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  • il y a 12 heures
Avant les grandes manifestations de ce jeudi 5 décembre contre la réforme des retraites, retrouvez les 6 arnaques du projet Macron-Delevoye, décrypté par Sébastien Crépel, rédacteur en chef de l’Humanité.

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Transcription
00:05Emmanuel Macron parle de simplifier les régimes et là, subitement, vient l'idée de réserver la réforme des retraites
00:12aux nouveaux entrants sur le marché du travail à partir de 2025, la date de sa mise en œuvre.
00:17Sur ce point, au moins, on peut reconnaître que Jean-Paul Delevoye a raison.
00:20Il dit finalement qu'on a 42 régimes, le but c'était d'en faire un seul.
00:24Et là, en créant un régime spécifique uniquement pour ceux qui entrent sur le marché du travail,
00:30eh bien, ça consisterait à créer une sorte de 43e régime dans lequel les nouveaux entrants seraient en train de
00:37cotiser.
00:37Mais pendant ce temps-là, les travailleurs qui, eux, sont entrés sur le marché du travail auparavant,
00:42eux, continueraient à cotiser dans l'ancien système.
00:45L'idée qui est derrière cette proposition, c'est en fait de dire aux manifestants,
00:49vous voyez, vous n'êtes pas concernés par la réforme qui vient, ce sera vos enfants qui le seront éventuellement,
00:56donc il n'y a pas lieu de manifester aujourd'hui.
00:58En vérité, cette proposition, si jamais elle devait voir le jour, est tout aussi inacceptable que la première, pour deux
01:05raisons.
01:05La première, c'est que les jeunes seraient concernés, mais finalement, ça n'est pas plus acceptable pour eux
01:11que pour les salariés qui sont actuellement au travail.
01:14La deuxième raison, c'est qu'il y a peu de chances qu'une fois qu'on aura mis le
01:19doigt dans l'engrenage
01:20et que cette réforme aura été engagée pour les futurs entrants sur le marché du travail,
01:25les gouvernements demain ne disent pas, finalement, ce n'est pas envisageable qu'il y ait deux systèmes parallèles
01:32qui dureraient quasiment 43 ans, puisque c'est la durée de cotisation qui est prévue pour les salariés les plus
01:39jeunes.
01:39Pendant 43 ans, on aurait coexistence de deux systèmes pour des gens qui ont, finalement, des situations similaires.
01:46Et donc, ça veut dire que si aujourd'hui, on acceptait cette proposition, une réforme réservée aux nouveaux entrants,
01:52eh bien, les gouvernements futurs diraient qu'il faut faire converger parce que, décidément, ce n'est pas acceptable
01:58et donc, le nouveau système devrait s'appliquer, au final, à tous les salariés.
02:03Donc, c'est une manière de diviser, avant tout, les salariés entre eux, de dissuader les mobilisations,
02:09mais ça ne règle en aucun cas le problème du retrait de la réforme qui est, finalement, au cœur des
02:15mobilisations
02:15que nous allons vivre à partir du 5 décembre.
02:20Jusqu'alors, dans le système actuel, les retraites des fonctionnaires sont calculées sur la base des six derniers mois de
02:26salaire,
02:26c'est-à-dire, en général, les six meilleurs salaires d'une carrière.
02:29Dans le système universel, il est prévu de prendre en compte l'intégralité de la carrière,
02:34c'est-à-dire qu'on va accumuler des points du début de la carrière jusqu'à la fin de
02:38la carrière,
02:39y compris sur les périodes où les salaires sont les moins bons.
02:43Donc, si on ne cotise que sur les salaires sans les primes, ça baissera les retraites des fonctionnaires.
02:47Donc, il faut intégrer les primes.
02:49Le problème, c'est que tous les fonctionnaires ne touchent pas de primes ou alors pas assez.
02:54Par exemple, les enseignants.
02:55La FSU a calculé que pour un enseignant, pour un professeur,
03:00qui gagnerait une retraite de 2 800 euros dans le système actuel,
03:04après avoir travaillé 40 ou 42 ans,
03:08il pourrait perdre jusqu'à 1 000 euros de retraite par mois.
03:12Donc, le système Delevoye, s'il s'applique,
03:14va demander de repenser entièrement le mode de rémunération des fonctionnaires.
03:18Mais deux problèmes se posent à partir de là.
03:20Jean-Paul Delevoye prévoit une réforme du système de retraite,
03:23mais pour l'instant, rien n'est acté sur la question de la réforme des rémunérations des fonctionnaires,
03:30en particulier des enseignants.
03:31Le deuxième aspect, c'est que le risque, c'est que ce soit la part des primes
03:35qui soit donc considérablement augmentée dans les revenus des fonctionnaires au détriment des salaires.
