00:00Jean-Pierre Mercier, bonjour.
00:02Bonjour.
00:02Vous êtes délégué syndical CGT à PSA, le célèbre constructeur automobile qui produit des véhicules de marque Citroën, Peugeot et
00:09Opel.
00:10Pouvez-vous nous faire un état des lieux de l'activité du groupe en France ?
00:15Alors en ce moment même où on se parle, il y a essentiellement le site de Vesoul,
00:22qui est un immense dépôt de pièces détachées automobiles.
00:26Et la direction maintient cette activité en obligeant 1200 salariés à venir travailler tous les jours,
00:33alors que d'après son recensement, et on sait que ces chiffres sont sous-estimés,
00:38il y a déjà eu 5 cas avérés et il y a 128 salariés qui sont suspectés d'avoir contracté
00:47le virus.
00:48Et malgré ça, malgré les mesures barrières de sécurité, malgré le nouveau protocole sanitaire,
00:55les salariés se contaminent et le virus se transmet.
01:00C'est pour nous, la CGT, un véritable drame sanitaire qui est en train de se dérouler à l'usine
01:06de PSA à Vesoul,
01:08dans une région qui est très très fortement touchée par l'épidémie.
01:12Donc ce qu'on demande, c'est un arrêt immédiat de l'activité,
01:16parce qu'aujourd'hui on considère que livrer des essuie-glaces ou des rétroviseurs,
01:19ce n'est pas une activité vitale, essentielle en pleine pandémie.
01:24Alors il y a quelques sites tertiaires qui sont encore ouverts,
01:28avec des salariés qui ne peuvent pas travailler en télétravail,
01:31et qui sont obligés eux aussi de venir travailler physiquement sur les sites.
01:36Maintenant sur le reste de l'appareil de production, le reste des usines,
01:40aujourd'hui c'est à l'arrêt, et la direction a fait une première tentative fin du mois de mars,
01:48vers le 30-31 mars, pour rouvrir ces usines pour fabriquer des voitures.
01:52Elle a échoué, cette tentative, devant le scandale qui s'annonçait,
01:56et là on sait, par contre, on a des informations extrêmement sérieuses,
02:01de la part de sous-traitants, mais aussi de salariés qui sont déjà contactés par leur chef d'équipe,
02:05que la direction de PSA va faire une deuxième tentative pour rouvrir ces usines à partir du 14 avril.
02:13Ça va être une réouverture, notamment sur les usines terminales,
02:17les grosses usines comme celle de Rennes, de Hordun, et puis celle de Sochaux,
02:21la plus grosse usine industrielle de France, avec 9000 salariés qui y travaillent.
02:27Et pour nous, derrière, c'est aussi toutes les usines de fabrication de moteurs, de boîtes de vitesse,
02:32et donc, ça veut dire, en amont, les centaines d'entreprises, de sous-traitants et de fournisseurs automobiles.
02:39Ça veut dire que la direction de PSA et sans doute la direction de Renault
02:43sont en train d'organiser un vaste déconfinement à l'échelle du pays,
02:50un vaste déconfinement qui va toucher à peu près 400 000 personnes.
02:57Et ça, pour nous, c'est quelque chose d'irresponsable.
03:00Tant que le confinement à l'échelle du pays n'est pas levé,
03:03il faut absolument qu'on respecte les consignes de confinement
03:07et surtout qu'on ne sorte pas de chez nous pour aller fabriquer des voitures
03:11qui n'est pas une activité essentielle aujourd'hui.
03:14Et c'est ça le problème, c'est que la direction de PSA fait passer ses profits
03:18avant la santé de ses salariés, mais au mépris du combat collectif
03:23que l'on doit tous mener contre le virus.
03:26Peut-on craindre que tous ces sites deviennent des nids à Covid en puissance ?
03:32Tout à fait.
03:33Quand on se remémore, à Mulhouse, ça a démarré par un rassemblement religieux
03:37de 2500 personnes.
03:39C'est ça qui a fait exploser la propagation du virus.
03:42Et rouvrir toutes les usines de PSA, plus des centaines d'usines de sous-traitants
03:48où il y a des centaines, voire des milliers de travailleurs
03:51qui vont être obligés, malgré le nouveau protocole sanitaire,
03:56mais de travailler épaule contre épaule, face à face,
03:58les 1,50 m ne pourront pas être respectés en réalité et concrètement sur le terrain.
04:03Ça, ça veut dire autant de rassemblements religieux équivalents à celui de Mulhouse
04:08qui a été à l'origine de l'explosion de la propagation du virus.
