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  • il y a 2 jours
Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central de la CGT du groupe PSA, dénonce "un acte irresponsable", "au mépris de la santé des travailleurs et du combat collectif contre l'épidémie", "piétinant les efforts réalisés depuis des semaines par des millions de personnes dans le pays".

Sur le site du constructeur automobile PSA à Vesoul (Haute-Saône) se trouve un immense dépôt de pièces détachées où au moins 128 salariés sont suspectés d'avoir contracté le coronavirus. La direction du groupe oblige pourtant 1.200 salariés à continuer de venir y travailler tous les jours, s'insurge Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT. Il dénonce "un véritable drame sanitaire". La direction de PSA s'apprêterait à réouvrir ses usines à partir du 14 avril, notamment celle de Sochaux où travaillent plus de 9.000 salariés. Avec des conséquences sur tous les sous-traitants. Ce sont au final 400.000 personnes qui pourraient de ce fait être obligées de sortir du confinement en dépit des consignes sanitaires. "Un acte criminel", selon le délégué syndical CGT.

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Transcription
00:00Jean-Pierre Mercier, bonjour.
00:02Bonjour.
00:02Vous êtes délégué syndical CGT à PSA, le célèbre constructeur automobile qui produit des véhicules de marque Citroën, Peugeot et
00:09Opel.
00:10Pouvez-vous nous faire un état des lieux de l'activité du groupe en France ?
00:15Alors en ce moment même où on se parle, il y a essentiellement le site de Vesoul,
00:22qui est un immense dépôt de pièces détachées automobiles.
00:26Et la direction maintient cette activité en obligeant 1200 salariés à venir travailler tous les jours,
00:33alors que d'après son recensement, et on sait que ces chiffres sont sous-estimés,
00:38il y a déjà eu 5 cas avérés et il y a 128 salariés qui sont suspectés d'avoir contracté
00:47le virus.
00:48Et malgré ça, malgré les mesures barrières de sécurité, malgré le nouveau protocole sanitaire,
00:55les salariés se contaminent et le virus se transmet.
01:00C'est pour nous, la CGT, un véritable drame sanitaire qui est en train de se dérouler à l'usine
01:06de PSA à Vesoul,
01:08dans une région qui est très très fortement touchée par l'épidémie.
01:12Donc ce qu'on demande, c'est un arrêt immédiat de l'activité,
01:16parce qu'aujourd'hui on considère que livrer des essuie-glaces ou des rétroviseurs,
01:19ce n'est pas une activité vitale, essentielle en pleine pandémie.
01:24Alors il y a quelques sites tertiaires qui sont encore ouverts,
01:28avec des salariés qui ne peuvent pas travailler en télétravail,
01:31et qui sont obligés eux aussi de venir travailler physiquement sur les sites.
01:36Maintenant sur le reste de l'appareil de production, le reste des usines,
01:40aujourd'hui c'est à l'arrêt, et la direction a fait une première tentative fin du mois de mars,
01:48vers le 30-31 mars, pour rouvrir ces usines pour fabriquer des voitures.
01:52Elle a échoué, cette tentative, devant le scandale qui s'annonçait,
01:56et là on sait, par contre, on a des informations extrêmement sérieuses,
02:01de la part de sous-traitants, mais aussi de salariés qui sont déjà contactés par leur chef d'équipe,
02:05que la direction de PSA va faire une deuxième tentative pour rouvrir ces usines à partir du 14 avril.
02:13Ça va être une réouverture, notamment sur les usines terminales,
02:17les grosses usines comme celle de Rennes, de Hordun, et puis celle de Sochaux,
02:21la plus grosse usine industrielle de France, avec 9000 salariés qui y travaillent.
02:27Et pour nous, derrière, c'est aussi toutes les usines de fabrication de moteurs, de boîtes de vitesse,
02:32et donc, ça veut dire, en amont, les centaines d'entreprises, de sous-traitants et de fournisseurs automobiles.
02:39Ça veut dire que la direction de PSA et sans doute la direction de Renault
02:43sont en train d'organiser un vaste déconfinement à l'échelle du pays,
02:50un vaste déconfinement qui va toucher à peu près 400 000 personnes.
02:57Et ça, pour nous, c'est quelque chose d'irresponsable.
03:00Tant que le confinement à l'échelle du pays n'est pas levé,
03:03il faut absolument qu'on respecte les consignes de confinement
03:07et surtout qu'on ne sorte pas de chez nous pour aller fabriquer des voitures
03:11qui n'est pas une activité essentielle aujourd'hui.
03:14Et c'est ça le problème, c'est que la direction de PSA fait passer ses profits
03:18avant la santé de ses salariés, mais au mépris du combat collectif
03:23que l'on doit tous mener contre le virus.
03:26Peut-on craindre que tous ces sites deviennent des nids à Covid en puissance ?
03:32Tout à fait.
03:33Quand on se remémore, à Mulhouse, ça a démarré par un rassemblement religieux
03:37de 2500 personnes.