03:40Ça signifie en fait que la part variable de la rémunération des fonctionnaires,
03:45celle qui est attribuée selon des critères individuels,
03:49qui est différente d'une administration à l'autre,
03:51eh bien, cette part-là est beaucoup plus précaire,
03:54beaucoup plus facile à remettre en cause que les salaires eux-mêmes des fonctionnaires,
03:59qui est une augmentation des salaires étant une mesure plus égalitaire
04:02et qui s'applique, elle, à tous les fonctionnaires et qui est nettement plus pérenne.
04:06C'est un risque, pointé par les syndicats, que soulève aussi la réforme envisagée par Jean-Paul Delevoye.
04:14En fait, c'est l'un des arguments que martèle Jean-Paul Delevoye.
04:17Il prétend que le système futur, celui qu'il prépare,
04:21permettrait effectivement d'améliorer la carrière des plus précaires,
04:25ceux qui subissent des carrières heurtées,
04:27parce que chaque heure travaillée permettrait d'accumuler des points
04:30qui eux-mêmes permettraient d'augmenter le montant de la pension
04:34auxquelles chacun a droit au moment de partir en retraite.
04:37Le système actuel, lui, ne prévoit pas de prendre en compte toutes les périodes travaillées,
04:43notamment quand on a travaillé un trop faible nombre d'heures,
04:47eh bien cela ne se transforme pas en trimestre cotisé.
04:49C'est effectivement l'un des défauts du système actuel auquel il faudra remédier.
04:54Mais l'une des forces du système, c'est de permettre que le calcul de la pension, au final,
04:57se fasse sur les 25 meilleures années de salaire,
05:00et non pas sur l'intégralité de la carrière.
05:03Cela permet de neutraliser les salaires les plus faibles,
05:06et donc, in fine, d'augmenter le montant de la pension.
05:10En fait, Jean-Paul Delevoye compare deux choses incomparables.
05:13D'un côté, il compare une addition de points,
05:16et de l'autre, une moyenne des salaires.
05:18Certaines études, c'est vrai, estiment que dans certaines circonstances,
05:22sur certains profils de carrière heurtées,
05:25la première option, celle de Jean-Paul Delevoye,
05:28pourrait améliorer les pensions.
05:30Mais néanmoins, cela dépend aussi d'un certain nombre de paramètres,
05:34notamment les mécanismes de décote et de surcote en fonction de l'âge,
05:38ce qu'on appelle l'âge pivot,
05:39que prévoit d'instaurer Jean-Paul Delevoye dans son système universel.
05:45Également, les mécanismes de solidarité.
05:47Donc, en l'état, il est mensonger, ou en tout cas prématuré,
05:52d'annoncer que le système Delevoye pourrait améliorer les carrières des plus précaires.
05:57Et on pourrait même ajouter que dans le contexte d'économie budgétaire
06:00dans lesquels cette réforme va être engagée,
06:03en vérité, le soupçon est très fort, très justifié,
06:07que les pensions de retraite des plus précaires
06:09subissent effectivement une dégradation par rapport au système actuel.
06:16Le problème, c'est que le Conseil d'orientation des retraites
06:20produit une analyse qui est contestable et contestée par certains économistes.
06:25En effet, dans les calculs qu'il effectue,
06:29il considère qu'il n'y aurait pas d'alternative aux politiques mises en place par le gouvernement
06:33et notamment sur le fait que le nombre de fonctionnaires serait amené à être réduit
06:39et que leur salaire serait quasi gelé.
06:42Résultat, cela produirait moins de recettes
06:45et donc un déficit pour le système de retraite.
06:48Donc, à partir de là, le Conseil d'orientation des retraites
06:50avance comme piste possible le report de l'âge de la retraite
06:55pour réaliser des économies.
06:58Mais quand il livre ce diagnostic au Premier ministre,
07:00le Conseil d'orientation des retraites ne dit pas que cela.
07:03Il livre certes ces pistes parce qu'elles lui ont été commandées par Édouard Philippe,
07:07mais il ne les soutient pas lui-même.
07:09Il indique en effet qu'il n'y a pas d'urgence absolue
07:12à résorber un déficit si jamais ce déficit se présentait
07:16et qu'il s'agit donc d'un choix politique
07:18et ce choix politique, c'est celui du gouvernement.
07:21En tout état de cause, cela éclaire la logique du gouvernement
07:24plus que celle du Conseil d'orientation des retraites.
07:26Pourquoi ? Parce que c'est bien le gouvernement
07:28qui réclame d'éliminer tout déficit dans le régime des retraites d'ici 2025.
07:33C'est en fait la logique qui prévaut dans le système universel prévu par Jean-Paul Delevoye,
07:39c'est-à-dire l'application d'une règle d'or qui interdit demain les déficits.
07:42Dans le rapport que rend le Conseil d'orientation des retraites,
07:45on a là en germe le type de logique et le type de solution
07:48que cherche à imposer le gouvernement à l'ensemble des salariés des retraités.
