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  • il y a 1 jour
Les salariés d'une trentaine d'établissements Orpea ont lancé des mouvements de grève ce vendredi 3 juin, pour protester contre la décision du groupe d’Ehpad de ne pas verser de prime d’intéressement cette année. Reportage aux côtés des grévistes à Osny, dans le Val-d’Oise.

Ils en ont ras-le-bol. Rassemblés devant l’Ehpad Orpea d’Osny (95), les salariés, en grande partie des femmes, s’indignent du non-versement de la prime d’intéressement cette année. « Cette prime, c’est la seule carotte qui nous donnait encore la motivation d’aller au travail », déplore Lyse Maurand, aide médico-psychologique rémunérée 1 800 euros bruts après 13 années d’ancienneté à l’Ehpad d’Osny.

Climat de tensions
Au sein de cet Ehpad et à l’image de nombres d’établissements similaires en France, les conditions de travail sont difficiles. « On est en souffrance », alerte Lyse, avançant pour preuve « 30 démissions en l’espace de 2 ans et demi ». Dans ce climat de tensions et de conditions de travail dégradées, le non-versement de la prime d’intéressement -d’une valeur d’environ 700 euros d’après la CGT- ravive la colère de salariés déjà usés.

Le fonctionnement des Ehpad
Sa collègue Solen Hatron, auxiliaire de vie chez Orpea depuis 2010, se partage au quotidien la charge de 32 chambres avec 3 autres salariées. « La plupart du temps, en réalité, nous ne sommes que 3 », regrette la jeune femme, contrainte de devoir « bâcler » des tâches qui lui tiennent pourtant à coeur, soucieuse du bien-être des résidents dont elle s'occupe. « Tout est chronométré, c’est la course perpétuelle, mais les patients ont besoin de notre présence, d’échanger avec nous », souligne Solen, alors que des scandales sur le fonctionnement des Ehpad émergent régulièrement.

La direction d'Orpea, dans la tourmente depuis la sortie en janvier du livre-enquête Les Fossoyeurs de Victor Castanet, a précisé auprès de l'AFP que ses résultats financiers « ne permettaient malheureusement pas de verser un intéressement cette année ».

Un patrimoine de 7,4 milliards d'euros
Un argument difficile à avaler pour les salariés, alors que le groupe devenait « la première foncière européenne de santé, avec un patrimoine de 7,4 milliards d'euros »en 2021, d'après les déclarations de son directeur Yves Le Masne dans un communiqué, et alors que ce dernier, désormais limogé, a grassement perçu un salaire de plus d'un million d'euros par an.

« Avec 3 enfants, un loyer à 1 000 euros et 1 800 euros brut, comment on fait, nous ? » interpelle l’aide médico-psychologique Lyse, encore plus fragilisée par la hausse du prix des carburants et de l'inflation. « Cette prime d’intéressement représentait pour certains des vacances pour leurs enfants, pour d'autres des factures à payer » relève Fabienne Galataud, auxilliaire de vie, qui confesse « ne plus en pouvoir ». Cette décision de l’entreprise, elle la perçoit à l’image du reste: « On est vraiment traités comme des moins que rien ».

