faire
04:58des brevets publics.
04:59Parce qu'on peut nous dire, on va fabriquer des vaccins en Europe.
05:04On pourrait le faire beaucoup plus aisément si toutes les entreprises pharmaceutiques disponibles,
05:10tous les laboratoires disponibles pouvaient produire ce vaccin.
05:13Or, il est sous licence. C'est une propriété privée.
05:16Donc, les productions se font soit par les propriétaires, soit sous licence accordée par eux.
05:20On est sur une histoire de gros sous.
05:22Moi, je pense que c'est un nœud du problème qu'aujourd'hui, refuser de faire des profits sur la
05:27pandémie
05:27et permettre que ces vaccins soient en fabrication libre dans tous les pays.
05:31En plus, n'oublions pas, c'est une pandémie.
05:34Ce n'est pas en France que ça joue, c'est partout dans le monde.
05:37Et ne pas permettre aujourd'hui à des pays du tiers-monde de fabriquer ces vaccins,
05:40les laisser sans aucune dose de vaccin, quasiment rien, le programme de l'OMS n'est pas à vendre,
05:46c'est s'exposer finalement à l'apparition de variants dans ces pays,
05:49parce que le virus circule, il se marie, il se recombine, il mute.
05:54Et nous aurons des variants qui nous reviendront dans la figure,
05:57parce qu'on est une seule espèce, on vit sur une seule planète.
06:01À un moment donné, il va falloir le comprendre.
06:03Il n'y a pas les gentils riches d'un côté et les sales pauvres de l'autre.
06:07On est tous humains.
06:08Et si on ne soigne pas l'humanité, notre espèce, pour ce virus, de toute façon, ça reviendra.
06:15Et je trouve qu'on est dans un truc complètement surréaliste de parler de l'Europe uniquement.
06:22Pourquoi, selon vous, en est-on arrivé là ?
06:25On part d'une situation, au début de cette pandémie, extrêmement dégradée dans l'hôpital public.
06:33C'est vrai que ça paraît loin maintenant, parce que ça fait un an qu'on vit ça.
06:37Mais enfin, dans l'année qui a précédé, on avait quasiment tous les hôpitaux qui étaient en lutte.
06:41On avait les urgences qui avaient mené cette grève depuis très longtemps.
06:46On avait depuis des années des mouvements sporadiques dans différents hôpitaux,
06:50dans beaucoup d'hôpitaux, mais qui ne s'étaient pas fédérés.
06:53Ça fait vraiment deux ans que ça se fédère.
06:54Pour le dire, non, ce n'est plus possible.
06:56Nos conditions de travail sont ignobles.
06:57On ne peut plus accueillir tout le monde.
06:59Vous avez fermé des lits de façon massive, rappelons-le.
07:02En 20 ans, c'est 100 000 lits fermés.
07:04Donc, c'est vraiment quelque chose de très important.
07:07C'est 20 % de nos capacités hospitalières qui ont été fermées en 20 ans.
07:10Voilà.
07:11Si on les avait aujourd'hui, on ne discuterait pas tout à fait de la même façon.
07:15Donc, on a toute cette situation qui a créé la difficulté qu'on a connue.
07:20Et depuis cette première difficulté qui nous a menée au premier confinement,
07:24rien n'a changé.
07:25Il faut quand même être clair.
07:27On a parlé d'un séjour de la santé.
07:29Le séjour de la santé a mis des pansements, a donné un peu d'argent aux soignants,
07:32ce qui ne rattrape même pas ce qu'ils ont perdu depuis des années avec le GEL.
07:35Donc, on aura donné une petite compensation à toutes leurs pertes,
07:40mais on n'a pas changé de politique de santé.
07:42En fait, en aucun cas.
07:43Et donc, on se retrouve dans une situation identique à ce qu'on a connu en mars.
07:49Alors, pas complètement identique, heureusement, parce qu'on a appris des choses.
07:53On a appris déjà à soigner la phase très aiguë du Covid.
07:59On le fait beaucoup mieux avec la cortisone, avec les anticoagulants,
08:02avec des modes de ventilation qui ne sont plus aussi invasifs que ce qu'on faisait au début.
08:07On a aussi une plus forte réactivité parce qu'on a réarmé des lits.
08:12Alors, réarmé des lits, ils ne sont pas prêts.
08:14C'est-à-dire qu'il n'y a pas de soignants dessus, mais ça veut dire qu'on fermera
08:18des parties d'activité
08:19pour mettre ces soignants sur des lits qui sont armés et donc on va déployer.
08:24Mais bon, il faut bien mesurer qu'à chaque fois, quand on fait ça, c'est au détriment d'autre
08:27chose.
08:28Il n'y a pas de miracle.
08:29Et là, il n'y aura pas ce qu'on a connu sur la première vague, c'est-à-dire
08:32des renforts entre régions,
08:34parce que toutes les régions sont concernées.
08:35Donc, on n'aura pas ces échanges qu'on a pu faire.
08:37On a pu encore faire quelques transferts des régions les plus contaminées, dont la mienne,
08:42vers des régions moins contaminées.
08:45Si les choses continuent à évoluer, on ne le fera pas.
08:48Donc, on est dans une contrainte assez terrible, une contrainte qui remonte même avant Emmanuel Macron,
08:54qui a complètement continué cette politique que je juge extrêmement délétère.
08:58mais ceux d'avant avaient fait la même chose.
09:02Sous le gouvernement Hollande, c'était pareil.
09:04Sous le gouvernement Sarkozy, je n'en parlais même pas.
09:06Et même avant.
09:08Donc, on paye aussi les pots cassés d'une politique de santé,
09:13comment la qualifier, dégueulasse, de ces 20 dernières années.