07:54Jean-Paul Delevoye s'appuie sur les travaux du Conseil d'orientation des retraites
07:58qui constate effectivement que génération après génération,
08:02les pensions ont tendance à baisser dans leur niveau
08:05comparé aux derniers salaires perçus dans la carrière.
08:08Donc il en tire la conclusion que ce n'est pas son système universel qu'il prépare,
08:12qui serait responsable d'une baisse future des pensions,
08:14mais que c'est bien le système actuel qui aurait programmé en quelque sorte cette baisse.
08:19Que dit en vérité le Conseil d'orientation des retraites ?
08:21Il ne dit pas que c'est le système actuel qui est responsable de cette baisse,
08:25mais il dit avant tout que ce sont les réformes
08:27qui ont été introduites dans ce système depuis 30 ans
08:29qui ont conduit à baisser successivement le niveau des pensions
08:33par rapport aux derniers salaires.
08:34Par exemple, la génération née en 1955 touche à la retraite 75% du dernier salaire perçu.
08:40En revanche, pour la génération 2000, ce taux baissera entre,
08:44selon les hypothèses économiques retenues, entre 63 et 68% du dernier salaire.
08:50Donc effectivement, il s'agit d'une baisse importante.
08:53Mais elle est produite par la désindexation généralisée des pensions par rapport aux salaires.
08:59Or, en 2003, qui a fait ce choix ?
09:01C'est précisément Jean-Paul Delevoye qui était à la manœuvre avec François Fillon
09:05pour introduire une réforme des retraites.
09:08Donc ce n'est pas le système qui, par sa nature en quelque sorte,
09:11le système actuel, programme une baisse des pensions.
09:14C'est bien des choix politiques qui ont été faits en 2003
09:17et même un peu avant si on remonte à la réforme Balladur de 1993
09:20qui avait déjà introduit des éléments de ce type.
09:23Donc le système par points, non seulement il ne va pas contrecarrer cette tendance,
09:27il va continuer à l'accompagner, mais tout montre dans les paramètres qu'il retient
09:31qu'en fait, cette baisse va se poursuivre et va même s'amplifier
09:35avec les nouveaux mécanismes proposés par Jean-Paul Delevoye.
09:42Effectivement, Jean-Paul Delevoye avance comme argument
09:45que demain les pensions ne baisseront pas
09:47parce que la valeur du point, qui est au cœur du système universel, ne pourra pas baisser.
09:52Sauf que Jean-Paul Delevoye ne peut pas garantir que la valeur du point ne baissera pas.
09:56Pourquoi ? Parce que cette valeur est amenée en fait à varier
09:58en fonction des hypothèses économiques, des hypothèses budgétaires également
10:02puisque au cœur du système est introduit désormais ce qu'on appelle une règle d'or budgétaire
10:07qui interdit tout déficit.
10:09Ça veut dire que la valeur n'est pas connue à l'avance.
10:12Elle est déterminée chaque année par un conseil d'administration,
10:14le conseil d'administration de la caisse de retraite
10:16qui fixera cette valeur en fonction des hypothèses économiques et des besoins budgétaires.
10:21Ça veut dire concrètement que si les perspectives se dégradent,
10:24si demain l'économie va plus mal et si demain il manque de l'argent pour financer les retraites,
10:29eh bien ce sera la valeur du point qui baissera.
10:32Et donc ça veut dire que ce seront les pensions versées aux retraités qui baisseront.
10:36On voit bien que là, on rentre dans un système qui est complètement différent
10:39de celui qu'on connaît aujourd'hui.
10:41Dans le système aujourd'hui, c'est un système dit à prestation définie,
10:44c'est-à-dire qu'on connaît à l'avance le montant de sa retraite
10:47en fonction du nombre d'années qu'on a cotisé.
10:49Dans le système à venir, c'est un système dit à cotisation définie,
10:53ça veut dire qu'on sait ce qu'on cotise, on ne sait pas ce qu'on reçoit
10:55et cette pension n'est connue qu'au dernier moment,
10:58dans l'année qui précède en fait le départ en retraite.
11:01Alors Jean-Paul Delevoye l'a dit d'ailleurs lui-même,
11:03les pensions ne devraient pas baisser, sauf, dit-il, en cas de crise.
11:06Si par exemple, les salaires sont amenés à chuter,
11:10eh bien dans ce cas-là, la valeur du point ne pourrait pas être garantie
11:13et les pensions elles-mêmes chuteraient.
11:15En fait, on voit bien que le rôle d'amortisseur
11:18qu'a su jouer notre système de retraite pendant la crise de 2008-2009
11:21pour atténuer ses effets, eh bien ça ne serait plus possible
11:24dans le nouveau système.
11:25Il accompagnerait les effets de cette crise,
11:27il les amplifierait peut-être et donc on rentre dans un système
11:29qui génère beaucoup plus d'insécurité
11:31que le système dans lequel nous vivons aujourd'hui.
11:34Sous-titrage Société Radio-Canada

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