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Transcription
00:00Pour ma part, j'ai trois enfants, avec trois enfants, avec 1800 euros brut, avec un loyer de 1000 euros.
00:06Dites-moi comment on fait.
00:07On lâche rien ! On lâche rien ! On lâche rien ! On lâche rien !
00:14En fait, on est tous dégoûtés. Tous dégoûtés.
00:18Il y a eu 30 démissions à l'espace de deux ans et demi.
00:22Et ça continue. Ça va encore continuer, je ne serai juste après les vacances.
00:27On trouve ça vraiment lamentable et que personne ne se rend compte pourquoi il y a autant de démissions.
00:33Personne ne se pose cette question réelle.
00:36On est en souffrance au sein de l'établissement. Les résidents sont en souffrance.
00:40Les résidents, il y en a qui pleurent. Ils pleurent parce qu'ils ne peuvent pas sortir, il n'y
00:45a pas assez d'activité.
00:48Comment on peut faire pour faire avancer les choses ?
00:59C'est la seule carotte qui nous donnait encore de venir travailler, cette prime, avec notre salaire qu'on a
01:06tous les mois.
01:08Je parle pour ma part, au bout de 13 ans d'ancienneté, avec 1800 euros brut, vous imaginez comment on
01:14peut vivre à l'heure d'aujourd'hui,
01:17avec la hausse du carburant, le pouvoir d'achat, la totalité de ce qui se passe.
01:30C'est le démarrage. Je pense qu'à Orpéa, elles n'étaient pas si entendues que ça.
01:36Aujourd'hui, je vous dis, c'est la goutte qui fait déborder le vase.
01:39Et on se rend compte qu'il y a beaucoup d'établissements qui prennent conscience des choses et qui se
01:43rendent compte qu'ils ne sont pas tout seuls.
01:44Un mouvement national fait en sorte que chacune se dit qu'elle n'est pas toute seule dans son établissement.
01:50Parce que c'est ça, en fait. Elles sont isolées. Elles ont l'impression que ce qui se passe chez
01:53elles, elles sont toutes seules.
01:55Ce n'est pas le cas. Ce qui se passe chez elles, ça se passe dans d'autres maisons de
01:57retraite du groupe.
01:58Et c'est bien qu'aujourd'hui, elles puissent s'exprimer ensemble.
02:01Et la prime, elle est acquis !
02:05Je vais parler de mon étage. On est quatre soignants pour 32 chambres.
02:11Actuellement, il y a 28 résidents qui occupent des chambres.
02:15Sur quatre, souvent, il va manquer une personne.
02:18Donc c'est à nous, les trois autres, de faire le travail de la personne manquante.
02:22Et bien sûr, on fait du mieux qu'on peut.
02:24Donc du coup, il y a des fois, le travail, il est un peu bâclé, malheureusement.
02:28On aimerait faire mieux mais on n'a pas le temps.
02:30On ne peut pas discuter avec eux. On ne peut pas prendre le temps de discuter avec eux.
02:33On est obligé de couper court les soins parce qu'il faut s'occuper des autres qui sont en train
02:35de sonner.
02:36C'est une honte de payer 4 482 euros tous les six mois, vu les repas qui nous sont servis.
02:45Les sorties sont restreintes et donc on est quasiment cantonnés au foyer de vie.
02:54Et bon, il y a des activités au foyer de vie.
02:56Et sans ça, autrement, les résidents voudraient bien sortir à l'extérieur.
03:04On travaille en 12 heures. C'est des journées continues où on est avec les résidents du matin au soir.
03:10Nos résidents, ils mangent rationné. On le dit bien, c'est du rationnage.
03:16Ils ont un petit morceau de pain, ne serait-ce pour le petit déjeuner.
03:19Ils sont conscients que ce n'est pas de notre faute. Ils nous le disent.
03:21On sait que ce n'est pas vous. Mais ils subissent et c'est dur.
03:27Mais même eux ne sont pas entendus par la direction.
03:29Mais en attendant, la faute vient de qui ?
03:33De la direction, parce que tout le monde est au courant qu'il y a des problèmes.
03:36Et il n'y a personne qui se bouge, en fait.
03:38Et on est vraiment traités comme des moins que rien.
03:41On n'en peut plus. On n'en peut plus.
03:43Et on est au bout du bout, là.
03:46Ça a été la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
03:48C'est pour la rue, ça se passe !
03:51Pas de pognon pour les actionnaires !
03:54Le fric pour l'emploi et les salaires !
03:58Pas de pognon pour les actionnaires !
04:02Bien !
04:02On est à récindicée !
04:02Pas de pognon pour les actionnaires !

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