04:12Ça veut dire que là, la direction de PSA prend consciemment un risque sanitaire énorme
04:19et puis de prendre point risque de piétiner tout l'effort
04:23que des millions et des millions de personnes ont fait depuis le début du confinement.
04:28Et ça, c'est quelque chose d'irresponsable et j'irai plus loin.
04:31Pour nous, c'est quelque chose de criminel.
04:33Une entreprise aussi grande que PSA ne peut pas se comporter de la sorte dans le pays.
04:38Ça, pour nous, c'est inconcevable.
04:39D'autant plus que j'imagine que la disponibilité de masques
04:46qui vont devenir très vite obligatoires ne sera pas une réalité dans ces entreprises.
04:51Ça va être un scandale, ces masques.
04:55C'est une bombe à retardement au niveau du scandale.
04:59La direction s'engage, dans son protocole de sécurité sanitaire,
05:03à fournir à chaque salarié entre deux et quatre masques chirurgicaux par jour.
05:09On a fait le calcul, ça fait à peu près 600 000 masques qui devront être distribués par semaine.
05:16Ça veut dire que pour un mois de production, un mois d'ouverture des usines,
05:20c'est 2,5 millions de masques qui vont être gâchés.
05:23Je dis gâchés parce que pour nous, et je pense que pour l'écrasante majorité de la population,
05:29ces masques devraient aller d'abord et avant tout aux personnels soignants,
05:34à ceux qui risquent leur vie pour sauver des vies, aux éboueurs,
05:39à tous ceux qui, de par leur activité, font fonctionner la société aujourd'hui.
05:44Alors, les salariés pourraient-ils exercer leur droit de retrait, selon vous ?
05:50Oui, mais c'est très compliqué dans la situation actuelle.
05:54Moi, je répondrais, oui, il faut, c'est une des armes que l'on a à notre disposition,
06:00mais pour l'utiliser, cette arme, il faudrait qu'on soit des centaines et des centaines à l'utiliser.
06:06En gros, c'est notre nombre qui fait notre force,
06:09mais aujourd'hui, on sait que, à la fois, les directions d'entreprise,
06:14mais aussi sont aidées par le gouvernement, sont couverts par le soutien du gouvernement
06:19pour attaquer le droit de retrait.
06:22Sur le site de Vesoul, dont je parlais en début de l'interview,
06:26il y a eu une quarantaine de salariés qui ont, dès le départ, exercé leur droit de retrait.
06:29Ils se sont fait menacer le licenciement, chantage en emploi,
06:32chantage pour les intérimaires sur la poursuite du contrat de travail.
06:36Finalement, les salariés ont dû reculer,
06:39et ont dû reprendre le travail.
06:41Alors, il y a effectivement l'utilisation de ce droit de retrait,
06:44mais je pense aussi, il y a tout simplement la grève.
06:47La grève pour forcer la direction de l'entreprise à nous respecter
06:54et à imposer notre droit à la vie, notre droit à la santé.
06:57Je pense qu'il va y avoir un énorme bras de fer à organiser et à mener avec détermination
07:03pour faire reculer la direction.
07:05Et ça, ça va être une mission, moi je l'entends comme une mission de salut public et de santé
07:13publique.
07:14Alors, la direction de PSA a proposé vendredi dernier au syndicat du constructeur automobile
07:19la création d'un fonds de solidarité pour compenser, dit-elle,
07:24la perte de salaire liée au chômage partiel.
07:26Pouvez-vous nous expliquer quel en est le principe et ce que vous en pensez ?
07:30Alors, le principe, il est très simple, c'est que pour compléter notre salaire,
07:35puisqu'on a une perte sèche de 16% de notre salaire net,
07:39eh bien la direction a quand même trouvé des syndicats pour signer le fait
07:44qu'il faut que ce soit les salariés eux-mêmes qui soient solidaires avec leur portefeuille.
07:49Ça veut dire que dans cette affaire, nous allons avoir un salaire pratiquement à 100%,
07:55mais la direction va nous prendre pour les ouvriers, les techniciens et les agents de maîtrise,
07:59une journée de congé, pour les cadres, deux journées de congé.
08:02Par contre, les actionnaires ne sont absolument pas du tout solidaires,
08:07ils ne sont pas mis à contribution, ils vont même, nouveau scandale,
08:11je ne sais pas quand est-ce que ça va éclater cette affaire-là,
08:14mais ils se réunissent le 25 juin en Assemblée Générale
08:17pour se voter le versement de 1,1 milliard de dividendes.
08:22Ils ont décidé, malgré tout, malgré l'appel très très mou de Bruno Le Maire,
08:27le ministre de l'économie, de se voter, de se prendre les 1,1 milliard.