03:39C'est ça qui a fait exploser la propagation du virus.
03:42Et rouvrir toutes les usines de PSA, plus des centaines d'usines de sous-traitants
03:48où il y a des centaines, voire des milliers de travailleurs
03:51qui vont être obligés, malgré le nouveau protocole sanitaire,
03:56mais de travailler épaule contre épaule, face à face,
03:58les 1,50 m ne pourront pas être respectés en réalité et concrètement sur le terrain.
04:03Ça, ça veut dire autant de rassemblements religieux équivalents à celui de Mulhouse
04:08qui a été à l'origine de l'explosion de la propagation du virus.
04:12Ça veut dire que là, la direction de PSA prend consciemment un risque sanitaire énorme
04:19et puis de prendre point risque de piétiner tout l'effort
04:23que des millions et des millions de personnes ont fait depuis le début du confinement.
04:28Et ça, c'est quelque chose d'irresponsable et j'irai plus loin.
04:31Pour nous, c'est quelque chose de criminel.
04:33Une entreprise aussi grande que PSA ne peut pas se comporter de la sorte dans le pays.
04:38Ça, pour nous, c'est inconcevable.
04:39D'autant plus que j'imagine que la disponibilité de masques
04:46qui vont devenir très vite obligatoires ne sera pas une réalité dans ces entreprises.
04:51Ça va être un scandale, ces masques.
04:55C'est une bombe à retardement au niveau du scandale.
04:59La direction s'engage, dans son protocole de sécurité sanitaire,
05:03à fournir à chaque salarié entre deux et quatre masques chirurgicaux par jour.
05:09On a fait le calcul, ça fait à peu près 600 000 masques qui devront être distribués par semaine.
05:16Ça veut dire que pour un mois de production, un mois d'ouverture des usines,
05:20c'est 2,5 millions de masques qui vont être gâchés.
05:23Je dis gâchés parce que pour nous, et je pense que pour l'écrasante majorité de la population,
05:29ces masques devraient aller d'abord et avant tout aux personnels soignants,
05:34à ceux qui risquent leur vie pour sauver des vies, aux éboueurs,
05:39à tous ceux qui, de par leur activité, font fonctionner la société aujourd'hui.
05:44Alors, les salariés pourraient-ils exercer leur droit de retrait, selon vous ?
05:50Oui, mais c'est très compliqué dans la situation actuelle.
05:54Moi, je répondrais, oui, il faut, c'est une des armes que l'on a à notre disposition,
06:00mais pour l'utiliser, cette arme, il faudrait qu'on soit des centaines et des centaines à l'utiliser.
06:06En gros, c'est notre nombre qui fait notre force,
06:09mais aujourd'hui, on sait que, à la fois, les directions d'entreprise,
06:14mais aussi sont aidées par le gouvernement, sont couverts par le soutien du gouvernement
06:19pour attaquer le droit de retrait.
06:22Sur le site de Vesoul, dont je parlais en début de l'interview,
06:26il y a eu une quarantaine de salariés qui ont, dès le départ, exercé leur droit de retrait.
06:29Ils se sont fait menacer le licenciement, chantage en emploi,
06:32chantage pour les intérimaires sur la poursuite du contrat de travail.
06:36Finalement, les salariés ont dû reculer,
06:39et ont dû reprendre le travail.
06:41Alors, il y a effectivement l'utilisation de ce droit de retrait,
06:44mais je pense aussi, il y a tout simplement la grève.
06:47La grève pour forcer la direction de l'entreprise à nous respecter
06:54et à imposer notre droit à la vie, notre droit à la santé.
06:57Je pense qu'il va y avoir un énorme bras de fer à organiser et à mener avec détermination
07:03pour faire reculer la direction.
07:05Et ça, ça va être une mission, moi je l'entends comme une mission de salut public et de santé
07:13publique.
07:14Alors, la direction de PSA a proposé vendredi dernier au syndicat du constructeur automobile
07:19la création d'un fonds de solidarité pour compenser, dit-elle,
07:24la perte de salaire liée au chômage partiel.
07:26Pouvez-vous nous expliquer quel en est le principe et ce que vous en pensez ?
07:30Alors, le principe, il est très simple, c'est que pour compléter notre salaire,
07:35puisqu'on a une perte sèche de 16% de notre salaire net,
07:39eh bien la direction a quand même trouvé des syndicats pour signer le fait
07:44qu'il faut que ce soit les salariés eux-mêmes qui soient solidaires avec leur portefeuille.
07:49Ça veut dire que dans cette affaire, nous allons avoir un salaire pratiquement à 100%,
07:55mais la direction va nous prendre pour les ouvriers, les techniciens et les agents de maîtrise,
07:59une journée de congé, pour les cadres, deux journées de congé.