08:31Voilà, il n'y a pas de contribution, pas de solidarité,
08:33c'est d'abord leur portefeuille à eux.
08:36Alors dans cet accord, il y a aussi une attaque énorme, inédite, dans le groupe PSA,
08:42mais je pense que chez Renault c'est exactement la même chose,
08:45c'est une attaque sur les congés payés.
08:47La direction d'entreprise utilise les ordinances de Muriel Pénicaud
08:51pour remettre en cause les congés d'été.
08:55Traditionnellement, dans l'automobile, moi ça fait 25 ans que je connais ça,
08:58il y a une fermeture totale de toute la filière automobile,
09:02en gros c'est les trois premières semaines du mois d'août.
09:06Ces fermetures, ces congés sont remis en cause,
09:09d'abord ils sont réduits à deux semaines,
09:12et puis ils peuvent être décalés dans le temps,
09:14c'est-à-dire chez Peugeot, la direction d'autorité peut les décaler au mois de septembre.
09:22C'est-à-dire, ce que la direction de PSA veut faire,
09:26elle veut produire,
09:28elle prend le prétexte du virus pour dire,
09:30voilà, il faut rattraper le retard,
09:31donc j'ai besoin de produire, de produire, de produire.
09:33Là-dessus, elle piétine nos congés payés.
09:36Qui sait qui va partir en vacances ?
09:38Les enfants, au mois de septembre, les enfants vont reprendre l'école,
09:42nos conjoints auront repris le boulot.
09:45Nous, ce qu'on dit, c'est quelque chose d'inacceptable, d'intolérable.
09:49Par contre, la direction pourrait très bien laisser ouvert ses usines
09:52et instaurer un roulement, une rotation avec tous les salariés,
09:57étaler sur juillet et août,
09:58et puis embaucher du personnel pour remplacer les CDI qui partiraient en vacances.
10:03La direction nous affirme que ça, c'est pas du tout dans son projet,
10:06ça coûterait évidemment trop cher, etc.
10:08C'est toujours une question d'argent, une question de profit.
10:11Ça veut dire que c'est toujours dans nos poches,
10:13c'est nous qui devons faire les efforts,
10:15c'est jamais eux, c'est jamais les actionnaires.
10:17Alors, on sait qu'il y a une pénurie de respirateurs
10:21essentielles à la survie des malades du Covid-19 en détresse respiratoire.
10:27Un partenariat était à l'étude pour que PSA produise ses respirateurs
10:32pour Air Liquide, qui est l'unique producteur en France.
10:36Que pensez-vous de cette initiative et où en est-elle ?
10:39Alors, cette initiative, elle prend forme.
10:42Le partenariat a été signé et c'est l'usine de Poissy
10:45qui a été choisie pour ouvrir un atelier de 50 salariés
10:50qui auront comme objectif d'assembler une partie du module mécanique
10:56qui sera livrée ensuite à Air Liquide dans son usine d'Anthony,
10:59où ils feront les contrôles, où ils feront l'assemblage final.
11:03Moi, je pose la question, c'est pourquoi CITARD ?
11:06Pourquoi les constructeurs automobiles Renault et PSA
11:09n'ont pas planché sur des projets,
11:12plutôt que de plancher sur un projet de réouvrir leurs usines
11:15pour fabriquer des voitures ?
11:17Pourquoi ils ne se sont pas dit ?
11:18Là, il y a un manque, il y a une pénurie
11:22qui a pour conséquence des morts.
11:25Donc, allons-y tout de suite,
11:26retroussons des manches et fabriquons ces respirateurs médicaux.
11:30Il a fallu attendre énormément de temps.
11:32Et ce qui va sûrement se passer,
11:34on va essayer de mettre en échec,
11:36mais ce qui va sûrement se passer,
11:37c'est 50 salariés à Poissy
11:39qui vont fabriquer des respirateurs médicaux,
11:41il va y avoir 30 000 salariés à PSA
11:44qui vont fabriquer des voitures.
11:46Au final, ça va être ça qui va se passer.
11:48Alors, construire, aider à la construction
11:50des respirateurs médicaux,
11:52évidemment que nous sommes pour,
11:54on est volontaires,
11:55c'est une évidence,
11:57parce que c'est une activité non seulement qui est urgente,
11:59mais qui est vitale, qui va sauver des vies.
12:01Donc ça, il faut le faire,
12:02fabriquer des voitures, des moteurs ou des boîtes de vitesse,
12:04s'il n'en est pas question pour nous.
12:07Merci Jean-Pierre Mercier.
12:08Merci à vous.