08:02Par contre, les actionnaires ne sont absolument pas du tout solidaires,
08:07ils ne sont pas mis à contribution, ils vont même, nouveau scandale,
08:11je ne sais pas quand est-ce que ça va éclater cette affaire-là,
08:14mais ils se réunissent le 25 juin en Assemblée Générale
08:17pour se voter le versement de 1,1 milliard de dividendes.
08:22Ils ont décidé, malgré tout, malgré l'appel très très mou de Bruno Le Maire,
08:27le ministre de l'économie, de se voter, de se prendre les 1,1 milliard.
08:31Voilà, il n'y a pas de contribution, pas de solidarité,
08:33c'est d'abord leur portefeuille à eux.
08:36Alors dans cet accord, il y a aussi une attaque énorme, inédite, dans le groupe PSA,
08:42mais je pense que chez Renault c'est exactement la même chose,
08:45c'est une attaque sur les congés payés.
08:47La direction d'entreprise utilise les ordinances de Muriel Pénicaud
08:51pour remettre en cause les congés d'été.
08:55Traditionnellement, dans l'automobile, moi ça fait 25 ans que je connais ça,
08:58il y a une fermeture totale de toute la filière automobile,
09:02en gros c'est les trois premières semaines du mois d'août.
09:06Ces fermetures, ces congés sont remis en cause,
09:09d'abord ils sont réduits à deux semaines,
09:12et puis ils peuvent être décalés dans le temps,
09:14c'est-à-dire chez Peugeot, la direction d'autorité peut les décaler au mois de septembre.
09:22C'est-à-dire, ce que la direction de PSA veut faire,
09:26elle veut produire,
09:28elle prend le prétexte du virus pour dire,
09:30voilà, il faut rattraper le retard,
09:31donc j'ai besoin de produire, de produire, de produire.
09:33Là-dessus, elle piétine nos congés payés.
09:36Qui sait qui va partir en vacances ?
09:38Les enfants, au mois de septembre, les enfants vont reprendre l'école,
09:42nos conjoints auront repris le boulot.
09:45Nous, ce qu'on dit, c'est quelque chose d'inacceptable, d'intolérable.
09:49Par contre, la direction pourrait très bien laisser ouvert ses usines
09:52et instaurer un roulement, une rotation avec tous les salariés,
09:57étaler sur juillet et août,
09:58et puis embaucher du personnel pour remplacer les CDI qui partiraient en vacances.
10:03La direction nous affirme que ça, c'est pas du tout dans son projet,
10:06ça coûterait évidemment trop cher, etc.
10:08C'est toujours une question d'argent, une question de profit.
10:11Ça veut dire que c'est toujours dans nos poches,
10:13c'est nous qui devons faire les efforts,
10:15c'est jamais eux, c'est jamais les actionnaires.
10:17Alors, on sait qu'il y a une pénurie de respirateurs
10:21essentielles à la survie des malades du Covid-19 en détresse respiratoire.
10:27Un partenariat était à l'étude pour que PSA produise ses respirateurs
10:32pour Air Liquide, qui est l'unique producteur en France.
10:36Que pensez-vous de cette initiative et où en est-elle ?
10:39Alors, cette initiative, elle prend forme.
10:42Le partenariat a été signé et c'est l'usine de Poissy
10:45qui a été choisie pour ouvrir un atelier de 50 salariés
10:50qui auront comme objectif d'assembler une partie du module mécanique
10:56qui sera livrée ensuite à Air Liquide dans son usine d'Anthony,
10:59où ils feront les contrôles, où ils feront l'assemblage final.
11:03Moi, je pose la question, c'est pourquoi CITARD ?
11:06Pourquoi les constructeurs automobiles Renault et PSA
11:09n'ont pas planché sur des projets,
11:12plutôt que de plancher sur un projet de réouvrir leurs usines
11:15pour fabriquer des voitures ?
11:17Pourquoi ils ne se sont pas dit ?
11:18Là, il y a un manque, il y a une pénurie
11:22qui a pour conséquence des morts.
11:25Donc, allons-y tout de suite,
11:26retroussons des manches et fabriquons ces respirateurs médicaux.
11:30Il a fallu attendre énormément de temps.
11:32Et ce qui va sûrement se passer,
11:34on va essayer de mettre en échec,
11:36mais ce qui va sûrement se passer,
11:37c'est 50 salariés à Poissy
11:39qui vont fabriquer des respirateurs médicaux,
11:41il va y avoir 30 000 salariés à PSA
11:44qui vont fabriquer des voitures.
11:46Au final, ça va être ça qui va se passer.
11:48Alors, construire, aider à la construction
11:50des respirateurs médicaux,
11:52évidemment que nous sommes pour,
11:54on est volontaires,
11:55c'est une évidence,
11:57parce que c'est une activité non seulement qui est urgente,
11:59mais qui est vitale, qui va sauver des vies.
12:01Donc ça, il faut le faire,
12:02fabriquer des voitures, des moteurs ou des boîtes de vitesse,
12:04s'il n'en est pas question pour nous.
12:07Merci Jean-Pierre Mercier.
12:08Merci à vous.

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